Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur les attributions du Conseil national des communes "Compagnon de la Libération", à Paris le 16 novembre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur les attributions du Conseil national des communes "Compagnon de la Libération", à Paris le 16 novembre 2012.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Transfert des attributions du Conseil national de l'Ordre de la Libération au Conseil national des communes "Compagnon de la Libération", aux Invalides à Paris le 16 novembre 2012

ti : Monsieur le chancelier,
Messieurs les Compagnons de la Libération,
Madame, Messieurs les ministres,
Messieurs les maires des communes Compagnons de la Libération,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,


Au mois de novembre 1940, une profonde nuit s’était abattue sur la France et l’Europe. Cinq mois plus tôt, la campagne de France s’était achevée par le honteux armistice de Rethondes. Les prisonniers de guerre français se comptaient par centaines de milliers. L’armée nazie occupait la moitié nord du pays.

Refusant le déshonneur, un maigre bataillon de trois mille hommes partis de rien avait rejoint le général de Gaulle à Londres. La plus grande partie de l’Afrique équatoriale française et le Cameroun s’étaient ralliés à lui mais la bataille de Dakar s’était soldée par un échec brutal.

Le 30 octobre, le maréchal Pétain engageait notre pays sur la voie de la collaboration avec l’ennemi. Le combat pour la libération du territoire s’annonçait long et terrible. C’est alors que le chef de la France libre, l’homme du 18 juin, celui qui avait sauvé l’honneur de la République en refusant l’humiliation de la défaite et la soumission jetait les bases d’une chevalerie exceptionnelle fondée sur le courage et la force de l’engagement.

Il y a soixante-douze ans jour pour jour (le 16 novembre 1940), à Brazzaville, le général de Gaulle créait l’Ordre de Libération. L’Ordre de la Libération n’apporte ni privilèges ni avantages, il ne repose sur aucune hiérarchie, il distingue les héros de la France combattante qui ont donné tout pour la libération de notre patrie. Un seul grade et un seul titre, celui de Compagnon de la Libération. Un seul insigne, un écu de bronze frappé d’un glaive et d’une croix de Lorraine, un ruban qui affiche le noir du deuil et le vert de l’espérance. C’est la croix de la Libération que ses détenteurs arborent avec la fierté du devoir accompli. Une seule devise : en servant la patrie, il a apporté la victoire.

La plupart des Compagnons avaient tout juste vingt ans. De toutes origines, de toutes conditions (officiers ou simples soldats, notables ou hommes du peuple, Français ou étrangers), venus des métropoles ou des colonies, ils étaient prêts à servir une cause plus grande qu’eux-mêmes, prêts à pousser leur engagement jusqu’au sacrifice de leur propre vie. Souvenons-nous de tous ceux qui furent distingués à titre posthume. Un quart des Compagnons torturés à mort, fusillés, déportés, tombés au champ d’honneur. Ils n’auront pas connu la joie immense de la Libération et de la victoire dont ils avaient été les artisans héroïques.

Souvenons-nous des noms glorieux qui constituèrent le premier Conseil de l’Ordre : Georges Thierry d’Argenlieu, capitaine de corvette et supérieur de la province des Carmes de Paris, qui rejoignit Londres déguisé en paysan pour devenir le chef d’état-major des forces françaises navales libres et le premier chancelier de l’Ordre ; Félix Éboué, fils d’un orpailleur guyanais, gouverneur du Tchad et artisan du ralliement de l’Afrique équatoriale à la France libre ; Emmanuel d’Harcourt, lieutenant de cavalerie blessé par une bombe allemande et embarqué à Dunkerque malgré l’amputation de sa jambe droite ; Edmond Popieul, officier de marine marchande chargé d’évacuer des légionnaires de Norvège jusqu’en Angleterre et qui choisit d’y rester après l’armistice ; Henri Bouquillard, sous-officier de l’armée de l’air qui s’embarqua en fraude à Casablanca sur un cargo anglais rapatriant des troupes polonaises ; vinrent ensuite René assin, Georges Catroux, les généraux Leclerc, de Lattre de Tassigny et Koenig, Jean Moulin, Pierre Brossollette, Henri Frenay, Georges Guingouin et bien d’autres encore, célèbres ou anonymes.

Se souvenir des actions héroïques des Compagnons de la Libération, c’est retracer la magnifique épopée de la France combattante, du serment de Koufra aux convois de l’Atlantique, des sables brûlants de Bir Hakeim au péril de la clandestinité des maquis, des débarquements de Corse et de Provence à l’écrasement du nazisme et au retour de la République victorieuse. Et cette victoire que nous célébrons chaque année avec ferveur, nous la devons aussi aux dix-huit unités combattantes, Compagnons de la Libération, qui ont affronté l’ennemi aux côtés des troupes alliées. Parmi elles, neuf unités de l’armée de terre, trois unités des forces navales et six des forces aériennes.

Ces forces françaises libres qui ont mené des batailles héroïques sont l’honneur de l’armée française. Je veux rappeler ici l’immense fierté de nos compatriotes au moment de l’entrée dans Paris de la division blindée du général Leclerc après tant de victoires remportées sur les champs de bataille. Par décret du 23 janvier 1946, le général de Gaulle mit fin à l’attribution de la croix de la Libération. Il n’y eut ensuite que deux exceptions, deux réouvertures à titre effectivement remarquable pour décerner cet ordre : pour Winston Churchill et pour George VI.

Sur les mille trente-huit hommes et femmes promus dans l’Ordre de la Libération, vingt-trois Compagnons continuent de porter le témoignage de cette histoire glorieuse. Je veux leur adresser ici un salut fraternel au nom de la nation tout entière. Le général de GAULLE lui-même n’imaginait pas que la flamme de la Libération puisse un jour s’éteindre. Si les individus sont destinés à disparaître, comme vous l’avez rappelé Monsieur le chancelier, les collectivités telles que la ville de Paris continueront à témoigner dans l’avenir de ce qu’a été l’Ordre de la Libération car de 1941 à 1946, cinq communes ont acquis le statut de Compagnon de la Libération. Cinq communs héroïques qui se sont distinguées dans le combat pour la libération de la France. Cinq communes qui illustrent la diversité de la France combattante.

C’est la ville de Nantes où une résistance spontanée surgit dès le lendemain de l’armistice, où se développèrent des réseaux de sabotage et de renseignement malgré la répression des forces d’occupation et qui en a payé le prix du sang. Je pense avec émotion aux otages fusillés par les nazis le 22 octobre 1941 à Nantes, à Châteaubriant et au mont Valérien.

C’est la ville de Grenoble qui a été l’un des symboles de la résistance mais aussi de la répression sauvage pendant ces années noires et qui a été le théâtre d’une manifestation patriotique remarquable le 11 novembre 1943.

C’est la ville de Paris, bien sûr ! Capitale restée fidèle à elle-même et à la France selon les termes du décret de 1945 où s’alluma dès 1940 la flamme de la résistance et dont la population s’est dressée pour chasser l’ennemi aux côtés des alliés et des forces françaises combattantes.

C’est la commune martyre de Vassieux-en-Vercors, centre de parachutage pour les armées alliées, qui apporta un soutien constant aux maquis voisins et dont soixante-treize habitants tombèrent aux côtés des résistants du Vercors en août 1944.

C’est enfin la commune de l’île de Sein dont tous les hommes en âge de se battre ont rejoint la France libre après l’appel du 18 juin 1940. "Devant l’invasion ennemie, disait le général de Gaulle, l’île de Sein s’est refusée à abandonner le champ de bataille qui était le sien, la mer."

Ces cinq communes, Compagnons de la Libération, sont porteuses des valeurs de la résistance. Elles portent plus que d’autres la mémoire héroïque de la France combattante à qui nous devons notre liberté.

En 1981, à l’initiative de la ville de Nantes, un pacte d’amitié fut signé par les maires de ces cinq communes, conscients de la haute responsabilité qui serait un jour la leur. Ce pacte fut aussitôt salué par le général Jean Simon, alors chancelier de l’Ordre de la Libération. "En renouvelant votre fidélité, déclarait-il, en resserrant vos liens fraternels, en marquant d’un acte fort votre volonté de conserver la mémoire, vous êtes, Grenoble, Nantes, Paris, île de Sein, Vassieux-en-Vercors, notre espérance."

À ce pacte, a succédé le Conseil national des communes "Compagnon de la Libération". Institué par la loi du 26 mai 1999 adoptée à l’unanimité par la représentation nationale, ce Conseil prend aujourd’hui officiellement le relais du Conseil de l’Ordre de la Libération.

Chancelier de l’Ordre depuis le 11 octobre 2011, Monsieur le chancelier, le colonel Fred MOORE, que je salue particulièrement et chaleureusement, en devient le délégué national. Il coprésidera le Conseil avec les cinq maires qui se succèderont dans cette charge chaque année. Les vingt-trois Compagnons de la Libération siègent, quant à eux, au conseil d’administration.

La continuité de l’œuvre entreprise est donc assurée. Il appartiendra désormais au Conseil national des communes "Compagnon de la Libération" d’assurer la pérennité des traditions de l’Ordre et d’entretenir la mémoire des héros de la France libre. C’est lui qui organisera les cérémonies commémoratives et, d’abord, la célébration annuelle au mont Valérien de l’appel du 18 juin. C’est lui qui aura la responsabilité de gérer le musée et les archives de l’Ordre de la Libération. C’est lui qui assurera le service de la médaille de la Résistance française. C’est lui enfin qui apportera aux Compagnons, aux médaillés de la Résistance française et à leurs familles l’aide morale et matérielle qui s’impose en certaines circonstances.

Mesdames, Messieurs, c’est pour donner une solennité particulière à ce passage de flambeau que nous sommes rassemblés aujourd’hui en ce haut lieu de nos commémorations nationales. Par ma voix, la République rend hommage à la France combattante, elle rend hommage aux femmes et aux hommes courageux qui se sont engagés au péril de leur vie pour défendre notre indépendance et notre liberté. Elle rend hommage aux héros qui ont versé leur sang pour la France. Elle rend hommage aux Compagnons de la Libération qui ont résisté à l’oppression et permis la victoire.

Ici même, le 30 octobre, les honneurs militaires étaient rendus à Roland de la Poype, officier du régiment Normandie-Niémen, Compagnon de la Libération et héros de l’Union soviétique. Par ses qualités de cœur et d’esprit, il incarnait tout l’héritage des Compagnons, celui que nous devons rappeler aux jeunes générations qui n’ont pas connu l’horreur de la guerre et des déportations, les privations et les souffrances.

Le devoir de mémoire s’impose à tous. Il engage notre avenir commun. Grâce à l’action vigilante du Conseil national des communes "Compagnon de la Libération", avec le soutien déterminé du gouvernement de la République, la flamme du souvenir ne s’éteindra pas.


Vive la République et vive la France !


Source http://www.gouvernement.fr, le 21 novembre 2012

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