Déclaration de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur la concertation engagée sur la politique de l'enseignement, aux Sables d'Olonne (Vendée) le 26 mai 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur la concertation engagée sur la politique de l'enseignement, aux Sables d'Olonne (Vendée) le 26 mai 2012.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : 66ème Congrès national de la FCPE aux Sables d'Olonne (Vendée) du 26 au 28 mai 2012

ti : Monsieur le préfet,
Mesdames et Messieurs les élus, président du conseil régional, député- maire, président du conseil général,
Monsieur le président,
Chers délégués,
Mesdames, Messieurs,


Je vous remercie tout d'abord sincèrement - il y avait un peu d'émotion à l'instant de votre invitation.

J'ai répondu, vous le savez, sans hésitation et, en réalité, même, avec plaisir.

Le ministère que je commence ne sera pas un ministère de confort, ne sera pas un ministère de carrière, ne sera pas un ministère d'habileté ni de renoncement. Ce sera un ministère de mission. Cette mission, c'est celle que m'a confiée le président de la République. Et cette mission, il l'a fixée clairement, c'est celle de la refondation de l'école de la République.

Vous évoquiez à l'instant certaines de nos premières mesures, et je veux ici en donner l'esprit. La République, c'est tout simplement la chose de tous. L'école de la République, c'est l'école qui appartient à tout le monde, et qui doit servir tout le monde, et, en particulier, la réussite de tous les élèves.

C'est bien entendu l'école des professeurs. Nous venons de vivre des années terribles de mépris et d'affaiblissement de l'école de la République.

Je tiens à dire, devant vous, parents d'élèves, je tiens à saluer devant vous le dévouement de nos enseignants, le dévouement de ceux qui se consacrent à la tâche éducative et qui ont tenu malgré tous les désappointements et toutes les difficultés ces dernières années.

L'école de la République, l'école qui appartient à tous, elle appartient aussi, bien entendu, aux personnels administratifs et aux personnels d'encadrement. On n'en parle pas assez. Les métaphores animalières, parfois venues de la gauche, ont contribué à affaiblir l'école de la République, qui est en réalité une école où quelques milliers de fonctionnaires à la centrale, et d'autres fonctionnaires très atteints aussi dans leurs effectifs et dans leurs conditions de travail sur le terrain se dévouent pour faire fonctionner le service public d'Éducation nationale. L'école de tous, elle appartient aussi, cette école de la République, aux grandes associations qui l'ont fait vivre. J'étais hier avec Patrick Bloche, –ah ! c'était la première fois pour un ministre de l'Éducation nationale – célébrer la Commune et la dernière barricade.

J'ai le souvenir, dans l'histoire de l'instauration de l'école de la République, de ce que le mouvement éducatif, celui des grandes associations et dans le mouvement laïque, a pu faire. Aujourd'hui encore, la présence de ces associations, le dévouement auprès de nos enfants, auprès des élèves, est considérable. Et la coéducation, à laquelle je vous sais attachés, elle est absolument indispensable dans la refondation même de l'école de la République.

L'école de la République – et c'est ainsi qu'avec le président de la République, nous entendons la refondation républicaine de l'école – elle appartient à tous, à ses professeurs, à ses personnels, à ses associations, aux collectivités locales aussi, mairies, conseils généraux, conseils régionaux, qui, depuis les lois de la décentralisation, assument pleinement leur rôle. Elles ne peuvent pas être seulement des carnets de chèques et doivent participer pleinement. Si nous voulons aménager les temps scolaires et les temps éducatifs, elles doivent participer à la définition des politiques publiques.

Mais l'école de la République, elle est, bien entendu, celle des parents que vous représentez. J'ai coutume de dire depuis plusieurs mois, on ne fera pas la refondation républicaine de l'école sans les professeurs ou contre les professeurs. On ne la fera pas non plus, et c'est ce que je suis venu vous dire aujourd'hui, sans et contre les parents d'élèves.

Vous serez pleinement associés à cette œuvre et à cette tâche qui nous attend, vous le serez du premier jour jusqu'au dernier jour, vous le serez dans la consultation, vous le serez aussi dans l'action, parce que nos élèves, ce sont vos enfants et que nous savons votre attachement au service public de l'Éducation nationale.

Pour le président de la République, pour le Premier ministre, comme pour moi-même, c'est bien d'un nouveau contrat entre l'école et toute la nation dont il s'agit. C'est de ce nouveau contrat dont nous allons parler, et ce nouveau contrat que nous allons construire ensemble, c'est ce contrat que nous passerons ensemble et que nous respecterons ensemble. Vous le savez, et parfois je vous ai été reconnaissant du travail que vous avez conduit ces dernières années, notre école en a besoin.

Trop d'échecs ! Non seulement les 150 000 qui sortent sans diplôme ou qualification, mais ces lacunes dont parle François Dubet et cette souffrance des enfants et des élèves dans notre école.

Trop d'inégalités ! Quelle honte pour l'école de la République d'être, parmi tous les pays de l'OCDE, un des pays où le déterminisme social joue le plus sur la réussite scolaire. Cette école, elle a besoin de ce nouveau contrat. Nous connaissons, ça vient d'être évoqué, une tension sur les remplacements, le primaire, le secondaire, des tensions insupportables sur une école « machine à trier » qui n'a conçu l'orientation que de façon négative, ségrégative, tension sur toutes les transitions, et – un rapport le montre encore – de la maternelle au CP, où sont les cycles, de l'école élémentaire au collège, du collège au lycée, du lycée à l'université, tension bien entendu sur la formation initiale et continue de nos enseignants. Nous sommes venus dire que cette école attend de nous sa refondation, que pour nous, elle n'est pas un coût mais elle est un investissement. Ce nouveau contrat entre l'école et la nation, l'école en a besoin, je viens de le dire trop vite, mais je sais bien que vous connaissez bien son état, et aussi, et je m'en réjouis, la France le veut. Il y a très longtemps que nous n'avons pas eu des Français aussi mobilisés autour de leur école. Nous avons pu le constater dans l'élection présidentielle. Le président de la République a fixé clairement des priorités, priorité à l'école primaire, priorité aux toutes premières années, priorité à l'accueil des enfants de deux ans, priorité aux zones défavorisées et aux territoires oubliés de la République. Les tentatives, j'en ai vu, pour opposer, dans cette élection présidentielle, par exemple les parents d'élèves aux professeurs, ont piteusement échoué. Les Français attendent que nous ayons le courage maintenant de refaire de l'école une priorité. Et c'est une des raisons pour lesquelles le président de la République, qui a fixé clairement le cap et qui s'y tiendra, quelles que soient les difficultés, a été élu au nom de la souveraineté populaire.

L'école en a besoin, la France le veut, le président de la République nous donne la chance de pouvoir le rendre possible. C'est à nous en réalité d'être à la hauteur de la tâche qui nous attend. Dans cette affaire, il s'agit de l'école mais il s'agit aussi d'une certaine idée de la France. Si nous voulons passer un contrat entre l'école et la Nation, si nous parlons de refondation républicaine de l'école, mais de refondation de la République par son école en même temps, c'est parce que l'école dans la République a toujours eu un rôle particulier. Depuis que la République française est République, depuis la Première République, c'est toujours autour et par son école qu'elle s'est construite. Lorsque l'école est attaquée, nous l'avons dit et nous l'avons redit, c'est la République qui est atteinte. Lorsque la République est blessée, c'est l'école qui est aussi immédiatement affaiblie. Cela fait deux siècles que ce mouvement est en marche. Certains ont cru et ont pu penser que l'identité nationale de la France, même républicaine, devait alors se trouver du côté du rapport aux étrangers, qu'il fallait stigmatiser les autres, qu'il fallait dresser des frontières. Ils se sont trompés. L'identité républicaine de la France, elle s'est toujours portée autour de son école, d'un projet d'émancipation, d'un projet de liberté et d'un projet de justice.

C'est cette promesse républicaine que le président de la République a mis au cœur de la campagne en demandant de faire de la jeunesse à nouveau une priorité et en fixant à l'école d'être la priorité du gouvernement pendant les cinq ans qui viennent. L'école, c'est beaucoup plus que l'école, c'est une idée républicaine de la France.

Permettez-moi, alors de préciser un peu, et il me semble qu'il y en a besoin, la méthode que je souhaite pour les mois qui viennent. La méthode, les professeurs le savent, elle est nécessaire à la recherche de la vérité, elle est nécessaire aussi sans doute à un chemin de justice que nous devons retrouver.

D'abord, et vous l'avez évoqué, Monsieur le président, d'abord la transparence, la concertation, le débat. Les Français ont droit à un grand débat sur leur école. C'est dans cet esprit que j'ai souhaité en effet la publication des rapports de l'inspection générale et je tiens d'ailleurs à rendre hommage à cette occasion au travail accompli par l'inspection générale ces dernières années. Nous avons besoin d'éclairer l'esprit des Français pour qu'ils forment leur jugement et qu'ils nous accompagnent dans les grandes réformes que nous avons à accomplir. L'école, je l'ai dit, elle n'est la propriété de personne. Les évaluations sur l'école ne sont la propriété de personne. L'école ne sera jamais un domaine réservé, elle appartient à tous. Je me réjouis d'ailleurs du sondage que Ouest-France vient de sortir ce matin sur le rapport des Français aux neuf demi-journées, et je sais le travail que vous avez fait en ce domaine. Le débat dans l'espace public, celui des adultes comme celui des élèves, ce n'est pas le désordre. Et nous avons tous à faire un chemin de l'opinion aux savoirs, il nous faut un grand et beau débat sur l'école. Il faut donner aux Français le temps de nourrir leurs convictions, de forger leur jugement et il faut alors leur permettre d'avoir accès aux études, aux faits, aux savoirs qui existent sur l'école. C'est dans cet état d'esprit aussi que j'ai arrêté les remontées des évaluations des élèves au ministère de l'Education nationale. Non pas contre l'évaluation, mais pour refonder une évaluation qui soit une évaluation qui puisse d'abord servir la pédagogie dans la classe mais qui en même temps, demain, puisse servir le pilotage du système dans la transparence et sans manipulation.

J'invite d'ailleurs, par votre intermédiaire, tous les parents de France qui doivent s'engager dans ce grand débat, à venir consulter les rapports sur le site du ministère s'ils s'interrogent sur un certain nombre de sujets essentiels : pensez à la maternelle, aux internats d'excellence, pensez aux problèmes de remplacement, etc., etc. , pensez aux problèmes de carte scolaire dont nous avons si souvent parlé ensemble.

Deuxième principe : la concertation, bien sûr, l'association de tous et le respect de chacun. J'ai assez insisté pour vous dire que j'ai souhaité, dans la période qui s'ouvre, avancer avec tout le monde dans l'écoute, dans l'échange. J'ai la conviction, je l'ai assez enseigné à des élèves, comme à des formateurs, que l'on est plus intelligent à plusieurs que tout seul, que le processus même d'acquisition du savoir comme le disait Jean Piaget, c'est d'être capable de se décentrer, d'adopter plusieurs points de vue possibles. Mais, là encore, l'intérêt général, je le dis, ne sera jamais la somme d'intérêts particuliers. Et, dans la délibération qui va commencer, dans l'écoute et le respect qui sera pour chacun au rendez-vous, notre seul guide, cela l'a été dans la préparation de la campagne, c'est dans l'esprit de l'équipe qui m'entoure, c'est le seul engagement que j'ai pris et que m'a demandé de prendre le Président de la République, ce qui guidera mon travail, ce sera toujours et d'abord l'intérêt des élèves.

Je serai le ministre des professeurs, et comment pourrait-il en être autrement. Oui, je serai le ministre des parents d'élèves et je le suis aussi. Mais je serai toujours et d'abord le ministre des élèves.

Enfin, dans cette méthode d'association, de participation, de consultation qui va débuter, il faudra aussi, je le dis et je sais qu'ici je serai compris, il faudra aussi du courage. Je me souviens de propos cités souvent de Jean Jaurès : la réalité exige son courage aussi parce qu'elle n'est pas qu'intellectuelle, elle doit se mettre en œuvre, elle doit agir. On m'a prévenu des difficultés de la tâche, je ne suis plus vraiment si jeune que cela m'aurait échappé, et un certain nombre d'anciens ministres m'ont de ce point de vue fait part de leur expérience, mais je le dis très clairement : il nous faudra avancer, il ne faudra pas nous laisser détourner, divertir, apeurer, il nous faudra garder le cap de la refondation de l'école républicaine. Si nous voulons remplir notre mission, celle que j'évoquais au début, celle que m'a confiée le président de la République en me demandant de vous associer, il nous faudra, non seulement parler ensemble – nous le ferons, mais il nous faudra agir ensemble. Et c'est cela qui sera le plus difficile, mais c'est cela qui sera le plus important.

Il se peut qu'il y ait des obstacles, peut-être même des adversaires, parfois des paresses ou des lassitudes, il nous appartiendra de les enjamber, il nous appartiendra de les vaincre, il nous appartiendra d'avancer. Transparence, débat, association, mais aussi courage et action devront guider notre action dans les mois qui viennent. De ce point de vue, je vais vous dire, Mesdames et Messieurs, vous les connaissez, de grands chantiers nous attendent. Nous n'allons pas nous y dérober. D'abord, mais très vite, des mesures pour la rentrée. Nous nous concerterons dès la communication en conseil des ministres qui aura lieu mercredi prochain pour, avec l'ensemble des partenaires, faire en sorte que la casse programmée par la droite, sur laquelle malheureusement nous n'aurons pas les moyens de revenir, loin de là, puisse être quand même affaiblie. Ensuite, ces mesures d'urgence passées pour la rentrée, un véritable travail de concertation. Et immédiatement, la nécessité de remettre en place une formation initiale et continue des enseignants à travers la création des écoles supérieures du professorat et de l'éducation. La priorité budgétaire mais aussi pédagogique, au primaire et aux territoires en difficulté. La refondation nécessaire de l'éducation prioritaire. Nous aurons aussi à agir sur ce très grand chantier que vous attendez depuis si longtemps du temps scolaire et du temps éducatif. Tout sera mis sur la table, et tout le monde sera associé : le temps de l'année, le temps de la semaine et, peut-être, nous le savons le plus important, le temps de la journée. D'autres chantiers possibles nous attendent : le métier d'enseignant, le plan art culture, la refonte absolue de notre système d'orientation et tant de sujets qui nous tiennent à cœur et qui sont au cœur de votre congrès.

Voilà, chers congressistes ce que je voulais vous dire, refonder l'école de la République, passer un nouveau contrat entre l'école et la Nation, préparer dans le respect, la concertation, la transparence, le sérieux mais aussi avec le courage de ceux qui doivent agir au service des élèves et au service de la France, la loi d'orientation et de programmation sur laquelle vous réfléchissez durant ces trois jours. C'est l'autre grande tâche pour reprendre une expression d'Edgar Quinet dans L'Enseignement du peuple, lui qui le premier avait demandé la laïcité, c'est la grande tâche qui nous attend. Nous allons la mener ensemble, nous allons d'abord nous concerter très vite, nous agirons ensuite, je vous l'ai dit, ensemble.


Vive l'école de la République, vive la France.


Source http://www.education.gouv.fr, le 4 juin 2012

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