Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 24 janvier 2013, sur la loi de refondation de l'école et les rythmes scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 24 janvier 2013, sur la loi de refondation de l'école et les rythmes scolaires.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


PATRICK COHEN
Je rappelle que vous avez présenté hier votre projet de loi de refondation de l’école, mais c’est ce qui figure en annexe de cette loi d’orientation qui cristallise le mécontentement des enseignants : la réforme des rythmes scolaires, le retour au mercredi matin travaillé avec allègement des autres jours de classe. Vous nous dites ce matin que la réforme se fera avec ou sans l’assentiment des enseignants ?

VINCENT PEILLON
Il faut qu’elle se fasse dans l’intérêt des élèves. Tout le monde d’ailleurs convient depuis des années que nous ne pouvons pas être dans la situation où nous sommes pour nos enfants. C’est d’ailleurs unique au monde seulement quatre jours de classe par semaine et des journées très chargées. Il faut donc qu’on ait des journées moins chargées et qu’on étale le temps scolaire. Ça permettra de faire que nous ne soyons pas un pays qui décline profondément dans ses résultats scolaires et qui accroît en plus les inégalités.

PATRICK COHEN
Journée moins chargée de trois quart d’heure seulement.

VINCENT PEILLON
C'est unique. Ça ne s’est jamais fait dans l’histoire de la France ; tout le monde a eu six heures. Imaginez trois quarts d’heure en moins, c’est le début. Je voulais une heure mais les mêmes qui disent que ce n’est pas assez n’ont pas voulu aller plus loin. S’il faut aller plus loin, nous irons plus loin mais, permettez-moi de le dire. Cette réforme, c’est tout le problème français : il faut la faire avec tout le monde. Je commence à voir les tensions. Il n’y avait pas que les enseignants, vous avez bien vu les collectivités locales aussi. Tout le monde s’interroge. Il faut que nous avancions, on le sait, et en plus quand l’école avance c’est le pays entier qui avance. Il faut montrer qu’on peut réformer le pays en profondeur. Il faut montrer qu’on peut dépasser nos intérêts particuliers pour l’intérêt de nos enfants.

PATRICK COHEN
Il y a des intérêts particuliers qui s’expriment aujourd'hui au travers des enseignants ?

VINCENT PEILLON
Toujours, toujours, et certains sont d’ailleurs légitimes. Mais moi, je veux faire cette réforme avec tout le monde, avec les collectivités, avec les enseignants. Je vois ces derniers jours à nouveau ce goût français pour l’invective, un peu le mépris. Je ne veux pas de ça. Le président de la République et moi-même, nous avons fait de l’école la priorité. Ce quinquennat s’est ouvert devant le monument Jules FERRY. Je crois aux valeurs de la connaissance ; je crois vraiment que nous devons respect aux enseignants et je veux les entraîner.

PATRICK COHEN
Sauf que le président de la République ne parle jamais des rythmes scolaires. Hier il présentait ses voeux à la jeunesse à Grenoble, il a insisté sur les moyens, les soixante mille postes, mais pas un mot sur les rythmes scolaires alors qu’il s’est fait accueillir par des manifestants, sifflé à l’entrée de la salle où il parlait. C'est troublant, non ?

VINCENT PEILLON
Non, parce que c'est inexact. J’y étais évidemment avec lui, j’étais aussi avec ces manifestants. Il a même fait une blague assez sympathique sur les rythmes scolaires précisément, en reprenant les propos que je viens de prendre.

PATRICK COHEN
Il n’est pas dans son discours.

VINCENT PEILLON
Si, c’était dans le discours. Je suis désolé de vous le dire, j’y étais. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de dépêche. Mais ce n’est pas une contradiction : c’est un engagement de campagne. Nous sommes tous mobilisés, mais pourquoi ? Ne le vivez pas comme quelque chose d’agonistique !

PATRICK COHEN
Je ne le vis pas comme quelque chose d’agonistique ! je vous rassure !

VINCENT PEILLON
Mais ce que nous voulons, c’est que l’école soit véritablement la priorité de ce pays. Quand je vais vous quitter, je vais aller devant la conférence des présidents d’université. Pourquoi ? Parce que nous remettons en place une formation des enseignants. C’est vingt-sept mille postes ; c'est ça qui a été décidé hier en conseil des ministres : permettre à nos jeunes enseignants d’être formés pendant un an, d’avoir une entrée progressive, d’être payés pour se former. Parce que nous savons que pour la réussite des élèves, c’est l’essentiel. La semaine dernière, qu’est-ce que nous avons annoncé ? Sept mille postes pour plus de maîtres que de classes. C’est des enseignants du primaire qui iront en CP et en CE1 pour traiter la difficulté scolaire, l’accueil des maternelles. C'est notre priorité et si nous voulons réussir, il y a un volet qui est aussi davantage de temps pour apprendre, davantage de temps pour enseigner et c'est la question des rythmes scolaires.

PATRICK COHEN
Autrement dit, vous n’avez quand même pas mis soixante mille postes sur la table pour être emmerdé après ?

VINCENT PEILLON
Je ne sais pas où vous l’avez vu…

PATRICK COHEN
Propos rapportés par « L’Express ».

VINCENT PEILLON
Oui. Vous m’entendez parler : est-ce que je m’exprime comme ça ? C’est l’inverse de notre démarche.

PATRICK COHEN
En privé, c'est possible.

VINCENT PEILLON
Non ! Ce n’est pas sourcé donc je tiens à démentir profondément cette phrase et ces méthodes d’ailleurs. J’aimerais bien savoir qui peut donner une source. Tout le travail qui est le nôtre, c'est le redressement. Redressement par l’école, redressement aussi moral, redressement intellectuel – je l’ai dit à plusieurs reprises.

PATRICK COHEN
Et bonnes relations avec les syndicats d’enseignants qui ne sont pas l’expression du corporatisme ou du conservatisme comme l’a dit votre ex-conseiller Bruno JULLIARD, Vincent PEILLON ?

VINCENT PEILLON
Oui. Je pense profondément que nous nous devons respect les uns aux autres. Je suis dans cette démarche à l’égard des uns et des autres, parce que je veux qu’il y ait un nouveau contrat entre l’école et la nation. C'est ma conviction profonde. La République s’est construite comme ça. Je vois bien que c’est difficile, je le savais en arrivant.

PATRICK COHEN
Vous n’avez pas été surpris par l’ampleur des résistances ?

VINCENT PEILLON
Pas du tout. Franchement cette réforme, tout le monde dit qu’il faut la faire et personne ne l’a jamais faite. Pourquoi ? Parce qu’elle est difficile. Moi, ma conviction profonde c’est l’intérêt des élèves, c’est l’intérêt du pays. C'est même notre intérêt commun de montrer qu’on peut réussir une grande réforme. Nous sommes dans cette action, je vois bien que ça tangue, un peu moins maintenant sur les collectivités locales, encore avec les enseignants.

PATRICK COHEN
Et donc ?

VINCENT PEILLON
Mais il faut expliquer. J’entends beaucoup de choses qui sont dites qui ne sont pas exactes.

PATRICK COHEN
Expliquer mais pas aménager ce qui est prévu. Vous maintenez le cap sur le changement de rythmes le plus tôt possible.

VINCENT PEILLON
C'est le résultat de très longues négociations dont certaines, d’ailleurs, ont été saluées, vous le savez, par les enseignants. Pourquoi ? Parce que j’ai changé précisément le temps de travail des enseignants, leur donnant à cette occasion plus de formation continue, plus de temps pour travailler ensemble. Beaucoup ne le savent pas. On est dans ce temps de l’explication et je souhaite que tout le monde arrive à se mettre en mouvement pour que nous réalisions ce que tout le monde sait. Je lisais encore une interview ce matin : on est le seul pays au monde, je le redis, à quatre jours. Cent quarante-quatre jours de classe pour nos enfants. C'est inimaginable !

PATRICK COHEN
Oui. Justement, vous rappeliez tout à l'heure les engagements de campagne de François HOLLANDE. Puisqu’on est dans le cadre de l’observatoire des promesses avec notre partenaire « Le Parisien-Aujourd'hui en France », la promesse de départ qui a été exprimée par François HOLLANDE pendant sa campagne, ce n’était pas celle-là. C’était de rallonger l’année scolaire en réduisant le temps de vacances. Ce n’est pas votre projet aujourd'hui, Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Si. Vous parliez de l’annexe : vous voyez bien comment il faut aller pas après pas. Vous avez plusieurs sujets. Vous avez la question de la journée, la question de la semaine, la question de l’année. Si on est vigilant à ce qu’on est en train de faire, vous avez aussi plusieurs niveaux. Là, on est en train de parler de l’école élémentaire, pas du collège et du lycée. Nous avons inscrit dans la durée cette réforme ; nous commençons par la journée et la semaine en primaire et, je l’ai indiqué à plusieurs reprises, nous allons continuer. Mais peut-être qu’il était raisonnable de faire comme on fait quand vous voyez déjà la difficulté. Mais si vous voulez que j’annonce ce matin chez vous qu’on va ajouter encore deux ou trois semaines, vous allez voir.

PATRICK COHEN
Ah ! C’est comme vous voulez.

VINCENT PEILLON
Non ! Réussissons cela, je crois que c'est l’intérêt des élèves, et continuons de voir après comment il faudra quand même cheminer encore plus avant. La refondation, ce n’est pas simplement une loi. Ce n’est pas simplement d’ailleurs modifier le code de l’éducation. Ça doit être pendant cinq ans un travail continu pour que nous soyons capables d’inverser cette pente fatale qui fait que les résultats de nos élèves se détériorent, vingt-cinq pour-cents d’élèves en difficulté en rentrant au collège, toujours les mêmes milieux sociaux. Les inégalités s’accroissent dans notre pays scolairement. Vous savez que dans les ZEP aujourd'hui, c'est plus de trente à trente-cinq pour-cents qui sont en difficulté à l’entrée en 6ème et un plafond de verre ; nous n’atteignons pas les quatre-vingts pour-cents d’une classe d’âge au baccalauréat et nous avons moins d’inscrits maintenant à l’université qu’il y a quelques années. Franchement ce n’est pas bon pour le pays.

PATRICK COHEN
Et les profs ne sont pas bien payés. On en reparlera tout à l'heure. Les communes ont jusqu’à la fin mars pour décider à quelle rentrée elles changeront de rythmes : 2013 ou 2014. Il y a eu un mois supplémentaire accordé par Jean-Marc AYRAULT hier. À votre connaissance, Vincent PEILLON, il y a beaucoup de communes, beaucoup de grandes villes, qui ont prévu d’attendre 2014 pour appliquer la réforme ?

VINCENT PEILLON
Non, je ne crois pas qu’il y en a beaucoup.

PATRICK COHEN
Il y a Marseille, déjà.

VINCENT PEILLON
Oui, mais je ne crois pas qu’il y en a beaucoup. Je crois que là encore, pour les collectivités locales, c’est quand même une réorganisation qui est importante, qui est difficile comme toutes les grandes réformes. Ils sont donc en train de voir quel projet éducatif, parce qu’il ne s’agit pas non plus de le faire pour laisser les enfants sous le préau. C'est pour cela que nous avons d’ailleurs, avec le président de la République et le Premier ministre, prévu ce fonds de deux cent cinquante millions d’euros, et que nous mobilisons y compris les mouvements d’éducation populaires, il faut être capable d’avoir des activités comme on dit péri-éducatives, c'est-à-dire culturelles, sportives. C'est une des idées de la réforme. Ça suppose donc que chacun construise ce projet éducatif territorial qui est dans la loi – ce n’est pas une contrainte – et choisisse ce qui est le plus intéressant pour les élèves. C'est un travail. Vous imaginez bien qu’entre par exemple Paris, Lyon ou une commune rurale, ce ne sont pas les mêmes données. Chacun doit trouver.


[08h40]

PATRICK COHEN
Notre invité, je le rappelle, Vincent PEILLON, ministre de l’Education nationale avec des questions des auditeurs de FRANCE INTER, nombreuses au standard : 01.45.24.7000. On va continuer de parler des rythmes scolaires, un mot Vincent PEILLON sur ce qui domine l’actualité également ce matin, la libération de la Française Florence CASSEZ au Mexique, dénouement heureux, fruit d’un long travail politique et focalisation sur une détenue parmi beaucoup d’autres, parmi les détenus français à l’étranger. Que vous inspire le dénouement de cette histoire ?

VINCENT PEILLON
Vous savez, c’est toujours une grande satisfaction. Hier j’étais donc, comme on le disait tout à l’heure, avec le président de la République et c’est des moments d’émotion. On ne peut pas imaginer d’ailleurs nous-mêmes ce que peut représenter des années comme ça de vie enfermée, volée d’une certaine façon, toutes les inquiétudes qu’il a pu y avoir. Donc on essaie de comprendre et en même temps, vous avez raison de le dire, on pense aussi à des tas d’autres qui sont dans cette situation. Ça a été le cas parfois de certains de vos collègues, j’avais suivi ça, j’en connais certains, ce sont des épreuves de la vie qui sont terribles et qui, en même temps, nous font mesurer le prix que peut être le respect justement de la personne humaine, de la liberté d’expression et de systèmes juridiques comme les nôtres qui, dans le fond, accordent au respect de la personne davantage même que la raison d’Etat. Finalement on s’est construits là-dessus, ce n’est pas si simple à faire vivre tout le temps et bon ! Donc quand même un grand bonheur pour elle et puis pour sa famille.

PATRICK COHEN
Vincent PEILLON, des questions pour vous. Jean-Michel nous appelle des Hautes-Alpes, bonjour.

JEAN-MICHEL
Oui, bonjour monsieur le ministre.

VINCENT PEILLON
Bonjour monsieur.

JEAN-MICHEL
Je suis maire d’une commune de 2.000 habitants dans les Hautes-Alpes, et je me permets d’insister auprès de vous sur la question des coûts à la charge des collectivités locales. Vous avez décidé sur le fond – nous sommes pour la réussite aussi de nos élèves – de modifier les rythmes scolaires. Il s’avère que j’ai fait un calcul sur ma propre commune, 2.000 habitants, c’est 50.000 €, 150 à 170 € par élève à la charge de la commune. Je n’ai pas les moyens si ce n’est d’augmenter les impôts locaux. Donc je vous demande dans ces conditions ce que vous envisagez de modifier dans votre actuel projet, pour que les collectivités rurales et de montagne en particulier puissent bénéficier de financements de la part de l’Etat pour les activités périscolaires éducatives, à hauteur de ce que cela va leur coûter. Nous avons aujourd’hui des baisses de dotations, nous avons de la part de l’Etat une volonté exprimée de faire participer à l’effort national les collectivités locales, il s’avère que si l’Education nationale est nationale, les modifications des rythmes scolaires que vous souhaitez dans l’intérêt des enfants – ce que nous ne contestons pas – puissent être financées par l’Etat intégralement. Or aujourd’hui, vous demandez aux collectivités locales qui n’en peuvent plus de financer directement ces aménagements de rythmes scolaires. Autre exemple et j’en terminerai là…

PATRICK COHEN
Oui.

JEAN-MICHEL
600.000 € également de dépenses pour les transports scolaires à la charge du Conseil général des Hautes-Alpes, qui n’a aucune compensation de l’Etat. Et tout ceci, ce sera de la fiscalité directement assumée par les familles, donc j’aimerais effectivement que l’Etat fasse non seulement des efforts en matière de recrutement des personnels, mais également finance la réforme qu’il souhaite dans l’intérêt des enfants, et que ceci ne soit pas à la charge des collectivités locales.

PATRICK COHEN
Vincent PEILLON va vous répondre Jean-Michel, merci pour votre question.

VINCENT PEILLON
D’abord je comprends vos difficultés et c’est pour ça que j’avais reçu l’Association des élus de montagne. Et comme vous le savez, elle est à la fois présidée par Laurent WAUQUIEZ et par Frédéric MASSAT, et donc la gauche et la droite. Les réponses ont été apportées, et d’ailleurs j’ai le plaisir de vous annoncer qu’hier, la commission consultative des normes du ministère de l’Intérieur a donné son accord à ce décret sur la réforme des rythmes scolaires, parce que nous avons apporté les réponses. La première réponse monsieur le maire, c’est qu’il y a un fonds prévu de 250 millions d’euros, et que ce fonds prend précisément en compte les petites communes rurales et les communes urbaines, j’y tenais beaucoup aussi, en difficulté. C’est la première fois que dans une politique d’Etat comme ça, il y a une telle péréquation, puisque vous avez 50 € pour tous les enfants de France, mais 90 supplémentaires pour ceux qui sont dans des communes pauvres ou qui ont en tout cas des difficultés, c'est-à-dire rurales ou urbaines. C’est une première réponse. Deuxièmement, vous le savez, ça a été annoncé, les taux d’encadrement et peut-être… je ne sais pas comment vous avez fait vos calculs, il faut toujours voir, mais les taux d’encadrement des enfants pour les activités périscolaires donnent lieu à une réforme aussi, puisque nous passons pour les moins de 6 ans d’un encadrement de 10 à 14 et pour les plus de 6 ans de 14 à 18, ce qui change de près de 30 % les coûts que vous évoquez. Troisièmement, j’ai demandé au service de l’Education nationale et, je le précise, y compris pour les professeurs, c’est une réforme pédagogique. Donc les maires ont des propositions à faire, mais nous consultons aussi les conseils d’écoles, car je vois les enseignants qui disent « nous ne sommes pas consultés », ils le seront. Mais c’est l’Education nationale qui donnera son accord, parce qu’il faut qu’il y ait de bons projets pédagogiques. Et de ce point de vue-là, j’ai demandé… j’étais moi-même en Haute-Garonne la semaine dernière, avec des maires qui sont aussi des maires de zones montagneuses, j’ai demandé à tous les administratifs de l’Education nationale d’être au côté des associations d’élus pour répondre à toutes vos interrogations. Je crois que nous pouvons le faire.

PATRICK COHEN
Donc normalement, les petites communes comme celle de notre auditeur, Tallard dans les Hautes-Alpes, n’auront pas à débourser davantage pour réformer les rythmes scolaires, ou elles auront quand même un…

VINCENT PEILLON
Vous savez, il y a…

PATRICK COHEN
De l’argent à mettre ?

VINCENT PEILLON
Il y a ce qu’on appelle « les études d’impact », quand vous faites une loi qui estime quels sont les coûts, c’est ce qui a fait que nous avons eu un vote positif hier du ministère de l’Intérieur et des élus locaux eux-mêmes. En réalité, ça dépend des communes Patrick COHEN, il peut y avoir beaucoup de façons d’organiser les rythmes différentes. Vous pouvez le faire à la pause méridienne, vous pouvez le faire après, il y a déjà des communes… vous savez, on va dire : est-ce que c’est vraiment la réforme des rythmes qui va accroître ou faire les inégalités entre les communes du point de vue de l’éducation ! Mais elles existent, elles doivent au contraire… cette réforme doit nous permettre de les corriger. On voudrait faire croire que c’est tout d’un coup la réforme des rythmes qui va introduire des inégalités en France dans le scolaire, elles sont criantes aujourd’hui, tous les rapports de la COUR DES COMPTES le montrent. Et tout le travail que nous faisons, y compris avec cette péréquation dont j’ai parlée, c’est précisément de permettre – y compris à nos amis des zones rurales, à nos amis des territoires les plus en difficulté, Seine Saint-Denis – d’avoir accès aux mêmes droits que les autres.

PATRICK COHEN
Une sur les rythmes scolaires, une question de Sonia BOURHAN qui suit les questions d’éducation ici, à FRANCE INTER.

SONIA BOURHAN
Justement sur ces questions de moyens, on a beaucoup parlé de la contestation des enseignants, mais les parents aussi sont sur le terrain plutôt solidaires des professeurs. Ils sont sceptiques sur la qualité des activités périscolaires qui seront proposées, parce que ça va dépendre des moyens des mairies. Est-ce que là-dessus… qu’est-ce que vous leur répondez, parce que vous n’aurez pas vraiment la main sur ce qui va se passer dans cet accueil pour les élèves ?

VINCENT PEILLON
Si, c’est ce que je viens de dire et il faut lire le décret. J’ai souhaité que l’Etat assume toutes ses responsabilités, et c’est donc ce qu’on appelle les directeurs académiques des services de l’Education nationale qui valideront ou pas les projets éducatifs territoriaux. Donc le conseil d’école, les enseignants, les parents d’élèves, les collectivités locales auront à débattre, à faire une proposition, c’est avant fin-mars. Mais c’est l’Etat, en fonction précisément des apports pédagogiques, qui donnera son accord ou pas. Je ne veux pas seulement qu’il soit là dans une posture de donner son accord, nous devons aider, et sur le terrain, c’est ce qui se fait maintenant, car la réforme des rythmes scolaires elle a un merveilleux avantage, elle oblige les uns et les autres à se parler, à organiser temps scolaire et temps éducatif, à faire que la collectivité locale travaille avec les enseignants, qui travaille avec les parents…

PATRICK COHEN
On ne se parlait pas assez jusqu’à présent ?

VINCENT PEILLON
Bien sûr que non, et on voit bien que chacun a du mal, et même avec les mouvements d’éducation populaire. Il faut construire un projet et il faut construire un projet dans l’intérêt des élèves.

PATRICK COHEN
Des parents d’élèves justement au standard d’INTER. Catherine nous appelle de Collonges, bonjour.

CATHERINE
Bonjour.

PATRICK COHEN
Nous vous écoutons.

VINCENT PEILLON
Bonjour madame.

CATHERINE
Ecoutez ! Moi je voulais poser une question au ministre. En fait, mon enfant est dans une classe où l’institutrice n’est pas remplacée depuis la rentrée, où les réponses entre le Rectorat et l’Académie nous disent : « il n’y a pas de professeur, personne ne peut venir travailler dans le Pays de Gex... J’entends parler de ça ce matin, la création des 60.000 postes et un vrai décalage entre ce que l’on vit sur le terrain et ce n’est pas… officiellement. Et en parallèle de ça, je me pose beaucoup de questions par rapport au fait que cette réforme, dans la mesure où aujourd’hui nous n’avons pas de professeur, comment est-ce qu’on va pouvoir rythmer le…

PATRICK COHEN
Catherine, on vous entend assez mal, juste un mot, vous êtes dans une petite commune, c’est une classe unique, l’institutrice pas remplacée ?

CATHERINE
Exactement, depuis la rentrée, pas de professeur. Globalement la situation du Pays de Gex est très tendue, c’est une zone frontalière entre la France et la Suisse…

PATRICK COHEN
Et la Suisse oui.

CATHERINE
Et globalement, il y a à peu près… je ne veux pas faire de polémique mais au moins une dizaine de postes d’enseignants non remplacés et puis une situation très tendue.

PATRICK COHEN
Merci Catherine. On reste dans les Alpes donc Vincent PEILLON, Pays de Gex, profs pas remplacés, plus généralement le remplacement des enseignants absent, ça reste un souci dans votre secteur.

VINCENT PEILLON
Une grosse tension parce que vous savez, il y a eu 80.000 suppressions de postes les 5 dernières années. Et évidemment ces suppressions de postes, elles ont porté sur les personnels spécialisés, les fameux réseaux d’aide spécialisés et les professeurs remplaçants. Même en allant au maximum des listes complémentaires, par exemple en Seine Saint-Denis cette année, nous avons des tensions sur les remplacements qui sont considérables. Les 60.000 postes c’est sur 5 ans, c’est 10.000 postes par an, et donc les dégâts qui ont été faits ne peuvent pas se réparer d’abord cette année, qui est quand même sous le budget de la droite 2012 ; et puis ne peuvent pas se réparer en une fois. Mais ça justifie bien, on le voit parce qu’il y a eu beaucoup d’interrogations sur les créations de postes, ça justifie bien qu’il fallait le faire et qu’il faut le faire. Maintenant, nous allons avoir un souci… je l’ai toujours dit et nous essayons d’y remédier avec la qualité que nous essayons d’apporter aux jeunes enseignants et une amélioration de leurs conditions, il faut aussi recruter. Nous sommes dans cette période cette année, vous le savez, où pour la première fois j’ai organisé 2 concours, ça veut dire 40.000 recrutements pour essayer de pallier à ces difficultés. Il faudra un peu de temps et c’est vrai pour le primaire et c’est vraiment malheureux, dans certaines zones rurales, dans certaines zones urbaines difficiles, c’est vrai aussi dans certaines disciplines du secondaire. Vous savez, on a du mal maintenant en maths, très grande difficulté, du mal en lettres modernes et classiques, anglais, allemand, donc il y a des disciplines où ce sera aussi encore plus tendu que d’autres pour un moment.

PATRICK COHEN
Question d’Eric qui revient chaque fois qu’il est question d’éducation dans cette session d’information. Les enseignants des RASED seront-ils d’une façon ou d’une autre rétablis dans leur poste ?

SONIA BOURHAN
C’est ce qui avait été promis pendant la campagne de François HOLLANDE.

PATRICK COHEN
Une précision de Sonia BOURHAN. Les enseignants des RASED seront-ils rétablis dans leur poste ?

VINCENT PEILLON
Oui, sur les 1.000 postes il y en avait déjà 100, ces enseignants sont absolument utiles pour traiter la difficulté scolaire. Maintenant, comme vous le savez, il y a aussi ce nouveau dispositif du plus de maîtres que de classes, et donc nous devons organiser différemment l’articulation entre le traitement de la difficulté scolaire dans la classe et hors de la classe. Et donc il y a une mission des Inspections générales qui travaille aux nouvelles définitions du métier de RASED qui rendra ses conclusions, mais je veux affirmer que ces personnels ont pleinement leur place dans l’institution scolaire, que nous les reconnaissons et, d’ailleurs, que les enseignants demandent à ce qu’ils soient là, en particulier parce que nous avons un certain nombre d’élèves – on le voit bien quand on a ces taux-là – qui sont plus difficiles que d’autres, et qu’il faut aider particulièrement.

PATRICK COHEN
Retour au standard, Fleurimon (phon) nous appelle de Marseille, bonjour.

FLEURIMON
Oui, bonjour.

PATRICK COHEN
Nous vous écoutons.

FLEURIMON
Je suis parent d’élève à Marseille, professeur des écoles. Et c’est vrai que les difficultés de l’école, à Marseille comme ailleurs, sont multiples. Vous venez de parler des RASED ou des problèmes de remplacement, certes ! 60.000 poste sur 5 ans. Mais les besoins sont criants à Marseille, les enfants de 3 ans, avant même de parler des moins de 3 ans, ne sont pas tous scolarisés. La conférence interministérielle de novembre avait promis une scolarisation accrue dans les zones d’éducation prioritaires de ces moins de 3 ans, seules 5 classes ont ouvert à la rentrée de janvier, sur Marseille c’est vraiment rien, c’est la montagne qui accouche un peu d’une souris. Mais c’était sur la réforme des rythmes scolaires que je voulais intervenir. Vous parlez d’un fonds monsieur le ministre pour aider les communes d’une péréquation, on l’entend, mais ça ce n’est prévu que pour la première année, que pour l’an prochain ou en… même pas pour 2014 puisque vous avez indiqué que si la réforme était reportée à 2014 dans les communes, il n’y aurait pas ce fonds. Or les activités périscolaires à Marseille, on peut vous en parler parce que la priorité pour la municipalité, ce n’est surtout pas l’école, elles sont vraiment médiocres. Alors peut-être que la première année il y aura un peu d’aide, mais les années suivantes effectivement, on est bien inquiets. Et enfin, vous avancez le second argument du taux d’encadrement pour les élèves… pour les enfants sur ces plans périscolaires, en augmentant de 10 à 14 enfants pour les moins de 6 ans et de 14 à 18 pour les plus de 6 ans. Mais ça, ça pose des problèmes de sécurité tout simplement monsieur le ministre, et les conditions de travail des personnels qui voient augmenter les effectifs sur ces plans-là, ce n’est pas forcément non plus une bonne solution. Alors vous indiquez qu’au ministère de l’Intérieur hier, il y a eu un vote positif, moi je me rappelle qu’au Conseil supérieur de l’Education tout le monde n’a pas validé cette réforme scolaire, au contraire il n’y a eu que 5 voix pour sur plus de soixantaine. Donc je me demande si – et c’est la question que je vous pose – vous n’êtes pas tout simplement en train de faire un passage en force ?

PATRICK COHEN
Merci pour cette question. Vous voyez, ce n’est pas gagné votre réforme Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON
Oui. Non, je ne voudrais surtout pas faire de passage en force. C’était beaucoup d’abstentions parce que quand vous accumulez des points de vue qui sont différents, on peut être contre mais on est incapables de proposer une alternative alors que tout le monde – je l’entends d’ailleurs ce matin – reconnaît qu’il faut le faire, on ne peut pas rester dans cette situation. Donc nous avons intérêt à être intelligents ensemble. Vous avez raison, sur Marseille il y a des problèmes particuliers et vous l’avez fort bien dit. Une collectivité locale qui n’accorde pas la priorité à l’école, vous aurez l’occasion de vous exprimer politiquement aux élections municipales. Mais l’Etat, lui, le fait, et la priorité c’est l’école. Vous dites « 60.000 ce n’est pas assez », c’est possible mais il y a beaucoup de gens qui trouvent que c’est beaucoup. Et je le disais tout à l’heure, j’ai du mal à recruter un certain nombre d’élèves professeurs pour venir occuper ces fonctions. Donc nous avançons comme nous le pouvons, nous ne sommes pas parfait mais nous avons une ligne, c’est la priorité à l’école, c’est améliorer la réussite de nos élèves, c’est entraîner tout le monde autour de cela, c’est bien connaître chacune des situations et chacun des points de vue, essayer de les respecter. Mais en même temps il faut avancer.

PATRICK COHEN
Question de Thomas LEGRAND.

THOMAS LEGRAND
Non, une précision sur ce que nous a dit l’auditeur, 1 an alors, cette dotation n’est que pour un an ?

VINCENT PEILLON
Si… il faut que vous compreniez qu’aujourd’hui, chacun cherche à obtenir à l’occasion de cette réforme des avantages financiers. Et que la question qui se pose – et on peut le comprendre – mais la question qui se pose c’est d’abord de la faire, nous verrons plus tard. Aujourd’hui, nous la faisons… pas pour le plaisir de la faire, vous voyez ça a l’air assez difficile, nous la faisons dans l’intérêt des élèves. Ce fonds d’incitation n’était pas un engagement de campagne alors que les 4 jours et demi l’étaient, donc c’est en plus vous voyez. Et vous connaissez le budget de la France, vous en avez parlé à plusieurs reprises ici, c’est encore 250 millions d’euros que l’Etat donne en plus pour l’école. Donc je crois qu’il faut que chacun fasse un effort. Et je voudrais juste dire ça…

THOMAS LEGRAND
Donc c’est un an !

VINCENT PEILLON
C’est deux ans en réalité, c’est 2013-2014, 2014 pour les communes qui sont le plus en difficulté. C’est toujours cette idée de mettre l’argent là où on en a besoin, car peut-être il n’y en a pas besoin partout, mais il faut s’engager dans cette réforme. L’important quand même – si vous me permettez de dire ça, ça se dit peu – c’est quelle est la priorité de l’Etat ? C’est l’école, est-ce que c’est un effort ? Vous savez que chaque fois qu’on crée un poste de professeur, c’est un poste d’autre fonctionnaire qu’on supprime, il faut que chacun ait ça en tête, parce qu’on n’est quand même pas dans une possibilité de faire des dépenses à l‘infini, ce serait encore une dette pour nos enfants, donc il faut que nous soyons responsables. Et si nous l’Etat, nous avons accordé cette priorité, mais peut-être que d’autres peuvent le faire, il y a des choix à faire aussi dans les politiques communales, on parlait de Marseille, chacun va devoir faire le choix entre un rond-point et une école. Moi je dis : la France doit investir dans sa jeunesse, dans l’éducation, dans la réussite éducative. L’Etat prend ses responsabilités, certaines collectivités locales ont aussi à le faire à cette occasion.

PATRICK COHEN
Un rond-point ou une école, on va retenir la formule. Sonia BOURHAN.

SONIA BOURHAN
Est-ce que face cette fronde, est-ce que vous n’allez pas finalement devoir revaloriser les salaires des enseignants, c’est une possibilité qui vous reste peut-être !

VINCENT PEILLON
Moi ce qui m’ait importé, c’est qu’on puisse avoir des enseignants, vous voyez bien que c’est la question, et que là aussi on fasse en sorte que les jeunes aient envie de devenir enseignants et le puissent. Or je les ai revalorisés, car dans ce projet de loi qu’on a présenté hier en Conseil des ministres, on crée des écoles supérieures mais on remet l’année de stage. L’année de stage, ça veut dire être payé à plein-temps pour faire un mi-temps, c’est une revalorisation salariale. Dans le moment actuel, est-ce qu’elle est importante ? Elle est considérable mais elle est juste, parce qu’elle permet à des jeunes gens et à des jeunes filles qui veulent servir le pays, qui veulent servir les enfants, de faire ce métier. On parlait d’une crise des vocations, je ne crois pas, dans toutes nos banlieues, partout on voit des gens qui ont envie d’être enseignants. Mais on les avait découragés, la mastérisation, l’absence de… donc il y a une première revalorisation. Est-ce qu’il faudrait faire davantage ? Mais ce serait mon rêve, est-ce qu’on en a les moyens ? Pas pour l’instant, essayons d’avoir des professeurs devant nos enfants, des enfants qui ont du temps pour apprendre, des professeurs bien formés et puis nous avancerons au maximum.

PATRICK COHEN
Pas pour l’instant, malgré les inégalités qu’on connaît y compris au sein de l’Europe. Vous étiez à Berlin cette semaine, vous avez pu discuter aussi avec vos homologues en charge de l’éducation, le salaire des profs allemands n’est pas celui de nos profs en France.

VINCENT PEILLON
On a…

PATRICK COHEN
Vincent PEILLON…

VINCENT PEILLON
Si vous me permettez Patrick COHEN, c’est un sujet important, donc on va le traiter, on a 15 % de différence sur le primaire, pas sur le reste, pas sur les fins de carrière, donc sur les débuts de carrière…

PATRICK COHEN
Sur le secondaire c’est le double pratiquement.

VINCENT PEILLON
Non, non, ce n’est pas exact. Deuxièmement, il faut que vous regardiez quand vous regardez le salaire, parallèlement les obligations de service, c'est-à-dire ce qu’on demande aux uns et aux autres, car sinon on n’y comprend pas grand-chose. Moi je veux ouvrir… et donc combien d’heures on fait, quels sont les déroulements de carrière, et moi je veux ouvrir une grande négociation sur le métier d’enseignant, car je pense qu’il faut une revalorisation et la formation en fait partie. Et je voudrais vous dire une chose sur cette discussion sur le temps scolaire, c’est la première fois qu’on a mené avec les enseignants précisément une grande négociation sur leur temps de travail, car les enseignants du primaire – et peut-être certains ne le savent pas – font 24 heures devant les élèves et ils ont 3 heures à côté de ça pour faire de l’aide individualisée, pour faire un certain nombre de choses. Ces 108 heures annuelles, nous les avons revues et nous avons permis qu’ils aient plus de formations continues et plus de temps pour travailler ensemble à la réussite des élèves. Ça a été salué par toutes les organisations syndicales. Le métier d’enseignant a changé, il faut le prendre en compte et là, nous avons réussi une première négociation.

PATRICK COHEN
Vous allez publier un livre programme bientôt sur la…

VINCENT PEILLON
Je vais continuer d’essayer d’expliquer pourquoi la France doit…

PATRICK COHEN
Avec un livre ?

VINCENT PEILLON
Accorder la priorité à l’école, et donc entre Noël et le Nouvel an j’ai essayé de mettre ça sur le papier.

PATRICK COHEN
Et ça sera dans les prochaines semaines.

VINCENT PEILLON
Oui.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 janvier 2013

Rechercher