Interview de M. François Lamy, ministre de la ville, à Radio Classique le 28 janvier 2013, sur la manifestation en faveur du "mariage pour tous", le droit de vote des étrangers aux élections locales et la polémique au sujet de l'Etat "totalement en faillite". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Lamy, ministre de la ville, à Radio Classique le 28 janvier 2013, sur la manifestation en faveur du "mariage pour tous", le droit de vote des étrangers aux élections locales et la polémique au sujet de l'Etat "totalement en faillite".

Personnalité, fonction : LAMY François, DURAND Guillaume, LECLERC Gilles.

FRANCE. Ministre de la ville; ;

ti : GUILLAUME DURAND
Évidemment, il y a beaucoup de sujets ; la situation économique et sociale qui est quand même assez dramatique concernant le chômage, les dossiers qui vous concernent directement sur le territoire, la ville, le logement – et Dieu sait qu'il y a des choses à dire – puis évidemment cette affaire de mariage pour tous. Est-ce que vous avez l'impression que la manifestation d'hier a rééquilibré les forces dans le pays ? Puisqu'une partie de ceux qui ont manifesté hier, à la fois dans la rue et au théâtre du Rond Point, réclament la PMA ?

FRANÇOIS LAMY
Je crois que les choses sont claires. On regarde les sujets les uns après les autres. La promesse du président de la République c'était le mariage pour tous. Cet engagement il se réalise, il se concrétise dans le projet de loi qui a été présenté par le gouvernement, qui va être débattu à partir de demain à l'Assemblée nationale. Il faut remarquer, parce que je crois que les opposants regrettaient l'absence de débat, alors que ça quand même maintenant des semaines qu'on en parle, que là il va y avoir deux semaines de débat parlementaire y compris le week-end. Chacun pourra échanger des arguments, voilà.

GUILLAUME DURAND
Il y a l'expérience, le regard que vous portez. Ce sera avec la pression effectivement de la rue, favorable, qui veut l'intégration de la PMA ? Ou est-ce que ça va être simplement ce que François HOLLANDE a promis ?

FRANÇOIS LAMY
La rue, comme vous dites, elle permet de recevoir un éclairage, d'avoir un sentiment. C'est un des éléments, quel que soit le débat d'ailleurs ; c'est un des éléments. Ce n'est pas la rue qui dicte au gouvernement ce qu'il doit faire. C'est d'abord le fruit des élections présidentielles et législatives. C'est les engagements de François HOLLANDE. Là, c'est le mariage pour tous. Je crois que la garde des Sceaux l'a très bien dit hier. Il faut déjà que cette réforme de société se réalise. Ensuite, le débat peut s'ouvrir sur d'autres sujets. Je dis bien que le débat peut s'ouvrir sur d'autres sujets parce qu'on sait bien qu'en ce qui concerne la procréation médicale assistée ou la gestation pour autrui, ce sont des problèmes beaucoup plus…

GUILLAUME DURAND
Mais sur ces sujets-là, vous à titre personnel ? le sentiment ?

FRANÇOIS LAMY
J'allais vous dire que quand on est membre du gouvernement, on n'a pas de sentiment à titre personnel. On est engagé dans une équipe, dans un travail collectif, donc mon avis importe peu. Si jamais j'ai à le donner, je le donnerais plutôt dans ce qui aura besoin d'arbitrage au sein du gouvernement si c'était nécessaire, encore que ce n'est pas des dossiers dont je me préoccupe.

GILLES LECLERC
François LAMY, vous dites il y a un instant : « La rue, c'est un élément du débat. » Vous, par exemple, vous n'étiez pas dans la rue hier, vous n'étiez pas au théâtre du Rond Point.

FRANÇOIS LAMY
Non.

GILLES LECLERC
On n'a pas vu beaucoup de ministres quand même.

FRANÇOIS LAMY
Non, parce que je me suis posé la question déjà à la première manifestation du mois de décembre. Je ne crois pas que ce soit le rôle d'un ministre d'être dans la rue pour défendre un projet du gouvernement.

GILLES LECLERC
On a vu d'anciens ministres, Roselyne BACHELOT, et on ne voit pas les ministres d'aujourd'hui. C'est un peu bizarre.

FRANÇOIS LAMY
D'abord Roselyne BACHELOT est à la fois ancienne ministre et puis elle est en même temps de droite, et elle l'assume. C'est ça qui était intéressant hier dans sa présence, mais je ne crois pas que ce soit le rôle d'un membre du gouvernement d'être là, dans une manifestation, pour défendre un projet de loi qui, par ailleurs, va passer à l'Assemblée nationale présenté par le gouvernement.

GILLES LECLERC
Sur la PMA par exemple, on voit manifestement qu'il y a un débat, y compris au sein du gouvernement. Vous, vous seriez pour qu'on inscrive la PMA dans le prochain projet de loi sur la famille au printemps ?

FRANÇOIS LAMY
Je fais confiance à Dominique BERTINOTTI pour engager le débat. Elle l'a déjà fait. Là-dessus, je n'ai pas à me prononcer sur ce qui doit être dans ce projet de loi d'ailleurs, parce que ce n'est pas là encore mon département ministériel. Après, chacun a ses propres convictions personnelles sur à la fois la PMA et sur le fait que, je l'ai bien entendu hier, certains pensent que la PMA doit ouvrir la voie à la GPA. Voilà. Là, je pense que ça nécessite quand même des discussions.

GUILLAUME DURAND
Il y a un sentiment général qui ressort justement de cette conversation que nous avons ce matin mais qui est important. Il y a beaucoup de gens qui disent que finalement, dans dix ans, quinze ans, vingt ans, cette affaire du mariage pour tous sera un peu comme pour la peine de mort avec François MITTERRAND, c'est-à-dire que ce sera quand même une des choses essentielles. Et de l'autre côté de l'échiquier, il y a des gens d'ailleurs y compris à gauche qui disent que finalement l'essentiel c'est le social, c'est le chômage. Tout ça, c'est totalement cosmétique. La position qui est la vôtre ce matin, pardon d'y revenir, c'est qu'on est dans l'historique ou on est dans le cosmétique ?

FRANÇOIS LAMY
On est, je pense, plutôt dans l'historique. C'est pour ça d'ailleurs que je ne crois pas une seule minute - si le projet est adopté par le Parlement, ce qui sera à mon avis le cas – qu'un autre gouvernement pourrait remettre en cause le mariage pour tous. Je crois que sur ces sujets dits de société, il y a du débat et ça met des fois du temps. J'en prends un autre qui me concerne un peu : celui sur le droit de vote des étrangers. Ça fait trente ans que la gauche le promet mais qu'elle n'arrive pas à trouver les conditions politiques pour le réaliser. J'ai confiance, cela arrivera.

GILLES LECLERC
Avant la fin du quinquennat ?

FRANÇOIS LAMY
Je l'espère en ce qui me concerne.

GILLES LECLERC
Vous ferez tout pour ?

FRANÇOIS LAMY
Moi, je ferai tout. J'ai déjà rencontré des parlementaires de droite…

GUILLAUME DURAND
C'est d'ailleurs ce que François HOLLANDE vous avait demandé lors de la conférence de presse.

FRANÇOIS LAMY
Oui, tout à fait. Chacun a décidé de se mobiliser.

GUILLAUME DURAND
Il a demandé de réagir.

FRANÇOIS LAMY
Voilà, parce que c'est vrai qu'en fonction du contexte économique et social, ça peut bouger. Mais je crois qu'une fois que ces réformes de société sont passées, qu'elles rentrent dans les moeurs, dans la vie tous les jours, on a franchi une étape supérieure. Rappelez-vous sur l'avortement, ce qui a pu être dit en 1974 et puis la réalité du moment. Je crois qu'en ce qui concerne le mariage pour tous, l'opinion est prête. Maintenant, sur d'autres sujets, il faut continuer à continuer. Mais, pour répondre à votre question, en tous cas je ne les oppose pas à effectivement la priorité du gouvernement qui est bien entendu la bataille pour l'emploi. C'est majeur.

GUILLAUME DURAND
Vous allez quand même donner la date, parce que c'est important. Sur l'histoire du droit de vote.

GILLES LECLERC
Le droit de vote, vous, vous dites que c'est avant la fin du quinquennat. Vous militez pour mais est-ce que vous en êtes certain ?

FRANÇOIS LAMY
J'allais dire le plus tôt, le plus tôt possible. C'est clair qu'il faut qu'on réunisse cette majorité des deux tiers, donc il faut pouvoir aller – excusez-moi du terme – gratter chaque parlementaire de droite un par un, en sachant qu'eux-mêmes ne le disent pas forcément. Ceux qui ont été pour le droit de vote des étrangers il y a quelques années le disent encore dans le secret des bureaux mais ne sont pas prêts à sauter le pas dans la salle de l'Assemblée nationale.

GUILLAUME DURAND
Mais la situation a changé depuis la conférence de presse et l'exhortation de François HOLLANDE s'adressant à Bruno LE ROUX, à vous, en leur disant : « Trouvez-moi une majorité » ? Ça a changé depuis cette conférence de presse ou pas du tout ?

FRANÇOIS LAMY
Non, pour l'instant ça n'a pas beaucoup bougé, non. Malheureusement.

GUILLAUME DURAND
C'est enterré.

FRANÇOIS LAMY
Non, mais là encore attendons et continuons le travail. Moi, je suis persuadé à un moment que certains se rendront compte. Je le vois bien dans mes dossiers en ce qui concerne les quartiers populaires où on a plus soit d'étrangers, soit de jeunes héritiers de l'immigration. L'important, c'est de donner un droit à leurs parents. Je crois qu'il y a des signaux qui sont importants à donner et vous avez beaucoup d'élus de droite qui ont dans leurs circonscriptions des quartiers populaires.

GUILLAUME DURAND
François LAMY est en direct avec nous. Je rappelle que vous êtes ministre délégué au Territoire, logement et à la ville. Gilles LECLERC, question ?

GILLES LECLERC
Oui. On a quand même un peu l'impression aujourd'hui que la priorité, d'ailleurs vous l'avez confirmé, c'est quand même la lutte contre le chômage.

FRANÇOIS LAMY
Bien sûr.

GILLES LECLERC
En même temps, on entend un de vos collègues hier, Michel SAPIN, qui dit : « L'État est totalement en faillite. » Ça nous rappelle les propos de François FILLON. Est-ce que franchement les réformes de société ne passent pas derrière, quand un ministre important du gouvernement dit une phrase comme celle-là ? Est-ce que d'ailleurs vous, vous l'assumez cette phrase ?

FRANÇOIS LAMY
Je crois que lui-même a rectifié un peu le tir, puisqu'il a fait un mot d'humour hier, je crois, faisant référence justement à la déclaration de François FILLON au début du quinquennat précédent. Nous sommes en grandes difficultés, oui bien sûr. On le constate tous les jours avec à la fois un taux de chômage important, des filières industrielles qui disparaissent, un État qui s'est beaucoup endetté et maintenant, il faut rembourser. Mais moi, je ne les oppose pas aux questions de société. Là encore, je reviens sur mes propres dossiers. Ça voudrait dire que parce que nous avons des difficultés financières, est-ce qu'il faut arrêter la rénovation urbaine qui n'est pas la préoccupation de tous les Français ? Ma réponse est non, bien entendu. Est-ce que là encore sur les sujets qui me concernent, il faudrait délaisser les questions de santé au profit de questions d'emploi ? Non. Il y a un tout, voilà. Après, il ne faut jamais perdre le cap et le cap, effectivement, c'est de tout faire pour stabiliser le chômage et inverser la courbe d'ici à la fin de l'année.

GUILLAUME DURAND
Mais François LAMY, ce que dit Gilles est très important parce qu'on a vu Michel ROCARD avec Pierre LARROUTUROU relancer un débat qui était totalement inattendu il y a encore plusieurs semaines, à savoir de rebaisser encore une fois la durée du travail. Il y a une bataille droite-gauche violente sur les trente-cinq heures et voilà qu'un ancien Premier ministre socialiste dit : « De toute façon, il n'y a plus de travail. Il faut le partager de plus en plus. » Est-ce que c'est un débat qui vous touche ? qui vous concerne ? ou est-ce que c'est des élucubrations d'un ancien ?

FRANÇOIS LAMY
Quand vous dites : « Un sujet inattendu », dans la bouche de Michel ROCARD ce n'est pas inattendu puisqu'il le dit avec constance depuis plusieurs années.

GUILLAUME DURAND
Oui. Et on en terminera par ça et une dernière question de Gilles.

FRANÇOIS LAMY
Oui. Pour l'instant, ça ne fait pas partie des engagements du président de la République, voilà. Ça n'empêche pas le débat en même temps, ça n'empêche pas de réfléchir. Je crois que tous les apports sont importants. Lorsqu'en 98 et 2000 il y a eu la réduction du travail, ça a permis de créer quatre cent mille emplois. Ce n'est pas moi qui le dis : c'était la mission parlementaire dirigée par monsieur OLLIER. Ça a permis beaucoup d'accords d'entreprises.

GUILLAUME DURAND
Toute dernière question en dix secondes.

GILLES LECLERC
Que devient votre amie Martine AUBRY ?

FRANÇOIS LAMY
Elle est en Chine.

GUILLAUME DURAND
Et le gouvernement, c'est pour quand ?

FRANÇOIS LAMY
Pour elle ?

GUILLAUME DURAND
Je ne sais pas, parce que tous les partisans de Ségolène ROYAL disent : « Au fond, il faut qu'elle revienne. »

FRANÇOIS LAMY
Non. Non, non. La question c'est qu'à un moment on dit : « Mais elle ne parle pas », donc à un moment elle parlera, quand elle le jugera utile et lorsqu'elle jugera surtout que sa parole est utile pour conforter le gouvernement, le président de la République, et pour aider la gauche. Voilà, ne vous inquiétez pas.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 janvier 2013

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