Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 31 mai 2012, sur le remplacement de hauts fonctionnaires de la police, la prime de résultat, l'évolution des effectifs de la police et de la gendarmerie, la défense de la laïcité, le droit de vote des étrangers aux élections locales et la politique de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à RMC le 31 mai 2012, sur le remplacement de hauts fonctionnaires de la police, la prime de résultat, l'évolution des effectifs de la police et de la gendarmerie, la défense de la laïcité, le droit de vote des étrangers aux élections locales et la politique de l'immigration.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que la circulaire GUEANT datant du 31 mai 2011, il y a un an jour pour jour, qui restreignait la possibilité pour les étudiants diplômés étrangers de travailler en France, va être abrogée aujourd’hui ? Vous confirmez ?
 
MANUEL VALLS Elle sera abrogée probablement dans les heures qui viennent, cela avait été annoncé par ma collègue Geneviève FIORASO, qui est la ministre de l’Enseignement supérieur. Il y a un travail interministériel, comme on dit, entre mon cabinet, celui de Michel SAPIN, le ministre du Travail, celui de l’Enseignement supérieur, qui est en cours, il doit être arbitré par le Premier ministre. Ses équipes ont rencontré les présidents d’université, les responsables des grandes écoles, les associations, notamment le Collectif du 31 mai, pour qu’il puisse y avoir une nouvelle circulaire qui abroge ce qu’on appelé la circulaire GUEANT et qui permette aux étudiants étrangers, c’est une chance pour eux, c’est aussi une chance pour notre pays, de ne plus être dans cette insécurité, à quelques mois de la rentrée universitaire.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, remplacements à la tête de la police, je ne vais pas prendre tous les remplacements les uns après les autres, mais je vous pose une simple question : Est-ce que vous ne faisiez plus confiance au directeur de la Police nationale et à celui de la Direction centrale du renseignement intérieur, franchement ?
 
MANUEL VALLS Je vais dire les choses autrement. Pour mener la politique de sécurité que m’ont confiée le président de la République et le Premier ministre, que m’ont confiée François HOLLANDE et Jean-Marc AYRAULT, j’ai besoin d’hommes, de responsables en confiance, oui, qui travaillent en confiance avec moi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n’auriez pas fait confiance à ceux qui étaient en place ?
 
MANUEL VALLS Ce sont des hommes, je crois, de très grande qualité. Mais le président de la République, alors candidat, avait dit les choses très clairement pendant la campagne électorale. Il y avait trop d’intimité…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Trop liés à Nicolas SARKOZY…
 
MANUEL VALLS Il y avait trop d’intimité, trop de liens entre ces hommes et Nicolas SARKOZY. Donc, il fallait, chacun peut le comprendre, ces changements. Je me permets de rappeler qu’il y a cinq ans, il y a dix ans, des changements de cette ampleur avaient eu lieu à l’initiative de Nicolas SARKOZY.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN « Leur honneur est piétiné », dit l’UMP, « leur honneur est piétiné ».
 
MANUEL VALLS Ça, ce sont des mots qui font sourire en pleine campagne électorale, « leur honneur n’est pas piétiné ». Chacun s’est vu proposer, pour deux d’entre eux, une affectation, un troisième aura aussi des propositions.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Le préfet de police de Paris remplacé par le directeur de l’ENA, pas de compétences policières, entend-on aussi.
 
MANUEL VALLS Mais tout préfet a une compétence policière, tout préfet a été confronté à des problèmes de maintien de l’ordre. Bernard BOUCAULT, puisqu’il s’agit de lui, a été directeur de cabinet d’un ministre de l’Intérieur, Daniel VAILLANT, il connaît parfaitement ces sujets. C’est, chacun le reconnaît, un grand préfet, un homme tout à fait exceptionnel et qui saura, je n’en doute pas un seul instant, à la préfecture de police, exercer cette mission en confiance évidemment, mais surtout avec une très grande intégrité.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’il y aura d’autres changements, d’autres changements à la tête de la police ?
 
MANUEL VALLS Ces changements ont eu lieu…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que j’imagine que ces nouveaux patrons de la police vont, avec eux, faire venir des hommes de confiance aussi…
 
MANUEL VALLS Ça peut arriver…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que la hiérarchie descend.
 
MANUEL VALLS Cela peut arriver, et puis, il y a des départs également à la retraite…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On dit que le préfet de Seine-Saint-Denis, Christian LAMBERT, serait menacé, qu’Alain GARDERE, délégué à la sécurité à Marseille, serait menacé, c’est vrai ou faux ?
 
MANUEL VALLS Non. C’est faux. D’abord, ces mouvements préfectoraux, on verra, il y en a et c’est normal. Mais il ne faut pas déstabiliser le travail tel qu’il est mené.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, pour l’instant, ils restent en place ?
 
MANUEL VALLS En Seine-Saint-Denis, mais je vais vous répondre très clairement, ce n’est pas ici qu’on l’annonce, mais le préfet de la Seine-Saint-Denis est un homme tout à fait exceptionnel, qui fait un travail de très grande qualité. Après le premier Conseil des ministres il y a quinze jours, je suis allé sur le terrain, à la rencontre des gendarmes parce qu’ils sont sous ma responsabilité, des pompiers qui exercent aussi un travail tout à fait exceptionnel, mais les policiers en Seine-Saint-Denis, nous avons là un préfet qui est sur le terrain, qui est aussi très engagé sur le développement économique de ce département ou dans la politique de la ville. Moi, j’ai une autre conception du rôle des préfets que celle qui a présidé au cours de ces dernières années. Je ne suis pas que le ministre de la police et de la gendarmerie. Je suis évidemment, comme on dit, « le premier flic de France », mais je suis également celui qui a sous sa responsabilité – permettez-moi de dire les choses ainsi – les préfets, c’est-à-dire une certaine conception de l’Etat. Les préfets ont été marqués, je crois, par toute une série de changements, une politisation de leur fonction. Non. Moi, je fais confiance à ces préfets républicains, loyaux à l’égard de l’Etat et qui défendent l’intérêt général et mettent en oeuvre – ce qui est normal – les politiques publiques du gouvernement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous allez revenir sur le système de prime au résultat dans la police ? Parce que vous savez comme moi, mieux que moi, que c’est très contesté.
 
MANUEL VALLS Tout ça va être mis à plat.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mis à plat, vous allez revenir sur ce système de prime ?
 
MANUEL VALLS Nous verrons bien, je suis prudent. J’ai rencontré…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous, vous êtes favorable à la suppression de ce système ?
 
MANUEL VALLS Moi, je veux regarder les choses de très près. J’ai rencontré il y a une semaine l’ensemble des syndicats de police, je vais les rencontrer directement en bilatéral, ils me l’ont demandé, je le souhaite, et c’est normal. Mais en tout cas, je sais que ce système de prime a créé beaucoup de frustrations, de tensions, un malaise profond au sein de la police. Je ne ferai pas d’annonce là, mais je veux tout simplement remettre à plat, écouter et prendre les décisions qui s’imposent, pour qu’il y ait à la fois un climat de confiance, parce que ça me parait être essentiel, entre les forces de l’ordre et la population, parce que pour mener une politique efficace de sécurité et de lutte contre la délinquance, il faut le soutien des Français, mais aussi un climat qui est aujourd’hui détérioré au sein des forces de police.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On parle aussi de retour de la police de proximité.
 
MANUEL VALLS Mais s’il s’agit de revenir à la police de proximité telle qu’elle avait été imaginée en 2001-2002, qui n’a jamais été véritablement appliquée, puisque le ministre de l’Intérieur de 2002, Nicolas SARKOZY, y avait mis fin de manière très brutale, nous ne reviendrons pas à cette idée-là pour des raisons à la fois de coûts, d’hommes et de femmes sur le terrain. Mais en tout cas, comme François HOLLANDE s’y était engagé pendant la campagne, nous sommes en train de travailler sur ces zones prioritaires qui nécessitent qu’on mette des moyens de police, de gendarmerie, en lien…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez définir des zones prioritaires dans lesquelles vous allez faire venir des effectifs…
 
MANUEL VALLS Oui, sans doute, oui, il faut mettre…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN … Vous allez mettre le paquet…
 
MANUEL VALLS Il faut mettre le paquet là où il y a…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Sur ces zones…
 
MANUEL VALLS Dans ces zones rurales, par exemple, il y a beaucoup de cambriolages actuellement, donc où la gendarmerie ou la police, quand c’est une zone de police, agisse. Dans ces cités où on tue, c’est le cas aujourd’hui encore à Marseille tout au long de ces dernières semaines, je m’y suis également rendu pour signifier combien nous devions ensemble lutter contre le crime, contre cette délinquance qui est inacceptable et qui pourrit la vie de nos concitoyens.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Création de 1 000 postes chaque année, c’était une des promesses de François HOLLANDE…
 
MANUEL VALLS Dans la police, dans la gendarmerie et dans la justice.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dans la police, dans la gendarmerie et dans la justice. Donc, dans la police, dans la gendarmerie, il y aura création de postes là ?
 
MANUEL VALLS Je le souhaite bien évidemment et chacun…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui dans l’Education nationale à l’école primaire, oui aussi…
 
MANUEL VALLS Oui, mais je serais évidemment, là aussi, aussi prudent. Ce que je vais vous dire à travers votre micro, Jean-Jacques BOURDIN, c’est que pour que cela puisse se faire, pour que la priorité à l’Education nationale puisse se mettre en oeuvre, pour que la justice sociale puisse revenir, pour qu’il y ait effectivement une priorité accordée à la sécurité de nos compatriotes, il faut une majorité à l’Assemblée nationale, il faut une majorité de gauche le 17 juin prochain.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça, on est d’accord. Mais je vous repose la question : 1 000 postes chaque année dans la justice, la police et dans la gendarmerie, donc dès la rentrée prochaine, il y aura 1 000 postes créés ?
 
MANUEL VALLS Non, pas dès la rentrée prochaine, parce qu’il y a…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dans le budget, dans le budget 2013 ?
 
MANUEL VALLS Nous sommes en train d’étudier…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dans le budget 2013 ?
 
MANUEL VALLS Je l’espère, j’en parlerai avec Jérôme CAHUZAC, le ministre du Budget. Mais il faut arrêter d’abord l’hémorragie puisque nous avons perdu des milliers de postes dans la police et dans la gendarmerie. Quand vous discutez avec les policiers et les gendarmes, ils vous disent ce n’est plus possible, on n’arrive pas à accomplir aujourd’hui nos missions. Donc, il faut arrêter cette hémorragie. Et puis, j’espère, je suis en train d’étudier cela, pouvoir faire en sorte qu’il y ait un nouveau concours pour notamment, à la rentrée prochaine, avoir très vite, parce que nous formons nos policiers de manière tout à fait exceptionnelle, pour qu’il puisse y avoir demain plus de policiers sur le terrain. [08h47]
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Manuel VALLS, vous êtes aussi ministre des Cultes et vous avez en charge l’immigration. Vous l’avez voulu ?
 
MANUEL VALLS Oui je crois que c’est cohérent. Même s’il faudra progressivement mettre une autre politique d’immigration, mais c’est cohérent.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On va parler d’immigration, mais à propos des cultes et du voile intégral. En 2010 vous avez été l’un des quatorze députés socialistes à voter la loi interdisant le voile intégral dans l’espace public. Est-ce que vous reviendrez sur cette loi ?
 
MANUEL VALLS Non. D’ailleurs François HOLLANDE l’avait dit très clairement, nous ne reviendrons pas sur cette loi, et elle doit être appliquée avec intelligence et discernement, mais elle doit être appliquée sur le terrain. C’est une loi de la République.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Par ailleurs êtes vous toujours favorable à l’interdiction faite aux mères voilées d’accompagner les enfants lors des sorties scolaires ?
 
MANUEL VALLS C’est une question qui se pose, qui vous le savez est très compliquée, puisque l’accompagnement des sorties scolaires se fait dans un cadre qui est celui du service public…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais vous étiez favorable à l’interdiction ?
 
MANUEL VALLS Oui moi je reste favorable …
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Favorable à l’interdiction.
 
MANUEL VALLS Mais c’est le cas aujourd’hui à travers l’application de toute une série de circulaires dans l’Education nationale. Il faut à la fois faire vivre la laïcité – elle est indispensable – c’est au fond la meilleure définition du vivre ensemble, du rassemblement et de l’apaisement dont les Français ont besoin. Et puis il faut le faire avec discernement parce qu’il faut que personne ne sente aujourd’hui attaqué. Mais il y a quelque chose qui pour moi est incontournable et qui s’impose avant tout, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes et ça c’est quelque chose qui doit s’imposer ; et la condition faite aux femmes, notamment dans nos quartiers populaires, doit être défendue.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Faut-il réviser la loi de 1905 ? Manuel VALLS.
 
MANUEL VALLS Non, il ne faut pas toucher à cette loi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On n’y touche pas.
 
MANUEL VALLS On a eu par le passé ce débat, c’est un débat qui peut toujours se poser. Elle a déjà été révisée au cours de ces dernières décennies, mais elle doit surtout vivre et je vous rappelle que François HOLLANDE s’était engagé, nous y reviendrons, je n’en doute pas un seul instant, à l’inscrire même dans notre texte fondamental.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et on dit que vous êtes farouchement opposé à tout communautarisme, Manuel VALLS, c'est vrai ? On dit que vous êtes un défenseur d’une laïcité rigoureuse, vrai ou faux ? Quelle est la place …
 
MANUEL VALLS Je suis défenseur de la laïcité, c’est tout.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quelle est la place des religions dans la vie de la cité ?
 
MANUEL VALLS Mais elle est là, le fait de croire ou de ne pas croire est un droit tout à fait fondamental. Et l’exercice du culte doit être préservé, et j’y veillerai. Comme je dois aussi protéger ces synagogues ou ces mosquées, ces cimetières de ces deux religions, ou même la religion catholique, qui sont profanés. Je me suis engagé auprès des autorités religieuses à les défendre, à les protéger.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quelles sont les limites que vous imposez à ces religions, à toutes ces religions, quelles qu’elles soient.
 
MANUEL VALLS On est dans l’espace privé, dans l’espace personnel, et donc c'est le débordement sur l’espace public qui ne correspond pas à notre tradition. Chacun doit garder, doit rester à sa place.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est quoi un débordement sur l’espace public ? C'est les prières dans la rue, c’est quoi, c'est …
 
MANUEL VALLS Ca c’est un autre sujet, les prières dans la rue ne sont pas acceptables, mais pour cela il faut que le culte musulman puisse avoir aussi des lieux de culte décents parce que c’est important.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors est-ce que l’Etat doit participer au financement des Mosquées ?
 
MANUEL VALLS Non, vous savez que ça n’est pas permis mais il y a d’autres moyens avec les collectivités territoriales pour les aider.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que les collectivités territoriales doivent participer ou donner des terrains, ou participent….
 
MANUEL VALLS Elles participent effectivement avec toute une série de méthodes. Ce qui est très important, et je pense notamment aux Musulmans de France, c’est qu’ils se sentent respectés. On peut être Français, Musulmans, pratiquer, travailler, étudier dans ce pays sans que chaque jour quelqu’un vous désigne du doigt comme le coupable ou le responsable des problèmes du pays. Encore une fois, et c’est ce que porte François HOLLANDE, c'est cette volonté de rassemblement et d’apaisement. Et la laïcité il n’y a pas besoin d’y accoler un adjectif, c’est cet apaisement dont la société a besoin. Nous avons vécu des mois de campagne électorale, qui ont divisé, qui ont stigmatisé beaucoup de nos compatriotes. Il faut tourner cette page.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et le débat par exemple autour de la viande halal, ou ces débats qui ont alimenté d’une manière ou d’une autre la campagne électorale. Est-ce que ces débats vous allez les rouvrir ou pas, ou est-ce que…
 
MANUEL VALLS Non, pourquoi les ouvrir ? Il faut traiter les sujets. Et je verrai évidemment les responsables des différents cultes.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Qu’est-ce que vous allez leur dire à ce sujet ?
 
MANUEL VALLS Mais que ces débats il faut les traiter de manière sereine. Et notamment celui concernant la viande halal ou casher…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dans les cantines scolaires par exemple…
 
MANUEL VALLS Non, bien sur. C’est contraire au principe de laïcité encore…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est contraire au principe de laïcité. On ne doit pas servir de la viande casher ou halal dans les cantines scolaires.
 
MANUEL VALLS Non. Evidemment. Mais combien de cantines aujourd’hui servent de ces viandes ? Il n’y en a pas. Donc n’en faisons pas – si vous me permettez cette expression – un plat.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Le vote des étrangers en situation régulières aux élections locales, c’est une promesse…
 
MANUEL VALLS C’est un engagement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est un engagement de François HOLLANDE. Quand ?
 
MANUEL VALLS C'est un engagement. Pour le moment ce n’est pas le sujet. Si je vous renvoie à la campagne présidentielle François HOLLANDE s’y était engagé pour que cela puisse se faire avant les municipales de 2014. Mais pour cela je vous rappelle il faut une réforme constitutionnelle. Vous savez à ma place je me méfie de tous les débats qui tendent, qui stigmatisent, qui désignent… le débat sur le droit de vote des étrangers il doit être conduit là aussi de manière tout à fait sereine. Cela existe dans d’autres pays…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que dans les législatives c’est un argument qui est avancé par l’opposition d’aujourd’hui, Manuel VALLS, c’est pour ça que je vous pose la question.
 
MANUEL VALLS Oui je ne l’entends pas beaucoup. Nicolas SARKOZY lui même y était favorable il y a quelques années, des parlementaires de droite aussi. C’est un droit qu’on peut accorder un certain nombre de citoyens. Mais moi ce qui me préoccupe c'est que les Français aujourd’hui votent et qu’ils votent massivement, et qu’ils votent d’abord massivement comme ils l’ont fait à l’occasion de l’élection présidentielle aux prochaines élections législatives, parce que c’est bien de changer de président de la République pour mener une politique de redressement de notre pays dans la justice, mais pour que cette politique puisse se mettre en oeuvre il faut une majorité à l’Assemblée nationale.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN « Si vous votez pour le PS, pour les candidats du PS, vous aurez TAUBIRA ». Vous avez entendu cette invective venue de l’UMP.
 
MANUEL VALLS TAUBIRA ils l’ont. Et heureusement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ils l’ont, la France l’a.
 
MANUEL VALLS Parce que c’est une française, de Guyane. Un beau visage, une femme qui parle une langue magnifique et avec qui je vais beaucoup travailler. Elle est la ministre de la Justice et la Garde des Sceaux.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous partagez toutes ses premières prises de position, oui sans état d’âme ?
 
MANUEL VALLS Nous partageons l’essentiel, et l’essentiel c’est d’abord l’indépendance de la justice, mais comme ministre de l’Intérieur je dois encore plus respecter l’indépendance de la justice, et en même temps je veux apaiser aussi – et Christiane TAUBIRA a le même souci – la relation entre la justice et la police, entre les juges et les policiers puisqu’ils participent au fond du même objectif, faire en sorte que l’ordre républicain s’applique le plus justement possible.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN En ce qui concerne l’immigration, l’immigration illégale, régularisation au cas par cas, a propos François HOLLANDE durant sa campagne. Ce sera évidemment votre politique, j’imagine. Régularisation au cas par cas…
 
MANUEL VALLS Bien sur. Avec des critères objectifs.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est quoi des critères objectifs, c’est … ?
 
MANUEL VALLS Des critères de travail, familiaux, des durées sur le territoire national d’intégration… Jean-Jacques BOURDIN nous sommes en train de travailler, il y aura un certain nombre de circulaires sans doute à adresser aux Préfets pour que ces critères, ces principes, s’appliquent partout. Nous devons combattre l’immigration irrégulières, les réseaux notamment qui l’alimentent, qui créent des conditions tout à fait insupportables, et définir des objectifs ; et puis si demain nous avons une majorité à l’Assemblée nationale, eh bien il y aura tous les ans un débat très précis sur notre politique d’immigration et notre politique d’immigration légale, vous avez raison.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN L’immigration légale, débat annuel au Parlement pour fixer le nombre ….
 
MANUEL VALLS Bien sur. Et plus que jamais j’ai une conviction, c'est que, comme ministre de l’Intérieur je rencontre évidemment mes homologues européens, combien nous devons travailler entre nous pour lutter contre l’immigration illégale et combien nous devons coopérer notamment avec …
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous en avez parlé en Espagne ?
 
MANUEL VALLS En Espagne, mais aussi avec les ministres des principaux pays, l’Allemagne, l’Italie, la Grande Bretagne, les principaux pays européens, mais nous devons aussi travailler pour beaucoup de raisons avec les pays du Maghreb et d’Afrique sur les questions d‘immigration, sur la lutte contre le terrorisme, sur le crime organisé – je pense notamment au trafic de drogue, de cocaïne, ou de cannabis, qui inonde nos cités, qui tue nos gamins et qui crée les conditions d’une économie souterraine insupportable.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dépénalisation.
 
MANUEL VALLS Vous savez que je n’y suis pas favorable, vous savez surtout que c’st là l’essentiel …
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Le ministre de l’Intérieur n’y est pas favorable.
 
MANUEL VALLS Non, mais le président de la République non plus, il l’avait dit pendant la campagne électorale.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 31 mai 2012

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