Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, à France Info le 15 juin 2012, sur les rythmes scolaires, l'allongement des vacances de la Toussaint et la lutte contre la fraude au baccalauréat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, à France Info le 15 juin 2012, sur les rythmes scolaires, l'allongement des vacances de la Toussaint et la lutte contre la fraude au baccalauréat.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti : RAPHAËLLE DUCHEMIN Dites-moi, ça fait deux fois, que vous vous faites recadrer par Jean-Marc AYRAULT, depuis que vous êtes ministre. Qu'est-ce qui se passe ? Sans mauvais jeu de mots, est-ce qu'il y a un problème de rythme entre vous et le Premier ministre ?
 
VINCENT PEILLON Non, je ne crois pas. On s'est vu hier soir, et les choses vont bien. Il faut être sur le fond. Il y a d'une part, une grande concertation qui aura lieu cet été, c'est pour préparer la grande loi de programmation et d'orientation sur l'école. Dans les sujets de cette concertation, il y a la formation des professeurs, il y a aussi, les rythmes scolaires. Là, c'est une grande ambition, c'est les rythmes sur l'année, la semaine, la journée. Et puis il y avait et c'est ça, dont on parle là, le calendrier de la rentrée.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Avec la fameuse question des vacances de la Toussaint ?
 
VINCENT PEILLON Voilà ! De la Toussaint, et donc il y a eu concertation, puisque le Conseil Supérieur de l'Education s'est prononcé et a déjà voté, début juin, en demandant cette modification, attendue par tout le monde depuis longtemps. Le premier trimestre est trop long, les vacances coupent les semaines. Et puis cette concertation va continuer, puisque j'aurais l'occasion de proposer au nom du gouvernement d'ailleurs, le 20 juin, c'est tout de suite là, un nouveau calendrier et qu'il y aura à nouveau adoption par le Conseil Supérieur, le 28.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Donc ça signifie que c'est davantage qu'une piste aujourd'hui, ces fameux jours en plus dans les vacances de la Toussaint, les 4 jours que vous avez annoncé hier ?
 
VINCENT PEILLON C'est un voeu qui a été émis par le Conseil Supérieur de l'Education. C'est-à-dire que c'est la nouveauté de ce gouvernement, le Conseil Supérieur de l'Education, il a été mis en place, les gens ne le savent pas, par Lionel JOSPIN, il y a une vingtaine d'années et on y trouve absolument toutes les personnes, toutes les associations, tous les syndicats qui contribuent à la tâche éducative.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Donc il y a déjà eu concertation sur cette question, pour vous c'est déjà tranché ?
 
VINCENT PEILLON Ce qui n'est pas tranché et qui suppose la concertation, c'est un voeu qu'a émis le Conseil Supérieur de l'Education, et la nouveauté de ce gouvernement, c'est l'inverse du précédent, ce serait quand même d'écouter et de respecter l'ensemble des acteurs sociaux. Ils ont émis ce voeu, nous avons à leur faire une proposition, ils se réunissent à nouveau le 20 et le 28, pour débattre de la proposition que j'ai pu leur faire hier, et qui leur sera renouvelée aujourd'hui, au nom du gouvernement.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Pourquoi avoir décidé d'agir aussi vite ? Et pourquoi ne pas attendre 2013/2014, comme pour les autres modifications de rythmes que vous envisagez ?
 
VINCENT PEILLON Parce que là, c'est la rentrée de septembre, et parce que les gens se disent : il faut quand même, quand il y a des absurdités, que des signes soient donnés. On ne va pas attendre, et le président de la République, au contraire, a demandé qu'on agisse vite, pour remettre par exemple, quelques enseignants devant les élèves. C'est la création des 1000 postes qui a été annoncés. On ne va pas attendre pour faire que les élèves handicapés ou en situation de handicap soient mieux accompagnés dès la rentrée ! On ne va pas attendre et le président de la République et le Premier ministre m'ont demandé d'agir, pour redonner un peu de formation aux enseignants. Il y aura des décharges de 3 heures. Là, on est dans le même cas, il fallait donner un signe fort et vous savez les calendriers scolaires se préparent à l'avance et donc j'ai aussi suspendu, le calendrier 2013/2014, car si on ne le faisait pas, les gens diraient : ils ont un discours, mais les actes sont en contradiction, avec leur discours non !
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Donc pour les parents qui nous écoutent, les 4 jours en plus à la Toussaint envisagés, on les rattrapera en fin d'année, c'est ce qui m'a semblé comprendre en tout cas, dans votre discours ?
 
VINCENT PEILLON Il n'y a jamais eu 4 jours en plus, ça fait partie aussi, mais bon il faudra peut-être, la réforme de l'Ecole pour que les gens soient précis. C'est 2 jours et demi, parce qu'on ne compte pas quand même les dimanches.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN On ne compte pas le samedi, dimanche oui.
 
VINCENT PEILLON Oui, et donc c'est quand même étonnant. Donc c'est 2 jours et demi, et ce sera à la fois, c'est la proposition qui va être faite au Conseil Supérieur de l'Education, une journée en début d'année, c'est-à-dire que là, la rentrée devait avoir lieu le mardi, au mois de septembre, elle aura lieu le lundi, c'est quand même plus logique et à la fin de l'année, puisque là encore, imaginez, les vacances scolaires commençaient un jeudi soir, eh bien elles commenceront un vendredi soir ou un samedi midi.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Alors je voudrais qu'on parle du bac, parce que c'est dans 3 jours, Vincent PEILLON, les épreuves, a-t-on appris, seront visiblement mieux encadrées, mieux sécurisées, en tout cas, cette année. C'est un des effets de l'affaire qui étaient survenus l'année dernière avec la fraude. Il y a un brouillage des centres d'examen qui est envisagé, en tout cas, des salles d'examen. Est-ce que c'est un bluff ? Parce que certains se posent la question quand même ?
 
VINCENT PEILLON Quelle question ?
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Savoir si ces salles sont vraiment sécurisées ? Si vraiment il va y avoir des brouillages, ou c'est simplement pour faire aux élèves qui seraient d'utiliser leur téléphone portable ?
 
VINCENT PEILLON Vous imaginez la puissance publique, l'intérêt général, un ministre bluffer ! Non ! C'est très mal de tricher, si on triche on est puni, et attention, je le dis à tous les élèves, c'est d'abord moralement dégradant, mais enfin c'est quand même un délit. Et c'est 5 ans d'interdiction pour repasser un examen. Donc faites très attention ! Ne faites pas ça ! Et il y a effectivement, un certain nombre de mécanismes qui sont mis en place, qui ne sont pas tous d'ordre public…
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Donc il n'y a pas que les mesures concernant les téléphones portables, c'est ce que vous êtes en train de dire ?
 
VINCENT PEILLON Il y a des mesures pour assurer, vous savez, il y a 700 000 personnes de 12 à 80 et quelques années qui vont passer le bac, je leur souhaite d'ailleurs à tous et à toutes, un très bon succès. Mais enfin, il faut ordonner un peu tout ça, 175 000 correcteurs, ça se passe dans plus de 80 pays, le baccalauréat….
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN C'est une expérimentation…
 
VINCENT PEILLON C'est une organisation considérable.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Ou c'est quelque chose qui est d'ores et déjà généralisée, cette affaire concernant les téléphones portables ?
 
VINCENT PEILLON Ecoutez, il n'y a aucune raison de vous tenir exactement informée d'un dispositif de sécurité et de prévention, car il risquerait d'être moins opérationnel. Mais ce que je peux dire, et chacun le comprendra, c'est que d'abord, il y a toujours eu des fraudes, ne nous trompons pas ! Mais il y aura des sanctions, et il y a une évolution des nouvelles technologies, et donc on s'arme de telle sorte qu'on puisse lutter contre. Mais enfin, ne soyons pas que dans le punitif ou le répressif, c'est une très belle épreuve, beaucoup de gens y vont peut-être l'estomac un peu noué, souhaitons-leur bon courage !
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Vous vous êtes fixé, vous, ministre de l'Education nationale, un objectif chiffré pour la réussite au bac cette année ?
 
VINCENT PEILLON Non ! Mais enfin, je vois que la réussite est bonne. On a une augmentation grâce aux bacheliers technologiques et mon souci de ministre est plutôt pour ceux qui passent le bac, leur réussite dans les années qui suivent.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Alors le bac pour les élèves de Terminale, c'est lundi. Pour les politiques, l'examen c'est un peu avant, ce sera dimanche. Vous pensez aujourd'hui, pouvoir comme le dit le sondage Ipsos-Logica Business Consulting pour FRANCE INFO, FRANCE TELEVISIONS et LE MONDE, remporter la majorité absolue ? Le PS tout seul ?
 
VINCENT PEILLON Ecoutez, je ne sais pas. Je ne suis pas prophète, mais je pense que nous avons besoin d'une majorité large et cohérente. On évoquait les turbulences internationales, elles ne vont pas cesser. Le redressement éducatif, il est indispensable. Je vois la situation de l'emploi. Le gouvernement est au travail, le président de la République aussi, nous n'avons pas de temps à perdre, nous avons besoin de cohérence et d'une majorité large. Je vois aussi, l'attitude de la droite, je la trouve délétère, et j'entends depuis dimanche des choses qui sont choquantes. Lorsque je vois que toute la droite fait une campagne sur une équivalence entre le Parti communisme, le Front de gauche et le Front national, je dis attention ! Les grandes démissions commencent par la confusion intellectuelle et la perte de mémoire. Le Parti communiste en France, c'est le parti des fusillés. Le Général de GAULLE a gouverné avec les communistes. Ils n'ont jamais été de ceux qui abaissent la République. Ils ont sacrifié leurs vies souvent pour la sauver. Et je vois que sur les plateaux, on fait une équivalence que seule l'extrême droite faisait dans notre pays. Je dis à la droite républicaine : attention ! Et je dis aussi, à ceux qui les interrogent, de temps en temps, posez les bonnes questions et rappeler quand même notre histoire.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Est-ce que vous pensez, Vincent PEILLON que l'affaire du tweet peut avoir des conséquences sur le scrutin qui va se tenir dimanche ?
 
VINCENT PEILLON Je ne le crois pas. Ça n'a aucune importante, je pense qu'on ferait mieux de parler de ce que je viens de dire. C'est beaucoup plus important dans l'état de décomposition d'un pays. Quand on commence à méconnaître sa propre histoire et à confondre toutes les valeurs, que de commenter en permanence et de façon abusive, des évènements qui sont quand même secondaires.
 
RAPHAËLLE DUCHEMIN Est-ce qu'il n'y a pas, et ce sera ma dernière question, un peu trop de prudence dans les décisions qui sont annoncées par le gouvernement ? On entend beaucoup, on le disait dès le début de cette émission, on parlait justement de concertation, pour annoncer les décisions qui sont prises par le gouvernement. Est-ce que ce n'est pas un réflexe justement pour ne pas faire ce que vous avez reproché ou pour ne pas tomber dans un piège comme celui de la TVA sociale pour la droite ?
 
VINCENT PEILLON D'abord la concertation c'est quand même important d'impliquer tous les Français dans leur vie politique. Et donc ne pas mépriser les corps intermédiaires comme c'était le cas. Et c'est pour ça d'ailleurs que personnellement, je m'y attache considérablement. Ceci étant dit, beaucoup de décisions ont été prises, la loi sur le harcèlement sexuel, la limitation du salaire des patrons du public, le retour à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. Les mesures sur l'Education nationale, donc le gouvernement est au travail, et il prend des décisions mais il doit les prendre avec tous les Français, et en respectant tous les Français.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 15 juin 2012

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