Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, dans "Le Journal du Dimanche" du 10 juin 2012, sur le décès de militaires français victimes d'un attentat en Afghanistan. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, dans "Le Journal du Dimanche" du 10 juin 2012, sur le décès de militaires français victimes d'un attentat en Afghanistan.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Q - Comment avez-vous vécu cette terrible nouvelle, samedi ?

R - J’ai été informé tôt samedi matin des événements qui venaient de survenir en Afghanistan. J’en ai ressenti une très profonde tristesse, d’autant plus que, lors de mon passage à Nijrab le 25 mai dernier avec le président de la République, j’avais croisé certains des jeunes gens tués samedi. Je pense en ce moment à leurs familles mais également aux blessés à qui je rendrai visite aujourd’hui ainsi qu’à tous leurs compagnons d’armes qui sont frappés par le deuil. Lorsqu’on s’en prend à des soldats, le ministre de la Défense se sent immédiatement concerné lui-même. J’ai parlé avec le président de la République qui m’a demandé de me rendre aujourd’hui en Afghanistan.

Q - Au poste que vous occupez, vous êtes l’un des mieux placés pour savoir que, tôt ou tard, vous auriez à subir cette épreuve…

R - Je me suis préparé à un tel événement lorsque je me suis rendu sur place il y a deux semaines, en me disant que nous étions là-bas dans une situation de guerre, que nos soldats y remplissaient une mission de façon exemplaire, et en sachant qu’en effet, un jour, nous aurions peut-être à déplorer d’autres morts et qu’il faudrait y faire face. C’est ce qu’a fait le président avec beaucoup de détermination hier mais c’est aussi ce qui est demandé à la nation tout entière. Qui, dans ces circonstances, fait preuve d’unité, de soutien et de respect à l’égard de ses soldats.

Q - Les militaires tués samedi ne sont pas morts au combat…

R - C’est vrai, et c’est très symbolique. Ils étaient en compagnie de 250 hommes dont des soldats afghans pour une mission à partir de notre base avancée de Nijrab et dont l’objectif était double : sécuriser un itinéraire routier, sur lequel ils ont d’ailleurs réussi à démanteler un engin explosif, et se rendre, comme ils le font régulièrement, au contact de la population. Leurs entretiens avec les anciens du village où ils se sont rendus devaient permettre d’identifier des microprojets de développement dans la vallée de la Kapisa. C’est à ce moment précis qu’un terroriste kamikaze s’est fait exploser parmi eux, tuant également des Afghans. Autrement dit, ce ne sont pas seulement les Français qui étaient visés mais leur travail sur place au service de la population locale.


Q - La dernière fois que des soldats français sont morts dans des circonstances similaires en juillet dernier, le président Sarkozy avait souhaité que ce genre de missions à l’extérieur de nos bases devienne moins fréquent.

R - Oui, mais la difficulté, c’est que, lorsqu’on a affaire à des agresseurs qui ne craignent pas pour leur vie, la prévention du risque est extrêmement difficile. Des mesures de sécurité avaient été prises l’été dernier et l’une des raisons de mon déplacement aujourd’hui est de refaire un point sur les dispositifs prévus pour ce genre de sortie.

Q - Est-il prévu, en attendant, d’annuler ou de reporter ce genre de patrouilles à l’extérieur de nos bases ?

R - Notre mission continue jusqu’à la fin 2012 avec clarté et détermination afin que les Afghans puissent alors prendre leurs responsabilités sécuritaires et retrouver leur pleine souveraineté. Pour autant, il est impératif d’être plus vigilant sur ces exigences de sécurité. Mais nous avons bien conscience de la difficulté. Il y a eu plusieurs dizaines d’attentats de ce genre contre les forces de l’OTAN. Depuis le début de l’année, on compte 125 morts dans les rangs des forces internationales. Cela demande à nos hommes du sang froid mais il n’y a pas de risque zéro lorsqu’on est en guerre.

Q - Est-ce que cet attentat contre nos troupes risque de ralentir le retrait ordonné par le président afin que nos unités combattantes quittent l’Afghanistan d’ici à la fin décembre 2012 ?

R - Ce retrait devait démarrer dès le mois prochain…Sur le fond, non, le calendrier reste le même. Nos forces combattantes auront quitté la Kapisa avant la fin de l’année, mais ce retrait doit se faire dans des conditions de sécurité car c’est le risque majeur, tant pour nos troupes que pour nos matériels dans la deuxième phase du retrait logistique au début de 2013.

Q - Vous ne craignez pas que les Français se disent que l’on s’en va parce que les conditions se dégradent et pour avoir le moins de pertes possibles ?

R - Nous sommes dans une alliance. Nous avons pris des engagements et nous les respectons. Je rappelle que l’ensemble des forces de la coalition aura quitté l’Afghanistan en 2014. La transition ne se fait pas sans risques de la même façon que la présence n’était pas sans risques. Aujourd’hui, en assistant à la levée des corps de nos soldats morts en mission et en rendant visite aux blessés, je témoignerai de la solidarité de la nation à l’égard de nos troupes engagées dans cette mission, une mission accomplie avec beaucoup de courage.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juin 2012

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