Extraits d'un entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec RTL le 15 novembre 2012, notamment sur l'opposition syrienne et sur l'intervention des Fonds souverains de Libye et du Qatar dans l'économie française. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Extraits d'un entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec RTL le 15 novembre 2012, notamment sur l'opposition syrienne et sur l'intervention des Fonds souverains de Libye et du Qatar dans l'économie française.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Israël a tué hier dans la Bande de Gaza le chef militaire du Hamas. La France comprend-elle ou condamne-t-elle cette action ?

R - La France appelle à la désescalade et à la retenue. Ce qui s'est passé hier est très grave, il s'agit du chef de la branche militaire. On le connaissait puisque c'est lui qui avait été responsable de l'enlèvement de M. Shalit pendant plusieurs années.

Il y a eu des tirs de roquettes pendant tout le week-end contre le sud d'Israël ; du coup, Israël a répliqué. Le Conseil de sécurité s'est réuni cette nuit et la Ligue arabe est appelée à se réunir samedi. J'appelle, au nom de la France, à la retenue parce que dans une région déjà très troublée ce serait une catastrophe qu'il y ait encore une escalade.

Q - L'explication que vous donnez du geste est plutôt une explication qui traduit une incompréhension du geste d'Israël ?

R - Non. Israël, bien sûr, a le droit de se défendre mais on n'arrive à rien par la violence. Les Palestiniens ont droit à un État - il faut répéter cela - et Israël a droit à la sécurité, mais ce n'est pas par la violence qu'on peut régler les problèmes.

Q - François Hollande a reconnu mardi, au nom de la France, la nouvelle coalition des opposants au régime syrien de Bachar Al-Assad. La logique, ce serait maintenant de livrer des armes aux Syriens qui combattent sur le terrain. La France va-t-elle demander la levée de l'embargo européen ?

R - D'abord, ce qui est important et ce qui constitue une bonne nouvelle dans ce conflit dramatique - 40.000 morts en Syrie -, c'est que comme nous l'avions demandé avec d'autres pays, il y a désormais un rassemblement de toute l'opposition, ce qu'on appelle la coalition nationale syrienne, avec à sa tête M. Al-Khatib, que j'ai d'ailleurs rencontré mardi.

Q - Un religieux que l'on dit modéré !

R - Oui. Un sunnite modéré, très respecté, et deux vice-présidents. Il y a aussi le Conseil national syrien dont le président a changé ; c'est un ami de la France, M. Sabra, qui est un chrétien. J'ai rencontré toutes ces personnes, elles seront d'ailleurs reçues à Paris par le président de la République samedi prochain. Nous avons été les premiers - et je pense que c'est une bonne chose - à les reconnaître. Alors qu'est-ce que cela signifie ? Il y a trois conséquences :

- première conséquence, c'est que désormais pour tout ce qui est humanitaire il y aura une coordination et l'aide humanitaire passera par cette nouvelle coalition puisqu'on la reconnaît comme légitime ;

- deuxième conséquence, très importante, ce que nous le souhaitons c'est qu'il y ait un gouvernement provisoire à partir de cette coalition nationale. C'est ce qui est prévu dans les prochaines semaines ;

- troisième conséquence, la question de l'armement ; pour, pour le moment, il y a un embargo, il n'y a donc aucune arme livrée du côté européen. La question va sans doute se poser pour les armes défensives mais c'est quelque chose qu'on ne peut faire qu'en coordination avec tous les Européens.

Q - La France peut demander la levée de l'embargo ou pas ?

R - La question va être soulevée puisque de toutes les manières la coalition nous l'a demandée.

Q - Mais quelle est la position de la France là-dessus ?

R - La position de la France est de dire : «il ne faut pas militariser le conflit». Mais il est évidemment inacceptable que les zones libérées soient bombardées par les avions de Bachar. Il faut trouver le juste équilibre - et ce n'est pas facile : d'un côté, ne pas aller vers la militarisation et, de l'autre, empêcher que ces zones libérées soient détruites.

D'autre part - il faut le dire pour être complet -, nous sommes en discussion avec les Russes et avec bien sûr M. Brahimi, l'envoyé conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe que j'ai rencontré au Caire, parce que nous voulons trouver une solution.

Q - Mais sans lever l'embargo, on laisse mourir les combattants sur le terrain en Syrie ?

R - C'est pourquoi la question de l'armement défensif va être posée.

Q - Vous allez la poser ?

R - Bien sûr !

Q - Rapidement ?

R - Oui !

Q - Vous étiez en Libye lundi avec Arnaud Montebourg, confirmez-vous, Laurent Fabius, puisque c'est ce que disait Arnaud Montebourg, que le Fonds stratégique d'investissement va intervenir aux côtés du Fonds souverain libyen pour sauver les 460 emplois de la raffinerie Petroplus ?

R - Il y a plus de 470 emplois en jeu. Ils représentent plus de 1.000 familles et le gouvernement français, depuis déjà plusieurs semaines, essaie de trouver un repreneur pour cette raffinerie. La Libye, bien sûr, c'est une idée qui vient à l'esprit puisqu'elle est productrice de pétrole et que nous avons besoin de pétrole qui puisse être raffiné. Arnaud Montebourg m'a donc accompagné ; il a discuté avec le Fonds d'investissement. Nous souhaitons que les choses avancent mais ce n'est pas encore fait, il faut être très clair. Il y a d'autres pistes : une piste qui s'appelle NetOil ; il y a une piste suisse, etc.

Q - Est-ce que le Fonds stratégique d'investissement peut intervenir aux côtés du Fonds libyen, ou pas ? Est-ce que vous le souhaitez ? Vous connaissez bien ce dossier

R - Oui ! Très bien. C'est un dossier qui concerne la Seine-Maritime dont je suis élu et je souhaite surtout qu'une solution soit trouvée. Mais je pense que c'est un peu tôt. Le tribunal a donné jusqu'à février pour trouver une solution et le gouvernement, Arnaud Montebourg, va travailler en ce sens.

Je voudrais ajouter un mot supplémentaire sur la Libye. J'ai été le premier étranger invité à m'exprimer devant l'Assemblée nationale libyenne, avec un accueil très chaleureux. La Libye est quasiment un pays extrêmement riche, mais désorganisé compte tenu de ce qui s'est passé avec Kadhafi et les conséquences du conflit, avec des problèmes de sécurité. Il va y avoir un partenariat stratégique entre la Libye et la France et nous avons invité les responsables libyens - qui sont de grande qualité - à venir en France prochainement.

Q - À quoi vont servir, où vont s'investir les 10 milliards du Fonds souverain que le Qatar dit vouloir investir en France ? Ce n'est pas inquiétant ?

R - Non ! Nous souhaitons qu'il y ait beaucoup d'investissements.

Q - Il n'y a aucun frein, aucune limite ?

R - Il faut que ce soit des investissements qui contribuent à l'emploi, ce qui est le cas. Nous souhaitons qu'il y ait beaucoup d'investissement en France.

Q - Le Qatar n'investit pas trop ?

R - Non ! On a besoin d'investissements, qu'ils soient qatarien, saoudiens, chinois, japonais, libyens. Nous en avons absolument besoin.

Q - Le Qatar n'en fait pas trop ?

R - Non ! Pour le moment il n'y a pas de problème qui soit posé. Et puisque vous parlez du Qatar, la réunion qui a eu lieu et qui a abouti à la création de la Coalition nationale syrienne, s'est faite à Doha et avec le soutien du Qatar. Il faut quand même dire les choses honnêtement.

Q - L'importance du Qatar effectivement ne nous échappe pas quel que soit le dossier.

R - Cela ne nous a pas échappé non plus.

Q - Et ça ne vous inquiète pas plus que ça ?

R - Il faut toujours être actif et, en même temps, mesurer ce qui se passe oui.

Q - C'est bien dit ! C'est diplomatique.

(...)

Q - J'ai vu que vous aviez récemment suivi un stage contre le sexisme.

R - Non ! Je vous confirme que je n'ai pas besoin de stage contre le sexisme. D'ailleurs, depuis que je suis au ministère des affaires étrangères, 40 % des ambassadeurs qui ont été nommés sont des ambassadrices. Je confirme en revanche que j'ai reçu des représentants du ministère des droits de la femme qui sont venus me confirmer ainsi qu'à d'autres ministres qu'il fallait avancer pour promouvoir des femmes ; c'est ce que j'ai toujours essayé de faire.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 novembre 2012

Rechercher