Conférence de presse de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur la rentrée scolaire, le recrutement de 1000 professeurs des écoles et la réforme de la formation des enseignants, Paris le 29 août 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur la rentrée scolaire, le recrutement de 1000 professeurs des écoles et la réforme de la formation des enseignants, Paris le 29 août 2012.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Conférence de presse pour la rentrée scolaire à Paris le 29 août 2012

ti : Merci à tous d'avoir répondu à notre invitation pour cette conférence de presse de rentrée, qui est un rituel, mais un rituel tout à fait légitime. Nous avons une rentrée qui est particulière. D'abord parce que pour nous, c'est la première rentrée. Ensuite parce qu'elle est à la fois une rentrée qui a été préparée par nos prédécesseurs, avec les difficultés qui étaient celles des années précédentes et évidemment les tensions liées aux suppressions de postes, et en même temps une rentrée dans laquelle nous voulions marquer la nouvelle orientation de la majorité élue, du Président de la République, et donc la priorité à l'École.

Nous allons accueillir dans quelques jours - cela a en réalité commencé puisque certains ont déjà fait leur rentrée - plus de 12 millions d'élèves. Nous mobilisons près d'un million de personnels, dont au moins 850 000 professeurs. Nous avons évidemment dû compter sur la mobilisation - j'ai eu l'occasion de la saluer et je le fais encore - de tous les personnels de l'éducation nationale, pour que cette rentrée se passe au mieux. Et je crois, je l'ai dit, que le dévouement, le professionnalisme, le sens du service public de nos fonctionnaires de l'éducation nationale vont permettre que cette rentrée se passe sous les meilleurs auspices, et donc qu'il y ait des professeurs et des élèves affectés dans les classes, au mieux de leurs désirs et des choix des uns et des autres.

C'est la première rentrée du changement. J'ai été un peu étonné, mais c'est normal, que l'on ait l'impression que peu de choses s'étaient produites. Car pour l'École, priorité de ce gouvernement, priorité du quinquennat, beaucoup de choses se sont produites depuis notre arrivée. Elles se sont produites à plusieurs niveaux. À un premier niveau, qui est celui des mesures qui ont été prises dans le cadre du collectif budgétaire de juillet et qui ont marqué plus qu'une inflexion, une véritable rupture avec ce qui a été la politique conduite ces dernières années.

Nous avons, je vous le rappelle,- et les choses se sont en plus bien passées sur le terrain et ont été bien accueillies - recruté 1 000 professeurs des écoles supplémentaires, pour que plusieurs centaines de classes ne soient pas fermées, et en essayant, - car ce n'était évidemment pas chose simple, et là encore, nos recteurs, nos directeurs académiques ont dû faire un travail l'orfèvre avec l'inspection - d'ajuster les postes là où on en avait le plus besoin : 1 000 postes de professeurs des écoles, par listes complémentaires sur des concours qui étaient déjà engagés ; 280 professeurs du secondaire ; 100 conseillers principaux d'éducation ; 2 000 assistants d'éducation ; 1 500 auxiliaires de vie scolaire individualisés pour l'accompagnement des enfants handicapés.

La priorité à l'École a été affirmée, et comme vous êtes d'éminents spécialistes, vous avez pu observer, à la lecture du collectif budgétaire, que le seul budget, dans la contrainte budgétaire globale qui est celle de l'État français et de la France aujourd'hui, qui a été augmenté lors de ce collectif budgétaire est bien, selon les engagements du Président de la République, le budget de l'éducation nationale.

En même temps, nous avons, vous le savez, préparé la loi de finances pour trois ans, qui sera annoncée fin septembre. Et nous avons mis en œuvre, là aussi, les priorités qui étaient celles du Président de la République, notamment le renouvellement des fonctionnaires qui partent à la retraite. Et j'ai vu qu'il y avait des surprises par rapport à l'annonce, qui n'en était pas une, en début de semaine, sur le nombre des postes qui seraient intégralement reconduits, les 22 000.

Et puis il y aura aussi - nous y travaillons - d'autres postes, en particulier destinés à cette priorité qui est la nôtre, la remise en place d'une formation des enseignants, à travers un véhicule nouveau, qui ne sera pas, comme j'ai pu le lire, ni les écoles normales, ni les IUFM, mais véritablement un véhicule nouveau : les écoles supérieures du professorat et de l'éducation. Et avec une entrée progressive dans le métier : le retour à une année de stage véritable.

Je tiens à saluer vraiment - j'ai eu l'occasion de le faire dans mes déplacements, j'ai tenu à le faire à Versailles et à Créteil - le travail des personnels.

Nous avons dès cette année réussi à remettre en place une trop modeste - mais enfin, c'est déjà ça - formation pour les nouveaux stagiaires, avec la décharge de trois heures dans le secondaire, et avec l'accompagnement nécessaire pour l'école élémentaire.

En même temps, parce que l'École, ce ne sont pas que des moyens, ce sont des finalités, ce sont des objectifs, c'est de la pédagogie, nous avons pris, vous le savez, un certain nombre de décisions, certaines étaient dans la lettre que nous avions adressée, avec George Pau-Langevin, aux personnels. Certaines étaient attendues, mais marquent nos priorités, et sont en cohérence avec ce que nous allons faire. Ce sont les instructions que j'ai données pour qu'on accueille à nouveau les enfants de moins de trois ans. Ce sont les instructions données pour que l'on mette au cours préparatoire des professeurs expérimentés. C'est le retour sur le décret, controversé, qui concernait l'évaluation des professeurs. C'est la suppression du dispositif de sortie précoce du collège, DIMA. C'est un certain nombre de mesures pédagogiques qui ont été, au fur et à mesure des semaines, indiquées soit directement aux recteurs et aux personnels, soit par des circulaires ou par des décrets.

En même temps, nous avons lancé, comme nous nous y étions engagés, la refondation de l'École de la République, à travers une grande concertation. Celle-ci a permis de mobiliser, d'abord au niveau national, plusieurs centaines de personnalités, les organisations représentatives des professeurs et des différents personnels, mais aussi toute la société civile dans ses différentes composantes : les parents d'élèves, les pouvoirs économiques, les chercheurs, tous ceux qui s'intéressent et qui veulent porter avec nous cette refondation de l'École.

Ce mois-ci, cette concertation se poursuit à travers la multiplicité de ses groupes de travail. Et elle se déconcentre, c'est-à-dire qu'un certain nombre d'initiatives ont lieu dans les académies, pilotées à la fois par les collectivités locales et les recteurs.

Elle donnera lieu, je le rappelle, à la remise d'un rapport début octobre.

C'est sur la base de ce rapport que nous allons préparer la loi d'orientation et de programmation que nous soumettrons au Parlement à la fin novembre.

Nous avons aussi déjà modifié un peu - et ce n'est pas simple à faire savoir, il y a des inquiétudes ces derniers jours, je l'ai vu - le temps scolaire, dans la mesure où nous avons modifié les vacances de la Toussaint, qui feront deux semaines.

Je tiens à l'indiquer : cela a été fait par une revivification, d'ailleurs normale, de la concertation sociale, et avec un vote du conseil supérieur de l'éducation.

Cela faisait longtemps, il faut chercher très loin dans le temps pour voir un vote positif sur une mesure de cette nature, associant tout le monde.

En même temps, nous avons été obligés, parce que c'est un véhicule législatif porté par le ministère de l'emploi, d'aller plus vite sur ce que nous avions annoncé concernant les emplois d'avenir.

Je tiens à le redire, et d'une certaine façon, je vous le demande : comprenez qu'il n'y a pas de crise de vocations dans ce pays. La vocation, c'est l'appel. Quand on dit qu'il y a une crise de vocation, ça veut dire : les jeunes ne veulent pas. Ils ne veulent pas devenir professeurs. Ils n'ont peut-être même pas envie de travailler... Ce ne sont pas eux les responsables de la situation. Il y a énormément de jeunes qui ont envie de s'engager, qui ont envie de faire ce métier, mais les conditions qui leur ont été proposées ces dernières années à travers la réforme de la mastérisation - pas la mastérisation en soi, mais tout ce qui l'accompagnait - a pu décourager énormément de jeunes. Il est extrêmement important de ne pas confondre la crise du recrutement, qui est notre responsabilité, et la crise des vocations, pour ne pas faire peser sur la jeunesse de France ce qui revient à la responsabilité des adultes, et en particulier des responsables politiques.

De ce point de vue, nous avons mis en place plus vite que prévu ce mécanisme des emplois d'avenir professeurs, qui permettront dès le mois de janvier à 6 000 étudiants de deuxième année d'université se destinant au métier de professeur de poursuivre leurs études dans des conditions qui leur permettront précisément de réaliser leur vocation. Ces contrats seront renouvelables trois ans, L2, L3, M1.

Ces contrats seront liés à un engagement à passer les concours du professorat. Ces contrats permettront une professionnalisation progressive dans le cadre, qui se créera, des écoles supérieures du professorat et de l'éducation, et en même temps une immersion, déjà, sur le terrain. Et je le dis parce que je l'ai lu : aucun étudiant qui sera dans ce dispositif ne viendra, par son travail, se substituer à des tâches normalement assumées par les enseignants. Il n'en est absolument pas question. Il ne s'agit pas d'un mécanisme obscur pour organiser du remplacement qu'on ne pourrait pas faire autrement. Non, il s'agit d'encourager des étudiants, qui sinon ne pourraient pas le faire, à réaliser leur vocation et à progressivement se professionnaliser.

C'est destiné, vous le savez, en priorité à des étudiants qui sont des boursiers, et le montant de ces contrats sera en moyenne - puisque ça varie selon le montant des bourses sociales initiales, ça peut être plus élevé - de 900 euros mensuels, non pas sur dix mois, mais sur douze mois - je le précise pour ceux qui connaissent les systèmes de bourse.

Ce dispositif va donc monter en puissance au fur et à mesure du temps, et nous le pilotons avec le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Le conseil des ministres de ce matin, dont je reviens, a adopté le projet de loi. Vous savez que cette loi sera débattue lors de la session extraordinaire avancée au 11 septembre, donc très rapidement. Nous allons donc engager dans les jours qui viennent, avec l'ensemble des partenaires sociaux, la discussion, pour permettre de préciser la nature des recrutements, ce qui sera exigé pour les élèves à l'intérieur des établissements, et puis la progression qui doit avoir lieu entre L2 et M1.

Voilà pour tous ces changements, qui montrent qu'en quelques mois, nous n'avons pas chômé, et que déjà, à la fois dans l'orientation concernant les moyens - oui, c'est la priorité, oui, elle est affirmée, elle est réaffirmée, elle a été dans le collectif budgétaire, elle sera dans le projet de loi de finances - et en même temps, dans l'esprit que nous portons, dans la réforme pédagogique qui nous habite, un certain nombre de décisions ont été prises.

Nous avons des rendez-vous très importants à partir de la remise du rapport et dans le cadre de la préparation de la loi. Nous voulons et nous restons sur l'idée d'une refondation. Il s'agit bien des fondements de l'École républicaine. Et nous voulons associer l'ensemble de la Nation à cette priorité.

Le Premier ministre, dès demain et encore la semaine prochaine, le Président de la République lundi, auront l'occasion de nous accompagner, pour, dans cette rentrée, faire valoir qu'il s'agit bien là de la priorité du gouvernement. Et tout au long du mois de septembre et du mois d'octobre, je me rendrai dans un certain nombre d'établissements, accompagné d'autres ministres, car tout le monde doit se rassembler autour de l'École. Ving-deux ministères sont impliqués, vous le savez, dans la concertation, pour que les uns et les autres, que ce soit le redressement productif, que ce soit l'Internet, que ce soit les quartiers sensibles, soient associés au travail que nous sommes en train d'accomplir.

En même temps, j'en ai profondément conscience, j'ai eu l'occasion d'en parler avec les uns ou les autres à plusieurs reprises, la loi d'orientation et de programmation, qui sera très importante, ne sera pas le dernier mot, bien entendu, de la refondation de l'École. Le temps de l'École publique, le temps de l'action publique véritable, c'est un temps long, ce sera une étape, ce sera un signal, ça débloquera et ça tracera beaucoup de perspectives, mais en même temps, nous agirons dans la durée totale du quinquennat en maintenant la priorité à l'École, et progressivement, les fondations étant posées, nous construirons cette nouvelle maison de la République autour de notre École.

Je vais passer la parole à George Pau-Langevin, qui, sur ces sujets spécifiques de réussite éducative, va vous dire quelques mots, et je répondrai avec le plus grand plaisir à vos questions après. Je suis sûr qu'elles ne vont pas manquer.


Source http://www.education.gouv.fr, le 11 septembre 2012

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