Déclaration de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la politique de la recherche et l'implantation régionale du CNRS, Rennes le 12 octobre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la politique de la recherche et l'implantation régionale du CNRS, Rennes le 12 octobre 2012.

Personnalité, fonction : FIORASO Geneviève.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :


Cette visite sur le site de l’antenne de l’ENS Cachan me permet d’illustrer par un cas concret, les propos tenus il y a quelques minutes, à l’occasion du schéma régional de l’enseignement supérieur de la recherche. Elle leur donne tout leur sens :

L’Etat s’appuie sur les synergies territoriales pour l’Enseignement supérieur et s’insère dans la logique de l’Agir local et du penser global.

L’antenne de l’ENS Cachan à Rennes, sur ce site de Kerlan, procède de la volonté d’un directeur de Cachan visionnaire, Yves Malier, et du souhait des collectivités territoriales bretonnes de l’époque de développer un nouveau campus et d’augmenter le potentiel scientifique et technologique breton et rennais.

Cette décision, qui a pu apparaître comme fragmentaire et isolée, comme l’ont été beaucoup d’implantations universitaires, a débouché sur des réalisations de qualité, grâce à votre travail collectif. Votre établissement s’est bien intégré dans le paysage universitaire rennais et du grand ouest. L’essaimage, toujours fragile et délicat, a réussi : l’ENS de Cachan, porteuse de cette antenne, et les universités rennaises, ont construit ensemble le développement de cette antenne, avec une aide importante des collectivités territoriales.

Il faut dire que les caractéristiques particulières de l’ENS Cachan, qui mêlent heureusement sciences, technologie, et sciences sociales, ont trouvé un terreau fertile à Rennes et en Bretagne, place forte des STIC sous leurs différents aspects mais aussi un des principaux centres français de recherche en gestion et en droit de l’entreprise (on a parlé de l’Ecole de Rennes).

Dix-huit ans après, à l’âge de la majorité, il était temps de penser à l’émancipation de cette antenne de Rennes. Comme l’a dit le précèdent président de l’ENS Cachan :

« Le pilotage stratégique de l’antenne, nécessite, encore plus que par le passé, une connaissance fine des enjeux territoriaux de l’enseignement supérieur, à Rennes, en Bretagne et dans le Grand Ouest. Il est illusoire, et à terme dangereux, de penser que l’on puisse apprécier ces enjeux et en déduire la stratégie adaptée par une gouvernance centrée en Ile de France ».

La solution d’un établissement autonome avait été annoncée par mes prédécesseurs, pour être finalement bloquée, rendant la situation très délicate. J’ai été saisie, dès ma prise de fonction, par les différents acteurs, et j’ai proposé au gouvernement de lever ce blocage. J’ai pris cette décision pour plusieurs raisons.

La première, qui paraît évidente, est que la parole de l’Etat doit être respectée, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’un contrat avec un établissement, sous peine de dévaloriser et la parole de l’Etat, et la procédure contractuelle, à laquelle la communauté universitaire est attachée. Cette procédure demeurera la base du dialogue du MESR avec les établissements, en s’adaptant à la logique de sites.

La seconde raison, et qui n’est pas moins suffisante que la première, tient à l’intérêt du projet : c’est en effet un excellent projet, qui ouvre plusieurs perspectives prometteuses. L’intelligence des acteurs des différentes phases de développement de l’antenne, a été de choisir des départements originaux, liés à l’émergence de nouveaux champs, qui n’existaient pas dans les autres ENS (droit, éco-gestion, mécatronique, sciences du sport). Ce sont souvent des domaines interdisciplinaires qui s’articulent bien aux forces de recherche du site rennais et au monde socio-économique.

Les départements prévus relèvent de cette logique et me semblent totalement pertinents. Le potentiel d’enseignement et de recherche, dans les universités, les écoles et les organismes de recherche, et l’appui aux politiques publiques, justifient aisément l’existence en Bretagne d’un département des sciences de l’environnement, axé à la fois sur la chimie, les sciences de la terre, les sciences de la vie et les sciences sociales. La force de la recherche en STIC, le fort investissement dans les usages du numériques, l’existence d’un pôle de compétitivité « images et réseaux », mais aussi le potentiel dans les disciplines artistiques, justifient la création à venir d’un département « arts et création numérique ». Vos projets montrent tout l’intérêt d’une véritable interdisciplinarité et la place éminente que doivent jouer les sciences sociales pour relever les défis sociétaux comme ceux qui sont liés à l’environnement.

Une autre caractéristique de l’esprit d’innovation qui s’est développé ici a suscité mon intérêt. J’ai bien noté que l’accès à votre département droit/économie/gestion se faisait dans des classes préparatoires mixtes entre les lycées et l’université, combinant des enseignements effectués au lycée et l’université. Ces classes ne sont pas l’apanage de la Région parisienne mais ont été montées aussi dans un partenariat entre l’université Bretagne Sud et deux lycées de Lorient et de Vannes. Une telle pratique va tout à fait dans l’esprit du rapprochement classes préparatoires/universités que je souhaite développer. Elle montre aussi le potentiel d’innovation et de créativité que peuvent développer nos établissements.

La solution administrative que propose le MESR, et que tous les acteurs ont acceptée, est également originale : c’est la formule d’une personnalité morale autonome, mais adossée aux deux universités rennaises (article L.719-10 du code de l’Education). C’est une première, pour une ENS, et cela manifeste la volonté partagée de rapprocher les universités et les écoles. Il s’agit d’un rattachement renforcé, qui permettra non seulement de mutualiser les fonctions supports mais aussi d’élaborer une stratégie commune, en matière de politique de recherche, d’offre de formation et de politique de recrutement.

Bref, vous anticipez le modèle sur lequel nous réfléchissons, pour favoriser le rapprochement des universités des écoles, en maintenant les spécificités de chacune. Bien loin de compliquer le paysage universitaire, cette solution constitue une étape importante dans la restructuration et la simplification de ce paysage. Elle devrait être formalisée dans les semaines qui viennent.

Enfin, cette décision marque une nouvelle stratégie territoriale en matière d’enseignement supérieur et de recherches, en vue d’un meilleur équilibre. Les concepteurs des investissements d’avenir ont répété partout qu’ils ne faisaient pas d’aménagement du territoire, comme si l’aménagement du territoire était un concept honteux, et qu’aménagement du territoire signifiait saupoudrage, ce qui est un contresens total.

En Bretagne, vous savez ce qu’une politique d’aménagement du territoire intelligemment menée a apporté en termes de désenclavement routier ou de développement d’une filière des télécoms, dont les bénéfices en matière de recherche demeurent encore aujourd’hui.

Je suis frappée, quand j’examine la carte des bénéficiaires des Plan Campus et des initiatives d’excellence, par la concentration des lauréats sur la Région Ile-de-France et les grandes métropoles régionales à l’est et au sud de la ligne Strasbourg à Bordeaux, tandis que le Nord, l’Ouest et la région Rhône Alpes ont été délaissés.

Cette carte reproduit exactement les implantations CNRS des années soixante, et ignore complètement les dynamiques actuelles, de la démographie et de la concentration des étudiants. Elle pénalise en outre les régions de l’Ouest, dont les effectifs d’étudiants et le potentiel de recherche ne sont pas concentrés sur la métropole universitaire régionale, mais forment un maillage très dense du territoire avec de nombreuses universités à une heure de distance les unes des autres.

On sait par ailleurs l’effet d’entraînement d’une ENS, l’exemple de Lyon est instructif à cet égard, sur le potentiel d’enseignement et de recherche des universités environnantes, et sur l’élévation de la qualité du recrutement des enseignants-chercheurs.

Ce rayonnement et cet effet d’entraînement seront facilités par l’adossement aux universités rennaises, mais doivent irriguer l’ensemble du grand ouest. La création de l’ENS est la première mesure de ce rééquilibrage et de cette équité territoriale qui me paraissent absolument nécessaires.

Cette nouvelle ENS a donc vocation à être un élément moteur d’un grand ensemble de l’enseignement supérieur breton qui, j’espère, pourra se dégager dans les toutes prochaines années en Bretagne, et dont j’ai rappelé les objectifs il y a peu de temps : rapprochement universités-écoles, spécialisation partielle sur des pôles à visibilité internationale, association des organismes à la gouvernance, principes de collégialité, de subsidiarité et de lisibilité, contrat « de site » avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le ministère tiendra ses engagements, la région Bretagne s’est engagée et ne va pas manquer d’officialiser cet engagement rapidement pour engager ce beau projet.

Votre objectif, mon objectif, est de créer l’ENS au 1er janvier 2014, et le nouveau département à la rentrée universitaire de 2014. L’aide du MESR vous est acquise : il vous revient, tous ensemble, de finaliser ce beau projet.


Je vous remercie


source http://www.bretagne.gouv.fr, le 14 décembre 2012

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