Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, à RTL le 30 mai 2012, sur l'évolution du chômage, l'augmentation du smic et la réforme des retraites. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, à RTL le 30 mai 2012, sur l'évolution du chômage, l'augmentation du smic et la réforme des retraites.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE Les représentants des partenaires sociaux étaient reçus hier à Matignon. Avez-vous une idée plus précise Michel SAPIN ce matin, du nombre d'emplois concernés par les plans sociaux, que l'on évoque souvent.
 
MICHEL SAPIN Il y a ceux qui ont été cités, y compris par la CGT, mais les rencontres avec le patronat montrent aussi qu'il y a des inquiétudes du côté du patronat sur la situation des entreprises. Il y a les chiffres que nous verrons ce soir sur l'évolution du chômage. Je ne peux pas vous dire cela comme ça à 100 ou 1000 ou même à 10 000 près, ce qui est déjà beaucoup, mais oui il y a des inquiétudes réelles, il y a des urgentes dans un certain nombre d'entreprises et à ces urgences-là, il faut s'attaquer, tout en construisant l'avenir et en construisant l'avenir dans le dialogue.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ca veut dire quoi s'y attaquer ? Vous pourrez faire quelque chose pour éviter les plans sociaux ?
 
MICHEL SAPIN Il faut éviter la généralisation. On emploie par exemple le terme de « plan social », or il y a des tas de situations très différentes d'une entreprise à l'autre. Ce qu'il faut c'est faire du cas par cas, c'est s'intéresser à chaque dossier, à chaque situation, d'où les propositions. L'action, nous sommes maintenant dans l'action qui consiste à faire en sorte qu'il y ait des personnes qui sont compétentes, qui sont dynamiques et qui vont au contact, qui vont dans l'entreprise, qui vont voir les uns et les autres pour essayer de trouver des solutions. On peut appeler ça des médiateurs, on peut appeler ça comme on voudra, mais ce qui est important c'est de ne pas laisser les dossiers s'endormir, parce que quand ils s'endorment ils pourrissent et quand c'est pourri c'est très mauvais pour tout le monde.
 
JEAN-MICHEL APHATIE 45 000 emplois menacés dit la CGT.
 
MICHEL SAPIN C'est le chiffre qu'avance la CGT…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ca vous parait réaliste ?
 
MICHEL SAPIN Oui c'est un chiffre qui est réaliste, avec des situations extrêmement différentes. Dans certains cas ce sont des emplois qui sont déjà sur la table, qui sont déjà quasiment détruits ; dans d'autres cas il est parfaitement possible de les sauver.
 
JEAN-MICHEL APHATIE La tendance du chômage, les chiffres seront connus tout à l'heure…
 
MICHEL SAPIN Je ne les connais pas par définition…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Si vous les connaissez mais peut-être que vous ne voulez pas en parler.
 
MICHEL SAPIN Il m'étonnerait que l'évolution soit bonne.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Beaucoup d'inquiétudes autour des sites de PSA, le constructeur automobiles. C'est un dossier prioritaire pour vous, particulier, que vous regardez attentivement.
 
MICHEL SAPIN Oui, il faut le regarder extrêmement attentivement, pourquoi ? Parce que d'abord c'est une inquiétude, une inquiétude locale, ce sont plusieurs centaines de salariés, et ensuite parce qu'on est au coeur même de l'industrie. On est au coeur même de ce qui pendant très longtemps a fait la fierté de l'outil industriel français, la fabrication d'automobiles. Et donc il faut regarder tout cela, il faut… C'est l'urgence, c'est des sites, et en même temps c‘est des politiques qui doivent changer, parce que tout le monde sait très bien que le seul moyen d'arriver à retrouver du dynamisme industriel, du dynamisme en terme d'emploi, c'est retrouver aussi du dynamisme en terme de croissance, en terme de capacité de produire, en terme aussi de pouvoir d'achat pour acheter des voitures.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Augmenter le SMIC c'est participer à la croissance d'après vous Michel SAPIN ?
 
MICHEL SAPIN Ca peut l'être, si c'est fait dans des conditions maitrisées, et dans des conditions qui sont compatibles avec le bon fonctionnement en particulier des petites et des moyennes entreprises. Il faut bien avoir en tète que le SMIC c'est d'abord et avant toute chose les petites et moyennes entreprises donc des entreprises qui peuvent être fragiles et auxquelles les uns et les autres, l'ensemble des Français, y tiennent beaucoup parce qu'elles sont partout sur le territoire français.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que c'est une manière de dire que l'augmentation du SMIC sera très faible ?
 
MICHEL SAPIN Non, c'est une manière de dire que quand on parle de ces sujets-là, et nous en parlons avec les partenaires sociaux, il faut regarder ce qui est légitime, indispensable – parce qu'il y a des situations insupportables -…Ceux qui sont au SMIC mais c'est ceux aussi qui sont à trois quart de temps payés au SMIC, ou à mi temps payés au SMIC. Donc ce sont des situations effrayantes du point de vue du pouvoir d'achat. Donc il faut s'intéresser à cela, et en même temps nous sommes dans une économie qui va mal, on en parlait au début, des petites et des moyennes entreprises qui parfois sont confrontées à des difficultés, donc il faut aussi tenir compte de cette situation.
 
JEAN-MICHEL APHATIE C'est toujours le « mais », mais en même temps il faut… Qui suggère que l'augmentation ne peut pas être très importante parce que le contexte ne permet peut-être pas.
 
MICHEL SAPIN Vous faites vous-même le commentaire, ce commentaire n'est pas faux.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et ce commentaire… Ah vous êtes subtile ce matin pour faire passer les messages. Vous avez évidemment parlé de retraite avec les partenaires sociaux hier puisque vous prévoyez de revenir à la retraite à 60 ans pour certaines catégories de personnes, celles qui ont commencé tôt. Déclaration de François FILLON hier « la gauche s'était engagée au retour de la retraite à 60 ans, pour tous, les syndicats vont être les premiers cocus de la gauche ».
 
MICHEL SAPIN D'abord il ferait bien de faire attention aux termes qu'il utilise. D'ailleurs il y en a qui vont je trouve assez mal dans la bouche de François FILLON. Et si quelqu'un a été mal traité – peut être pas de la même manière – pendant cinq ans, c'est bien lui dont il devrait faire attention à ce genre de termes. Mais au-delà de ça il est dans le mensonge parce qu'il sait très bien, vous le savez, vous nous l'avez dit d'ailleurs pendant la campagne, que nous ne proposons pas, François HOLLANDE n'a pas proposé le retour à 60 ans pour tout le monde ; Il a dit « il y a une injustice flagrante, des gens qui ont cotisé, des gens qui ont 60 ans, des gens qui ont commencé à 18, 19 ou 20 ans, et à qui ont dit tu restes encore un peu, le plus souvent d'ailleurs au chômage, en attendant de pouvoir partir à la retraite ». C'est à cette injustice là qu'il sera mis immédiatement, ou dans les jours qui viennent, fin.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le salaire des patrons des entreprises publiques sera baissé très rapidement, c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre hier dans l'EXPRESS. Il y a quinze jours, Michel SAPIN, vous aviez dit « il est rare en cours de contrat de baisser les salaires, on est humain ».
 
MICHEL SAPIN J'ai dit ça ?
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous êtes désavoué. Vous avez dit ça oui.
 
MICHEL SAPIN Mais il y a longtemps que j'ai dit ça ?
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le 10 mai.
 
MICHEL SAPIN Il n'y avait pas de Premier ministre.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le 10 mai… Vous n'étiez pas encore ministre, vous étiez dans une phase de transition.
 
MICHEL SAPIN Et donc il y a maintenant un Premier ministre, et c'est le Premier ministre qui décide.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes quand même un peu désavoué. En cours de contrat on va baisser les salaires. Ce qui peut d'ailleurs poser beaucoup de problèmes juridiques.
 
MICHEL SAPIN Le Premier ministre décide, qu'est-ce qu'il y a derrière cela ? Il y a derrière cela que les salaires des patrons d'aujourd'hui ne sont pas les salaires des patrons d'il y a dix ans. Ils ont énormément augmenté…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Beaucoup de choses changent vous savez en dix ans.
 
MICHEL SAPIN Ah oui, mais par contre le niveau du SMIC n'a pas beaucoup changé depuis dix ans. Il a augmenté tout juste du montant de l'inflation. On voit le contraste. Sur le SMIC on chipote, on discute, on fait valoir des arguments, éventuellement valables, sur l'équilibre des entreprises, mais sur le salaire des patrons là on ne chipote pas, on y va carrément. Ce n'est pas possible, c'est plus possible. Et donc il est légitime dans le public là où l'Etat décide, comme dans le privé là où l'Etat impulse, de revoir les choses parce qu'il faut de la justice quand on demande de l'effort aux uns comme aux autres.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Petite question de politique rapide, Martine AUBRY, a suggéré que peut-être après le congrès du Parti socialiste à l'automne, elle resterait encore à la tête du Parti socialiste. C'est une bonne nouvelle ?
 
MICHEL SAPIN Pourquoi pas ?
 
JEAN-MICHEL APHATIE Je ne sais pas, je vous demande.
 
MICHEL SAPIN Ecoutez, elle a fait un travail extraordinaire pendant ces dernières années, elle a permis qu'une campagne se fasse dans d'excellentes conditions, elle a permis… Elle a elle-même donné pour le rassemblement de l'ensemble des socialistes derrière François HOLLANDE ; si elle veut continuer ainsi pendant que nous gérons, pendant que nous décidons, eh bien ce serait une très bonne chose.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 mai 2012

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