Interview de M. Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "RTL" le 3 janvier 2013, sur la consommation des ménages. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "RTL" le 3 janvier 2013, sur la consommation des ménages.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, CORBE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation;

ti : PHILIPPE CORBE
On va évoquer dans un instant la rentrée du gouvernement, mais d’abord quelques questions qui concernent votre portefeuille de la consommation. La période de Noël, évidemment cruciale pour les commerçants, est-ce qu’on a une première idée du volume des achats en cette période de fêtes ?

BENOIT HAMON
Non, pour l’instant, ce qu’est capable de dire l’INSEE, c'est la consommation en novembre, donc celle de décembre on l’aura autour de la fin du mois de janvier. Cela étant dit, on sait, par des projections, estimer un certain nombre de dépenses des Français, et notamment un des faits majeurs de ces achats de Noël, ce sont les achats par Internet, puisqu’on estime autour de 9 milliards d’euros le commerce par Internet à l’occasion des fêtes de Noël.

PHILIPPE CORBE
C'est énorme, ça, 9 milliards.

BENOIT HAMON
C'est considérable, c'est une projection, ce n'est pas un chiffre fixé absolument, c'est une projection qui montre en tout cas une progression extrêmement importante des achats par Internet, ce qui suppose aussi qu’aujourd'hui, en matière de protection des consommateurs, on adapte les instruments de protection des consommateurs, ce que nous avons fait avec la répression des fraudes, la consommation de la concurrence, la direction qui est en charge de la protection des consommateurs, en clair la police de la consommation, qui aujourd'hui concentre beaucoup plus son travail, sur la protection des consommateurs, lors des achats par Internet, grâce à un service de cyber enquêteurs, qui nous permet aujourd'hui, eh bien de détecter les allégations mensongères, la mauvaise information des consommateurs, quand il ne s’agit pas d’une tromperie pure et simple, c'est-à-dire que vous achetez quelque chose et que vous recevez quelque chose de totalement différent de ce que vous avez acheté.

PHILIPPE CORBE
On va reparler des contrôles dans un instant, mais quand même, ce poids d’Internet dans la consommation, dans le commerce, ça a des avantages, notamment AMAZON qui va créer des emplois en France, en créant une plateforme, mais ça a aussi des conséquences, comme le magasin VIRGIN MEGASTORE des Champs Elysées, qui va fermer, les salariés vont perdre leur emploi, parce que ce n'est plus rentable de vendre des livres et des disques, dans un endroit qui coûte aussi cher. Ça va avoir des conséquences, aussi, sur l’emploi, cette vente sur Internet.

BENOIT HAMON
Il y a un certain nombre de secteurs qui sont aujourd'hui en pleine restructuration, en lien avec ce commerce électronique qui ne cesse de se développer, ça a des avantages considérables, ça veut dire que ce n'est pas non plus seulement destructeur d’emploi, ça en crée également. Il faut être extrêmement attentif, aujourd'hui, pour élargir le débat, aux conditions dans lesquelles ce commerce se met en oeuvre, c'est une des raisons pour laquelle, une des mesures que je vais prendre cette année dans le projet de loi que je défendrai, c'est de porter le délai de rétractation des consommateurs, de 7 à 14 jours, parce qu’avec l’augmentation du commerce par Internet, il est nécessaire de mieux protéger le consommateur, qui ne sait pas toujours sur quel site il achète exactement. Il y a parfois des sites étrangers, qui sont des sites parfaitement mensongers, qui vont tromper le consommateur, pourquoi, parce qu’ils ont une ergonomie qui ressemble à un site classique, et aujourd'hui ce type de pratique se développe, c'est la raison pour laquelle nous développons aussi des moyens de contrôle du commerce par Internet, beaucoup plus forts qu’ils n’existaient auparavant.

PHILIPPE CORBE
Vous parliez des contrôles de produits il y a un instant, pendant la période de fêtes vous avez envoyé des contrôles pour vérifier à la fois les produits de la marée, les jouets et tout ça, vous avez constaté plus d’infractions cette année ?

BENOIT HAMON
On est sur un taux infractionnel autour de 11, 12 %, ce qui est...

PHILIPPE CORBE
11 à 12 % des produits testés ?

BENOIT HAMON
Attendez, des contrôles qui sont faits...

PHILIPPE CORBE
Ah oui.

BENOIT HAMON
... ça peut être une mauvaise information sur une étiquette...

PHILIPPE CORBE
D’accord.

BENOIT HAMON
... jusqu’à le fait que...

PHILIPPE CORBE
C'est pas des produits avariés forcément.

BENOIT HAMON
Vous pensez acheter du foie gras du Périgord et vous achetez du foie gras venant de Hongrie par exemple, comme on l’a rencontré, ou alors qu’il y a des jouets qui sont des jouets qui peuvent présenter un risque, et aujourd'hui il faut savoir qu’en France, on est plutôt largement mieux protégé qu’ailleurs, parce qu’il y a une administration, ce que j’ai appelé la Police de la consommation, qui intervient sur le terrain, qui intervient auprès des importateurs, qui intervient dans les magasins comme les bazars, la grande distribution, dans le commerce par Internet, bref qui vérifie dès la première mise sur le marché, la réalité de la conformité de ce que vous achetez, avec les règles, les normes, et notamment en matière, lors des fêtes de Noël, puisqu’il y a une intensité d’achats extrêmement importante, et qu’aujourd'hui en plus il y a une crise et que les Français veulent être certains que ce qu’ils achètent, a la qualité qui est la qualité promise, eh bien il y a une intensification des contrôles qui nous a amenés à constater un taux infractionnel autour de... entre 11 et 12 %, c'est à peu près 50 000 contrôles qui sont faits lors de la fin de l’année par les agents de la DGCCRF, c'est considérable, et cette administration que l’on connait assez mal, eh bien elle intervient, là, cette police de la consommation, pour éviter que vous vous retrouviez avec une table des fêtes qui soit une table des fêtes parfois, eh bien largement, comment dire...

PHILIPPE CORBE
Avariée.

BENOIT HAMON
Avariées, oui, pourquoi... non pas avariée, mais quand vous achetez du vin de Bourgogne et que vous buvez autre chose que du vin de Bourgogne et que c'est un bon vieux vin de table, c'est quand même un peu dommage.

PHILIPPE CORBE
Les soldes ont commencé dans quelques départements, mais dans la plupart des départements ça sera la semaine prochaine. Lorsque la nouvelle majorité est au pouvoir, il y a un certain nombre de commerçants qui ont eu une certaine inquiétude sur la remise en cause des soldes flottants. Est-ce que vous allez changer ce système, qui avait été mis en place par la précédente majorité ?

BENOIT HAMON
On travaille sur cette question des soldes flottants, avec Sylvia PINEL, parce qu’il y a des postions extrêmement différentes chez les professionnels, certains considèrent que c'est un gain en terme de chiffre d’affaires. Les soldes flottants, c'est quoi ? C’est la possibilité pour les commerçants, de disposer de semaines pendant lesquelles ils font des soldes en dehors des périodes traditionnelles de soldes. D’autres considèrent que c'est, les fédérations professionnelles, que ça n’a pas beaucoup d’intérêt aujourd'hui, on va discuter avec eux cette année, pour voir les conditions dans lesquelles on maintient, ou pas, ces soldes flottants, et pour vérifier s’il y a un véritable impact sur la consommation. Mais moi, je vais dire une chose, c'est toujours le même débat autour des soldes flottants, voire le travail le dimanche, il n’y aura pas d’augmentation de la consommation s’il n’y a pas d’augmentation de ce qu’il y a dans la poche des Français. Donc, on peut toujours étendre au maximum les périodes de soldes...

PHILIPPE CORBE
Ce n'est pas libéraliser le marché, libéraliser les conditions du marché, qui vont changer les choses.

BENOIT HAMON
Non, voilà. Si le pouvoir d’achat des Français n’augmente pas, et il n’augmente pas aujourd'hui, en raison du poids des dépenses incompressibles, sur lesquelles nous travaillons, c'est pour ça qu’il y a eu un encadrement des dépassements d’honoraires, un encadrement des dépenses de santé, un encadrement des dépenses de logement. Notre travail, aujourd'hui, au gouvernement, est de se concentrer sur ces dépenses incompressibles, pour les faire diminuer, de telle manière qu’on puisse augmenter ce que l’on appelle le revenu arbitral des ménages français, c'est-à-dire ce sur quoi ils peuvent choisir. Or, aujourd'hui, ce sur quoi ils peuvent choisir en fin de mois, ne cesse de diminuer, c'est pour ça que, par ailleurs, quand j’entends aujourd'hui un certain nombre de grandes fortunes, gémir sur le niveau d’imposition dont ils souffriraient, est quelque chose de particulièrement indécent, à entendre ces gémissements des plus fortunés, à côté aujourd'hui du silence des Français qui voient leur pouvoir d’achat, en lien avec la crise, parfois être remis en cause.

PHILIPPE CORBE
Justement, à propos de gémissements, la taxe sur les 75 %, la taxe à 75 % sur les très hauts revenus, recalée, censurée par le Conseil constitutionnel, on ne sait pas exactement combien va coûter, d'ailleurs, globalement, la censure au-delà des 75 %...

BENOIT HAMON
500 millions d’euros.

PHILIPPE CORBE
... dit Bercy, la presse économique calculait un milliard, hier.

BENOIT HAMON
Oui, eh bien, je vous conseille de faire confiance à Bercy, qui sait en général compter les sous, assez efficacement. Autour de 500 millions d’euros, il y a une mesure qui va être remise...

PHILIPPE CORBE
Très vite.

BENOIT HAMON
... à l’ouvrage, qui est la taxe à 75 %.

PHILIPPE CORBE
Quand, d'ailleurs, quand d’ailleurs vous allez la mettre en oeuvre ?

BENOIT HAMON
A priori dans la loi de finances de l’année prochaine...

PHILIPPE CORBE
Donc dans un an.

BENOIT HAMON
Dans un an, parce que c'est difficile de refaire un collectif budgétaire aujourd'hui, parce que ça supposerait de remettre en route, une machine qui est une machine extrêmement lourde, en tout cas, nous réfléchissons à la mise en oeuvre d’un impôt, qui serait un impôt qui concernerait ces 1 500 ménages, hein, 1 500 ménages qui auraient pu être touchés par une taxe à 75 %, au-delà des revenus d’un million d’euros, ce qui est quand même pas non plus très choquant c'est pour ça que tout à l'heure je parlais de la longue plainte des grandes fortunes françaises, qui ont, elles, moyen de faire des tribunes dans les grands journaux, de s’exprimer à la radio, bref, on les entend beaucoup, là où on entend beaucoup moins, ceux qui aujourd'hui sont au salaire médian, ceux qui sont au smic, et ceux qui aujourd'hui souffrent des conséquences de la crise. C'est pour ça que cette mesure, est une mesure de justice fiscale, et cette mesure de justice fiscale, d’une manière ou d’une autre, elle trouvera une traduction en loi de finances, en 2013.

PHILIPPE CORBE
Si vous ne le faites pas d’ici là, si vous ne faites pas un collectif budgétaire avant cela, c'est peut-être parce que vous seriez obligé de redonner un objectif de croissance, on sait très bien qu’on ne tiendra pas les 0,8 %, les économistes disent 0,1 %.

BENOIT HAMON
Non, mais c'est vous qui les dites, ça.

PHILIPPE CORBE
Eh bien les économistes disent 0,1 %.

BENOIT HAMON
Non, mais attendez, nous nous sommes fixé un objectif qui est de faire 0,8 %, c'est pour ça que nous avons mis en oeuvre une politique...

PHILIPPE CORBE
Mais personne n’y croit.

BENOIT HAMON
Eh bien, personne n’y croit, mais les mêmes conjoncturistes se sont trompés, pendant les dix dernières années, chaque année, on est en droit de penser que l’on peut se fixer des objectifs, qui sont des objectifs, au demeurant, modestes.

PHILIPPE CORBE
L’INSEE dit 0,1 %.

BENOIT HAMON
Non mais, nous nous fixons, nous, comme objectif, 0,8 %, c'est-à-dire de remettre la machine économique française en route, et nous nous sommes fixé cet objectif en faisant des choix, d’abord le crédit d’impôt, tel qu’il a été mis en oeuvre, qui va rétablir la compétitivité ou restaurer les marges des entreprises, pour leur permettre de relancer l’activité, et des mesures de soutien à l’emploi, le contrat de génération, les emplois d’avenir, des mesures fiscales favorables aux PME, et c'est l’ensemble de ces mesures qui font une politique économique. Je veux dire, si on fait abstraction des choix de politique économique, effectivement on peut considérer qu’on va faire de la récession l’année prochaine, mais quand on regarde les choix de politique économique, qui ont été faits, qui sont lourds, qui ont des conséquences, qui appellent aussi que cette année 2013 soit l’année de l’égalité, de la mise en oeuvre de mesures d’égalité à l’égard des Français, eh bien si on regarde ces choix, on peut aussi penser qu’en fin d’année, nous ferons de la croissance.

PHILIPPE CORBE
Alain DUHAMEL évoquait il y a un instant les voeux de Jean-Luc MELENCHON, adressés à François HOLLANDE. Je lis Jean-Luc MELENCHON : « François, dis-leur bonne année à nos camarades, c'est ton maximum pour eux, ton maximum d’actions possibles, qu’ils mangent de la brioche ». C’est terrible.

BENOIT HAMON
Non, c'est terrible, c'est terrible pour Jean-Luc MELENCHON, je vais vous dire...

PHILIPPE CORBE
Pourquoi ?

BENOIT HAMON
Eh bien parce que moi je regrette que, à gauche, on ne fasse, on ne joue pas plus collectif. Vous savez, ce qui caractérisait la gauche, en tout cas ce qui la différenciait de la droite, c’était en théorie de jouer collectif, c’était, face à une épreuve, face à un mur, on parle de la falaise budgétaire aux Etats-Unis, en réalité, nous, devant nous, on a la falaise de la crise. Et elle n'est pas facile à monter cette falaise.

PHILIPPE CORBE
Il joue contre son camp, Jean-Luc MELENCHON ?

BENOIT HAMON
Je considère qu’il joue contre les classes populaires, contre les classes moyennes, contre toutes celles et ceux qui ont besoin qu’on joue collectif aujourd'hui. Moi, la voix de la gauche de la gauche, de la gauche du Parti socialiste, celle qui est à l’extérieur du Parti socialiste...

PHILIPPE CORBE
Que vous représentez.

BENOIT HAMON
Ou celle qui est à l’extérieur du Parti socialiste, elle est utile, je la pense même nécessaire, indispensable, et je pense même...

PHILIPPE CORBE
Il n'est pas trop au centre gauche, aujourd'hui, François HOLLANDE ?

BENOIT HAMON
Mais il n’y a pas le problème d’être centre-gauche ou totalement déporté à gauche, le problème c’est de faire une politique qui est une politique qui permette de redresser le pays, et ensuite d’améliorer le quotidien des gens, ce que l’on va faire de manière très concrète. Moi, ce que je vais m’attaquer demain, dans mon projet de loi de consommation, à la question du crédit renouvelable, eh bien on va concrètement améliorer la question des familles surendettées, mais, au-delà de ces questions-là, ce que je demande, moi, au reste de la gauche, c'est de jouer un peu plus collectif, sinon, je veux dire, objectivement, à se tirer les uns sur les autres, ça ne servira à rien, et au bout du compte on sait que les grands perdants ce sont ni les socialistes, ni les communistes, ni le parti de gauche, mais les Français qui ont cru, à un moment, que la gauche ça pouvait changer les choses. Moi je crois que ça peut changer les choses, et on va le démontrer en 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, je préfèrerais que d’avoir Jean-Luc MELENCHON dedans que dehors. En plus, je pense qu’aujourd'hui, dehors, il ne sert pas à grand-chose.


Source : Service d'information du gouvernement, le 28 janvier 2013

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