Déclaration de M. Thierry Repentin, ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage, sur l'accès à la formation professionnelle à distance et la négociation sur la sécurisation de l'emploi, Marseille le 21 novembre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Thierry Repentin, ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage, sur l'accès à la formation professionnelle à distance et la négociation sur la sécurisation de l'emploi, Marseille le 21 novembre 2012.

Personnalité, fonction : REPENTIN Thierry.

FRANCE. Ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage

Circonstances : Forum de la formation ouverte à distance à Marseille le 21 novembre 2012

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Je tiens à remercier Jacques Bahry de son invitation à ouvrir vos 10èmes rencontres du Forum de la Formation Ouverte et à Distance. C’est avec grand plaisir que je suis parmi vous aujourd’hui à Marseille et c’est avec beaucoup de curiosité que j’ai pris connaissance du programme des trois jours que vous allez passer dans la cité phocéenne : « Le numérique, entre la formation informelle et formelle ? ». Bigre ! Passé le premier instant de surprise, je n’ai pu que me réjouir de la réceptivité et de la vigilance témoignée par le Forum à l’égard de mutations extrêmement rapides de notre société tant dans son rapport à l’information, à la connaissance et surtout à « l acte d’apprendre ».

Face aux mutations technologiques, face à l’explosion des réseaux, face à l’hyper connexion des uns et l’isolement des autres, la Formation ouverte et à distance a un rôle à jouer pour que la formation chemine vers des modes de transmission plus riches et mieux combinés, vers une reconnaissance et la validation des acquis issus des usages des nouvelles technologies ! Les initiatives en matière de formation ouverte et à distance sont l’objet même de votre congrès et je ne chercherai pas à synthétiser par anticipation vos travaux. Je vous propose plutôt – plus modestement – de vous faire part de ce que doivent être à mes yeux les deux ambitions de l’Etat à ce sujet : Elargir la communauté des apprenants ; Elargir la palette de la transmission, de l’acquisition et du développement des compétences.

1. / Ainsi, ma première ambition est d’améliorer l’accès à la formation et à la qualification. Nul besoin de vous convaincre que la formation est un levier de compétitivité de notre pays. Je pense d’ailleurs que c’est le seul qui soit totalement à notre main : nous ne maîtrisons pas complètement le coût des matières premières mais nous sommes capables de former les hommes et les femmes aux métiers d’aujourd’hui et de demain.

Pourtant, le développement des personnes et des compétences demeure trop souvent perçu comme une dépense et non comme un investissement. Et de fait, il arrive que l’accès à la formation soit encore trop coûteux. Je ne parle pas seulement des frais pédagogiques ou du financement de la période de formation, je parle aussi du coût que représentent pour une personne la difficulté à se repérer dans l’offre disponible, les hésitations quant à la définition du meilleur parcours ou encore la perplexité face aux différents dossiers à remplir… Tout cela représente un « ticket d’entrée » relativement élevé et en tout cas très exigeant à l’égard de personnes qui ne sont pas toutes bien armées pour y faire face.

Dans ce contexte, la Nation a un devoir de simplification et de facilitation de l’accès à l’éducation et à la formation pour tous, à tous les âges de la vie, quels que soient le statut d’emploi ou le niveau de qualification. C’est là que les instruments numériques dont nous disposons entrent en scène : ces instruments qui constituent notre environnement quotidien – téléviseurs interactifs, chaînes interactives, tablettes électroniques, smartphones, ordinateurs portables en tout genre… dont je suis sûr que vous avez au moins un exemple à portée de main en ce moment même ! - ces instruments donc sont une opportunité exceptionnelle pour modifier les usages et les images de la formation, pour mobiliser les intelligences tant individuellement que collectivement. Et loin de moi l’idée qu’il serait possible d’assimiler navigation sur le net, consultation d’informations et formation !

Non. Mais l’instrument numérique peut parfois constituer une porte d’entrée plus facile, plus attractive… parfois c’est même la seule acceptée ou souhaitée par certains publics dont le vécu de l’école a été rebutant.

Il nous faut développer des plateformes et des services éducatifs, accessibles, individualisés, souples et attrayants, en résonance avec les codes esthétiques et pratiques des autres éléments disponibles sur internet : vidéos, jeux, bases de données, journaux, réseaux sociaux,… Nous sommes à l’aube de cette révolution des modalités d’apprentissage. Le programme « e-education » et plus largement les investissements d’avenir en matière de numérique doivent nous donner l’opportunité d’intensifier la nature, la qualité et la quantité des services éducatifs proposés à nos concitoyens. Nous devons accélérer nos investissements en faveur d’usages partagés et apprenants des outils web, pour générer et peut-être même ré-générer le plaisir et l’envie d’apprendre.

2./ Ma seconde ambition est d’élargir la palette de la transmission, de l’acquisition et du développement de compétences.

L’ensemble de la communauté pédagogique et formative, à l’image de ce 10ème Forum de la formation ouverte et à distance, doit se fédérer et développer des espaces réels et virtuels de capitalisation. Ces derniers sont à mon sens encore insuffisants et trop peu utilisés. Or c’est un enjeu essentiel pour trois raisons majeures :

1. pour donner à voir, aux yeux de toutes et tous les innovations et les réalisations disponibles et capitalisables - c’est le propre d’une discipline qui cherche à se développer que d’accepter la transparence et la mise en commun ;
2. pour montrer un visage de la formation, dépoussiéré des clichés et des idées reçues héritées de l’ancienne éducation ;
3. et enfin pour professionnaliser et faire progresser l’ensemble de la communauté de la formation.

Le Forum Français de la Formation Ouverte et à Distance entend légitimement prendre le relais de l’ancien « Observatoire des Ressources pour la Formation », entre temps devenu ALGORA. Je suis favorable à cette initiative et je veux assurer le Président du Forum du soutien du Ministre de la Formation et de l’Apprentissage, pour toutes les initiatives qu’il prendra en vue de valoriser le savoir-faire éducatif à distance français et catalyser les innovations. Je soutiens aussi sa démarche, en partenariat avec le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels, de faciliter l’imputabilité des actions que vous menez en tant que professionnels et leur financement par les OPCA.

La France dispose dans le monde d’une image de marque positive en matière de jeux vidéo. Elle doit se faire fort de conquérir une place de premier rang dans le champ de l’éducatif, lui aussi rattrapé par la compétition mondiale, en dépit des différences linguistiques. La France recèle pour cela les compétences techniques métiers, les compétences éducatives et formatives, les compétences de web-design et de graphisme. La France doit devenir une référence dans l’intégration des nouvelles technologies d’information et de communication au service de projets éducatifs et formatifs. Nous avons le devoir d’en assurer le développement et la croissance.

La nature des défis à relever, les forces de la communauté des formateurs au sens large, nous placent, vous placent, au premier rang des acteurs susceptibles de produire une croissance rapide et durable dans le domaine de la formation. Bien sûr cela imposera d’évaluer notre performance collective. Certains rendez-vous internationaux y contribueront : je pense par exemple au World Education Forum. Il se tenait la semaine passée à Doha au Qatar. Il doit d’année en année voir les initiatives françaises croître et gagner en reconnaissance. Le modèle éducatif français doit s’affirmer et porter, à sa mesure, les couleurs de notre pays à l’étranger.

Cet effort sera en pleine cohérence avec le chantier de la compétitivité ouvert par le Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT. Le « pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » dévoilé début novembre témoigne de l’importance de votre contribution : sur les 8 leviers de compétitivité identifiés, 6 leviers nécessitent, en tant que soutien ou en tant que condition de succès, soit un effort de développement de compétences, soit un effort organisationnel de la profession et du secteur de la formation.

J’en citerai deux qui me paraissent particulièrement faire écho à vos travaux :

1. « Accompagner la montée en gamme en stimulant l’innovation »
2. « Produire ensemble »

1. S’agissant de l’accompagnement de la montée en gamme en stimulant l’innovation, le Gouvernement s’est explicitement fixé comme objectif de « diffuser les technologies et usages du numérique ». Ainsi, il est question de mettre en place « de nouvelles actions du Programme des Investissements d’avenir, destinées à financer le développement de technologies numériques stratégiques et leur utilisation par les entreprises ».
Le Premier Ministre a également annoncé qu’ « en cohérence avec l’évolution de l’enseignement supérieur, un plan « France Universités Numériques » sera mis en oeuvre pour rendre disponible certains contenus de cours en ligne, offrir des services mutualisés entre établissements et diffuser l’offre de formation présentée par domaine. »
Cette orientation stratégique indique clairement que la France a confiance dans sa capacité à former nos concitoyens pour qu’à travers le monde nos produits et services soient appréciés et recherchés.

2. J’en viens donc naturellement à l’enjeu de production, qu’il s’agisse de produire des biens ou des services.
Notre économie, notre tissu industriel et commercial sont à la recherche de nouveaux modes de coordination et de coopération. Le co-développement, les partenariats de recherche, les espaces de mobilité de la main d’oeuvre sur les territoires, la responsabilité partagée pour mener à bien la bataille de l’innovation et de la compétitivité… ont été clairement identifiés comme des leviers de compétitivité. Les acteurs doivent apprendre à travailler ensemble, à créer ensemble, à développer des démarches collaboratives durables. Là encore, vous le percevez, la formation et le développement des compétences seront des instruments d’accompagnement du changement essentiels.

Ainsi, la compétitivité et la santé économique peuvent être une occasion de valorisation des métiers de la formation et de développement de l’appétence pour la formation.

Car ne nous y trompons pas : c’est bien cette appétence qui est la finalité ultime de nos missions comme pouvoirs publics… et de vos missions comme formateurs. L’économie, je ne l’ai jamais rencontrée ! En revanche, des décrocheurs brouillés avec l’idée même d’apprendre, j’en croise trop souvent hélas.

Des quadragénaires qui ont le projet d’entamer une seconde carrière dans un autre secteur d’activité, j’en rencontre aussi ! Des professionnels passionnés qui ont envie d’approfondir leur expertise, j’en connais !

Des personnes qui enchaînent CDD et intérim sans trop savoir comment sécuriser leur parcours professionnel et qui désespèrent de pouvoir stabiliser, par conséquent, les autres aspects de la vie – le logement par exemple – j’en vois aussi beaucoup !

C’est à eux que je pense quand j’examine comment améliorer nos politiques de formation.

C’est pour eux que nous travaillons.

J’affirme que notre rôle, notre responsabilité, consiste à créer les environnements éducatifs, les modalités de formation, tout support et toutes formes confondues, « formelle ou informelle » comme l’annonce le titre de votre colloque, susceptibles d’accompagner l’ensemble de notre Nation dans son projet de développement et la recherche de l’épanouissement de chacun de ses membres. Et cela ne peut se faire que dans des allers-retours permanents avec les enjeux d’emploi.

Si la formation ne peut être réduite au développement de compétences en vue de l’exercice de tel ou tel emploi, il n’empêche que nous devons collectivement rendre possible et plus aisé l’accès à la formation des demandeurs d’emploi.

Seulement 20% des personnes en situation de recherche d’emploi bénéficient d’actions de formation. Nous ne pouvons nous satisfaire de cette situation ! Il nous revient donc de multiplier les occasions et les modalités d’apprentissage, pour que les périodes d’inactivité deviennent de réelles opportunités de rebond. La Validation des Acquis de l’Expérience – qui fête cette année son dixième anniversaire – devrait pouvoir jouer un rôle beaucoup plus soutenu et répandu, tant en matière d’accompagnement de la reconnaissance des compétences acquises, que d’appui à la définition d’un projet professionnel.

Vous le savez, le gouvernement a invité les partenaires sociaux à discuter et à négocier un accord sur la sécurisation de l’emploi. Les discussions sont en cours et aboutiront, nous l’espérons, avant la fin de cette année. Les travaux engagés sont à la recherche des bons équilibres et compromis en matière d’articulation entre stratégie d’entreprise, gestion prévisionnelle et préventive des emplois et des compétences, consultation et mise en oeuvre du plan de formation. Je souhaite que les partenaires sociaux proposent des avancées pour améliorer l’accès à la formation et contribuent à construire un droit effectif à la formation tout au long de la vie.

De manière complémentaire, dès ma nomination, j’ai saisi le CNFPTLV d’une mission d’étude des conditions de faisabilité et de réussite d’un Compte Individuel Formation, qui attribue des droits supplémentaires à la personne pour se former, se développer, faire acte de mobilité. Il ne s’agit pas de révolutionner notre droit de la formation, mais de confirmer les orientations présentes dans l’accord national interprofessionnel (ANI) de 2003, qui organisait une première étape d’un Droit Individuel à la Formation. Ce droit individuel étendu, nous l’envisageons : comme un moyen complémentaire offert à la personne de construire son projet professionnel et personnel, comme une seconde chance pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la possibilité de se doter d’un patrimoine de compétences suffisant et sécurisant,

comme un support qui devra être crédible financièrement et juridiquement quant à la possibilité de se former tout au long de la vie. Enfin, toujours sur le terrain de l’emploi, mais d’un point de vue plus territorial cette fois-ci, l’ensemble des initiatives que nous avons prises invite à faire dialoguer et converger les acteurs, les moyens et les outils locaux vers une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences du territoire. Les « Pactes régionaux de réussite éducative et professionnelle », que je souhaite voir conclus dans chaque Région, devront mettre en cohérence les démarches prospectives et la cartographie des dispositifs de formation, afin de répondre à la fois aux enjeux sectoriels et aux enjeux stratégiques du territoire. Le bassin de vie est une échelle de solidarité. C’est aussi souvent le seul espace envisagé, pour la grande majorité de nos concitoyens, pour une mobilité professionnelle. C’est enfin, parfois, un espace d’isolement lorsque la mobilité est difficile, lorsque l’offre de formation sur place est peu dense, lorsque l’emploi est peu présent.

Conscients des ressources et des écueils des territoires, nous promouvons la coordination des acteurs mais aussi l’innovation. C’est une conviction forte du gouvernement. C’est aussi le fruit de l’expérience. Chacune et chacun d’entre vous, dans ses rôles et responsabilités doit pouvoir en confiance innover et développer avec plaisir les nouveaux modes d’apprentissage du XXIème siècle.

C’est ma conviction. C’est aussi mon devoir. Vous pouvez compter sur ma détermination et mon soutien.

Je vous souhaite à toutes et à tous d’heureuses et fructueuses 10èmes Rencontres du Forum de la Formation Ouverte A Distance.


Source http://travail-emploi.gouv.fr, le 23 novembre 2012

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