Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à I-Télé le 4 février 2013, sur la réforme des rythmes scolaires à l'école et la formation des enseignants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale à I-Télé le 4 février 2013, sur la réforme des rythmes scolaires à l'école et la formation des enseignants.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :

CHRISTOPHE BARBIER
Jean-Marc AYRAULT a-t-il eu raison de recadrer Dominique BERTINOTTI qui s’est emmêlée sur les dates entre la loi famille avec PMA dedans, PMA dehors, Comité national d’éthique, etc. ?

VINCENT PEILLON
Je n’ai rien entendu de tout ça ! Par contre, je voudrais commencer par dire toute mon amitié et mon admiration pour les deux ministres qui sont aujourd’hui dans la défense de ce mariage pour tous, parce qu’il y a beaucoup…

CHRISTOPHE BARBIER
Elles sont un peu abandonnées par le Premier ministre qui est en Asie ?

VINCENT PEILLON
Je n’ai pas dit ça du tout ! Mais il y a quand même… il faut être valeureuses quand on entend les cris d’orfraies. Je vois que dans d’autres pays tout ça se fait normalement, le progrès des droits - les Français vont aller voir Abraham LINCOLN, tous, le film aux Oscars - eh bien là il y a un progrès des droits, mais faut-il qu’on soit dans un pays conservateurs ou réactionnaires, ou qu’on ait une droite conservatrice ou réactionnaire, même si je sens beaucoup d’hommes et de femmes de droite gênés par ce mauvais débat qui veut entretenir la confusion, et sur le sujet que vous dite, franchement madame BERTINOTTI a dit ce qui est la position du gouvernement, il y aura cette consultation du Comité d’éthique, il y aura la PMA dans la loi famille une fois que cette consultation aura eu lieu.

CHRISTOPHE BARBIER
La loi famille devait être fin mars, donc on ne tiendra pas ce délai ?

VINCENT PEILLON
Mais le Comité d’éthique n’avait pas fait valoir à ce moment-là son désir d’être entendu et nous devons y faire droit, c’est la force de la démocratie française, des états généraux peut-être, un temps de réflexion - mais peut-être être compte – et puis nous prendrons, nous prenons notre responsabilité politique. Ne créons pas sur la forme alors que nous avons un très beau débat de fond, on a toujours l’impression qu’on veut évacuer les questions de fond, je le vois dans mon domaine, la question de fond, c’est que nous sommes dans un premier progrès du droit – et c’est très important…

CHRISTOPHE BARBIER
Mais…

VINCENT PEILLON
C’est la question du mariage – et puis il y aura la PMA.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais les 126 parlementaires socialistes et les écologistes qui ont accepté de retirer la PMA de la loi sur le mariage contre une promesse de PMA dès la fin mars, ils sont cocus ?

VINCENT PEILLON
Mais ils ne sont pas cocus ! On vient, au contraire, de réaffirmer - d’abord le président du groupe socialiste – mais le gouvernement que la PMA sera présente dans le projet de loi famille, simplement il y a un Comité d’éthique, est-ce qu’on est contre ? Ce sont des personnalités d’une très grande qualité qui le préside…

CHRISTOPHE BARBIER
Vous pouvez délibérer après la loi ?

VINCENT PEILLON
Mais alors quel sens ça aurait ? Quel respect des comités consultatifs ? Quel respect de l’intelligence collective ? Donc, nous allons - c’est un minimum d’élégance - les entendre, mais nous affirmons très nettement et le gouvernement l’a affirmé, donc je trouve que vraiment la volonté toujours… Vous savez j’écoutais les cris d’orfraie de l’opposition et même de monsieur COPÉ à l’Assemblée nationale l’autre jour, mélangeant tout (cette circulaire, la PMA, la GPA), je veux dire on parle par sigle et on voudrait noyer tout le monde, non, c’est très simple : il y a, d’abord, ce mariage pour tous, progrès des droits. Car qu’est-ce qu’il y a derrière ? Il y a le grand débat qui dure et qui est séculaire : est-ce que je peux m’attribuer des droits que je refuse aux autres ? C’était vrai pour le racisme, c’était vrai pour l’égalité homme-femme, c’est vrai pour la discrimination raciale – et on en a connu c’est vrai aussi dans cette affaire - est-ce que je considère que moi que je peux refuser aux autres ? Il y a ceux qui le pensent (ils sont conservateurs, ils sont contre le sens de l’histoire) et puis il y a ceux qui portent la grande tradition française qui considèrent qu’il y a une universalité du genre humain et que, quand j’ai des droits, je dois les accorder aux autres.

CHRISTOPHE BARBIER
A l’Education nationale on manifeste et on manifestera encore le 12 février contre votre réforme des rythmes scolaires dans le Primaire, allez-vous la retirer ou plus exactement la reporter complètement à septembre 2014 ?

VINCENT PEILLON
Bien entendu que non ! D’abord ce gouvernement, c’est étrange, pour la première fois fait du Primaire sa priorité absolue, priorité financière - je viens de présenter une loi de programmation, la première du quinquennat - qui sanctuarise les moyens de l’Education nationale pour 5 ans et qui, dedans, dit priorité au Primaire. Pourquoi ? Parce que nous sommes le pays, de tous les pays de l’OCDE, qui accorde le moins au Primaire, d’où ces résultats difficiles ; Deuxièmement…

CHRISTOPHE BARBIER
… de la réforme ?

VINCENT PEILLON
Deuxièmement, je mets en place les écoles supérieures du professorat et de l’éducation pour refaire la formation des enseignants, un service public du numérique, le changement de notre système d’orientation et dans toutes ces réformes de structures, pour que nos enfants, réussissent il faut changer les rythmes scolaires, pas parce que le ministre a une marotte mais parce que nous sommes le pays du monde où nos enfants n’ont que 144 jours de classe par an et des journées surchargées.

CHRISTOPHE BARBIER
Eh bien alors supprimez des vacances, allégez les journées sur 4 jours seulement, des semaines légères, des journées légères, des années plus longues ?

VINCENT PEILLON
Mais c’est ce que nous allons faire ! C’est dans la loi. Si je l’avais fait d’emblée… regardez, lorsque nous commençons, tout d’un coup vous voilà révolutionnaire à défaut d’être réformiste, je commence par le commencement : le Primaire, parce que c’est la base et donc je fais la première réforme importante, ça ne fait que 4 ans que nous sommes à 144 jours, tous les… l’académie de médecine, l’ensemble des groupes parlementaires il y a encore 6 mois disent : « c’est épouvantable, il faut changer à la fois le nombre de jours et l’organisation de la journée », je le fais ; j’ai encore annoncé samedi devant les lycéens – et c’est dans la loi – que nous allons continuer par le collège, le lycée, l’année scolaire. Parce que la France ne peut pas être un pays qui sacrifie sa jeunesse, nos résultats baissent, 15% d’élèves en très grande difficulté à l’entrée au collège, 25% en difficulté, plus de 30% dans les Zones d’Education Prioritaire. Quelle est notre responsabilité d’adulte ?

CHRISTOPHE BARBIER
Cette…

VINCENT PEILLON
Donc, nous faisons cette réforme

CHRISTOPHE BARBIER
Cette réforme du rythme au Primaire change la vie des enseignants, des instituteurs…

VINCENT PEILLON
C’est vrai !

CHRISTOPHE BARBIER
Leur donnerez-vous 400 euros de prime par an ?

VINCENT PEILLON
Elle change la vie de tout le monde (des élèves, des parents, des professeurs…

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous vous payez les profs…

VINCENT PEILLON
Et bien entendu des collectivités locales, nous payons tout le monde. Vous l’avez observé, les premiers qui ont reçu de l’argent ce sont les collectivités locales avec un fonds que le président de la République et le Premier ministre ont souhaité de 250 millions d’euros (ce n’est pas une peccadille) et pour la première fois nous accordons davantage aux territoires les plus pauvres, c'est-à-dire les zones urbaines sensibles et bien entendu les territoires ruraux…

CHRISTOPHE BARBIER
Et les instituteurs !

VINCENT PEILLON
Pour mettre en place. Et il y a les professeurs des écoles, les professeurs des écoles, dans cette affaire, doivent être pleinement respectés. C’est un quinquennat qui a commencé devant le monument Jules FERRY pour dire : les valeurs de la connaissance, du savoir, doivent être les premières. J’ai déjà donné un certain nombre de signes, je pense au livret personnel de compétences, je pense aux évaluations, je pense aux créations de postes, je pense…

CHRISTOPHE BARBIER
Donnerez-vous 400 euros par an ? Il y a eu 1.200 euros pour le collège par an, par prof, il y a quelque temps ?

VINCENT PEILLON
Non ! Il y a une indemnité depuis 20 ans, c’est Lionel JOSPIN qui l’a créée…

CHRISTOPHE BARBIER
Mais oui ! Mais eux ils attendent toujours depuis 20 ans !

VINCENT PEILLON
De suivi et d’orientation.

CHRISTOPHE BARBIER
400 euros par an par professeur.

VINCENT PEILLON
Il y a plusieurs mois que j’ai dit – et je recevrai les syndicats cet après-midi – que la situation des professeurs des écoles ne me semble pas juste et tous les rapports internationaux le montrent…

CHRISTOPHE BARBIER
Bien ! On revalorise…

VINCENT PEILLON
A la fois… d’abord, on change la nature du métier. Partez par la base, ils font 27 heures, 24 heure + 3 heures, ce n’est pas le cas des professeurs du Secondaire, ça n’est même pas le cas des autres professeurs des écoles dans les autres pays d’Europe, je suis le premier à avoir changé, ils ne le savent pas car on ne leur dit pas, les 3 heures par 36 semaines qui font 108 heures parait cette semaine au bulletin officiel un changement de leur temps de travail qui leur accorde une plus grande liberté pour se concerter et agir dans l’intérêt des enfants…

CHRISTOPHE BARBIER
Ils n’auront pas l’argent, il n’y a pas d’argent dans ce pays.

VINCENT PEILLON
Deuxièmement, le Ministère de l’Education nationale, sans demander de l’argent à personne, a des mesures catégorielles, elles sont d’ailleurs faibles, j’ai indiqué aux syndicats - et je le redirai cet après-midi – que je souhaite que pour les années qui viennent la priorité aille dans les catégories C qui sont en très grande difficulté dans notre pays et vers les professeurs des écoles, et que l’essentiel de nos moyens disponibles aille à cette revalorisation.

CHRISTOPHE BARBIER
Si ça coince dans votre dialogue avec les profs et notamment avec cette manif du 12, vous reviendrez sur la promesse des 60.000 postes nouveaux ?

VINCENT PEILLON
Non ! Nous en avons besoin. Combien de parents n’ont pas aujourd’hui de remplaçants, on dit il n’y a plus de réseau d’aide en difficulté, vous parlez, je parlais tout à l’heure - car ça n’a l’air d’intéresser personne – de la remise en place d’une formation des professeurs dans ce pays alors que c’est le vecteur le plus important de la réussite de nos enfants, 27.000 postes dans la loi que j’ai présentée au conseil des ministres, personne n’en parle, ce sont des postes pour 2/3 de professeurs des écoles ; la circulaire pour l’accueil des moins de 3 ans ; la possibilité d’avoir plus de maîtres que de classes en CP, car je croyais qu’il était important d’apprendre à lire, écrire et compter - je vais le faire dans ce pays – ça suppose des moyens, de la détermination, de la rigueur et aussi la confiance des professeurs…

CHRISTOPHE BARBIER
Et des équipes…

VINCENT PEILLON
Que je veux entraîner avec moi.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous avez changé 1 recteur sur 2 depuis votre arrivée, accuse Luc CHATEL, votre prédécesseur, c’est vrai ?

VINCENT PEILLON
C’est pour ça qu’il faut réformer l’école parce qu’arithmétiquement c’est faux ! Il compte un déplacement de recteur pour un changement, il n’y a pas de chasse aux sorcières, c’est un mauvais thème, je suis d’abord au service de la République, on choisit les plus compétents et vous le savez d’ailleurs il y a encore de très grands recteurs – qui étaient même candidats UMP, voire députés – aux élections précédemment, ça n’est pas mon critère, mon critère c’est toujours un seul critère : le redressement de la France et la réussite des élèves.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2013

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