Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à TF1 le 6 juin 2012, sur le financement de la réforme des retraites, l'objectif de l'équilibre des comptes publics en 2017, la revalorisation du SMIC, la polémique à propos de la dépénalisation du cannabis et et sa conception du rôle d'un Premier ministre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à TF1 le 6 juin 2012, sur le financement de la réforme des retraites, l'objectif de l'équilibre des comptes publics en 2017, la revalorisation du SMIC, la polémique à propos de la dépénalisation du cannabis et et sa conception du rôle d'un Premier ministre.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

ti : GILLES BOULEAU
Monsieur le Premier ministre, bonsoir.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonsoir.

GILLES BOULEAU
On l’a vu, nous en avons beaucoup parlé il y a quelques instants, cette fameuse réforme des retraites, est-ce que c’était à vos yeux la réforme qu’il fallait faire urgemment, tout de suite, trois semaines après votre arrivée à l’Hôtel Matignon ?

JEAN-MARC AYRAULT
D’abord c’est un engagement que le président de la République a pris pendant sa campagne, il est tenu. Et puis c’est une mesure de justice parce que trop de personnes qui ont commencé jeunes à travailler, qui ont souvent travaillé dur, étaient obligées de cotiser deux années de plus pour partir à la retraite alors qu’elles avaient leurs 41 années de cotisations. Donc c’est chose faite, c’est chose décidée et en même temps nous connaissons la réalité financière de nos régimes de retraite, donc c’est une mesure qui est financée et qui est équilibrée et qui après concertation avec les partenaires sociaux concerne à la fois les salariés du privé, du public, de l’agriculture et les travailleurs indépendants, donc c’est-à-dire beaucoup de catégories de Français.

GILLES BOULEAU
Il faut bien sûr parler du coût, on l’a évoqué il y a un instant avec François-Xavier PIETRI, entre trois milliards minimum, cinq milliards maximum sur cinq ans.

JEAN-MARC AYRAULT
Voilà.

GILLES BOULEAU
On a envie de vous dire est-ce bien raisonnable ? La France est déjà extrêmement endettée, le taux des prélèvements obligatoires est un des plus élevés d’Europe, avons-nous les moyens de cette réforme qui est généreuse ?

JEAN-MARC AYRAULT
Elle est financée, je viens de le dire, par une augmentation de cotisations de 0,1 pour les salariés, de…

GILLES BOULEAU
Mais à terme ?

JEAN-MARC AYRAULT
A terme, elle est financée puisque vous avez-vous-même présenté les chiffres tout à l’heure, moins élevés que prévu. Là nous avons été tout à fait responsables et surtout c’est un montant de prélèvement qui ne met pas en cause le pouvoir d’achat. Si vous prenez quelqu’un qui est payé au SMIC, c’est 1,47 euro de plus par mois, donc ce n’est pas ça qui va porter atteinte à son pouvoir d’achat. Pour quelqu’un qui est payé à 1.600 euros par mois, c’est deux euros. Donc c’est une mesure juste, c’est un engagement de campagne qui est tenu. En même temps, la question évidemment se pose, c’est l’avenir de notre système de retraite. La conférence sociale qui va s’ouvrir en juillet avec tous les partenaires traitera aussi de la négociation pour l’avenir de notre système de retraite mais qui doit être financé dans l’équité parce que vous savez qu’en 2010 la réforme qui a été votée, qui n’est pas complètement financée est surtout marquée du sceau de l’injustice.

GILLES BOULEAU
Mais aucun pays en Europe n’est revenu sur l’âge légal de départ à la retraite, est-ce que ça ne vous inquiète pas d’être un peu seul d’une certaine manière ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, nous ne sommes pas seuls parce que chaque pays, vous savez, sur ces questions des systèmes très particuliers et qui sont souvent très différents, donc il y a des mécanismes possibles. L’Allemagne avec laquelle on se compare souvent où les salariés peuvent partir tôt comme en France. Là nous avons rétabli la justice, c’est un engagement du président de la République et je crois que la confiance nait aussi en politique des engagements tenus. Et ça je pense que le président de la République y tenait beaucoup et mon rôle en tant que chef de gouvernement a été de mettre en œuvre cette mesure comme d’autres.

GILLES BOULEAU
Martine AUBRY, on l’a entendue avant-hier, pense, estime que l’on peut largement augmenter les impôts, est-ce que vous partagez cette opinion ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ce qui est très important, je tiens à vous le rappeler ici, c’est de lutter contre la dette et les déficits, donc l’objectif est celui que le président de la République a fixé et que le gouvernement va respecter dans la préparation des lois de finances dès l’été prochain, c’est d’atteindre l’objectif de l’équilibre des comptes en 2017. Et ça démarre par l’objectif de tenir les 4,5 pour 2012 et les 3% pour 2013. Ce qui implique des économies d’un côté mais aussi une réforme fiscale parce qu’aujourd’hui qui paie la facture de l’héritage ? C’est les classes moyennes, c’est les classes populaires, il y a eu trop de cadeaux fiscaux qui ont été faits, donc c’est là qu’il va falloir agir. La grande réforme fiscale que nous allons bâtir sera à la fois basée sur l’efficacité économique parce qu’il faut retrouver de la croissance puis en même temps sur la justice.

GILLES BOULEAU
Nous sommes à quatre jours des élections législatives, du premier tour, vous avez des alliés à gauche qui sont parfois un peu remuants ou exigeants. Je vous propose d’écouter tout de suite Jean-Luc MELENCHON pour le Front de gauche, c’était cet après-midi, et d’une certaine manière il vous interpelle.

GILLES BOULEAU
Ce qu’on appelle un partenaire exigeant. Par exemple, il réclame une augmentation très substantielle du SMIC.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui mais ça on le sait, ça on le sait.

GILLES BOULEAU
Est-ce que vous allez suivre ses conseils ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, vous savez bien que non.

GILLES BOULEAU
Non.

JEAN-MARC AYRAULT
Il y aura un coup de pouce au SMIC mais qui tiendra compte à la fois du rattrapage nécessaire parce que je vous rappelle que le SMIC n’a pas reçu de coup de pouce depuis quatre ans et puis par ailleurs il faut tenir compte de la réalité des entreprises, c’est ce que nous avons dit aux partenaires sociaux. Mais là j’entends une interpellation, moi je suis pour l’écoute, je suis pour le dialogue mais je suis aussi pour la cohérence politique. Le président de la République a été élu sur un projet et ma feuille de route c’est de le mettre en œuvre. Il faut pour le mettre en œuvre une majorité qui soit la majorité présidentielle, une majorité forte, une majorité cohérente, une majorité solide. Donc ce soir j’appelle de mes vœux les Français qui veulent la stabilité, qui veulent le retour de la croissance mais qui veulent aussi de la justice et qui veulent que la voix de la France pèse en Europe, elle commence à peser, pour réorienter la politique de l’Europe, qu’ils donnent au président de la République et au gouvernement une majorité large, solide et cohérente.

GILLES BOULEAU
Est-ce que le gouvernement que vous dirigez va légaliser ou dépénaliser le cannabis ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, la réponse est claire, c’est non, ça a déjà été évoqué par le candidat HOLLANDE pendant la campagne et le président de la République confirme, je confirme. Parce que si on donne un signe alors que l’augmentation de la consommation est forte, pour un problème de santé publique, il faut être très ferme et très clair, à la fois éducatif mais aussi ferme pour lutter contre les trafics et l’économie souterraine. Donc ça n’est pas à l’ordre du jour, la fermeté reste d’actualité. Alors j’ai bien vu qu’une membre du gouvernement avait donné un point de vue différent mais ce n’est pas en tant que ministre qu’elle l’a fait madame DUFLOT, elle l’a fait en tant que chef de parti. Mais là…

GILLES BOULEAU
La nuance est subtile, elle est malgré tout ministre…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, elle n’est pas subtile, elle est très claire, j’ai fixé des règles, les règles c’est que les membres du gouvernement ne peuvent pas en même temps avoir d’autres fonctions. C’est pour ça par exemple qu’on ne peut pas être à la fois ministre et patron d’un exécutif local, maire, adjoint, président, vice-président, et ça vaut aussi pour les chefs de parti. Et s’agissant de madame DUFLOT qui s’est exprimée là comme chef de parti, comme elle s’y était engagée cet engagement sera tenu parce que c’est la règle, le 23 juin prochain elle ne sera plus que ministre, c’est-à-dire au service exclusif de la mission qui est la sienne au gouvernement.

GILLES BOULEAU
Je voulais vous poser une question très personnelle, tous vos prédécesseurs sans exception, quelle que soit leur orientation politique, ont décrit votre métier, celui de Premier ministre, comme étant harassant. Vous êtes à l’Hôtel Matignon depuis trois semaines, est-ce que vous ressentez ce poids du pouvoir, des responsabilités ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je sens le poids des responsabilités mais j’ai l’habitude d’en exercer. Vous savez, quand on est maire d’une grande ville comme la ville de Nantes ou encore président d’un groupe parlementaire, j’ai l’expérience et en même temps je mesure aussi le poids de la responsabilité. Mais mon rôle c’est d’animer une équipe, de veiller à sa cohérence, de veiller à sa solidarité et veiller à ce que cette équipe soit d’abord au travail, au service des Français pour mettre en œuvre la politique que le président de la République a proposée aux Françaises et aux Français. Donc c’est un travail difficile mais j’ai constitué une très bonne équipe, un bon cabinet et je travaille avec mes ministres de façon collégiale et en même temps j’écoute, je dialogue, je décide pour que l’action se déroule concrètement pour améliorer la vie des Français et aussi redresser l’économie de notre pays.

GILLES BOULEAU
Précisément quel est votre mode de fonctionnement avec le président de la République ? J’imagine que vous ne vous considérez pas comme son collaborateur, on se souvient de la description que Nicolas SARKOZY avait faite de son Premier ministre à l’époque…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non, c’est un travail qui est basée sur la confiance et une confiance qui est très forte, que nous avons construit tous les deux depuis 15 ans. Vous savez, je connais bien François HOLLANDE, je travaille avec lui, je l’ai connu quand il était Premier secrétaire et moi-même président du groupe à l’Assemblée nationale, d’abord dans la majorité avec Lionel JOSPIN, nous avons été associés à toutes les grandes décisions, et puis ensuite nous avons cette facilité d’échange, de relation qui fait qu’on va très vite à l’essentiel. Et je peux vous dire que pour les Français, et ça c’est très important pour les Français, c’est une garantie d’efficacité, que les engagements seront tenus, que le redressement de la France dans la justice, de la réorientation de l’Europe pour la croissance et le progrès seront mis en œuvre. Ca je pense que c’est pour moi un plaisir aussi de travailler avec François HOLLANDE et je pense que ça aide aussi à réussir et réussir ce n’est pas pour nous, c’est pour la France.

GILLES BOULEAU
Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre d’avoir été notre invité ce soir sur le plateau de TF1.

JEAN-MARC AYRAULT
Merci.


Source http://www.gouvernement.fr, le 7 juin 2012

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