Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 9 mai 2012, sur les raisons de la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et la perspective d'une cohabitation à l'issue des élections législatives. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 9 mai 2012, sur les raisons de la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et la perspective d'une cohabitation à l'issue des élections législatives.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

Circonstances : Election de François Hollande comme président de la République le 6 mai 2012

ti : JEAN-MICHEL APHATIE Vous allez participer tout à l'heure au dernier Conseil des ministres, présidé par Nicolas SARKOZY. Quel est votre état d’esprit ?
 
CLAUDE GUEANT C'est un moment particulièrement émouvant, bien entendu, parce que le Conseil des ministres est le lieu où se prennent les grandes décisions, où s’arrêtent les projets de loi, par exemple, et chaque Conseil des ministres est émaillé, de la part du président, de considérations, tout à fait passionnantes, d’ailleurs, sur sa vision du monde de la France, et ce sera l’occasion de se remémorer tout ce qui a été fait, qui est considérable, parce que depuis 5 ans, il y a eu énormément de réformes, mais le mot réforme est un peu galvaudé et je préfèrerais dire énormément de mesures d’adaptation au monde moderne, et je pense que l’histoire en fera crédit à Nicolas SARKOZY.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Terminer sur un échec, c'est difficile ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien, évidemment, d’autant que j’ai un rôle particulièrement délicat, ce matin, puisque je vais avoir la tâche douloureuse de présenter le résultat des élections présidentielles. C’est vrai, ceci dit le président a fait une magnifique campagne, il faut savoir que par rapport au stock de droite qui était rassemblé a premier tour, il a gagné 21 points entre les deux tours, je crois que ça montre la pugnacité qui a été la sienne et sa force de persuasion à l’égard de l’opinion.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais c'est un échec, pourquoi cet échec Claude GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT Mais c'est un échec, parce que c'est la règle démocratique comme ça. Si vous voulez mon interprétation...
 
JEAN-MICHEL APHATIE Oui, c'est ce que je veux.
 
CLAUDE GUEANT C'est que... Mon interprétation, c'est que, dans la crise, et nous ne sommes pas sortis de la crise, et les Français ont vécu la crise, quand il y a un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, un gouvernement sortant ne peut pas gagner les élections, et c'est ce que nous avons observé partout en Europe.
 
JEAN-MICHEL APHATIE La personnalité de Nicolas SARKOZY est en cause, on l’a décrit comme trop clivant, on a parlé d’erreur de comportement, d’un début de quinquennat manqué. C'est aussi dans la facture, tout cela, Claude GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT C'est vrai que Nicolas SARKOZY est moins aimé, ou était moins aimé, au moment de l’élection, qu’il ne l’était au début de son quinquennat, lorsqu’il a été élu en 2007, c'est vrai qu’il a commis quelques erreurs, les Français restent attachés à une conception très monarchique, très formelle, du rôle du président de la République, c'est quelqu’un qui est profondément moderne, qui a voulu dépoussiérer l’institution, vivre comme les autres, se comporter comme les autres, et c’était sans doute prématuré.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Depuis la défaite de dimanche soir, vous avez sans doute eu l’occasion de parler avec Nicolas SARKOZY.
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Qu’est-ce qui l’emporte, chez lui ? La tristesse d’avoir perdu, une forme de peur devant l’inactivité qui l’attend...
 
CLAUDE GUEANT Non, je pense...
 
JEAN-MICHEL APHATIE ... de soulagement, disent certains ?
 
CLAUDE GUEANT Non, je n’ai pas du tout cette impression de soulagement. Bon, c'est vrai que je sens qu’il est triste, bien qu’il n’exprime pas de sentiment de cette nature, mais je crois qu’il a le sentiment du devoir accompli, la conviction de s’être bien battu, d’avoir porté ses idées, et par conséquent, c'est une vraie sérénité qui l’habite.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Pas la peur du vide ?
 
CLAUDE GUEANT Elle n'est pas perceptible.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Elle peut exister.
 
CLAUDE GUEANT Elle peut exister, parce que c'est quelqu’un que je connais bien, il accepte de se reposer trois jours, mais enfin, au bout de trois jours, il bouillonne et il a envie de faire plein de choses. Ceci dit, il n’y a pas que la politique dans la vie, il a dit qu’il prendrait du champ par rapport à la vie politique, qu’il resterait partie de sa famille, mais sans chercher à conquérir un autre mandat ni à jouer un rôle actif, et je pense qu’il y a bien d’autres choses, voyager, lire, rencontrer des gens, parler, exercer un métier peut-être, ça occupe son homme, ainsi.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Croyez-vous à un retrait temporaire ou définitif, de l’activité politique pour Nicolas SARKOZY ?
 
CLAUDE GUEANT Il a dit clairement qu’il resterait dans la famille, c'est-à-dire qu’il participerait à des réunions, mais pas avant la rentrée, après l’été, mais enfin il ne jouera pas de rôle actif. Je crois qu’il est absolument déterminé à cet égard. Je le regrette pour ma part, mais c'est ainsi.
 
JEAN-MICHEL APHATIE C'est-à-dire que, ce matin, Claude GUEANT, vous diriez plutôt que Nicolas SARKOZY va se retirer à peu près définitivement de la vie politique.
 
CLAUDE GUEANT Je pense, oui, je pense.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et vous le regrettez un peu.
 
CLAUDE GUEANT Et je le regrette.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et il n’y a pas de solution.
 
CLAUDE GUEANT Mais non, puisque c'est sa décision à lui. Non, je pense qu’il aurait encore beaucoup à apporter à notre famille, compte tenu de son expérience, qui est considérable, à apporter à notre famille, à la réflexion de la famille, parce qu’il sent bien la société française, avec toutes ses fibres, puisqu’il a sillonné la France, rencontré des centaines de milliers de Français au cours de ces années, mais enfin, c'est son choix. Il veut tourner la page.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Nous sommes le 9 mai 2012, ce qui est devant nous, Claude GUEANT, ce sont des élections législatives.
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Nicolas SARKOZY a un successeur à l’UMP, aujourd'hui ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien, il y a un patron à l’UMP, Jean-François COPE est le secrétaire général, Nicolas SARKOZY ... était le président, mais il n’a pas été remplacé dans son poste de président, et il va mener pour l’UMP, la bataille aux législatives. Il y a eu un bureau politique dès lundi, il y en a un autre jeudi matin, qui sera précédé d’un comité stratégique pour actualiser un tout petit peu, sans doute, le programme présidentiel, et c'est sur ce programme que nous irons à la bataille des législatives.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Dans les faits, Jean-François COPE aujourd'hui est le successeur de Nicolas SARKOZY, on peut le dire comme ça.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, aujourd'hui, Jean-François COPE est à la tête de l’UMP, personne ne lui conteste son rôle, le bureau politique qui s’est tenu lundi, était parfaitement unitaire, nous irons, unis, sur un même programme.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Si l’UMP gagne les élections législatives, c'est Jean-François COPE qui devient le chef du gouvernement.
 
CLAUDE GUEANT Ça, je ne sais pas...
 
JEAN-MICHEL APHATIE C'est ça la question de la succession !
 
CLAUDE GUEANT Non non mais... oui oui, enfin, je ne peux pas lire dans le marc de café, d’autant que j’appelle l’attention sur le fait que c'est le président de la République qui choisit le Premier ministre, même si dans un cas de cohabitation, que vous évoquez, il faut bien sûr un dialogue entre le président et la majorité.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Elections législatives 10/17 juin.
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Une cohabitation, c'est souhaitable pour le pays, ou pas ?
 
CLAUDE GUEANT Bon, moi je pense que, institutionnellement, au regard de ce qui fonde la Vème République, ce n'est pas logique, mais il n’empêche que, très franchement, je crois que ce serait bien pour la France, que la majorit?? sortante puisse appliquer son programme, plutôt que ce soit le Parti socialiste qui applique son programme. Nous ne pouvons pas aller à nouveau vers la dépense publique, vers les déficits, vers les impôts, vers les diminutions de compétitivité.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais, cela, vous l’avez expliqué...
CLAUDE GUEANT Donc, pour l’intérêt de la France... pour l’intérêt de la France, je pense que ce serait bien que la majorité sortante reste à l’Assemblée nationale, la majorité.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Cela, vous l’avez expliqué à l’occasion de l’élection présidentielle, aux citoyens, qui ne vous ont pas suivi.
 
CLAUDE GUEANT Oui, bien sûr. Mais enfin...
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc, ce serait paradoxal qu’ils vous suivent maintenant.
 
CLAUDE GUEANT Mais, écoutez, le citoyen peut changer d’avis en l’espace de quelques semaines, nous aurons aussi, le citoyen aura l’occasion de se faire une appréciation sur les quelques semaines de gouvernement de monsieur HOLLANDE.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes, vous-même, Claude GUEANT, candidat aux élections législatives à Boulogne...
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et vous figurez, c'est Bruno GOLLNISCH, le numéro 2 du Front national, qui l’a rendu public hier, sur une liste de personnalités, que le Front national désire voir battues. Vous figurez sur cette liste parce qu’ici même, le 24 avril, vous avez dit qu’en cas de duel aux élections législatives, au 2ème tour, entre un candidat du Front national et un candidat du Parti socialiste, vous ne voteriez jamais, avez-vous dit, pour le candidat du Front national. Maintenez-vous cela, ce matin, Claude GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT Oui, je maintiens cela, effectivement, ce qui me permet d'ailleurs de dire que, ce que j’ai dit, c'est exactement ce que vous venez de rappeler, Jean-Michel APHATIE, et je n’ai pas dit que je voterais pour le candidat socialiste non plus, hein, mais je...
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais vous avez dit « je ne voterai jamais pour un candidat du Front national ».
 
CLAUDE GUEANT Vous me permettrez de remarquer que, faire des listes, que monsieur GOLLNISCH qualifie de « listes noires », dans une démocratie comme la nôtre, c'est quand même quelque chose d’inquiétant.
 
JEAN-MICHEL APHATIE C'est pas républicain.
 
CLAUDE GUEANT Je trouve que c'est inquiétant.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes triste ce matin ?
 
CLAUDE GUEANT Oui, bien sûr, bien sûr, oui, c'est une époque qui a été absolument passionnante, autour de Nicolas SARKOZY nous avons tous la conviction que nous avons fait beaucoup, pour adapter la France au XXIème siècle, elle avait besoin de l’être, elle a besoin de l’être encore, ne serait-ce que parce que le monde bouge très vite, il faut toujours s’adapter, donc nous sommes tristes d’abandonner une oeuvre qui n’est pas achevée, c'est vrai.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais c'est la loi de la démocratie.
 
CLAUDE GUEANT Mais c'est la loi de la démocratie.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 22 juin 2012

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