Déclaration de Mme Cécile Duflot, ministre de l'égalité des territoires et du logement, sur la politique du logement et de la ville, le plan de rénovation thermique, l'égalité des territoires et le chantier du Grand Paris, à Paris le 21 janvier 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Cécile Duflot, ministre de l'égalité des territoires et du logement, sur la politique du logement et de la ville, le plan de rénovation thermique, l'égalité des territoires et le chantier du Grand Paris, à Paris le 21 janvier 2013.

Personnalité, fonction : DUFLOT Cécile.

FRANCE. Ministre de l'égalité des territoires et du logement

Circonstances : Cérémonie des voeux à la presse, à Paris le 21 janvier 2013

ti : Mesdames, Messieurs


Il est courant, lors de la présentation des voeux à la presse, de faire le bilan de l'année qui vient de s'écouler et tracer les perspectives de l'année à venir. Si bien que je ne sais pas pourquoi on baptise cette cérémonie du nom trompeur de voeux à la presse, tant il est vrai que c'est d'abord l'occasion pour celles et ceux qui s'expriment à cette occasion de parler d'eux même.

« Cérémonie d'autocongratulation » serait certainement plus juste, quoi que moins vendeur peut être. En gros, dans quelques instants, je vais vous expliquer à quel point j'ai bien travaillé en 2012, et à quel point je vais m'appliquer davantage encore en 2013. Pardon de dévoiler la fin du film avant l'heure du passage au petit fours, mais l'honnêteté me commande de prévenir celles et ceux d'entre vous qui seraient trop pressés afin de leur économiser un temps précieux.

Mais avant de sacrifier à cette tradition, permettez moi une entorse au narcissisme. Je voudrais d'abord vous parler de vous, mesdames et messieurs de la presse et des média. De vous, et des conditions de l'exercice de votre profession.

Je sais que nos relations se déroulent le plus souvent sur le mode du jeu du chat et de la souris. Vous avez vos questions, et nous autres politiques avons nos réponses et toute la difficulté pour nous est de faire croire qu'elles correspondent à vos questions davantage qu'à une stratégie prédéfinie. Nous avons partie liée. Nous politiques avons un message à faire passer, vous une information à porter à la connaissance de ceux qui vous suivent. C'est cette double contrainte, cette tension induite par la différence de nos positions dans le champs des institutions qui est essentielle pour la démocratie, car tout pouvoir doit avoir son contre pouvoir.

La vérité tient en peux de mots : vous n'êtes pas la pour nous faciliter la tâche. Ce qui explique que nos relations tournent parfois à la confrontation. Et bien je m'en félicite. Je suis en effet issu d'une tradition politique suffisamment contestataire, pour avoir toujours applaudi aux exploits de la presse chaque fois que celle-ci levait des lièvres, dénonçait des scandales, débusquait des contre-vérités. En tant que téléspectatrice j'ai toujours eu en horreur le ton compassé et déférent de ceux pour qui la génuflexion tient lieu de ligne de conduite. Je souhaite autre chose pour la démocratie de mon pays. Je préfère l'irrévérence d'une interrogation, à l'édredon du renoncement.

Je vous souhaite donc de continuer à me poser des questions …auxquelles je n'ai pas envie de répondre ! Je ne vous promets pas d'y répondre davantage en 2013 qu'en 2012, mais persévérez. ; on ne sait jamais. Qui sait, à l'usure…

En vérité, je formule les meilleurs voeux pour votre profession. Je vous souhaite donc, je nous souhaite donc, une année avec moins de petites phrases et davantage de contenu. Moins de storytelling et davantage de débat. Une année avec moins de communication et davantage d'information. Ce point est essentiel. La communication politique ne doit pas devenir une arme de distraction massive cherchant en permanence à berner la population en masquant les vrais enjeux d'un débat.

J'ai vu par exemple comment une habile stratégie de communication a cherché à faire passer un défilé hostile à l'égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels pour une aimable balade dominicale de paisibles défenseurs de la famille. J'ai bien noté également la fantastique offensive du lobby des partisans des gaz de schistes, qui n'ont eu de cesse toute l'année écoulée de minimiser les risques de la fracturation hydraulique et de mettre en avant l'avenir radieux ouvert par cette technique. Les exemples sont nombreux qui montrent que votre capacité de résistance à l'air du temps est fondamentale. Je vous souhaite donc de conserver la nuque raide et l'esprit insoumis. Les politiques y perdront confort, mais la politique y gagnera en grandeur.

Oui je crois à la grandeur de la politique. Et encore davantage depuis que je suis devenue ministre, parce que je mesure chaque jour que même dans un univers contraint, même par temps de crise, même après des années de sarkozysme et peut être même à cause de ces années de sarkozysme, notre responsabilité politique est grande. Il est faux de dire que nous ne pouvons rien faire. D'ailleurs vous aurez remarqué que le discours du renoncement ne se tient jamais avant les élections, mais toujours après celle ci. Et bien je postule que la gauche et les écologistes doivent démontrer cette fois, qu'il n'existe aucune malédiction qui veut que la gauche soit imaginative dans l'opposition et démunie de solutions lorsqu'elle exerce le pouvoir. A la place qui est la mienne, je m'y emploie. Et croyez bien que j'y mets toute mon énergie Permettez moi de revenir un instant sur les quelques mois écoulés.

Il fallait oeuvrer avec force et détermination dans le domaine de la construction et du logement tout d'abord :

Dès le mois de juillet, le décret sur l'encadrement des loyers à la relocation est ainsi venu apporter une première réponse à une hausse continue et incontrôlée des loyers qui avait pour effet d'évincer de l'accès au logement les ménages modestes ou à revenus moyens dans les zones les plus tendues du pays. Partout, en dehors du ministère, on nous a dit que ce serait impossible et que, de toutes façons, ce serait annulé à la première occasion par le Conseil d'Etat. Mais nous l'avons fait. C'est un premier pas, imparfait certes, mais un pas qui compte.

Dès septembre, nous avons présenté en Conseil des ministres le projet de loi sur la mobilisation du foncier public et le durcissement de la loi SRU, deux engagements phare de la campagne du Président de la République. Pour des raisons que chacun connaît, nous avons dû revenir une seconde fois au Parlement. On nous prédisait que les foudres juridiques allaient s'abattre sur nôs têtes, instruisant par avance mon procès en incompétence. Il n'en fut rien. Après quelques péripéties qui nous ont retardés, la même loi, la même ambition, le même texte, a été validé constitutionnellement et promulgué samedi dernier. Le texte, juridiquement solide, fut aussi politiquement mobilisateur. Qu'on se souvienne que la gauche a adopté ce texte à l'unanimité, au Sénat comme à l'Assemblée ce qui prouve bien qu'une large majorité peut se dessiner autour du volontarisme politique et que la guerre des gauches n'est pas une fatalité. Je déplore que la droite n'ait pas souhaité prendre ses responsabilités et assumer avec nous la nécessité de faire en sorte que la République agisse avec plus de vigueur pour garantir l'effectivité du droit au logement. Un toit, c'est un droit : nous n'avons pas le droit de faire preuve de laxisme ou de tiédeur quand il s'agit d'agir en faveur de la construction de logements.

Les objectifs qui ont été fixés dans le domaine de la construction sont ambitieux : 500 000 logements par an, dont 150 000 sociaux à l'horizon du quinquennat. Ils nous incitent à démultiplier nos efforts et à activer tous les leviers possibles pour concrétiser cette ambition. Dès l'automne, plusieurs outils ont ainsi fait l'objet de modifications ou d'évolution : déplafonnement du Livret A, recyclage du produit de la vente de quotas carbone, redéfinition du PTZ+, retour à une approche contractuelle avec les partenaires du 1% logement plus justement centrée sur la réalité des besoins, remplacement du dispositif Scellier par un dispositif plus ancré dans la vocation sociale du logement intermédiaire dont nous devons favoriser l'émergence. Bref, le gouvernement est mobilisé sur cette question et agit avec célérité et détermination.

Il nous fallait également agir dans le domaine de l'action en faveur des plus démunis.

C'est dans cette optique que s'est préparée et tenue la Conférence nationale contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale des 11 et 12 décembre derniers. Dans la lutte contre l'exclusion, le logement est fondamental : l'impossibilité d'accéder ou de conserver un logement est une injustice qui désagrège le lien social en détruisant la vie de ceux qui en sont privés. Dire cela ce n'est faire de la sensiblerie, même si je me dis parfois qu'il faut avoir le coeur bien sec pour ne pas comprendre qu'au delà des polémiques droite gauche, c'est la question du déficit d'humanité de nos sociétés qui est posée. Et puisque ces derniers jours, le mot de civilisation a beaucoup été utilisé, je gage que nos enfants nous poserons une question simple : que vaut une civilisation qui ne fait pas tout son possible pour que chacun ait un toit sous lequel s'abriter ? Voilà ce qui guide mon action au sein de ce beau ministère dont la charge m'a été confiée. Voilà qui justifie que je bouscule les règles établies, que je secoue les tiédeurs, et que j'interpelle l'ensemble des corps constitués.

On a voulu créer une mauvaise polémique avec l'Eglise, en disant que je minorais son rôle dans la lutte contre l'exclusion. Je dois avouer que j'ai été touchée par les mensonges proférés à cette occasion.

Qu'on glose sur mon jean ou ma robe, m'indiffère. Mais cette misérable querelle, fabriquée de toute pièce est indigne : qu'on relise mes propos, je n'ai fais qu'appeler chacun à renforcer encore son action face à l'urgence. Aurais je du me taire ? Aurais je du rejoindre le rang des silencieux qui attendent que cela passe ? Je ne le pense nullement. L'Etat lui-même à été interpellé, car chacun doit prendre ses responsabilités. Et depuis nous conduisons un effort sans précédent de mise à disposition de bâtiments pour accueillir les sans toits. C'est d'ailleurs dans ce contexte que j'ai été amenée à souhaiter réinstaller dans le débat public l'arme de la réquisition.

Ce n'est pas un gros mot, pas une injure, pas même une provocation. Juste une exhortation à agir, et la volonté d'appliquer la loi. Je souhaite donc ici, en dire un mot encore. Je sais que l'arsenal juridique actuellement à notre disposition pour mener cette bataille fait la part belle au droit de propriété et minore encore trop le droit au logement. Je porterai le combat politique pour qu'un nouvel équilibre puisse émerger. Dans l'intervalle, tout doit être fait pour faire ce qui est possible, tant est insupportable cette aberration qui fait que nous constatons, dans le même temps, un manque cruel de logements disponibles et, parallèlement, le maintien volontaire de logements dans une situation de vacance à des fins purement spéculatives. En résumé, si je ne suis pas habitée par le fétichisme de la réquisition, chacun doit savoir cependant que tous les moyens nécessaires seront utilisés pour créer les conditions d'un logement décent pour tous.

A ce stade, je crois nécessaire de dire un mot sur ma méthode.

Je ne crois pas que le rôle d'un ministre soit de constater, jour après jour combien les contraintes de la réalité cadenassent son action.

Car que la réalité soit difficile, les françaises et les français le savent mieux que nous. Ils n'ont pas donné comme mandat à la nouvelle majorité de dresser un constat d'impuissance mais bien d'agir pour améliorer leur existence. C'est donc cette volonté qui, à mon sens, doit vertébrer l'ensemble des politiques conduites par le gouvernement.

Vous connaissez l'histoire du colibri qui au plus fort de l'incendie, vole d'un point à l'autre de la foret avec dans son bec des gouttes d'eau qu'il verse sur les flammes ? Devant la stupéfaction des autres animaux qui lui demandent s'il pense réellement éteindre le brasier en s'agitant de la sorte il répond « je ne m'agite pas, je prends ma part. » et chaque animal, suivant bientôt son exemple, de se mettre en mouvement avec une telle ardeur, que bientôt l'incendie recule et se meurt…

Et bien, comme le colibri de la fable, je prends ma part. Je travaille. Je m'obstine. Je m'acharne. Je ne m'interdis aucun petit pas en avant. Tout est bon à prendre. Il n'y a pas de petite réforme, pas de petite victoire pour qui nourrit de grandes ambitions pour celles et ceux pour lesquelles il agit.

Qu'on me comprenne bien. La logique qui consiste à détourner les yeux et à laisser faire ne sera jamais la mienne. Je crois à l'intervention de la puissance publique, je crois à la responsabilité individuelle et collective, je crois à la capacité de la société de trouver en elle même les ressources de mobilisation et de générosité nécessaires pour améliorer la vie des habitants et des habitantes de notre pays. Surtout, mes convictions ne sont pas nées en un jour, elles se sont forgées dans des années de militantisme sur cette question comme sur d'autres. J'ai souvent battu le pavé de la capitale en réclamant une action forte et volontaire de l'Etat. Ne vous étonnez donc pas, qu'en responsabilité, j'essaye d'élargir les champs du possible. Ne feignez pas de découvrir mon orientation politique. Je crois à la société mobilisée, au dynamisme, à l'inventivité. Je joue cartes sur table. Mon ambition est de tordre le cou à l'immobilisme. Alors oui j'entends bien continuer à créer les conditions du changement. Mon cabinet est au travail, mobilisé du matin au soir autour de cet objectif. Qu'il en soit remercié mais qu'il soit prévenu : nous n'allons pas baisser le pied en 2013.

Notre mobilisation ne faiblira pas. Cette mobilisation à pour principe cardinal la transition écologique. C'est en effet cette volonté de changer en profondeur nos manières de produire et de consomme pour faire face à une crise écologique majeure qui doit guider notre action. Qu'on me comprenne bien. La transition écologique n'est pas un totem ni même un mot refuge qu'on utiliserait uniquement pour satisfaire ses partisans. C'est au contraire une nécessité qui voit se rejoindre impératif moral, urgence environnementale et réalisme économique. Je tiens par exemple pour impossible de mener à bien le redressement productif de notre pays sans engager d'urgence la transition écologique. Je n'ignore pas que cette conception de l'urgence fait débat, y compris au sein de notre majorité. Mais la réalité est plus têtue encore que récalcitrants. Je conjure donc les retardataires d'opérer leur aggiornamento avant que la morsure de l'épreuve des faits ne se fasse plus douloureuse encore. La transition écologique est notre horizon indépassable. Nul ne s'étonnera donc qu'elle irrigue chaque pan de mon action ministérielle, sur plusieurs axes d'effort qu'il nous reviendra de mener de front.

En premier lieu, la loi Urbanisme et Logement :

La loi qui vient d'être promulguée ne constituait que la première étape des évolutions législatives qu'il nous faut porter afin de réformer la production de logements en France tout en préservant le capital écologique de notre pays. L'objet de notre rencontre de ce jour n'est pas de présenter en détail le contenu de la loi à venir, mais permettez moi d'en aborder les grandes lignes.

Ce que nous voulons engager en matière de logement, c'est une évolution majeure appuyée sur un changement de paradigme. Il faut construire un nouveau compromis social et écologique en engageant la transition écologique des territoires : c'est à dire rénover les règles d'urbanisme pour rendre plus facile la construction, en protégeant l'environnement et en créant les conditions d'une ville durable moins consommatrice de ressources naturelles. Notre objectif se résume en peu de mots : construire mieux et davantage. Cela exigera de réhabiliter les vertus de la régulation. Trop longtemps, on a feint de croire que la main invisible du marché permettrait à chacun de trouver un toit. Trop longtemps le laisser faire a fait office de règle, permettant ici pratiques abusives de certains acteurs favorisant ailleurs la construction anarchique d'édifices sans âmes et sans harmonie avec le territoire. Cette époque est révolue. Les réformes que j'engagerai en 2103 une ambition simple : assurer le droit au logement. Habiter mieux, habiter tous, voilà l'objectif. Les moyens déployés à cette fin seront multiples. Il nous faudra ainsi engager un encadrement durable des loyers et agir sur les prix pour fournir un logement accessible à tous. Nous allons enfin nous attaquer résolument aux zones de non-droits, à l'habitat indigne, aux copropriétés dégradés, aux passoires thermiques.

Le plan de rénovation thermique :

La rénovation thermique des logements constituera un chantier majeur de notre année 2013. Notre objectif est simple, il s'agit de faire qu'en 2050 toutes les Françaises et les français vivent dans des bâtiments à basse consommation. Notre objectif est social et écologique : tenir nos engagements pour réduire les gaz à effet de serre et réduire les charges qui pèsent sur les citoyens. Notre plan va permettre de lutter contre les injustices environnementales, d'agir contre le réchauffement climatique, et de réduire la précarité énergétique. C'est la preuve que l'écologie n'est pas l'ennemi du social, mais qu'elle en est au contraire un composante indépassable.

Ce plan est attendu, car son urgence est avérée. Nous devons être à la hauteur des attentes de celles et ceux qui le réclament depuis des années. Mais il ne s'agira pas simplement d'aménager quelques outils que l'Etat mettra à disposition. Nous voulons proposer une alliance, une alliance entre l'écologie et l'emploi. Elle permettra de créer des dizaines de milliers d'emplois. Il s'agit de mobiliser l'ensemble des acteurs de la rénovation thermique : entrepreneurs du bâtiment, banquiers, investisseurs institutionnels, ONG environnementales, ils seront tous conviés pour remplir ces objectifs.

Autre chantier primordial, l'Egalité des territoires :

L'importance de notre ambition le dispute à la lourdeur de notre tâche. Mais la dimension du domaine couvert par cette partie du champ ministériel ne doit pas inhiber notre volonté. Nous le savons : les inégalités économiques, sociales, écologiques, culturelles persistent dans notre pays. Elles existent entre territoires, ou au sein même des territoires. La multiplicité des formes qu'elles revêtent nous oblige à réactualiser nos grilles d'analyse. Pour répondre aux fractures territoriales, il faut accepter de regarder en face les dynamiques à l'oeuvre dans notre pays. D'ores et déjà, et depuis plusieurs mois, mon ministère a engagé un travail en ce sens.

J'ai en effet confié à Eloi Laurent, chercheur à Sciences-Po et à l'OFCE la coordination d'un rapport, intitulé « Vers l'égalité des territoires – Dynamiques, mesures, politiques », construit collégialement, grâce à la participation d'une trentaine d'experts d'horizons divers - géographes, urbanistes, économistes, sociologues, climatologues. Le temps me manque pour citer ici tous les chercheurs et chercheuses qui ont accepté d'apporter leur contribution et de nous éclairer dans les domaines dont ils sont spécialistes. Je ne veux en distinguer aucun pour les saluer toutes et tous. Le résultat de leur engagement est une somme, un état des savoirs solide sur le sujet, alimenté par une réflexion foisonnante. Je m'en réjouis.

En outre, chaque contribution scientifique est commentée en miroir par un regard d'élu, chargé d'approfondir, d'enrichir et de mettre en perspective les réflexions des experts et chercheurs. la pluralité, la diversité et la liberté d'expression, étant – vous l'aurez compris- au coeur de la conception de ce rapport, ont été sollicités des élus, de tous bords politiques, impliqués dans leurs communes, leurs départements, leurs régions, au niveau national comme local.

Je tiens à le souligner, et je souhaite remercier vivement tous ceux qui ont accepté d'apporter leur voix au débat qui s'ouvre :

le Président du Sénat Jean-Pierre Bel, ainsi que les anciennes ministres Martine Aubry et Ségolène Royal ; les présidents de région Martin Malvy et René Souchon; les présidents de conseils généraux Patrick Kanner, Yves Krattinger et Marie-Françoise Pérol-Dumont; les députés Huguette Bello, André Chassaigne, Guy Geoffroy et Pierre Morel-à-l'Huissier,; les sénateurs Marie-Christine Blandin, Françoise Cartron, Pierre-Yves Collombat, Valérie Létard, Hervé Maurey.

Je voudrais que chacun ici soit convaincu que ces enjeux touchent au fondement même de notre contrat social. La France est en effet une République dont l'égalité est la pierre de touche.

Se poser la question de l'égalité des territoires c'est chercher à garantir l'effectivité de cette égalité pour chaque habitant de notre pays sans qu'elle soit entravée par des injustices ou des discriminations territoriales. Le chantier est immense. Notre pays est couturé de tensions, de frustrations. Si nous voulons vivre dans une République apaisée, il nous faut notamment conjurer la tentation du séparatisme social, qui consisterait à aggraver les inégalités en se résignant à laisser demeurer dans notre pays des poches de pauvreté. Je vois poindre dans le débat public une petite mélodie fort déplaisante qui vise à opposer villes et campagnes, urbains et ruraux, voire périurbains et citadins, en sommant chacun de choisir son camp. « On en fait trop pour ceux des villes » clament les uns. « Pourquoi autant se préoccuper des ruraux ? » entonnent les autres. C'est précisément contre ces approches parcellaires et morcelantes qui portent en elle la désagrégation de notre unité que j'entends conduire mon action. Je suis fière de m'être vu proposer la charge de ministre de l'égalité des territoires. C'est que voyez vous, j'aime la France. J'aime mon pays dans toute sa complexité. Dans toute sa diversité. J'aime nos terroirs, leurs richesses et leur histoire. J'entends les aider à garder une identité forte, les préserver, les protéger. Cela passe, dois je le rappeler par la protection de l'environnement, le respect de la biodiversité, la recherche d'une harmonie avec la nature sublime dont la providence a doté notre pays. Je souhaite que notre gouvernement fasse tout son possible pour que les paysages de France soient protégés des excès d'une urbanisation mal pensée. Mais aimer la France ce n'est pas uniquement en admirer la superbe géographie, c'est avant tout célébrer ses habitants, tous ses habitants sans distinction de sexe d'âge, de religion. Choisir l'égalité, c'est tenir pour supérieur le principe moral qui veut qu'on ne distingue pas entre ceux qui résident sur notre sol. Chacun doit pouvoir, se nourrir et nourrir les siens, travailler, se soigner, s'éduquer. Il ne s'agit pas uniquement de postuler l'égalité des chances mais bien d'agir pour l'égalité des conditions. Ainsi comprise, l'égalité des territoires n'est pas qu'une question de métaphysique : elle doit aussi s'ancrer dans le sol des matérialités qui donnent aux valeurs une traduction concrète. En d'autres termes, si on veut que la France continue de se construire dans l'unité, chaque territoire de notre pays doit pouvoir concourir avec une égale dignité à la construction de notre roman national.

Vous comprendrez bien que ce chantier dépasse de loin les limites de mon ministère. C'est, au fond un travail pour la nation toute entière. Mais le gouvernement doit impulser et coordonner des politiques publiques fortes. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi, en la matière, de définir 3 priorités d'action pour l'année 2013 :

- l'accès du plus grand nombre aux services publics et aux différents services rendus au public ;
- le développement de la participation citoyenne à l'action publique ;
- la remise en capacité des territoires notamment par le développement de leurs activités économiques locales.

Ces objectifs, à la réalisation desquels concourront tous les ministères impliqués, trouveront leur traduction formelle dans un projet de loi sur l'« Egalité des territoires » que je présenterai, sous une forme ou sous une autre, au conseil des ministres avant la fin de l'année 2013.

La DATAR, dont nous fêterons cette année le 50ème anniversaire, sera pleinement mise à contribution pour l'écriture de ce texte.

En 2013, un chantier majeur d'action de ce Ministère sera celui du Grand Paris.

Vous le savez, il ne s'agit pas simplement de fixer les échéances d'un réseau de transport. Les décisions que doit prendre le gouvernement sont des décisions décisives pour l'avenir de la région capitale. Comment vivre sur un territoire où résident plus de 12 millions d'habitants ? La question est d'ampleur. je demeure convaincue que ce projet ne pourra voir le jour que par une approche globale qui embrasse conjointement les enjeux de transport, de logement, de solidarité entre les territoires et d'une gouvernance plus démocratique et efficace. Je n'aurai de cesse de la répéter : le Grand Paris de demain doit être fait avec et pour les habitants. A l'inverse de nos prédécesseurs, le gouvernement ne veut rien imposer aux élus de la région capitale, il veut décider avec eux. Mais discussion ne doit pas rimer avec indécision. C'est pourquoi dès le mois de Février, l'Etat prendra des décisions engageantes, déterminées et financées pour le calendrier du Grand Paris Express et pour l'avenir de la Région Capitale.

Cette présentation des priorités de 2013 ne serait pas complète si je n'évoquais pas la question de la politique de la ville. C'est à François Lamy, avec lequel je travaille avec beaucoup de plaisir et en bonne intelligence qu'il revient de remplir la mission qui nous a été confiée par le premier ministre.

Pour autant je voudrais dire ici, à quel point les enjeux de cette politique de la ville sont importants à mes yeux et pour tout le pays. Et j'en profite pour rendre un hommage appuyé, aux initiateurs de l'une des plus belles pages de l'histoire des mouvements sociaux de notre pays. Je veux parler de la poignée de militants qui en 1983, il y a 30 ans maintenant on lancé la marche pour l'égalité. Ce faisant ils ont porté haut l'exigence républicaine, en réclamant les mêmes droits pour les habitants des quartiers que pour le reste de la population. Ils agissaient pour leurs parents, souvent immigrés, pour eux même, souvent de la deuxième génération et au fond, pour le pays tout entier. Ils protestaient contre les injustices, contre la relégation, contre les violences symboliques et réelles de toutes sortes qu'ils avaient à subir. Je ferai en sorte que l'anniversaire de leur marche soit célébré dignement.

Mais surtout, en 2013, j'ai envie de mettre mes pas dans les leurs, pour que cette année ne soit pas seulement l'occasion d'un anniversaire un peu désabusé, mais bien une célébration de l'esprit de leur marche par la conquête de droits nouveaux. Alors je propose une idée simple, parmi d'autres. Je souhaite, que dans les opérations de réhabilitations ou de rénovation urbaine, on réserve un pour cent du budget à agir, non pas sur le béton, mais directement sur l'humain, en réservant des fonds pour l'action des habitants. Appelons ça le un pour cent citoyenneté, puisque c'est de cela qu'il s'agit.

Car j'ai la conviction qu'il faut rendre du pouvoir aux habitants, pour qu'ils maîtrisent eux-mêmes une partie de leur destin. Leur rendre une citoyenneté dont ils ont été spoliés par une approche « thérapeutique » et parfois déresponsabilisante des problèmes qui les concernaient. C'est comprendre enfin, que les maux qui touchent ces territoires que l'on appelle banlieue ne sont pas uniquement des problèmes sociaux, mais bien aussi un problème de redistribution des pouvoirs. Parce que c'est bien des habitantes et des habitants que proviennent les solutions du quotidien qui permettent de rendre la vie commune plus douce parce que mieux partagée.

Avant de conclure, je veux encore une fois vous adresser mes meilleurs voeux et vous souhaiter une année 2013 épanouissante individuellement et passionnante collectivement.


Source http://www.territoires.gouv.fr, le 21 janv. 13

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