Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la valorisation de la filière du numérique et la poursuite du développement de l'ouverture des données publiques (Open Data), à Paris le 6 décembre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la valorisation de la filière du numérique et la poursuite du développement de l'ouverture des données publiques (Open Data), à Paris le 6 décembre 2012.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Rencontre du Premier ministre avec les acteurs de l'économie numérique à l'occasion de la 9ème Edition du Web, à l'hôtel de Matignon le 6 décembre 2012

ti : Merci, Mesdames, Messieurs. Je m’adresse à tout le monde en français, mais je sais que pour ceux qui ne parlent pas français, vous avez une traduction. Donc, bienvenue à toutes et à tous. Madame la Ministre, merci d’être là, chère Fleur. Mesdames et Messieurs les Parlementaires. Mesdames et Messieurs.

Je suis vraiment heureux de vous accueillir ici, à Matignon, aujourd’hui, à l’occasion de la 9ème Edition du Web. La ministre déléguée, Fleur PELLERIN, chargée de l’Economie numérique, m’a dit combien vos débats des trois derniers jours ont été particulièrement intenses et surtout fructueux.

C’est pour ça que j’ai souhaité aussi vous réunir, avant que vous ne repartiez, les uns et les autres, dans vos pays d’origine ou dans vos différentes régions, pour vous dire simplement, mais fortement, l’intérêt que je porte, avec tout le gouvernement, à l’économie numérique et pour vous présenter les quelques lignes essentielles de notre action.

Il faut bien sûr renforcer l’attractivité de la France auprès des entreprises numériques, c’est un vrai enjeu, un vrai défi. Parce que je pense profondément que les emplois et la croissance de demain en dépendent. Le numérique, c’est déjà près d’un million d’emplois en France, un quart de la croissance du pays. Qui le sait vraiment ? A part vous, sûrement. Mais il suffit de regarder cette assemblée, sa diversité et sa jeunesse, sa spontanéité, son dynamisme, pour se convaincre que l’importance de l’économie numérique ne peut que continuer de croître.

Renforcer l’attractivité de la France pour vos entreprises suppose d’abord, et c’est un préalable, de créer un environnement favorable à l’innovation sous toutes ses formes. Je sais que vous y êtes particulièrement sensibles et attentifs.

Le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, que j’ai présenté le 6 novembre dernier à la suite de la remise de son rapport par Louis GALLOIS, témoigne de l’engagement de mon gouvernement sur ce sujet.

Je sais, par exemple, combien la pérennisation pour les cinq années à venir du crédit d’impôt recherche, qui est le plus favorable d’Europe, qui est une question essentielle pour vous, mais d’autres mesures ont été annoncées. Je pense au renforcement du statut de jeune entreprise innovante, qui permet aux entreprises en croissance de bénéficier des meilleures conditions pour développer leurs projets.

Fleur PELLERIN vous a annoncé, lors de la conférence, le lancement d’une mission de préfiguration du projet « Paris capitale numérique », qui sera conduit par Tariq KRIM, qui est là et que je salue. Vous avez vu les encouragements, je pense qu’ils sont mérités. Mais surtout, c’est aussi l’occasion pour moi de dire que nous attendons beaucoup de ce projet. Fleur PELLERIN m’en a parlé déjà depuis plusieurs mois.

Parce que nous savons que les talents français ne sont pas suffisamment mis en avant dans le domaine du numérique et que nous voulons et nous devons les valoriser davantage.

Qui sait dans le grand public que les objets connectés les plus populaires dans le monde sont fabriqués par des entreprises françaises, dont plusieurs PME ? Qui connaît NETATMO ou SCULPTEO, deux petites entreprises françaises récemment primées par le plus grand salon international d’électronique ? L’une pour ses stations météos personnelles gérées à distance, grâce au Smartphone ; l’autre pour son service d’impression d’objets en 3 dimensions.

Il faut faire connaître tout ça, il faut le faire savoir et le faire partager. Parce qu’en faisant savoir et faire partager, on crée une nouvelle dynamique. Parce que ma conviction, c’est qu’il existe un génie français. Je ne dis pas ça pour faire l’autosatisfaction par rapport à nos amis venus d’autres pays qui sont là, mais parce que chaque pays a sa spécificité, chaque pays a ses atouts et ses talents. Nous en avons et vous en faites partie. Mais il faut le dire, il faut l’affirmer, il faut le défendre, le revendiquer, en être fier.

Dans le numérique comme dans le reste, dans l’industrie traditionnelle, la France a une histoire industrielle, avec ses vicissitudes, avec ses ruptures, avec ses souffrances. Mais c’est justement le défi d’une nation industrielle de ne pas seulement regarder vers le passé, mais c’est aussi d’investir dans tout ce qui va préparer l’avenir, qui va garantir que cette histoire qui est la nôtre se poursuive.

Notre génie spécifique, il est porté aussi par nos ingénieurs, nos inventeurs, dans l’esprit des grandes figures du siècle dernier et du siècle précédent. Mais aussi par nos graphistes, nos designers, par nos créateurs, par nos développeurs. C’est un génie qui a donné naissance à des milliers d’entreprises du numérique, dont certaines, trop rares encore, sont devenues des géants mondiaux. Je pense, par exemple, à UBISOFT pour le jeu vidéo ou encore à CRITEO qui est en train d’en prendre le chemin dans le domaine de la publicité en ligne.

Nous allons donner à la filière toute la visibilité qu’elle mérite, nous allons l’encourager dans son développement et nous allons la soutenir dans son internationalisation. Bertrand DELANOË et Jean-Louis MISSIKA à Paris, Jean-Paul HUCHON à la région Ile-de-France, que je tiens à remercier, mais aussi, à travers eux, tous les élus qui œuvrent depuis de nombreuses années en ce sens sur tout le territoire national, qui peuvent désormais compter sur le soutien actif et sans faille de l’Etat.

Notre ambition, elle est de faire revenir en France les talents, quand ils sont partis. Parce qu’ils ont fait des voyages, mais il faut faire des voyages, ce n’est pas un reproche, c’est simplement pour leur dire que même s’ils sont allés sur des terres fructueuses, je pense à la Silicon Valley, c’est une aventure qu’il faut sans doute entreprendre, mais qu’il faut aussi qu’ils reviennent et qu’ils se sentent bien chez nous, en France, pour qu’ils sachent qu’ils y ont leur place et que nous avons besoin d’eux.

C’est ce que vous avez dit, je crois, lors de ces journées. Vous avez affirmé, revendiqué et je pense que vous aurez l’occasion, encore une fois, de le dire et de le redire.

En tout cas, notre ambition, c’est aussi d’attirer les meilleurs entrepreneurs et aussi les meilleurs investisseurs étrangers, dont certains sont parmi nous ce soir, et qui sont désireux de profiter des opportunités offertes par la France. Je veux dire à nos amis du monde entier que nous les accueillons à bras ouverts. Car, le partage des expériences et des cultures est bénéfique à tous. S’il en est particulièrement, c’est bien dans ce domaine du numérique.

Mais les enjeux du numérique ne se limitent pas à la question de l’attractivité. Le numérique irrigue toutes les politiques publiques et nous oblige aussi à les repenser, à les revisiter. Car, le numérique est à l’origine de nouvelles façons de faire société, via les réseaux sociaux, dont il faut tenir compte et auxquels nous devons nous adapter, sans nous y soumettre, mais parce que ça fait partie de cette réalité nouvelle de notre étape historique de développement.

C’est donc à un agenda global que mon gouvernement travaille. Il concerne l’éducation et l’enseignement supérieur, la réforme de l’Etat, de l’action publique ou encore la protection de la vie privée et des libertés individuelles sur Internet. Cet agenda sera débattu lors d’un séminaire gouvernemental qui se tiendra en février et que nous préparons avec Fleur PELLERIN et qui tracera la feuille de route pour les années à venir. Je ne vais pas entrer dans le détail de toutes les mesures auxquelles nous travaillons, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Mais je veux vous dire seulement quelques mots d’une politique que je crois particulièrement importante, qui est celle de l’open data. Il s’agit pour l’Etat d’ouvrir vraiment au public son patrimoine de données, comme nous le faisons pour le patrimoine bâti. Parce que nous considérons que ce patrimoine immatériel, c’est aussi celui de tous les Français, qu’il appartient à tous, qu’il appartient aux entreprises qui voudraient créer de nouveaux services, comme à tous les citoyens.

Les collectivités locales, certaines en première ligne, ont compris l’enjeu déjà et se sont engagées et sont souvent en avance sur l’Etat dans ce domaine. Je pense en particulier, j’ai cité Paris, mais je pense aussi à Rennes, je pense à Nantes, je pense à Montpellier, je pense aussi au département de Saône-et-Loire.

C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que l’Etat passe à la vitesse supérieure, un an après la mise en ligne du portail data.gouv.fr. J’ai nommé Henri VERDIER, que certains d’entre vous connaissent. Il était jusqu’à présent entrepreneur, président du pôle de compétitivité CAP DIGITAL, il est tout à fait habilité pour conduire cette politique, je lui fais tout à fait confiance. C’est une mission exigeante, ambitieuse, mais elle est nécessaire.

Dans les prochaines semaines, nous pourrons annoncer les données sur lesquelles nous souhaitons porter notre effort en priorité. Je pense notamment aux données relatives à l’environnement, à la sécurité ou aux dépenses publiques. Vous le voyez, nous sommes présents sur tous les fronts du numérique, il y aurait beaucoup d’autres sujets à évoquer. Mais je ne voulais pas être plus long.

Si j’ai parlé du numérique ce soir en votre présence, c’est parce que ce sont aussi des emplois, c’est la croissance de demain. Mais aussi parce que le numérique et les valeurs qu’il porte, l’innovation bien sûr, mais aussi l’entraide, le respect de tous les points de vue exprimés par le peuple de l’Internet, peuvent être le symbole de ce nouveau modèle français que je souhaite que nous puissions construire dans notre pays.

La France est une histoire, je vous l’ai dit, mais ce sont aussi des valeurs, c’est une certaine idée du vivre ensemble. Il ne s’agit pas simplement, en parlant du modèle français, de l’aborder par un esprit nostalgique, comme ce qui a existé avant est parfait et qu’il n’y a rien à changer. C’est justement parce que nous sommes dans une grande période de mutation, au-delà même d’une crise économique et financière, mais une période de mutation, qu’il faut revenir à la source et à la source de ce qui est notre modèle propre, mais qu’il faut réinventer, refonder.

C’est pourquoi je parle de nouveau modèle français, sans se renier pour autant. C’est pourquoi je parle aussi des valeurs. Il y a compétitivité quand il y a solidarité, il y a compétitivité économique quand il y a compétitivité sociale, quand il y a la place pour l’initiative, quand il y a la place pour l’innovation, quand il y a la place pour le débat. S’il y a bien un monde où il y a débat, c’est celui d’Internet.

Alors, je voulais vous adresser ce message ce soir, c’est un message de confiance, c’est un message de soutien, c’est un message de mobilisation. Merci de votre attention.


Source http://www.gouvernement.fr, le 7 décembre 2012

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