Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le financement du projet scientifique, économique et urbanistique de Paris-Saclay et les priorités du Grand-Paris, notamment dans le domaine des transports collectifs et du logement, à Paris le 30 octobre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur le financement du projet scientifique, économique et urbanistique de Paris-Saclay et les priorités du Grand-Paris, notamment dans le domaine des transports collectifs et du logement, à Paris le 30 octobre 2012.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 7ème Forum de "Paris-Capitale économique", à la chambre de commerce et d'industrie de Paris, le 30 octobre 2012

ti : Merci monsieur le président Simon de m’avoir invité.
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président,
Mesdames les Ministres et Monsieur le Ministre pardon
Monsieur le Président de la région Ile de France Jean-Paul Huchon, mon cher Jean-Paul. Mesdames, messieurs, merci, je le répète de m’avoir invité monsieur le Président Simon.


En plein débat sur la compétitivité, avant que le gouvernement la semaine prochaine annonce des décisions importantes, lorsque me sera remis le rapport que j’ai demandé à Louis Gallois, je trouve qu’il y a une certaine coïncidence et qui n’est pas complètement due à un hasard en effet. Je crois que ce que vous avez choisi de faire et dont Augustin De Romanet vient de donner la synthèse, je le remercie, cinq points essentiels et stratégiques. Vous avez choisi de consacrer en effet beaucoup de temps et d’énergie à l’émergence du pôle scientifique et économique de Paris-Saclay, et à son impact sur l’attractivité internationale de la métropole parisienne, mais je dirais même au-delà de notre pays.

Pour moi c’est une question essentielle. D’abord pour l’Ile-de-France et la capitale. Je le disais, pour notre pays tout entier, mais aussi pour le modèle de développement économique, social et environnemental que nous voulons promouvoir pour la place de la France dans la compétition mondiale.

Et je pense qu’en s’y prenant bien, et j’aborderai plusieurs points, nous pouvons constituer là les bases de ce que j’appelle et que je rappellerai "le nouveau modèle français". C’est un modèle qui ne se résigne pas, qui ne se contente pas d’être nostalgique, mais qui part de nos valeurs, de nos capacités, de ce que nous avons de meilleur en commun et qui corrige ce qui ne marche pas, ou ce qui s’est affaibli mais surtout qui se projette dans l’avenir avec la volonté de prendre à bras le corps le défi de l’innovation et de l’avant-garde.

Alors Paris-Saclay, c’est justement un projet qui s’inscrit dans cette dynamique que je souhaite conforter et amplifier.

C’est d’abord un projet scientifique et économique exceptionnel. Sur le plan scientifique, c’est inédit en France, en tout cas à cette échelle, c’est le regroupement de 2 universités, de 11 grandes écoles et 6 organismes de recherche. Soit plus de 10 000 chercheurs et enseignants-chercheurs, près de 50 000 étudiants, dont 30 000 en master et en doctorat. C’est remarquable comme regroupement, c’est remarquable sur le plan quantitatif mais bien sûr vous le voyez sur le plan qualitatif. L’une des deux universités, Paris Sud, est celle dont la notoriété internationale est la plus forte ; les grandes écoles concernées sont considérées comme les meilleures, et quasiment tous les grands organismes y sont implantés.

Mais le projet ne se contente pas de rapprocher des établissements aujourd’hui éloignés les uns des autres. C’est un regroupement qui s’opère autour d’un projet scientifique commun, porté aujourd’hui par une fondation de coopération scientifique dont je salue le directeur, Dominique Vernay. Mais cette fondation n’est qu’une étape, une étape vers la transformation de Paris-Saclay en une grande université d’un type nouveau. Car l’objectif c’est de donner au formidable potentiel qui est rassemblé ici une capacité d’action, une reconnaissance, une attractivité au plus haut niveau mondial.

Mon gouvernement est d’autant plus déterminé à soutenir ce projet qu’il est le fruit d’une longue maturation, longue maturation puisqu’il a débuté dans les années 50, c’est pour dire !!

Soutenir Paris-Saclay c’est d’abord commencer par concrétiser des engagements forts. Je confirme donc la dotation exceptionnelle d’un milliard d’euros destinée aux opérations immobilières prévues pour rapprocher les établissements ; je confirme la dotation en capital du Plan Campus, pour un montant de 850 millions d’euros ; je confirme enfin la dotation supplémentaire de près d’un milliard d’euros au titre des investissements d’avenir.

Mais soutenir Paris-Saclay, c’est aussi accompagner le projet face aux défis qu’il doit relever.

Il faut inventer une organisation nouvelle, qui permette aux différents établissements de créer une synergie à partir de leurs atouts et de leurs identités spécifiques. Et pour aller, et c’est essentiel, au-delà de la simple juxtaposition de leurs compétences, cela implique que la fondation de coopération scientifique se situe sans attendre dans la perspective d’une optimisation scientifique et logistique ambitieuse.

C’est l’un des enjeux débattus dans le cadre des Assises nationales de l’Enseignement supérieur et la Recherche. Madame la ministre Geneviève Fioraso y prend un part particulièrement active, j’aurais l’occasion d’y revenir.

Je souhaite en tout cas que les propositions qui en sortiront permettent de donner une forme adaptée à de tels regroupements entre universités, organismes de recherche et grandes écoles, parce que d’autres initiatives, peut-être de moindre ampleur, mais pas avec moins de volonté, existent dans d’autres régions de France. Et il faut les soutenir absolument. Je sais en tout cas que la ministre y veille et je la remercie de son engagement.

Au-delà des questions d’organisation, la dynamique de formation et de recherche doit être à la hauteur des ambitions de ce "cluster", qui a vocation à jouer les premiers rôles sur la scène internationale. Si la taille cumulée des établissements d’enseignement supérieur de Paris-Saclay est comparable à celle des plus grandes universités, la proportion de doctorants est moindre, ce qui constitue une relative faiblesse. Il faudra notamment accroitre le nombre de doctorants étrangers qui participent de l’attractivité du site.

Cette dynamique doit permettre le développement de relations nouvelles entre universités et grandes écoles. Dans le même esprit, des relations nouvelles se développeront entre les universités de Paris-Sud et de Versailles Saint-Quentin, monsieur le président Huchon, des universités proches comme celle d’Evry qui tireront profit, j’en suis sûr, de cette dynamique et Paris-Saclay devra développer absolument une coopération de qualité avec les établissements de Paris intra-muros.

C’est une dynamique d’ensemble qu’il faut absolument lancer. Et il ne faut pas du tout hésiter et je voudrais insister sur ce projet, car il serait absurde – mais ça peut arriver, en tout cas ce sentiment peut exister -d’opposer Saclay à Paris. Et dans la période passée je dois dire que ce qui a été dit ou fait a pu donner cette impression. Il faut tourner cette page.

La future université Paris-Saclay doit aussi se tourner vers les acteurs économiques. Monsieur le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, vous êtes l’un des porte-parole de cette exigence et vous avez raison. On ne peut en effet imaginer que ce potentiel considérable, qui représente environ 13 % de la recherche française, ne soit pas mobilisé hardiment au bénéfice des entreprises, petites ou grandes, qui ont tant besoin de ressorts nouveaux pour se développer et créer des emplois. Là aussi on est au cœur de la question de la compétitivité.

Grande université scientifique, Paris-Saclay le sera d’autant plus qu’elle sera aussi une grande université de l’innovation, suscitant la création de nouvelles entreprises, partageant, avec les groupes industriels installés sur le site, de nouvelles interfaces recherche-industrie. Et au-delà, ce sont les entreprises des villes environnantes qui bénéficieront d’une dynamique nouvelle. L’objectif, ambitieux, est de susciter la création de 4 à 6 000 emplois chaque année.

Si nous y mettons les moyens mais aussi l’énergie, la conviction nécessaire, Paris-Saclay sera à la fois un grand centre scientifique de rayonnement mondial, et le ferment local, et un exemple national du redressement de notre compétitivité et de notre appareil industriel. Mais Paris-Saclay, vous l’avez évoqué, plusieurs d’entre vous mais particulièrement le président Huchon, c’est aussi un projet majeur d’aménagement du territoire.

Comme pour tous les "clusters" de cette ambition, qui ont fait la preuve de leur efficacité, et nous en connaissons, la réussite dépend d’un facteur essentiel : la volonté de coopération entre les acteurs du projet ne doit pas être entravée par les contraintes de mobilité excessives. Mais elles existent : l’attractivité du site, sur le plan professionnel, ne doit pas être amoindrie par une qualité de vie médiocre et pas seulement la question des transports, mais la question des transports est centrale. Et Saclay doit s’inscrire dans la démarche que je porte pour l’amélioration des transports en Ile-de-France.

Les Ministres qui m’accompagnent connaissent bien ce dossier ; Cécile Duflot, François Lamy mais aussi Geneviève Fioraso, bien sûr. Ce n’est pas déshonorant messieurs les ministres, mais dès ma nomination j’ai voulu prendre à bras le corps le dossier du Grand Paris, parce que je vois que c’est à la fois une question de respect pour les gens qui y habitent, qui y travaillent, c’est aussi une question de justice mais c’est parce que c’est une question qui concerne toute la France et donc il est parfaitement normal que le Premier ministre s’y investisse personnellement avec bien sûr les Ministres mais avec les élus. Et j’ai eu plusieurs rencontres déjà et j’en aurais d’autres. Parce qu’il faut changer les choses. Il ne faut pas simplement porter un constat. Donc c’est ma volonté. Et partir de ce qui doit être amélioré d’abord sinon personne n’aura confiance.

Les lignes existantes de RER, de métro et de bus fonctionnement trop souvent mal. Pas partout, heureusement. Mais pendant la campagne électorale, je vais vous faire un aveu, je n’ai pas cette pratique effectivement, monsieur Augustin De Romanet, d’emprunter le RER pour mon déplacement domicile-travail tous les jours, mais je l’ai fait volontairement, avant d’être nommé aussi, et j’ai parlé avec les gens, j’ai parlé de leurs conditions de vie, leurs conditions de travail, la fatigue, l’épuisement, le découragement, le sentiment d’abandon parfois. Eh bien il faut répondre à cette exigence de la vie quotidienne de millions de Franciliens. C’est un devoir national, parce que nos transports publics dans cette région doivent être rendus plus fiables, sans attendre.

C’est vrai que c’est moins impressionnant, moins spectaculaire peut-être, moins vendeur, dirons certains, qu’un nouveau réseau de métro automatique, mais moi je n’oppose pas l’un à l’autre. Mais il faut quand même commencé par là. Et vite. Si nous ne faisons pas un effort important pour nos lignes actuelles, les futures lignes de métro automatique ne seront pas perçues comme elles devraient. Elles se trouveront connectées à un réseau erratique et vieillissant.

Il faut que les collectivités, et notamment le STIF, puissent avoir la responsabilité pleine et entière, et la reconnaissance pour déterminer avec l’Etat et les opérateurs les travaux ce qui doit être lancé et accéléré, et sans tarder. C’est le sens des échanges que nous avons eu avec Jean-Paul Huchon ces derniers mois.

Les principales urgences, vous les connaissez, ce sont les RER, notamment le B, qui dessert à partir de Massy la zone de Saclay. Les travaux du RER B Nord sont lancés et ils seront livrés l’année prochaine. Le matériel roulant de la ligne est en cours de rénovation. Il faut maintenant traiter le Sud. Et c’est un enjeu immédiat pour Saclay et pour le démarrage de ce « cluster ».
Bien sûr, le réseau existant ne pourra pas répondre à lui seul aux perspectives ambitieuses du développement que nous partageons pour la Métropole capitale. La réalisation de la ligne de métro automatique du Grand Paris Express est nécessaire, et elle devrait donc être réalisée pour apporter une réponse efficace, globale à la saturation du réseau actuel et pour le développement de toute la région.

Mais je veux vous le dire franchement, l’exercice d’actualisation des coûts et de priorisation des travaux du futur métro automatique, a été engagé par Cécile Duflot à ma demande, mais c’est indispensable.

Je veux savoir exactement quel est le cout, pour l’instant nous ne l’avons pas précisément. Des chiffres qui ont été annoncés, ils sont sous-estimés ; par ailleurs, il faudra décider dans quel ordre nous faisons, mais nous ferons. Et ça, ça ne pourra pas se faire sans votre codécision.
En tout cas ce travail il est engagé, il est indispensable si on veut tenir un discours de vérité aux habitants, aux élus, aux chercheurs, aux entrepreneurs. Et il était illusoire de penser que tout serait fait tout de suite.

Nous disposerons de tous les éléments en début de l’année prochaine. Et sur ces bases, dès que cela sera nécessaire, et en 2015, et dès 2015 s’il le faut, nous mettrons en place la dotation du milliard au capital de la société du Grand Paris.

La liaison jusqu’à Saclay trouvera naturellement sa place dans ce cadre. Car le développement urbain, universitaire et économique de Paris-Saclay ne peut se concevoir sans qu’un moyen de transport adapté ne desserve le plateau et l’accompagne dans sa montée en puissance.

Et parmi les conditions de la réussite du projet, je veux mettre également l’accent sur la qualité de l’urbanisme et la qualité de vie sur le plateau. Vous l’avez aussi évoqué monsieur Augustin De Romanet Parce que j’attache une grande importance à la mixité des fonctions, qui forge l’urbanité.

La ville doit mêler les bâtiments tertiaires à l’habitat, aux commerces, aux équipements, aux espaces publics, aux services. Cette mixité conditionnera la qualité de vie des habitants du plateau ; et la qualité de vie constituera elle-même un facteur d’attractivité déterminant. De ce point de vue, un changement de modèle s’impose : à la juxtaposition de territoires spécialisés et fermés sur eux-mêmes – universités et grandes écoles d’un côté, lotissements pavillonnaires de l’autre, zones commerciales un peu plus loin – doit se substituer une ville. Une vraie ville. C’est-à-dire un tissu urbain continu et dense qui rassemble et qui décloisonne et qui donne de la qualité, et qui donne l’envie d’y vivre, d’y venir travailler. Et je pense que vous savez tous, et vous l’avez évoqué monsieur Augustin De Romanetla politique de marques - vous avez raison – ou un emblème qui pourrait symboliser – vous avez raison. Mais vous quand vous dites ça, il faut ajouter que toutes les villes qui se sont rénovées, qui ont retrouvé un élan, ont joué aussi la qualité.

Et vous évoquiez Bilbao. C’est vrai qu’avant on contournait Bilbao, on s’arrêtait à San Sébastian, et maintenant à San Sébastian on nous dit "vous savez on est à côté de Bilbao". Parce qu’à Bilbao on a plaisir de la ville et pas seulement à un bâtiment emblématique. Donc c’est une clé de l’attractivité. Et je peux vous en parler avec ma propre expérience personnelle, mais je ne suis pas venu là pour ça. Mais je suis convaincu de cela.

Un urbanisme de qualité, cela suppose aussi une action déterminée en faveur du logement. Avec 6 à 8 000 logements neufs par an, le site de Paris-Saclay contribuera à un vaste effort, c’est vrai, mais une contribution essentielle et mon gouvernement est prêt à soutenir ce projet.

D’ailleurs je crois que la question de l’accès au logement c’est tout le projet métropolitain qui est concerné. Nous en avons parlé avec le maire de Paris, avec le président Huchon, mais aussi avec les présidents des Conseils généraux, que je salue, qui sont là aussi. La question du logement et de l’accès du logement pour tous est essentielle. Quand je vois que chaque année plusieurs centaines de milliers d’emplois sont refusés alors que les personnes y ont accédé, mais refusent parce qu’il n’y a pas de solution de logement, parce que le logement est trop cher et inabordable, donc la compétitivité c’est aussi ça. Donc c’est la cohérence que je veux souligner devant vous, mais pour ça il faut un engagement de tous et de toutes.

Je l’ai dit pour les acteurs scientifiques et économiques, mais il importe aussi que les collectivités locales soient pleinement impliquées dans ce projet d’aménagement majeur. Sous l’autorité de la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement et du préfet de région, l’Etat veillera à ce que les deux contrats de développement territorial de Paris-Saclay traduisent l’ensemble des engagements. J’invite d’ailleurs la région et les Conseils généraux de l’Essonne et des Yvelines à se joindre à ces contrats, s’ils le souhaitent bien sûr et s’ils le décident. La loi leur en ouvrira de toute façon rapidement la possibilité, puisque les nouveaux contrats que nous allons élaborer permettront beaucoup plus de souplesse.

J’ai, avec le président de la République, depuis plusieurs semaines rencontré les présidents des Conseils régionaux, les présidents des Conseils généraux, et ce matin les présidents des villes et des grandes agglomérations françaises. Nous avons ressenti la même volonté, le même désir de participer, de contractualiser aussi sur des objectifs, sur des projets ambitieux.

Donc l’Etat veillera, là comme ailleurs, à ce que l’établissement public de Paris-Saclay, qui pilote le projet d’aménagement urbain, respecte la feuille de route fixée - j’en profite d’ailleurs pour saluer le travail de Pierre Veltz, et l’Etat aménageur sera un Etat partenaire.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, ma volonté, vous l’avez je crois ressentie, c’est que Paris-Saclay ait un rôle structurant dans le cadre de la Métropole Capitale que j’appelle de mes vœux.

Métropole à rayonnement mondial, atout pour la compétitivité, l’attractivité de notre pays. Oui, Paris-Saclay peut être demain, mais si nous le voulons tous ensemble, devenir une référence internationale non seulement en matière d’innovation scientifique, technologique et économique, mais également en matière d’innovation urbaine, sociale et culturelle. C’est l’atout de la France que nous estimons trop souvent. Quand je parle de "nouveau modèle français" eh bien c’est de ça dont je parle. Eh bien nous pouvons le réussir ensemble, je vous y invite. Mais nous pouvons faire de la métropole, la métropole capitale la métropole de l’excellence, de l’ambition mais aussi de la solidarité. Alors bon courage pour tout ce qui reste à faire, mais vous pouvez compter sur mon gouvernement et mon engagement personnel.


Source http://www.gouvernement.fr, le 31 octobre 2012

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