Interview de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "Le Monde" du 2 août 2012, sur l'avenir de l'industrie spatiale européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "Le Monde" du 2 août 2012, sur l'avenir de l'industrie spatiale européenne.

Personnalité, fonction : FIORASO Geneviève.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : Q - Comment évolue le dossier ?

R - Lorsque j'ai pris mes fonctions le 18 juin, le plus étonnant a été de constater que peu avait été fait pour réunir autour d'une même table tous les acteurs concernés afin de dégager une position commune. Cela n'avait pas été anticipé. Or nous sommes à quelques mois d'une décision majeure qui engage l'avenir de l'industrie spatiale, une des réussites de l'Europe. J'ai rencontré tous les intervenants et leur ai demandé de se réunir dès la fin du mois d'août pour dégager ensemble une position française avant la réunion de concertation informelle prévue le 22 septembre avec l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et le Luxembourg pour préparer la réunion ministérielle de l'Agence spatiale européenne (ESA) de novembre.

Q - Quel est votre sentiment ?

R - Tout le monde s'accorde à dire qu'il faut un nouveau lanceur, mais il faut trouver le chemin pour y arriver. Il s'agit de savoir combien de temps durera la transition. Préférant limiter les risques, les industriels veulent une phase intermédiaire de quelques années passant par Ariane 5 ME avant de lancer Ariane 6. Les agences comme le Centre national d'études spatiales (CNES) ou l'ESA souhaitent lancer rapidement Ariane 6 pour répondre à l'évolution du marché. Je comprends qu'un certain nombre de fabricants redoutent avec cette évolution vers Ariane 6 une prise de risque technologique trop importante. Il est logique que l'État les entende et veille à l'emploi. Il est compréhensible que les agences demandent d'aller plus vite vers des lanceurs plus simples. Il est souhaitable que la filière ne soit pas en difficulté face à la montée en puissance des concurrents des États-Unis, de Chine, de Russie et, pourquoi pas, d'Inde. La décision devra concilier une cohérence technologique, économique, le tout sur fond d'emploi et de maintien de plan de charge pour les entreprises européennes. Nous prendrons l'avis des opérateurs de satellites, clients de ces lanceurs.

Q - Avez-vous des scénarios ?

R - Oui, et l'un d'entre eux repose sur une proposition de compromis faite par l'ESA le 13 juillet. Elle suggère d'acter le projet Ariane 6 et de discuter avec les industriels pendant dix-huit mois. L'idée est d'identifier les développements nécessaires pour gérer la phase de transition. C'est un pas vers la convergence.

Q - La France joue un rôle majeur dans le choix européen. Peut-on imaginer un report de la décision de novembre ?

R - Ce ne sera pas de mon fait, car nous connaissons toutes les contraintes, qu'elles soient technologiques ou financières. Nous n'attendons aucun élément nouveau. Il est de notre responsabilité de décider.

Q - Vous admirez l'un de vos prédécesseurs, Hubert Curien. Confronté voici vingt ans au même choix, il avait décidé de passer directement d'Ariane 4 à Ariane 5. Est-ce un signe ?

R - Ne faites aucune transposition. De plus, c'est une décision que je ne prendrai pas seule. Elle sera le fruit d'une concertation.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 août 2012

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