Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à RTL le 19 septembre 2012, notamment sur le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), la tarification progressive du gaz et de l'électricité, le financement de la dépendance, les projets de réforme sociétale, le droit de vote des étrangers, la sécurité et la réforme de l'action publique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à RTL le 19 septembre 2012, notamment sur le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), la tarification progressive du gaz et de l'électricité, le financement de la dépendance, les projets de réforme sociétale, le droit de vote des étrangers, la sécurité et la réforme de l'action publique.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
L’hebdomadaire CHARLIE HEBDO publie ce matin des caricatures de Mahomet, de quoi s’agit-il selon vous, illustration de la liberté d’expression ou provocation malvenue ?

JEAN-MARC AYRAULT
Nous sommes dans un pays où la liberté d’expression est garantie, la liberté de caricature aussi. Ça existe…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc on peut tout faire ?

JEAN-MARC AYRAULT Non, mais chacun doit exercer cette liberté avec responsabilité et
respect, mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et là, en l’occurrence ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, si vraiment des personnes se sentent heurtées dans leurs convictions et pensent qu’il y a eu dépassement du droit, nous sommes dans un Etat de droit, et que cet Etat de droit doit être totalement respecté, elles peuvent saisir les tribunaux, ça s’est déjà produit concernant aussi cet hebdomadaire. Après, il y a des éléments de contexte, c’est la responsabilité de ceux qui dirigent ce journal de décider de faire ou ne pas faire, je comprends que certaines personnes peuvent être heurtées dans leur sensibilité, mais nous sommes dans un Etat laïque, un Etat républicain, et c’est un Etat de droit, je tiens, ici, à le rappeler.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous redoutez les conséquences ?

ALAIN DUHAMEL
Oui, justement, il y a des réseaux sociaux qui appellent samedi prochain à de nouvelles manifestations islamistes, comment est-ce que vous allez faire pour les empêcher ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ces manifestations ne sont pas autorisées.

ALAIN DUHAMEL
Alors, qu’est-ce que vous faites… ?

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien, vous savez…

ALAIN DUHAMEL
… Des questions qui donnent plusieurs points de rassemblement à Paris, en province…

JEAN-MARC AYRAULT
Vendredi dernier, la préfecture de police de Paris avait, sur Internet, été informée d’appels, bon, mais qui n’étaient pas revendiqués collectivement, c’étaient des appels individuels à venir se rassembler à tel ou tel endroit et notamment devant l’ambassade américaine. Toutes les précautions ont été prises par la police, il n’y a eu aucune violence à l’égard de l’ambassade américaine. Mais ça a été très ferme de la part de la police, mais là, il y a un renforcement de l’organisation policière. Et en tout état de cause, une déclaration de manifester a été déposée, cette déclaration sera suivie d’une interdiction. Il n’y a pas de raison que, on laisse dans notre pays venir des conflits qui ne concernent pas la France. Nous sommes dans une République qui n’a pas du tout l’intention de se laisser intimider par qui que ce soit autour de ces valeurs. Donc c’est très clair, nous ne tolérerons pas de débordements. Je note d’ailleurs que les responsables du Culte musulman ont réagi avec un grand esprit de responsabilité et de modération, et je tiens à saluer leur initiative, ce sont des groupes minoritaires qui veulent exploiter des situations, et je tiens à dire que la République ne se laissera pas faire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le Conseil des ministres adoptera ce matin, Jean-Marc AYRAULT, le nouveau traité européen, qui limite strictement les possibilités de déficit pour un Etat. Les adversaires de ce traité parlent d’austérité permanente. Que répondez-vous ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais ce n’est pas la réalité, ce n’est pas la réalité, ce que François HOLLANDE s’est engagé à faire pendant la campagne des élections présidentielles, c’est la réorientation de l’Europe, dans le sens de la croissance. Cette réorientation est en marche, j’étais hier à Bruxelles, j’ai rencontré le président de la Commission, monsieur BARROSO, à l’évidence, les lignes ont bougé en Europe, et tout le monde s’accorde à dire que l’élection de François HOLLANDE a changé les choses. Il y avait un traité qui avait pour objectif l’équilibre budgétaire dans tous les pays de la zone euro à l’horizon 2017.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il n’a pas changé ce traité.

JEAN-MARC AYRAULT
Non, mais il a été complété…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en convenez…

JEAN-MARC AYRAULT
Il a été complété par ce qui est essentiel, c’est que, il n’y a pas simplement une perspective d’équilibre budgétaire, qui est de toute façon nécessaire, et j’y reviendrai si vous voulez concernant la France, mais il y a aussi maintenant un pacte de croissance, certains le trouvent insuffisant, mais il existe, s’il n’y avait pas eu l’élection de François HOLLANDE, il n’y aurait rien eu, il y a l’union bancaire qui est en marche, qui fera l’objet d’ailleurs de concrétisation lors du prochain Conseil européen des 16 et 17 octobre. La supervision des banques par la Banque centrale, et c’est très important que les banques ne fassent pas ce qu’elles veulent, on sait les dégâts que ça a fait, et ça, c’est en marche. La taxe sur les transactions financières, nous nous battons depuis des années, depuis quinze ans, la gauche se bat partout, y compris la gauche qui est hostile au traité, eh bien, nous l’avons obtenue. Alors, est-ce que maintenant, nous avons terminé ce que nous souhaitons faire pour la réorientation de l’Europe dans le sens de la croissance, du progrès ? A l’évidence, non, mais c’est un point d’appui considérable pour passer à l’étape suivante. Et l’étape suivante, eh bien, c’est de poursuivre ce qui a déjà été engagé. Donc voter favorablement pour le traité et la loi organique qui l’accompagne, c’est continuer à donner de la force au président de la République, pour défendre le point de vue de la France, et aussi de faire bouger les lignes en Europe encore davantage.

ALAIN DUHAMEL
Justement, à partir du moment où il s’agit d’un choix tellement important et d’une inflexion tellement nouvelle, comme vous venez de le dire, à partir de ce moment-là, comment est-ce qu’on peut imaginer que des élus, des députés de la majorité présidentielle, écologistes, et a fortiori, socialistes, puissent voter contre ; est-ce que, à ce moment-là, leur avenir n’est pas parmi les non-inscrits ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, je ne dirais pas ça, parce que vous abordez la question en termes essentiellement de sanctions, moi, je l’aborde en termes de responsabilités. Je viens de dire que l’élection présidentielle a changé les choses. Vous avez des députés qui sont hésitants, ou même, qui disent qu’ils ne sont pas favorables, je parle de ceux qui sont dans la majorité, moi, mon objectif, c’est de les convaincre, et c’est le travail qui est fait, que je fais chaque jour…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n’y arrivez pas…

JEAN-MARC AYRAULT
Et beaucoup l’ont été et il en reste encore. Et puis, Bernard CAZENEUVE, ministre chargé des Affaires européennes, fait un travail de très, très grande efficacité, et je trouve que tout ça est remarquable. Alors, évidemment, il y avait du chemin à faire, parce que, aujourd’hui, l’Europe apparaît comme à la croisée des chemins, et à la croisée des chemins, c’est-à-dire, hésite, est-ce que, on va vraiment faire de l’Europe une puissance économique, qui affronte les défis du 21ème siècle, ou est-ce qu’on va continuer comme ça, au jour le jour. Eh bien, non, je crois qu’on vient d’entrer dans une nouvelle étape. Et par exemple, ce qui est nouveau, c’est que grâce à cette situation politique nouvelle, que la Banque centrale aujourd’hui est prête à intervenir, c’était un sujet tabou, y compris en Allemagne, eh bien, si monsieur DRAGHI, le président de la Banque, a pu faire bouger les lignes, c’est parce qu’il y a une situation politique nouvelle. Et cette situation de politique nouvelle, elle a un objectif très clair, c’est que, il faut sortir de la dictature des marchés financiers, ce n’est pas les marchés financiers qui doivent dicter notre conduite et notre politique. Et donc il faut absolument qu’on arrive. Et ça, c’est très important. Et jusqu’à présent, la France est dans cette situation, a des taux d’intérêt très bas, et quand on voit l’Italie, quand on voit l’Espagne qui font des efforts pour redresser leur situation financière, réduire leurs dettes, ces efforts ne sont pas récompensés parce que les taux sont trop élevés. Ce qui est en train de bouger, c’est l’intervention de la Banque centrale, encore une fois, c’est grâce au vote des Français, et donc ce que je souhaite, c’est que les parlementaires qui ont soutenu François HOLLANDE, qui sont d’ailleurs devenus députés grâce à son élection, comprennent que maintenant, ce qui compte, c’est d’être solidaire avec son action.

ALAIN DUHAMEL
Vous allez très prochainement à l’Assemblée prononcer un discours justement sur ces nouvelles perspectives européennes. Est-ce que, à la suite de ce discours, vous allez demander aux députés de voter déjà ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je ne sais pas si on votera…

ALAIN DUHAMEL
Est-ce que vous le souhaitez ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, je propose un paquet, le paquet, c’est ma déclaration au nom du gouvernement, qui va dire d’où nous venons, c’est-à-dire, si on était resté à l’élection de Nicolas SARKOZY, rien n’aurait bougé, nous, où nous sommes et nous, où nous voulons aller, où nous voulons aller, c’est ce que je viens de vous indiquer, c’est-à-dire la maîtrise de notre destin, et défendre les intérêts de la France en Europe, la croissance économique, la perspective aussi d’affronter les défis du futur, je pense à la transition énergétique, qui peut être un très grand chantier européen. Il y a énormément de choses à faire ensemble et d’investissements, et qui vont redonner du souffle et de l’espoir pour ceux qui aiment l’Europe. Eh bien, je dirais tout ça, et en même temps, eh bien, le paquet, c’est la ratification du traité, la loi organique qui l’accompagne. Alors, je reviens un instant, si vous me permettez, sur les 3%, parce qu’on a dit c’est un carcan, mais les 3% qui sont prévus dans le budget 2013 de la France, quoi qu’il arrive, il aurait fallu les tenir, parce que le premier budget aujourd’hui de la France, c’est le remboursement des intérêts d’emprunts ; ça veut dire que, est-ce qu’on va continuer à dépenser autant d’argent ou est-ce qu’on va mettre davantage d’argent dans l’Education, dans l’innovation, dans la préparation de l’avenir. Je crois que c’est ça qui est en cause. Donc ça veut dire qu’il faut effectivement que nous-mêmes, nous fassions l’effort, et c’est un effort qui est exigeant, de réduire notre dette et nos déficits.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez décidé lundi dernier, Jean-Marc AYRAULT, que le prix du gaz n’augmenterait que de 2% au 1er octobre prochain. GDF SUEZ demandait une augmentation de 7%, cela veut dire que, selon vous, la demande de l’entreprise était abusive ?

JEAN-MARC AYRAULT
La demande est excessive…

JEAN-MICHEL APHATIE
Excessive…

JEAN-MARC AYRAULT
Absolument, 7%, c’est pour…

JEAN-MICHEL APHATIE
A l’application de la loi, la demande de l’entreprise…

JEAN-MARC AYRAULT
Mais, je vais y venir, nous avons dit non, parce que nous voulons enclencher autre chose, engager autre chose, ce qui a déjà été commencé, mais qui n’est pas suffisant. Qu’est-ce que nous voulons faire, c’est : nous avons demandé à GDF de renégocier ses contrats avec la Norvège, avec la Russie, avec l’Algérie, qui ont été indexés lorsqu’ils ont été négociés, des contrats de long terme, qui garantissent la fourniture de gaz, sur le prix…

JEAN-MICHEL APHATIE
Du pétrole…

JEAN-MARC AYRAULT
Du pétrole. Et comme le prix du pétrole augmente, eh bien, les consommateurs de gaz sont pénalisés, ça, c’est les contrats, donc il faut absolument changer ces règles contractuelles pour que nous puissions revenir à des règles de fixation du prix du gaz qui soient respectueuses du pouvoir d’achat des Français…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais tant que la loi n’est pas changée, il ne faut pas appliquer la loi ?

JEAN-MARC AYRAULT
Alors, quand… eh bien, écoutez, nous avons pris d’autres dispositions, le Parlement est saisi d’une proposition de loi pour mettre en place la tarification progressive du gaz et de l’électricité, qui permettra donc à tous d’accéder à cette énergie, mais de façon, en même temps, vertueuse sur le plan écologique. Et puis, j’ai décidé que la tarification sociale, qui est aujourd’hui limitée à un million de ménages, puisse continuer à bénéficier à davantage de ménages, quatre millions de ménages, soit huit millions de personnes. Donc c’est une mesure transitoire en attendant d’avoir les résultats de la négociation sur le prix du gaz.

ALAIN DUHAMEL
Alors la Cour des comptes préconise la suppression de l’abattement fiscal de 10% dont bénéficient les retraités, ça a fait énormément réagir, alors, est-ce que cette suggestion de la Cour des comptes, vous la reprenez à votre compte ou pas ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, nous sommes en train de préparer le budget de la France pour 2013, celui de la Sécurité sociale pour 2013, aucune disposition qui concerne, soit la CSG, soit l’abattement de 10%, n’est envisagée dans ce budget. Donc ça, c’est très clair, donc il n’y a pas de mesures qui vont dans cette direction. Maintenant, la Cour des comptes fait son travail, elle pointe du doigt un certain nombre d’avantages que certains trouvent abusifs, et en même temps, moi, je ne voudrais pas qu’on tire comme conclusion de ce travail qui est légitime de la Cour des comptes, et puis, il faut le lire dans le détail, parce que tous les retraités ne sont pas des nantis, il ne faudrait pas en tirer une conclusion hâtive....

ALAIN DUHAMEL
Certes…

JEAN-MARC AYRAULT
D’ailleurs, vos auditeurs n’ont pas manqué de le dire…

ALAIN DUHAMEL
Absolument…

JEAN-MARC AYRAULT
Mais en même temps, j’ai entendu que certains de vos auditeurs disent : ça serait quand même injuste que des personnes qui ont une petite pension de reversion ou une pension parfois en dessous du seuil de pauvreté, soient taxées davantage. Ils ont raison. Et puis, d’autres disent : mais oui, moi, j’ai une bonne retraite, je ne suis pas contre de contribuer moi aussi à l’effort de redressement national. Donc c’est dans cet esprit qu’il faudra réfléchir pour le moyen terme…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quand votre ministre de la Santé, qui est en charge des affaires de la Sécurité sociale aussi, dit : les retraités ne sont pas intouchables, elle suggère que vous allez faire quelque chose…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, je pense… eh bien, écoutez, Monsieur APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que les déficits sont là…

JEAN-MARC AYRAULT
Vous aurez à un moment l’occasion de m’inviter pour parler de la réforme concernant le financement de la dépendance, c’est-à-dire le grand âge, la perte d’autonomie, aujourd’hui, nous avons l’aide personnalisée et l’autonomie, c’est insuffisant, tout le monde s’accorde à le dire. Il y a des problèmes de financement, eh bien, le jour où on fera cette grande réforme, et nous la ferons, contrairement aux prédécesseurs qui l’avaient annoncée, et qui l’ont abandonnée, eh bien, il faudra voir comment on la finance, et la question de la solidarité intergénérationnelle sera posée en fonction aussi des revenus de chacun. La solidarité intergénérationnelle, elle existe déjà dans la société, entre parents, grands-parents, arrière-grands-parents, mais je pense que les retraités sont aussi des citoyens comme les autres, ils sont parfaitement capables de comprendre qu’à un moment, en fonction de leurs capacités, ils sont prêts aussi à participer à l’effort de redressement et de solidarité. Donc lorsque ce débat viendra, eh bien, nous pourrons l’aborder sereinement, mais dans un esprit de justice.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc aucune modification pour les retraités dans le budget 2013, les auditeurs de RTL l’auront entendu. La loi accordant le droit de vote aux étrangers pour les élections locales sera-t-elle présentée au Parlement l’année prochaine, Jean-Marc AYRAULT ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, je présenterai et je demanderai la préparation d’un projet de loi, mais tous les engagements…

JEAN-MICHEL APHATIE
L’année prochaine, cette loi sera présentée et votée au Parlement ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, présentée. Je vais revenir sur le vote.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui.

JEAN-MARC AYRAULT
Je rappelle que le président de la République s’est engagé devant les Français sur soixante propositions. Il ne s’agit pas que ces soixante propositions soient votées dans les six mois ou alors ça veut dire que le mandat du président n’est que de six mois. Non, il est de cinq ans, je le rappelle. Mais tous ces engagements seront tenus.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur ce projet de loi, le vote des étrangers ?

JEAN-MARC AYRAULT
Donc nous allons le préparer pour l’année prochaine et ensuite, il faudra vérifier s’il y a une majorité pour le voter. Parce qu’à la différence des autres projets de loi qui nécessitent une majorité simple, là il s’agit d’une réforme de la constitution.

ALAIN DUHAMEL
Donc il faut les trois cinquièmes.

JEAN-MARC AYRAULT
Qui nécessite trois cinquièmes des parlementaires Sénat-Assemblée nationale. Si je regarde – et je ne cache pas la difficulté.

ALAIN DUHAMEL
Oui, vous ne les avez pas.

JEAN-MARC AYRAULT
Non, nous ne les avons pas. Donc quel est le travail qu’il faut faire ? C'est pour cela qu’il faut un peu de temps et ne pas se précipiter en disant : « On va faire cela avant la fin de l’année » alors qu’avant la fin de l’année, je vous rappelle qu’il y a la ratification du traité – je viens d’en parler - ; il y a la loi de finance ; il y a les projets de loi pour l’emploi, l’emploi des jeunes, les contrats d’avenir mais aussi les contrats de génération qui sont des priorités. Viendront après d’autres textes de réforme sociétale très importants – je pense au mariage pour les couples de même sexe par exemple et le droit à l’adoption. Mais s’agissant du droit de vote des étrangers aux élections locales, municipales, il y a un travail de conviction à faire parce que pour arriver aux trois cinquièmes, il faudra aller voir les centristes, il faut aller voir un certain nombre de députés de l’UMP…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et si vous n’y arrivez pas, référendum ? Vous l’excluez ou pas ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais il n’y a rien à exclure. Moi je ne suis pas puissance décisionnaire pour le référendum. Je vous disais simplement que nous rechercherons au Parlement en nous adressant à l’intelligence, à l’esprit de responsabilité des autres parlementaires une majorité des trois cinquièmes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Projet de loi donc l’année prochaine, et le ministre de l’Intérieur a l’air très hésitant. Il a dit notamment ceci « Cette réforme du droit de vote aux étrangers n’est pas un facteur puissant d’intégration. » Il se trompe ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, moi je ne veux pas ouvrir un débat sur cette question. Je rappelle…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est étonnant d’entendre cela : le droit de vote représenté comme un facteur d’intégration et le ministre de l’Intérieur dit : « Eh bien non. »

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais bon, c’est sa réflexion

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne la partagez pas.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais comme il est ministre de l’Intérieur, membre de mon gouvernement, il sait très bien que quand il a lui-même des hésitations, il faut revenir aux fondamentaux. Et s’agissant des fondamentaux, il s’agit des soixante engagements de François HOLLANDE. C'est plus simple.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ordonnez, il exécute. C'est ça ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, ce n’est pas comme ça que ça marche. Vous savez, je peux vous dire un mot là-dessus, sur la façon dont ça marche ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr.

JEAN-MARC AYRAULT
Chaque semaine, chaque lundi, je reçois le ministre de l’Intérieur et nous faisons le point sur toutes les questions de sécurité parce qu’en tant que Premier ministre, je suis particulièrement les questions de sécurité. Et donc, Manuel VALLS c’est un ministre qui fait bien son travail, il est courageux. C'est difficile comme poste, c'est très exposé et donc moi, je m’intéresse aux résultats de l’action de tous les membres du gouvernement, et je soutiens chacun de mes ministres dans des situations parfois extrêmement difficiles, comme j’ai demandé l’été dernier au ministre de l’Intérieur d’aller par exemple à Amiens. Vous savez, ce n’est pas la peine de toujours essayer de chercher des choses compliquées là où elles ne le sont pas.

ALAIN DUHAMEL
Justement, apparemment Manuel VALLS renonce à ce qui était un des engagements de François HOLLANDE.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est aussi un des engagements.

ALAIN DUHAMEL
C'est-à-dire le récépissé que des policiers pouvaient, devaient donner après un contrôle d’identité.

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non. L’engagement de François HOLLANDE, c’est qu’il doit être mis fin au contrôle au faciès. Ça, c’est un engagement fort et cet engagement doit être tenu, comme tous les autres.

ALAIN DUHAMEL
D’accord. Donc le récépissé ?

JEAN-MARC AYRAULT
Le ministre de l’Intérieur cherche des solutions pour atteindre cet objectif Je rappelle que les contrôles d’identité sont parmi les pouvoirs dont dispose la police pour assurer l’ordre public et la lutte contre toutes les formes de délinquance. Il ne s’agit pas de mettre en cause ce nécessaire contrôle d’identité. Simplement il faut le pratiquer avec mesure pour éviter toute dérive et il y a parfois des malentendus. D’ailleurs le Défenseur des droits, Dominique BAUDIS, s’est saisi de cette question, veut faire lui-même des propositions et il m’en a parlé. J’ai donc demandé au ministre de l’Intérieur de me faire un rapport sur les différentes modalités pour recréer de la confiance, éviter tout dérapage et j’attends ses propositions. Ensuite, je prendrai ma décision.

ALAIN DUHAMEL
Il y a un sondage qui a été publié, un sondage insolite qui a été publié cette semaine et qui avance que 44 % des Français considèrent aujourd'hui - c'est-à-dire une majorité relative - considèrent aujourd'hui que Nicolas SARKOZY ferait mieux que François HOLLANDE. C'est un chiffre qu’on n’a jamais vu dans l’histoire de la Vème République quatre mois après une élection présidentielle. Comment est-ce que vous l’expliquez ?

JEAN-MARC AYRAULT
Vous savez, c’est un sondage ; peut-être qu’un autre dira le contraire.

JEAN-MICHEL APHATIE
C’est intéressant les sondages, quand même.

ALAIN DUHAMEL
Oui, ce n’est pas banal.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça veut dire quelque chose.

JEAN-MARC AYRAULT
Ça révèle une chose : que la situation dans laquelle se trouve notre pays est extrêmement difficile. Que le président de la République, François HOLLANDE, a fixé un objectif, il a même fixé un objectif dans le temps de réussir le redressement du pays, qui veut dire à la fois des mesures d’urgence – et j’en ai citées quelques-unes, notamment en ce qui concerne l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation, mais aussi des réformes de structures, des réformes de fond parce que notre pays a pris du retard avec des conséquences très graves sur le plan économique, sur le plan de…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous le saviez avant d’arriver au pouvoir.

JEAN-MARC AYRAULT
Bien entendu que nous le savions.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est plus difficile que vous ne l’imaginiez ?

JEAN-MARC AYRAULT
La situation est très difficile.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plus que vous ne l’imaginiez ?

JEAN-MARC AYRAULT
La dégradation s’est accélérée et ça tient aussi à l’environnement, à la situation de la zone euro, la baisse de la croissance à l’échelle mondiale. Nous ne sommes pas les seuls qui sommes concernés ; donc il y a une angoisse qui touche beaucoup de Français et je la comprends bien cette angoisse.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous le payez en termes d’impopularité.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais, écoutez, assumons cette situation. Moi, je l’assume. Je ne cherche pas à tous prix à plaire. Il s’agit simplement d’être sincère et de dire que nous avons une tâche énorme et que nous nous y attaquons avec résolution et détermination. Redresser le pays pour retrouver tout l’élan qui permettra aussi de sauver notre modèle social et républicain. C'est un enjeu et beaucoup de Français s’inquiètent et je les comprends. Mais nous sommes là pour dire : « Nous agissons, nous nous battons parce que nous pouvons réussir. »

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous revenez dans un petit moment pour répondre aux questions des auditeurs ?

JEAN-MARC AYRAULT
Si vous voulez.


VOIX OFF (FEMME)
Sur RTL posez toutes vos questions à Jean-Marc AYRAULT au 32.10 !

LAURENT BAZIN
Tout est dit ! Le Premier ministre est à votre disposition. Bonjour ! Jacques.

JACQUES, AUDITEUR
Bonjour ! Bonjour monsieur BAZIN, bonjour monsieur le Premier ministre.

LAURENT BAZIN
Monsieur ! On vous... Monsieur ! Monsieur AYRAULT, rapprochez du micro pour pouvoir bien entendre Jacques, allez-y Jacques.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonjour !

JACQUES
Oui ! Bonjour monsieur le Premier ministre.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonjour.

JACQUES
Voilà ! Vous avez parlé de l’insécurité qui était le point fort de vos actions, je voulais savoir s’il y avait des citoyens qui avaient droit à la sécurité et d’autres non ? Je prends pour exemple eh bien celui qui fait l’actualité aujourd’hui, c’est CHARLIE HEBDO, où des journalistes sont sous protection policière et immédiatement, ce matin, vous avez mis un car de police devant les locaux du journal. Moi j’habite le quartier de la Gare du Nord, monsieur le Premier ministre, c’est un quartier qui est gangréné par la drogue, j’ai assisté, j’ai été pris il y a moins d’un an dans un règlement de compte à bout portant qui a fait deux morts ; la semaine dernière, j’ai été malmené par des toxicomanes qui voulaient absolument pénétrer chez nous pour faire leur trafic de drogue et se piquer. Quand j’appelle la police, et je l’appelle souvent - et plus de 3 – 400 personnes dans la rue Saint Vincent de Paul à Paris, dans le 10ème - l’appelle, elle dit qu’il y a un manque d’effectif, que ce problème est à régler entre la mairie - et Monsieur FERAUD, qui est maire du 10ème, reste silencieux à mes appels – entre les services médicaux et le propriétaire qui doit blinder ses appartements pour se protéger.

LAURENT BAZIN
Donc votre question Jacques, si on comprend bien…

JACQUES
Alors… (problèmes de son)… de sécurité pour les citoyens.

LAURENT BAZIN
Voilà ! C’est ça. Si on comprend bien votre question, est-ce qu’il y a des gens qui ont droit à de la protection parce qu’ils publient des caricatures et d’autres qui n’en ont pas droit parce qu’ils sont des citoyens ordinaires ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais je comprends très bien votre question monsieur et votre exaspération ! Vous avez droit à la sécurité - et c’est un droit fondamental - dans un état de droit et dans notre République, et d’ailleurs c’est la volonté du gouvernement d’augmenter les capacités d’intervention de la police et de la justice parce que la justice doit aussi faire son travail pour, je dirais, condamner les responsables des délits ou des crimes et, pour ça, il faut qu’elle ait les moyens de le faire et puis une cohérence dans son intervention. Donc, il y aura des améliorations qui vont se faire sur le terrain. Mais là vous faites allusion au fait qu’effectivement, on peut le regretter, que des moyens de police importants sont mis pour protéger deux journaux, bon alors après ils ont le devoir aussi de le faire et on ne peut pas laisser attaquer la liberté de la presse, mais je comprends que ça puisse choquer, que 30 ou 40 personnes soient mobilisées pour assurer la sécurité d’un journal et je préférerais qu’il en soit autrement, que les effectifs soient sur le terrain.

LAURENT BAZIN
Il y aura des moyens supplémentaires, monsieur le Premier ministre, pour…

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien 500 postes…

LAURENT BAZIN
Dans le 10ème arrondissement de Paris, dans les endroits où sont signalées des poches d’insécurité ?

JEAN-MARC AYRAULT
Le gouvernement et avec le ministre de l‘Intérieur qui est chargé de la mise en oeuvre et aussi la ministre de la Justice nous allons créer des zones de protection prioritaires de sécurité et donc nous avons commencé à en arrêter la liste, cette liste va s’étendre dans les zones les plus sensibles et je crois qu’il y a un vrai besoin de réorganiser le travail sur le terrain de la police et de la justice, ce n’est pas seulement sur l’espace public, ce n’est pas seulement pour chasser la petite délinquance, c’est aussi pour faire un travail d’investigation, casser les bandes, casser l’économie souterraine et notamment l’économie de la drogue. Je me suis rendu récemment à Marseille, le ministre de l’Intérieur et la ministre de la Justice, garde des Sceaux seront vendredi à Marseille pour installer le nouveau préfet de police de plein exercice, donc le travail pour renforcer l’action de la police et de la justice est engagé, il fait aussi partie des prioritaires pour 2013, au même titre que l’Education et l’Emploi.

LAURENT BAZIN
Merci, Jacques, en tout cas de nous avoir appelés. Bonjour ! Valérie.

VALERIE, AUDITRICE DE CHANTELOUP (ILLE-ET- VILAINE)
Bonjour ! Bonjour monsieur AYRAULT…

LAURENT BAZIN
Valérie nous appelle de…

VALERIE
Bonjour Laurent.

LAURENT BAZIN
Vous nous appelez de Chanteloup, en Ille-et-Vilaine.

VALERIE
Tout à fait !

LAURENT BAZIN
Avec une inquiétude pour vos enfants compte tenu du marché de l’emploi, c’est ça…

VALERIE
Tout à fait !

LAURENT BAZIN
Et du chômage ?

VALERIE
Moi je suis maman de trois enfants (donc un en Terminale, un en 4ème et une petite en première année de Maternelle) et mon grand va très rapidement, à moyen terme, entrer sur le marché du travail et ma question c’était qu’est-ce qui va se passer pour eux au vu des difficultés du marché de l’emploi aujourd’hui ?

LAURENT BAZIN
Est-ce qu’à Chanteloup (en Ille-et-Vilaine) on aura droit par exemple aux Emplois d’avenir, Jean-Marc AYRAULT ?

JEAN-MARC AYRAULT
On aura droit aux Emplois d’avenir !

LAURENT BAZIN
Ce n’est pas réservé qu’aux quartiers défavorisés ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il y a deux choses que je voudrais dire à madame qui pose cette question, que je comprends très bien sa préoccupation qui est celle de beaucoup de Français et de parents, l’avenir de leurs enfants. D’abord, il y a la question de la réussite scolaire, trop de jeunes échouent et sortent sans qualification, sans diplôme, sans rien et se trouvent dans des situations de galère et je souhaite que notre système éducatif et de formation professionnelle, et de formation permanente, soit largement amélioré et c’est la priorité du gouvernement et vous le verrez traduit dans tous les budgets, c’est d’ailleurs le grand chantier de la refondation de l‘école qui a été lancé ; Ensuite, il faut aussi une économie qui marche - et on voit des situations d’entreprises en grande difficulté et notamment dans votre région - mais il y a aussi des entreprises, des PME qui peuvent réussir, il faut les encourager, ce sera d’ailleurs le rôle de la Banque Publique d’Investissement qui va être mise en place prochainement, qui travaillera avec les régions pour renforcer justement la dynamique économique et le soutien à la croissance ; Maintenant, il y a des mesures d’urgence qu’il faut prendre, sans attendre les effets de retour de la croissance – et vous venez d’y faire allusion – c’est les Emplois d’avenir…

LAURENT BAZIN
En l’occurrence les enfants de Valérie font des études…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Mais…

LAURENT BAZIN
Ils ne sont pas éligibles aux Contrats d’avenir.

JEAN-MARC AYRAULT
Ils peuvent être éligibles à un autre contrat, qui fait l’objet d’une négociation avec les partenaires sociaux, qui sera voté avant la fin de l’année, c’est le Contrat de génération, c'est-à-dire le maintien dans l’emploi des seniors – 500.000 sont concernés – et l’accès à l’emploi, y compris de jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emploi, en CDI dans les entreprises et les aides de l’Etat seront conditionnées à l’engagement des entreprises de maintenir dans l’emploi un senior. Parce qu’un senior qui est licencié et qui n’atteint pas l’âge de la retraite, qu’est-ce qu’il va faire, il va aller au RSA s’il ne retrouve pas travail ? Et ça c’est une première question ; En plus, il a une expérience, il a un savoir-faire, il doit pouvoir le transmettre, donc cette belle idée du Contrat de génération c’est que, en contrepartie d’une aide, on embauche un jeune, mais pas en contrat précaire - comme c’est souvent le cas - en contrat à durée indéterminée.

LAURENT BAZIN
François HOLLANDE, il y a une semaine, a proposé, a promis même, plus que proposé, d’inverser la courbe du chômage en un an. Question SMS : monsieur le Premier ministre ! Ne promettez pas la lune, vous n’êtes ni magicien, ni ARMSTRONG, soyez juste réaliste.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Mais je…

LAURENT BAZIN
Est-ce que c’est réaliste…

JEAN-MARC AYRAULT
Je suis…

LAURENT BAZIN
De promettre d’inverser la courbe du chômage en un an ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais…

LAURENT BAZIN
Voilà ce que vous demande cet auditeur.

JEAN-MARC AYRAULT
Je ne sais pas si nous y parviendrons, mais il faut tout faire pour y parvenir, moi je ne me résigne pas, je ne veux pas céder à la fatalité qu’on ne pourrait rien faire soi-disant, non on peut faire. Et là je viens de donner quelques exemples de notre détermination et la détermination elle est entière, mais, en même temps, elle s’adresse à tous les acteurs : les acteurs des entreprises, les acteurs de notre système d’éducation et de formation, les acteurs territoriaux. Je vous ai parlé de la Banque Publique d’Investissement, la semaine dernière avec le président de la République nous avons reçu tous les présidents de Région qui se sont engagés sur quinze objectifs et qui vont…

LAURENT BAZIN
On entend cette volonté, Jean-Marc AYRAULT…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Mais c’est…

LAURENT BAZIN
On entend cette volonté. Mais la question qui se pose là par exemple…

JEAN-MARC AYRAULT
Il faut une volonté, il faut des actes pour avoir des résultats.

LAURENT BAZIN
Et la question suivante est celle-là, encore un auditeur sur le SMS : est-ce que vous aurez le courage de dire « on n’y arrivera pas » si vous ne pouvez pas remplir cet objectif ?

JEAN-MARC AYRAULT
Moi je dirais à chaque étape la vérité mais je ne veux pas à l’avance dire : « on a échoué », je ne me résigne pas à cela. Il y a trop de gens qui se découragent, il y a trop de gens qui désespèrent, qui pensent qu’on ne va pas pouvoir arriver à redresser par exemple les finances de notre pays, qu’on ne va pas pouvoir arriver à réformer notre organisation du travail, notre système de formation, il y a trop de gens qui pensent que les grandes réformes de structure on ne les fera pas, on ne les fera jamais, moi je suis de ceux qui pensent que la France a tellement d’atouts qu’elle doit, au contraire, mobiliser toutes ses forces, son intelligence, ses capacités, soutenir l’innovation pour que justement elle reparte de l’avant. C’est ça le sens de l’élection de François HOLLANDE, c’est le refus, au contraire, de baisser les bras, moi je veux qu’on retrousse tous nos manches et d’abord c’est le chef du gouvernement qui donne l’exemple.

LAURENT BAZIN
Sylvain nous appelle de Trieux, bonjour à vous, c’est en Meurthe-et-Moselle Trieux. Il est là Sylvain ?

SYLVAIN, AUDITEUR DE TRIEUX (MEURTHE-ET-MOSELLE)
Oui ! Bonjour.

LAURENT BAZIN
Vous êtes là !

SYLVAIN
Bonjour Laurent, bonjour monsieur AYRAULT. Donc oui Sylvain de Trieux, région de Longwy, en Lorraine. Monsieur le Premier ministre ! A quand le vote d’une loi « promise », entre parenthèse, par monsieur HOLLANDE concernant l’interdiction de licencier pour les entreprises qui font des bénéfices ? Vous savez très bien qu’actuellement des centaines de milliers de salariés sont concernés par ce qui se passe dans les entreprises. Donc la population, les salariés attendent beaucoup de votre gouvernement, le changement il faut vraiment l’activer dans ce sens-là et ne pas faire donc des promesses comme par exemple le gaz, j’ai entendu il y a quelques jours vous parliez qu’ils n’iraient pas au-delà de l’inflation, malheureusement avec les 2% du 1er octobre on saura au-delà, donc il faut faire attention à ce qu’on dit parce que vous êtes très épié, très suivi par l’opposition et par beaucoup de gens dans le pays. Alors, monsieur AYRAULT…

LAURENT BAZIN
Et par ceux… et par ceux qui ont voté pour François HOLLANDE également, le standard en témoigne aujourd’hui.

SYLVAIN
Et avec…

LAURENT BAZIN
Attention !

SYLVAIN
Moi je fais partie…

LAURENT BAZIN
Mettez des choses sur la table. Vous posez votre question et je la relaie…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Et il peut…

LAURENT BAZIN
Et le Premier ministre va y répondre…

JEAN-MARC AYRAULT
Bien sûr !

LAURENT BAZIN
A quand une loi sur l‘interdiction de licencier pour les entreprises qui font des bénéfices ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez ! Les entreprises qui font des bénéfices, on a parfois parlé de licenciements boursiers, mais les entreprises qui font des bénéfices ne sont pas toutes en Bourse, loin de là. Ca existe cette situation et il faut des règles nouvelles, et dans la lettre de saisine des partenaires sociaux, donc patronat – syndicats, qui vont commencer leurs négociations, nous avons posé cette question et nous attendons que les partenaires sociaux fassent une proposition, mais nous avons fixé un agenda – dans les trois mois – et, s’il n’y a pas de réponse positive des partenaires sociaux, le gouvernement déposera un projet de loi.

LAURENT BAZIN
Ca veut dire que vous interdirez les licenciements…

JEAN-MARC AYRAULT
En tout état de cause…

LAURENT BAZIN
Pour les entreprises…

JEAN-MARC AYRAULT
En tout état de cause, soit il y a un accord…

LAURENT BAZIN
Qui font des bénéfices ?

JEAN-MARC AYRAULT
Soit il y a un accord – et nous pourrons le traduire dans la loi…

LAURENT BAZIN
On l’entend ! Mais…

JEAN-MARC AYRAULT
Soit il n’y en a pas et nous ferons…

LAURENT BAZIN
Quoi qu’il arrive, en 2013…

JEAN-MARC AYRAULT
Ah ! Eh bien mais oui - et le plus vite - je crois que monsieur vient de le dire qu’il y a urgence, parce qu’il y a des situations où les entreprises connaissent effectivement de très graves difficultés, on ne peut pas le nier, dans certains secteurs économiques ou parfois pour des raisons de mauvaise gestion, mais il y aussi parfois des réorganisations des licenciements qui interpellent, des entreprises qui font des bénéfices et cela choque – à juste titre – les salariés et les populations des territoires concernés. Donc, il faut traiter cette question.

LAURENT BAZIN
Coup de fil de Montluçon, de Jean-François, bonjour Jean-François…

JEAN-FRANÇOIS, AUDITEUR DE MONTLUÇON
Oui ! Bonjour messieurs.

LAURENT BAZIN
Dans l’Allier évidemment, vous êtes professeur Jean-François, professeur d’espagnol.

JEAN-FRANÇOIS
Tout à fait ! Professeur d’espagnol.

LAURENT BAZIN
Combien d’élèves ?

JEAN-FRANÇOIS
Alors deux cent vingt cinq élèves, c’est la pire rentrée de ma carrière…

LAURENT BAZIN
Pas dans la même classe, rassurez-nous ?

JEAN-FRANÇOIS
Ah ! Non, non, non. J’ai donc huit classes - ça devient absolument infernal – deux cent vingt élèves, aide personnalisée adaptée à chaque profil d’élève, ce qui est impossible, en plus on va y laisser la peau parce que préparation de cours… monsieur le ministre a été professeur, donc il sait - en plus de langue – de quoi cela retourne. Et cette année, cerise sur le gâteau, je n’ai ni droit à une heure de première chaire et, encore pire, ni droit à une heure de décharge, et on parle, et on parle d’évaluation au mérite, je crois être méritant, depuis trente huit ans j’ai… j’ai beaucoup d’années dans l’Education nationale, qui m’a aussi beaucoup donnée, là je suis écoeuré et je n’ai qu’une envie c’est m’en aller - et pourtant Dieu ait que j’ai aimé ce métier – voilà.

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez ! Moi je…

LAURENT BAZIN
Jean-Marc AYRAULT se posait la question de savoir si c’était un collège ou un lycée où vous enseignez, Jean-François ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non ! Ou une école ?

LAURENT BAZIN
Ou une école ?

JEAN-FRANÇOIS
Je suis dans un lycée !

LAURENT BAZIN
Un lycée ! Un lycée.

JEAN-FRANÇOIS
Je suis dans un lycée général.

LAURENT BAZIN
Jean-Marc AYRAULT !

JEAN-FRANÇOIS
Et je suis professeur de langues…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Oui. Je…

JEAN-FRANÇOIS
Avec des effectifs de trente neuf élèves par classe.

JEAN-MARC AYRAULT
Je comprends très bien et je partage totalement votre préoccupation ! J’ai été moi-même, vous l’avez dit, professeur de langues, d’allemand en l’occurrence, et c’est vrai qu’avec trente neuf élèves c’est extrêmement difficile. Mais c’est la raison pour laquelle nous avons dit que la priorité c’était bien la refondation de l‘école et que nous y mettrions les moyens, certains nous en ont même fait le reproche, quatre vingt mille postes supprimés en cinq ans, on va rattraper mais on ne va pas le rattraper en trois mois. La rentré scolaire nous avons agi dans l’urgence, nous avons sans doute amélioré les conditions de la rentrée scolaire, mais nous n’avons pas tout résolu puisque la réforme doit s’engager dans la durée et donc ça sera le cas pour le premier budget de la Législature, le budget 2013, où des moyens très importants vont être dégagés : la formation des maîtres, la concentration des moyens là où il faut, là où c’est le plus nécessaire pour la réussite. Mais, monsieur, vous dites que vous n’avez qu’une envie c’est de partir, moi je vous encourage à demeurer à votre poste parce que vous aimez votre métier – et vous avez raison – parce que c’est un métier formidable, que beaucoup exercent avec passion mais parfois dans la grande difficulté, mais nous avons besoin de vous. Et le grand chantier de la refondation de l’école qui est lancé, les conclusions seront présentées à la fin du mois, Vincent PEILLON présentera le projet de loi et d’orientation qui sera adopté par l’Assemblée nationale dans les prochains mois.

LAURENT BAZIN
Oui ! Mais soyons réalistes, Jean-Marc AYRAULT, vous avez entendu ce que dit Jean-François…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Mais…

LAURENT BAZIN
Les effectifs dans sa classe ne vont pas baisser de manière magique, je rappelle ce que disait tout à l’heure cet auditeur par SMS…

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Mais moi je ne suis pas non plus…

LAURENT BAZIN
Ni magicien, ni ARMSTRONG.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais… Eh bien justement, je viens de vous dire la vérité, vous me demandez de dire la vérité, je la dis. Est-ce que je peux promettre à tous les professeurs, à tous les parents d’élèves que dès la première rentrée, sans que le premier budget annuel ait été voté, que tout soit résolu ? Je ne peux pas dire ça ! Mais, en même temps, je dis le chantier il est engagé et nous allons le poursuivre avec détermination en nous donnant les moyens de le faire et en mobilisant tout le monde, je crois que c’est ça la bonne réponse. En même temps, il y a des situations d’urgence et auprès du ministre Vincent PEILLON il y a une cellule qui travaille pour examiner chaque situation pour cette rentrée scolaire et, si des améliorations dans l’urgence peuvent être apportées, y compris concernant votre établissement, nous le ferons.

LAURENT BAZIN
On va confier à Jean-François vos coordonnées pour qu’il se mette en rapport avec vous du côté de Montluçon.

JEAN-MARC AYRAULT
Absolument.

LAURENT BAZIN
Ce matin à 7h13 sur RTL enquête passionnante de Dominique TENZA sur les sous-préfectures. La Cour des Comptes dit « il y a 300 millions d’euros à récupérer en réorganisant, en supprimant sans doute une partie des sous-préfectures qui ne sont même plus, pour certaines, ouvertes au public ». Question de France de Strasbourg : dix sous-préfectures, deux préfectures en Alsace, a-t-on vraiment autant d’argent à jeter par les fenêtres, monsieur le Premier ministre ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais vous savez ce grand chantier de la réforme de l’action publique, on a dit la réforme de l’Etat, mais moi je préfère dire l’action publique, c’est à dire à l’échelle de l’Etat, à l’échelle des territoires, ce grand chantier il est engagé, il est engagé avec le souci de la plus grande efficacité pour le fonctionnement du service public, mais avec aussi le souci que l’ensemble des territoires soit desservi par le service public. Et là, depuis quelques années, nous avons eu ce qu’on appelle, la RGPP, la révision générale des politiques publiques, qui a consisté d’abord à faire des économies en coupant et de façon aveugle. Ca ce temps là est terminé. Nous nous voulons partir des besoins, des réalités aussi du terrain, et de voir comment on peut réorganiser dans la concertation pour que à la fois les conditions de travail des agents et des fonctionnaires soient de qualité et en même temps que le service public soit rendu. Si au passage on fait des économies, je pense que tout le monde en sera satisfait.

LAURENT BAZIN
Mais on entend que ce n’est pas votre objectif premier.

JEAN-MARC AYRAULT
L’objectif premier c’est à la fois la maitrise des comptes publics, mais ça ne doit pas se faire au détriment de la qualité des services publics. Je crois que c’est tout le défi de la France. Si on suivait la politique menée précédemment c’était chaque année un service public qui se dégrade. J’ai dit à propos de l’Education nationale que c’était le cas, mais on ne réforme pas dans n’importe quelles conditions, on le fait dans la concertation. Vous avez évoqué sous-préfecture, eh bien peut-être qu’il y a certaines sous-préfectures qui sont en surnombre mais je connais des territoires où il y a peut-être pas beaucoup d’agents dans ces sous-préfectures, et qui sont des territoires ruraux, ou des territoires éloignés des grandes villes, eh bien où la sous-préfecture joue un rôle très important d’accès aux services de l’Etat. Donc ne généralisons pas et ne faisons pas des coupes sombres, comme ça a été le cas. La Cour des Comptes fait son travail mais après c’est au gouvernement d’apprécier pour mettre en oeuvre un certain nombre de recommandations, et pas dans n’importe quelle condition.

LAURENT BAZIN
Il propose, vous décidez, pour reprendre ce que disait tout à l’heure Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais la Cour des Comptes ne propose pas, elle fait un travail de contrôle…

LAURENT BAZIN
Elle fait un constat.

JEAN-MARC AYRAULT
Un travail de contrôle de la dépense publique….

LAURENT BAZIN
Et ce constat interpelle régulièrement, Jean-Marc AYRAULT, les auditeurs de RTL.

JEAN-MARC AYRAULT
C’est à dire de l’argent des contribuables. Elle le fait pour l’Etat, elle le fait pour la Sécurité Sociale, mais elle le fait dans les régions, les Chambres régionales des Comptes pour les collectivités territoriales. Et heureusement que ce pouvoir indépendant de contrôle existe, c’est dans l’intérêt des citoyens.

LAURENT BAZIN
Merci à vous d’avoir été l’invité de RTL ce matin. Beaucoup de sujets sur la table, énormément d’auditeurs au standard, évidemment du côté des SMS. Un message d’une nantaise qui nous disait tout à l’heure « revenez nous voir, quand est-ce que vous rentrez à Nantes, Jean-Marc AYRAULT ».

JEAN-MARC AYRAULT
Je suis revenu un peu dimanche dernier, je repasserai encore un peu samedi prochain. Mais je dois vous dire que je consacre l’essentiel de mon temps à ma tâche.

LAURENT BAZIN
Je pense qu’elle souhaite vous récupérer comme maire, mais ce n’est pas exactement pour tout de suite si on a bien compris.

JEAN-MARC AYRAULT
Je crois que les Nantais le comprennent très bien, parce que moi je suis au service de la France, mais pour autant je n’oublie pas les Nantais, et ils le savent.

LAURENT BAZIN
On mange bien à l’Elysée, Jean-Marc AYRAULT ?

JEAN-MARC AYRAULT
On mange bien à Matignon aussi.

LAURENT BAZIN
Bonne journée à vous.

JEAN-MARC AYRAULT
La cuisine est très diététique à Matignon.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2012

Rechercher