Déclaration de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur le recrutement et la formation des enseignants, Paris le 10 décembre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur le recrutement et la formation des enseignants, Paris le 10 décembre 2012.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

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Quelqu’un me demandait tout à l’heure pourquoi j’avais ce sourire, sous-entendu peut-être un peu... imbécile, - on n’aime pas les gens qui sourient...-, mais, quand même, imaginez, pour un ministre de l’éducation nationale, généralement... Ces dernières années, les ministres de l’éducation nationale, je les plains, j’en ai rencontré récemment, ils venaient devant un public choisi, c’est vous... Et ils disaient : "Écoutez... Cette année, je vais supprimer 14 000 postes, et puis tiens, tant qu’à faire, je vais supprimer la formation des enseignants !" Et nous, nous arrivons, et nous avons, dans le fond, à dire des choses très positives. D’abord, je l’entends, cette année nous allons en recruter 43 000, en deux concours... Oui, c’est vrai. Pour quoi faire ? La question m’est posée souvent. Pour quoi faire ? Formidable, la question... Je vais vous le dire. Pour instruire et pour éduquer les élèves. Et puis pour former, bien entendu, les futurs professeurs.

Si on veut accueillir des enfants de moins de trois ans, à l’école, - c’est très utile dans les territoires en difficulté, quand on regarde les parcours des élèves -, eh bien, il faut recréer plusieurs milliers de postes. En 2002, plus de 30 % des enfants de moins de trois ans étaient accueillis. On est à 10 % aujourd’hui.

Si on veut être capable d’assurer les remplacements, je voyais la Seine-Saint-Denis qui est encore, évidemment, en très grande difficulté... Mais partout ailleurs, sur le territoire, le professeur est absent, on ne peut pas le remplacer, eh bien, il faut créer des postes d’enseignants !

Si on veut former des étudiants qui se destinent à ce métier, eh bien, il faut créer des postes. C’est 27 000 postes qui vont être consacrés à la formation des enseignants. Et quand on avait détruit la formation des enseignants, c’était bien, ne vous faites pas d’illusions, pour récupérer des postes.

On nous dit : "Votre gestion n’est que quantitative..." Extraordinaire ! C’est précisément la gestion précédente qui l’était, puisque le point de départ était à chaque fois : "Rendez-nous tant de postes !" Nous, nous mettons en œuvre des transformations, évidemment, profondes, qualitatives, à commencer par la formation des enseignants.

Il y a donc un très grand plaisir à se retrouver et à pouvoir dire à nouveau que l’École est une priorité et que nous souhaitons faire du métier d’enseignant un métier qui est au cœur du redressement de la Nation. Redressement, je l’entends, économique, matériel, c’est fondamental. Mais redressement intellectuel, spirituel, moral. Une nation, bien entendu, ce sont des intérêts partagés. Réduisons notre chômage, y compris le chômage des jeunes. Mais nous y contribuons, là. Mais c’est aussi, et ça ne peut pas être autrement, c’est aussi, quand même, un certain nombre de valeurs que nous avons en commun. C’est un certain nombre de projets, d’espérances communes. Et ça, vous le savez, dans notre pays... C’est pareil dans beaucoup d’autres, c’est l’École, qui le transmet, c’est notre rôle...

40 000 postes, oui, mais la réalité, c’est 60 000 postes créés, c’est en plus des départs à la retraite. Et dans les cinq ans qui viennent, la France va avoir à recruter près de 150 000 enseignants pour assurer les besoins qui sont les siens, pour instruire et éduquer les enfants de demain. Et la chose essentielle pour moi, aujourd’hui, face à tous ces discours, mais je l’avais indiqué très tôt, du mépris, de la dévalorisation, du scepticisme, du cynisme... moi, ce que je viens dire ici, c’est une chose extrêmement simple. Je viens dire aux étudiants de France : la France a besoin de vous ! La France a besoin de sa jeunesse ! L’avenir de notre pays – ça a toujours été comme ça – l’avenir de notre pays, ce sont les générations qui se forment, c’est la transmission que nous sommes capables d’assurer. Nous avons besoin de 150 000 professeurs pour les cinq années qui viennent, pas pour les professeurs, pour eux-mêmes, mais pour former des millions et des millions d’enfants. Nous avons douze millions d’enfants scolarisés aujourd’hui dans le système. Ils sont la France de demain !

Geneviève Fioraso a dit à juste titre, je n’ai cessé de le répéter, il n’y a pas une crise des vocations. Quel mépris à l’égard de la jeunesse ! Les jeunes d’aujourd’hui ne voudraient plus travailler... On connaît la rengaine ! Les jeunes d’aujourd’hui n’auraient plus le courage de se lever... On connaît la rengaine ! Les jeunes d’aujourd’hui... Mais enfin ! C’est nous, adultes, qui avons été incapables de donner à la jeunesse ce que l’on nous avait donné, en conditions d’études, en moyens pour les mener, en capacité d’insertion professionnelle. Et l’École en est directement un bon exemple. Le jeune professeur qui commençait il y a vingt ans, non seulement il avait été accompagné pour faire ses études dans nombre de cas, mais il commençait avec une entrée progressive. Il commençait dans des conditions de carrière beaucoup plus faciles que celles d’aujourd’hui. Et nous ferions porter sur la jeunesse nos propres manquements ? La dette économique, la dette sociale, la précarisation de la société, les inégalités qui se creusent ? Pas du tout.

La responsabilité de ce gouvernement, très au-delà même de notre famille politique, la responsabilité des adultes, c’est de permettre à la jeunesse, avec nous, de redresser le pays. Et je le dis très nettement, cette campagne de recrutement que nous commençons et qui va s’étaler dans la durée, elle est, bien entendu, un appel profond à la jeunesse. Mais elle est aussi un appel à vaincre tous les cynismes, tous les pessimismes, tous les rabaissements, toutes les médiocrités dont on souffre jour après jour pour dire : non, nous, nous sommes capables, et c’est l’idée même de l’enseignement de faire que tout jeune ait son droit et soit éducable sur n’importe quelle partie du territoire, quelles que soient ses origines, quel que soit son milieu, quels que soient les déterminismes sociaux et culturels dont il souffre au départ. C’est le rôle de l’École républicaine. Et la jeunesse d’aujourd’hui, elle porte encore ces valeurs. Et elle veut être capable de les transmettre. Et elle veut qu’on lui donne les moyens de le faire. C’est ce que le président de la République, François Hollande, a voulu en fixant à l’École et à la jeunesse une priorité. Nous voulons rétablir la promesse républicaine. Ça a été dit, tout à l’heure.

Ces emplois d’avenir, il faut mesurer ce que cela signifie, il faut mesurer ce que peut signifier quand même une jeunesse étudiante laissée dans la précarité, des discriminations sociales qui se portent même jusqu’au métier de professeur des écoles. L’impossibilité où nous sommes de recruter des jeunes de milieux modestes pour devenir professeur des écoles ! Je prends souvent l’exemple, et je parle devant le directeur général de l’enseignement scolaire : la génération qui a précédé celle qui est aujourd’hui aux responsabilités, celle qui fait l’honneur républicain de notre pays, elle a pu commencer dans des familles modestes, du fin fond de la Somme ou d’ailleurs. Elle a pu franchir, étape après étape, les différents échelons qui permettent d’accéder aujourd’hui aux responsabilités suprêmes, au sein même de l’État. Ça n’est plus possible pour la jeunesse d’aujourd’hui, parce que nous ne savons plus tendre la main... Eh bien ! nous devons tendre à nouveau la main. Ce que dit le grand pédagogue Alain, je répète à l’infini, "il faut donner d’abord lorsqu’on entre dans une classe". À l’élève il faut toujours donner d’abord, il faut arriver sans préjugés, sans a priori, faire acte de générosité et chercher l’étincelle de lumière en lui, quel qu’il soit. Eh bien, ça vaut également pour nous à l’égard de la jeunesse. C’est un discours d’optimisme, c’est un discours de confiance, c’est un discours de mobilisation.

Dans la grande concertation qu’il y a eu sur l’École, j’ai entendu les parents, j’ai entendu les professeurs, j’ai entendu les uns et les autres dire : "Mais essayons de faire l’École de la bienveillance." Cette semaine, on traitait la question des décrocheurs. Un quart d’une génération ! Un quart d’une génération que nous laissons sur le côté ! Comment un pays peut-il prétendre à la compétitivité, à la cohésion sociale, au civisme, quand il sacrifie un quart d’une génération ? 150 000 jeunes... Mais ces jeunes, nous savons d’où ils viennent. Nous les produisons nous-mêmes ! C’est déjà les difficultés en grande section-CP-CE1, c’est les redoublements, c’est les orientations précoces, c’est les orientations subies... Et cela finit naturellement par le décrochage. Nous devons refaire cette École de la confiance et nous devons, en même temps, faire confiance à notre jeunesse, pour nous aider à redresser le pays. Pour faire la République, ça a été la grande leçon, il faut faire des républicains. Et c’est pour ça que l’École est intervenue. C’était une leçon qui valait au XIXe siècle, c’est une leçon qui vaut encore aujourd’hui. Nous avons besoin, pour que la France avance, pour qu’elle réussisse les grands défis qui sont devant elle, - défis sociaux, défis économiques -, d’une jeunesse mobilisée autour de son École.

Nous avons entrepris de changer, et nous le ferons dans la durée, le métier d’enseignant. Vous savez pourquoi un métier est attractif ? Un métier est attractif d’abord, et c’est la première demande que nous font les jeunes professeurs, parce qu’on vous donne des conditions d’enseignement et, en particulier, la formation, qui sont de bonnes conditions. C’est pour ça que nous rétablissons les écoles supérieures du professorat et de l’éducation, qui ne seront ni les écoles normales revisitées, ni les IUFM ressuscités. Nous pouvons inventer du neuf, et je remercie profondément la communauté universitaire de se mobiliser autour de cet objectif. C’est un objectif fondamental. Ce métier a besoin de formation. Nous allons la mettre en place. Il a besoin de considération. Le sondage que nous avons évoqué ce matin, quand même, il va contre tous les discours de certaines élites qui, effectivement, n’ont, elles, d’autres valeurs que l’argent, la réussite immédiate. Non ! 80 % des Français estiment que ce métier est un métier qui mérite la considération. Et ils le souhaitent même pour leurs enfants. Dites-le ! Faites-le savoir ! Parce que les Français respectent encore la connaissance ! Souvenez-vous du mouvement des chercheurs. Souvenez-vous de l’union du pays autour des chercheurs. Nous savons, en France, même dans les milieux les plus modestes, la valeur de l’École, la valeur de l’instruction, la valeur du savoir. Et le président de la République, ça n’était pas un hasard, a fait son premier discours devant le monument à Jules Ferry, pour dire effectivement que les valeurs de l’enseignement, les valeurs de l’instruction, les valeurs de la transmission du savoir sont, pour nous, les valeurs fondamentales. Enfin, ce métier a besoin, bien entendu, de revalorisation. Je n’ai cessé de le dire. Qui pourrait dire le contraire ? Bien entendu, dans notre société, nous devons mesurer à quel point les métiers de dévouement doivent être considérés aussi matériellement. Et c’est pour ça que je dis nettement : dans la situation des finances publiques de la France aujourd’hui, le seul ministère qui bénéficie des moyens que vous connaissez et, en particulier, de ces postes, c’est l’éducation nationale, parce que c’est l’intérêt des élèves et il le fallait. Mais, bien entendu, nous voulons que les professeurs, parce que nous savons que c’est essentiel, trouvent les meilleures conditions pour exercer leur métier. Dès lors que cela sera possible, dès lors que les uns et les autres seront prêts à avancer sur l’évolution même du métier d’enseignant, alors nous pourrons ouvrir de nouvelles perspectives pour ce métier. C’est tout à fait essentiel.

Je vois la réalité des difficultés. Quand on dit : "Ah ! on est le seul pays d’Europe à faire 144 jours de classe pour les enfants de l’école élémentaire. Si on faisait quatre jours et demi, ça se faisait il y a encore trois, quatre ans..." Et là, on voit, tous les obstacles, tous les intérêts particuliers, tous les blocages qui se mettent en place. Mais nous le ferons. Nous voyons bien, lorsque nous disons : il faut remettre en place une formation des enseignants, - et vous allez avoir un travail magnifique entre les universités à faire -, tous les blocages et tous les intérêts particuliers qui se mettent à nouveau en place. « Oui, mais moi, mais lui... mais je fais mieux...etc. » Mais nous le ferons ! Il en est exactement pareil pour le métier d’enseignant. Si certains veulent vraiment avec moi relever le défi de la réforme, nous y sommes prêts, avec le président de la République. Il ne s’agit pas simplement de regarder le passé et d’avoir toujours les mêmes slogans, de dire que l’on est prêt à la réforme et de s’arrêter quand elle arrive ! Nous sommes disponibles pour parler jusqu’au bout de la nuit - jusqu’au bout de la nuit ! - du métier d’enseignant. Pourquoi ? Parce que je fais cet appel à la jeunesse, mais je le dis, en même temps, le métier auquel vous pouvez vous destiner, si vous êtes enseignants, c’est le plus magnifique des métiers ! Non seulement parce que l’on va instruire les autres, leur permettre de grandir, de leur donner peut-être ce qu’ils ne trouveront jamais dans leur milieu... Être habité, parce que c’est notre tradition, par des valeurs, qui vont très au-delà de nos personnes, ces valeurs de laïcité, de liberté de conscience, de justice sociale, - parce que notre École porte une exigence de justice sociale -, mais aussi, vous le faites pour vous-mêmes, et ce n’est pas égoïste. Je voyais... On me disait... Les jeunes gens de la CNT, ce sont les anarchistes, ils manifestaient... Ce qu’il y avait de très beau, dans l’individualisme anarchiste, qui est au cœur de l’École républicaine, c’est qu’il comprenait qu’il y a dans la nature humaine, dans le fond, un élément peut-être d’optimisme qui fait que "faire du bien aux autres", - c’est ce que disait Jean-Marie Guyau, le plus grand théoricien de l’anarchisme à la fin du XIXe siècle, très lié à notre École -, "faire du bien aux autres, c’est aussi se faire du bien à soi-même". Et lorsque l’on enseigne, on fait grandir les autres, mais on grandit soi-même, et l’on grandit toute sa vie.

Je lance aujourd’hui un appel solennel à la jeunesse française. Nous avons besoin de nouvelles lumières républicaines ! Nous avons besoin de nouveaux hussards noirs ! Nous avons besoin de la jeunesse française pour redresser la France et, ensemble, bâtir un autre avenir ! Merci à tous.


Source http://www.education.gouv.fr, le 17 décembre 2012

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