Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la concertation sur la "Refondation de l'école de la république", Basse-Terre le 17 septembre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la concertation sur la "Refondation de l'école de la république", Basse-Terre le 17 septembre 2012.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative

Circonstances : Colloque "refondons l'Ecole de la République" en Guadeloupe le 17 septembre 2012

ti : Monsieur le préfet,
Monsieur le recteur,
M.M les présidents de la commission éducation au conseil général et au conseil régional,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les représentants de la communauté éducative,
Mesdames et messieurs les représentants de la société civile et du monde professionnel,


Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui et d'ouvrir vos travaux qui s'inscrivent dans le cadre des initiatives locales de la concertation sur la Refondation de l'école de la république. J'en suis d'autant plus heureuse que comme vous le savez, je suis originaire de cette île, d'une famille d'enseignants et donc ce premier déplacement dans le cadre de la responsabilité qui m'a été confiée sur la réussite éducative revêt pour moi une signification particulière.

Comme vient de le dire M. le recteur, le 5 juillet dernier, Vincent Peillon et moi-même avons lancé la grande concertation. Notre démarche part du constat que l'école a été malmenée pendant le quinquennat précédent : la confiance dans l'école s'est progressivement érodée et de nombreux enseignants en sont venus à douter du sens de leur mission, un grand nombre de personnels a pu se sentir maltraité, disqualifié. Sur le plan des moyens, nous avons assisté à une véritable saignée : environ 80 000 postes ont été supprimés, avec pour corollaire une baisse significative du niveau des élèves français dans les évaluations internationales. 40% des élèves ne savent pas bien lire ni compter à la fin de l'école primaire.

En outremer, les résultats des évaluations sont encore plus préoccupants: il semble que malgré des progrès notables et le dévouement des personnels les écarts avec la métropole demeurent importants. La part de la population de plus de 15 ans non scolarisée et sans diplôme demeure plus de deux fois supérieure à la moyenne nationale, le décrochage scolaire demeure plus important. Nous savons aussi que ceci fragilise l'accès à l'emploi et que malheureusement le taux de chômage des jeunes, qui est déjà préoccupant en métropole, l'est encore plus ici et tout particulièrement pour les jeunes non diplômés, même si le diplôme ne garantit pas à coup sûr un emploi ici. Je sais aussi et je m'en réjouis que le taux d'admission aux différents examens évolue à la hausse, notamment pour la filière professionnelle.

Cette rentrée scolaire a été organisée, ici comme ailleurs dans le cadre fixé par le précédent gouvernement. Elle a donc été préparée avec des effectifs pour les personnels en baisse significative. Le président de la république François Hollande a fait de la jeunesse sa priorité et il a souhaité que nous limitions les dégâts. Grâce aux mesures d'urgence, notamment le recrutement de 1000 enseignants dans le primaire, de 1500 auxiliaires de vie scolaires pour accompagner les enfants en situation de handicap, nous avons paré aux principales difficultés. Ici en Guadeloupe, alors que 134 suppressions de postes étaient prévues dans le public premier degré, 5 postes ont pu être rétablis. Nous avons aussi dû remettre au pied levé 14 AVSI pour l'accompagnement des élèves en situation de handicap, 2 CPE, 51 assistants d'éducation et 12 assistants de prévention sécurité. Nous avons également nombre de contrats aidés qui n'avaient pas été budgétés pour la rentrée. Ce plan d'urgence n'est bien sûr pas suffisant, j'en conviens, mais il a pu garantir à nos enfants de reprendre le chemin de l'école dans de meilleures conditions.

Certains font déjà le bilan des cent jours du Président Hollande, mais je crois au contraire que des mesures importantes ont été prises depuis la constitution de ce gouvernement. La semaine dernière a été adoptée à l'Assemblée nationale la loi créant les emplois d'avenir, qui vont permettre à nombre de jeunes peu qualifiés d'avoir une première expérience professionnelle durable . Cette loi nous permettra par ailleurs de procéder à des pré-recrutements dès la 2° année de licence pour des jeunes de milieu modeste qui souhaitent devenir enseignants.

Notre objectif est ambitieux : redonner du sens à l'école de la république, lui redonner toute la place qu'elle mérite et offrir à notre jeunesse les moyens de la réussite. Je reste convaincue que c'est ensemble que nous devons construire en prenant le temps de l'échange et de la discussion pour fonder notre action.

En tant que ministre de la réussite éducative, ma priorité est de lutter contre l'échec scolaire, un échec qui touche principalement les enfants issus de classe sociale défavorisée. A l'heure actuelle, au national 40% des enfants d'ouvriers obtiennent le bac, pour 87% des enfants de cadres supérieurs. Ici en Guadeloupe, la situation est encore plus difficile étant donné le poids des catégories défavorisées : il y a plus de 51% de boursiers au lieu de 27 % en métropole. Malgré quelques progrès les résultats en éducation prioritaire ne sont pas encore ce que nous souhaiterions. La République ne peut accepter de laisser certains de ses enfants sur le bas côté : elle ne peut se satisfaire ni des inégalités sociales, ni des inégalités territoriales. Mon rôle est de prendre en compte l'ensemble de notre jeunesse, mais plus particulièrement les laissés pour compte.

Comment faire pour agir pour ces enfants ? Nous savons qu'il faut prendre l'enfant dans sa globalité.

Nous avons compris que pour assurer la réussite scolaire de nos enfants, il faut certes que les enseignants soient bien formés, qu'ils réfléchissent à des méthodes pédagogiques innovantes, à diverses expériences comme celles figurant dans le projet académique pour élever le niveau de qualification des élèves et lutter contre les déterminismes sociaux. Mais il faut aussi prendre en compte l'environnement social, économique, culturel, familial, pour leur offrir les conditions d'un véritable épanouissement, pour que demain nos jeunes deviennent des citoyens fiers de leur nation.

Nous avons l'obligation d'agir avec en ligne de mire, l'intérêt de l'enfant, et uniquement l'intérêt de l'enfant. Pour cela, je fais confiance à la communauté éducative dans toutes ses composantes : professeurs, chefs d'établissement, conseillers principaux d'éducation, assistants, psychologues, parents. Je vous fais confiance et je sais l'investissement qui est et sera le vôtre : soyez convaincu de notre reconnaissance et de notre soutien.

Comment faire pour déployer cette vision et construire ensemble l'école de demain ? La méthode que nous vous proposons, Vincent Peillon et moi, est celle de la grande concertation que nous avons voulue la plus large possible et inscrite dans les territoires. C'est pourquoi nous l'avons souhaité décentralisée. Le message que je souhaite vous apporter aujourd'hui est : saisissez vous de ce moment, de ce débat pour exprimer votre vision de l'école, votre quotidien au contact des enfants pour mieux définir celui de demain.

Quelque mot sur le calendrier : début octobre, l'ensemble de vos productions nous sera transmis et viendra nourrir la rédaction d'une loi d'orientation qui sera soumise au parlement à l'automne. L'objectif : faire en sorte que la rentrée 2013 intègre pleinement notre vision commune.

J'attends beaucoup de vos réflexions et je vous écouterai avec beaucoup d'attention. Je salue votre mobilisation et vous souhaite des échanges fructueux.


Merci


source http://www.refondonslecole.gouv.fr, le 25 septembre 2012

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