Entretien de M. Bernard Cazeneuve, ministre des affaires européennes, avec Itélé le 20 septembre 2012, sur l'islam et la liberté d'expression, les OGM et sur le Pacte budgétaire européen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Bernard Cazeneuve, ministre des affaires européennes, avec Itélé le 20 septembre 2012, sur l'islam et la liberté d'expression, les OGM et sur le Pacte budgétaire européen.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires européennes

ti : Q - Al-Qaida au Maghreb Islamique menace les otages français au prétexte que la France organiserait, préparerait, solliciterait une invasion du Nord-Mali. Est-ce que c'est vrai ?

R - Cette zone de l'Afrique se trouve dans une situation extrêmement instable. Le ministre des Affaires étrangères a effectué, il y a quelques semaines, une visite dans cette région pour faire en sorte que les dispositions soient prises avec les organisations africaines pour tenter de rétablir la stabilité. En ce qui concerne la situation des otages, vous comprendrez que je ne m'exprime pas davantage.

Q - Écoles fermées, ambassades surveillées, est-ce que Charlie Hebdo a mis en péril la vie des Français qui vivent dans le monde musulman ?

R - Je crois que le Premier ministre s'est exprimé très clairement avant-hier sur ce sujet. Nous sommes dans un pays où la liberté de la presse est sacrée et où le principe de laïcité doit être respecté. Tout cela doit conduire tous ceux qui bénéficient de la possibilité de s'exprimer librement à garder constamment à l'esprit une éthique de la responsabilité. Lorsque l'on est libre, dans un pays comme le nôtre, il faut mesurer à chaque fois la portée de la parole que l'on porte. Donc, la responsabilité, la laïcité, la liberté, cela va ensemble.

Q - Et aujourd'hui, le gouvernement craint pour les ressortissants français qui sont dans ces pays ?

R - Aujourd'hui, nous souhaitons que tous ceux qui peuvent et doivent porter une parole publique, tous ceux qui véhiculent des informations par voie de presse ou les médias, dans un contexte d'extrême tension, fassent en sorte, par la parole qu'ils portent, de ne pas mettre de l'huile sur le feu.

Q - Vous avez vu cette étude scientifique menée secrètement sur les OGM. En tant que ministre des Affaires européennes que peut-on faire pour que Bruxelles soit plus intransigeant ?

R - Vous avez raison de poser la question en ces termes : l'Europe doit être un espace d'où tout ce qui peut porter atteinte à la santé, à l'environnement doit être banni. Il faut que l'Europe soit un marché dans lequel le mieux-disant social, le mieux-disant environnemental, le mieux-disant sanitaire, le principe de précaution soient la règle. C'est la raison pour laquelle, suite à l'étude que vous venez d'évoquer, il faut, comme l'a dit le ministre de l'Agriculture, que le principe de précaution s'applique absolument.

Q - Parce que des maïs interdits en France rentrent en Europe par d'autres pays qui ne les ont pas interdits, et reviennent en France par le jeu du marché unique ?

R - C'est pour cela que la question que vous évoquez mérite un traitement européen. Il y a des réflexions en cours sur ces sujets au sein de la Commission, mais l'étude à laquelle vous faites référence doit nous conduire à nous assurer que les normes au sein de l'Union européenne sont suffisamment fortes pour garantir la sécurité alimentaire.

Q - Vous vous efforcez en ce moment de faire voter (...) la loi organique ratifiant le Traité budgétaire européen ?

R - Ce sera une bonne nouvelle pour l'Europe et surtout pour la réorientation de l'Europe à laquelle nous procédons. J'essaie, depuis plusieurs semaines, de faire un travail que tout ministre fait lorsqu'il porte un texte : un travail d'explication, avec la volonté de faire en sorte que le débat ait lieu, que les arguments mis sur la table soient des arguments qui soient rigoureux, qui permettent de faire en sorte que l'opinion elle-même soit éclairée, que l'on comprenne ce que nous essayons de faire en Europe.

Que voulons-nous faire ? Nous voulons une Europe qui mette l'accent sur la croissance, c'est ce que nous avons obtenu au mois de juin dernier, mais il faut encore faire beaucoup.

Nous voulons une Europe solidaire qui permette aux pays qui sont les plus en difficulté de ne pas avoir à imposer à leur peuple la facture de la déréglementation financière et des spéculations hasardeuses des banques. Et nous voulons faire, nous voulons une Europe dans laquelle la finance soit régulée.

Nous devons soutenir le gouvernement et le président de la République dans le contexte européen qui prévaut ; un contexte où nous faisons face à de multiples fronts : le front des marchés, avec les attaques spéculatives, le front des conservatismes européens, le front des scepticismes parmi les peuples, qui voudraient que l'Europe apporte dans l'urgence des réponses à la crise. Face à tous ces fronts, nous n'avons qu'une démonstration à faire. C'est la démonstration de la force du gouvernement français et de sa majorité face à tous ces conservatismes, pour réussir la réorientation de la politique de l'Union européenne. Nous avons obtenu des avancées ; mais il reste encore beaucoup à obtenir.

Q - Ce n'est pas beaucoup 120 milliards pour la croissance !

R - Mais il n'y a pas que 120 milliards pour la croissance. Il y a 120 milliards pour la croissance de mobilisation d'argent public, qui appellent 120 milliards d'euros d'investissements privés. Je vous rappelle que le budget de l'Union européenne, pour la période 2014/2020, c'est 1000 milliards d'euros, donc c'est près de 20 % du budget de la Commission qui a été mobilisé en termes de fonds à l'occasion de ce sommet.

Et puis il y a toute la négociation sur les prochains budgets de l'Union, il y a la volonté de mettre en oeuvre la taxe sur les transactions financières en coopération renforcée, pour réguler les marchés mais aussi pour abonder les budgets de l'Union. Il y a à terminer l'Union bancaire : nous avons obtenu la supervision des banques, c'est important, nous le demandions depuis longtemps ; il faut aussi la résolution des crises bancaires, la garantie des dépôts et regardez ce qui s'est passé avec la BCE, la Banque centrale européenne, qui intervient désormais sur les marchés, pour dire : nous ne laisserons jamais la spéculation gagner. C'est tout cela notre combat !

Q - Est-ce que tout cela mérite que l'on transfère notre souveraineté budgétaire et fiscale ?

R - Mais il n'y a pas de transfert...

Q - Un peu quand même ! Puisqu'on va être contraint dans nos politiques...

R - Je m'explique, il n'y a pas de transfert de souveraineté du Parlement vers d'autres institutions européennes, c'est d'ailleurs ce qui a motivé la décision du Conseil constitutionnel qui a indiqué que nous n'avions pas à modifier la Constitution, parce qu'il n'y avait pas de transfert de souveraineté. Ce qui montre que nous avions raison de dire qu'il ne fallait pas inscrire la «règle d'or» dans la Constitution. Par ailleurs, je suis favorable – et le Parlement y travaille sous la présidence d'Élisabeth Guigou – à ce que l'on puisse faire en sorte que, dans les années qui viennent, le contrôle parlementaire sur les politiques budgétaires des États et sur les relations qui se sont nouées entre les États et la Commission puisse être accru. Il y a donc des enjeux démocratiques, il y a des enjeux de souveraineté, et nous devons au contraire, renforcer la souveraineté parlementaire.

Q - Jean-Marc Ayrault prononcera début octobre, un grand discours solennel sur sa politique européenne, devant les parlementaires. Est-ce qu'il y aura un vote à l'issue de ce discours ?

R - Le Premier ministre a indiqué hier, que la décision serait prise.

Q - Le traité n'a pas été renégocié comme promettait François Hollande, il a été simplement réorienté ?

R - Nous avons dit que la discipline budgétaire était importante, mais qu'elle ne pouvait pas constituer la pierre angulaire de la politique de l'Union ; qu'il fallait qu'à côté de la politique de rigueur budgétaire, il y ait de la croissance ; qu'il y ait la remise en ordre de la finance ; qu'il y ait de la solidarité financière et monétaire ; qu'il y ait des perspectives d'intégration politique qui donne un souffle à l'Europe, c'est ce que le président de la République a appelé l'intégration solidaire.

À chaque fois que nous voulons plus de solidarité, il faut être capable de construire en face plus... c'est dans ce mouvement qui redonne un sens à l'Europe, qui réenchante l'Europe, que nous devons inscrire notre démarche.

(...).


source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 septembre 2012

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