Déclaration de M. Thierry Repentin, ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage, sur la construction et la rénovation des logements sociaux, Paris le 11 février 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Thierry Repentin, ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage, sur la construction et la rénovation des logements sociaux, Paris le 11 février 2013.

Personnalité, fonction : REPENTIN Thierry.

FRANCE. Ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage

Circonstances : Conférence sur la construction et la rénovation des logements sociaux à Paris le 11 février 2013

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La construction et la rénovation de logements sociaux sont un triple impératif :

Social d’abord : la France et l’Union européenne ont besoin de logements abordables aux charges maîtrisées. En effet, la précarité énergétique touche 3.8 millions de ménages soit 14.4% des foyers français… même s’il faut noter que 87% d’entre eux vivent dans le parc privé [1] et non dans le parc social, à rebours des idées reçues. Pour mémoire, le parc social est en moyenne 30% plus performant que le parc résidentiel français.

Economique ensuite : construire et rénover génèrent de l’emploi, de l’emploi non délocalisable. Mieux encore, l’éco-construction, la rénovation thermique, constituent des leviers de croissance précieux dans la période difficile que connaît notre Pays. C’est aussi un enjeu de compétitivité pour la Maison France.

Environnemental enfin : on ne construit plus ni ne rénove aujourd’hui comme il y a trente ans. Nous avons pris des engagements internationaux : réduire à l’horizon 2020 les émissions de gaz à effet de serre de 20% ; porter à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie et réduire la consommation totale d’énergie de 20%.

François HOLLANDE a pris des engagements forts en matière de construction et de rénovation de logements (150000 logements sociaux neufs par an, 500 000 logements rénovés en cinq ans), des objectifs confirmés par le chef du Gouvernement.
La réussite de ce pari, rendu impérieux par la transition écologique, repose sur la capacité de traiter simultanément un triple défi : celui de l’innovation technologique (nouveaux matériaux, nouvelles techniques, compteurs intelligents…), celui de l’adaptation des compétences, c’est-à-dire de la formation, et celui du financement des travaux nécessaires.

M’exprimant aujourd’hui comme Ministre délégué à la formation professionnelle et à l’apprentissage, je reviendrai essentiellement sur la question de l’évolution des métiers et des compétences.

Les études prospectives nous ont montré que la transition écologique allait créer des nouveaux métiers mais surtout qu’elle allait faire évoluer en profondeur un grand nombre de métiers déjà existants. C’est ce que le Centre d’Analyse Stratégique nommait en 2010 : l’« adaptation environnementale ».

C’est particulièrement le cas dans le bâtiment. Et qui dit adaptation dit nécessairement formation.

Selon les secteurs, la nature de cette adaptation peut varier. D’un simple ajustement, à l’acquisition de nouvelles compétences approfondies du fait de l’existence de nouvelles normes ou de nouveaux processus productifs. Dans le cas du bâtiment, nous sommes clairement dans ce dernier cas. La formation n’est alors pas un luxe, une possibilité, un levier de différenciation, mais bel et bien une nécessité.

Dès lors, nos efforts collectifs - État, acteurs professionnels, OPCA, organismes de formation - doivent être encore plus importants et convergents pour proposer une offre adaptée aux besoins, accessible et de qualité.

Le Premier ministre a transmis au Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du Dialogue social, une lettre de cadrage pour la transition écologique qui est en pleine cohérence avec ces exigences. Elle nous conforte et nous engage, Michel Sapin et moi-même, à poursuivre et à amplifier notre effort. Et c’est bien dans cet esprit que je travaille pour les aspects de cette lettre de cadrage qui concerne plus particulièrement la formation professionnelle et la préparation des compétences dont notre économie aura besoin demain.

Notre ambition vise à soutenir à la fois l’amélioration énergétique du parc, la mutation des métiers et l’adaptation des compétences de la population active, notamment par le biais d’une formation adaptée. Pour cela, il faut anticiper l’évolution des besoins, adapter l’offre de formation et accompagner les entreprises dans ce changement.

* Tout d’abord, mieux anticiper l’évolution des besoins

Dans le contexte de la transition écologique et de normes de plus en plus strictes sur la performance du bâtiment, les compétences traditionnelles restent nécessaires mais ne sont plus suffisantes.

Certains métiers évoluent : ainsi, les métiers de couvreur pour le photovoltaïque, ou de chauffagiste pour le thermique, se sont considérablement enrichis en termes de compétences.
D’autres apparaissent : diagnostiqueurs, électroniciens, domoticiens, maîtres d’œuvre capables de suivre les aspects techniques et sociaux d’un projet.

De même, les corps de compétences sont moins segmentés. Il devient alors nécessaire d’affiner les interfaces entre les métiers - comment l’installateur thermique pourrait ne pas prendre en compte l’action de l’électricien qui, posant une prise de courant, risque de créer un pont thermique entraînant une perte de chaleur ? - Parfois même, il convient d’intégrer deux champs de compétence différents pour la pratique d’une seule et même activité. Les artisans du photovoltaïque doivent ainsi maîtriser à la fois l’électricité et la couverture.

Toutes ces évolutions doivent être anticipées. Pour ce faire, nous intensifierons nos efforts pour mieux observer et anticiper l’évolution des emplois et des compétences. Cela passe par la refondation de la prospective métier au sein d’un réseau d’observation et de prospective des emplois et des compétences, et par une coopération renforcée entre le Ministère du Travail et le service statistique du Ministère de l’Ecologie pour réaliser des travaux communs et co-piloter des études prospectives. Nos services respectifs ont déjà commencé à travailler ensemble. Les branches professionnelles devront y être largement associées.

Elles-mêmes, branches et filières, doivent intensifier leurs efforts d’observation et de gestion prévisionnelle. Depuis 2004, elles ont l’obligation de se doter d’un Observatoire Prospectif des Métiers et des Qualifications. Ces démarches doivent être confortées. C’est pourquoi l’Etat a invité, le 6 septembre dernier, dans un document d’orientation relatif à la Sécurisation de l’Emploi, les partenaires sociaux à négocier d’ici la fin de l’année sur le développement des démarches de branche et de territoire et sur leur articulation avec l’anticipation des mutations économiques dans les entreprises. Les engagements en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences contenus dans l’accord interprofessionnel du 11 janvier en sont la concrétisation.

Ainsi, son article 14 prévoit une meilleure articulation entre gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et négociation des orientations du plan de formation.

Toujours en matière d’observation et d’anticipation, je veux citer ici les travaux de deux organisations qui contribueront à mieux connaître les compétences dont nous aurons besoin demain et les formations qui seront par conséquent nécessaires.

La première est le centre d’analyse stratégique. Il s’est saisi très exactement du sujet qui nous occupe aujourd’hui et doit rendre son rapport prochainement, nous serons donc amenés à en reparler.

La seconde est l’ADEME qui a commis l’an dernier deux rapports sur l’évolution de l’emploi et les besoins de formation induits.

Ainsi par exemple, l’ADEME montre-t-elle que les emplois équivalent temps plein générés par la construction BBC sont susceptibles de connaître une hausse prévisionnelle de 132% entre 2009 et 2014, de 100% pour les emplois de la construction bois, de 115% pour les emplois liés à l’isolation [2]. Autant de métiers dont les compétences évoluent vite et qui exigent de former à la fois des jeunes qui feront vivre le secteur demain mais aussi les actifs qui occupent actuellement ces emplois.

Dans son étude de novembre, l’ADEME montre aussi que les évolutions observées entre 2010 et 2012 témoignent d’une hausse de 7.4% des emplois générés par l’amélioration énergétique des logements existants (France entière), soit un gain de 9 340 emplois en deux ans (125 750 en 2010, 135 090 en 2012). Par rapport à 2006, la hausse est de 40%, c’est dire l’accélération du phénomène. Au sein de ces emplois, les interventions sur le bâti sont largement majoritaires (78%), devant le chauffage (12%) essentiellement [3].

Dans ce contexte, l’objectif du gouvernement de rénover 500 000 logements en cinq ans pourrait générer entre 100 et 150 000 emplois d’après le rapport du Conseil économique social et environnemental qui vient d’être publié.

* Il convient donc de participer activement à la constitution d’une offre de formation capable de répondre aux besoins identifiés.

Il nous revient d’orienter l’offre de formation et de certification, en lien avec les acteurs professionnels, pour qu’elles intègrent les besoins liés aux objectifs de construction tant en volume qu’en qualité. C’est l’objet du contrat de plan de développement des formations conclu dans chaque région entre le Conseil régional et l’Etat. Chaque actualisation d’un CPRDFP devra désormais donner lieu à une réflexion sur le développement de ces métiers. Et il faudra veiller à ce que la carte des formations initiales mais aussi l’offre de formation continue, soient adaptées aux besoins en compétence des entreprises.

Dès l’offre de formation en apprentissage, l’évolution des techniques, des technologies et des réglementations doit être prise en compte dans l’adaptation des formations.

L’Etat peut y aider par le ciblage de certaines de ses aides. C’est le cas par exemple du volet apprentissage du Programme d’investissements d’avenir porté par la Caisse des Dépôts et Consignations.

A ce jour, 51 dossiers de centres d’apprentissage, accompagnés ou non de centres d’hébergement d’apprentis, ont été sélectionnés pour un soutien global de près de 220 millions d’euros. Sur ces 51 dossiers, 23 concernent des filières liées à la transition énergétique : éco-construction et rénovation de bâtiments, isolation, logistique urbaine, énergies renouvelables, filière bois, agriculture durable, biomatériaux, etc…

Mais former les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ne suffit pas. Il faut aussi adapter les compétences des actifs aujourd’hui en emploi. C’est pourquoi je souhaite qu’un effort particulier soit fait sur la formation continue dans les filières d’avenir dont les métiers évoluent ou apparaissent. Je propose de les rassembler dans un institut de l’efficacité énergétique : cet outil s’appuierait sur les démarches engagées par les branches professionnelles et donnerait à voir l’enjeu d’évolution des compétences et de réservoir d’emploi de la transition énergétique dans toute son ampleur. On pourrait y trouver aussi bien les smart grids que des certifications nouvelles en plomberie, couverture, chauffage ou encore des professions émergentes liées à la maîtrise d’œuvre technico-sociale pour la réhabilitation thermique.

Parallèlement, l’orientation jouera un rôle essentiel. On s’oriente tout au long de sa vie : dès le collège bien sûr mais aussi ensuite, à chacun de ses changements d’emploi ou même, comme artisan, quand il s’agit de donner une nouvelle impulsion à son entreprise. L’orientation doit faire davantage sa place à la présentation des métiers dans toute leur diversité de sorte à ouvrir le champ des possibles, quel que soit son âge, son niveau de qualification et son adresse. De nombreux métiers évoluent beaucoup plus vite que leur image, certains (en particulier dans le bâtiment) sont encore présentés de manière ancestrale. Il faut actualiser ces représentations.

Mieux faire connaître les nouveaux métiers, les compétences qu’ils mettent en œuvre et les conditions de travail dans lesquelles ils s’exercent sont des enjeux majeurs de préparation de l’avenir.

* Enfin, la 3ème direction consiste à accompagner les entreprises dans les changements induits par nos objectifs de sobriété énergétique

De ce point de vue, il est essentiel que le soutien au développement de l’éco-construction et de l’éco-rénovation comprenne un volet RH. La filière se mobilise déjà en ce sens et ses efforts doivent être salués.

Restera à lever les freins à l’entrée en formation. Il y a toujours mille raisons pour repousser un projet de formation de soi-même ou d’un de ses collaborateurs : la situation du carnet de commandes, l’incertitude de certaines missions, des formations parfois ressenties comme rebutantes, un coût qui apparaît élevé pour un « rendement » a priori incertain, de mauvais souvenirs des bancs de l’école… Tous ces freins sont observés dans le bâtiment comme dans tous les secteurs d’activité.

Pour les lever, il est indispensable de :

- valoriser l’effort de formation pour celui ou celle qui s’y engage, tout au long de la vie
- mobiliser les OPCA pour cibler prioritairement l’argent de la formation professionnelle vers l’adaptation des métiers aux mutations techniques et réglementaires issues de la transition énergétique
- donner un avantage compétitif à l’entreprise qui joue le jeu du développement des compétences : par exemple en imaginant que seules les entreprises qui ont des apprentis puissent répondre à des marchés publics ou encore en généralisant la clause d’éco-conditionnalité des aides publiques prévue par le Grenelle et appelée de ses vœux par le CESE.

Ces démarches sont essentielles pour faire en sorte que ces nouvelles technologies, ces nouveaux procédés, cette nouvelle manière d’appréhender la production, constituent un véritable levier pour l’emploi, et ne deviennent pas une source d’exclusion.

Les emplois d’avenir, ouverts aux associations et organismes qui développent une activité dans les domaines du développement durable, nous montrent de ce point de vue la voie. Ils permettront l’embauche de jeunes non qualifiés que nous inscrirons dans un parcours de qualification pour une insertion, permettez moi l’adjectif, « durable ». C’est le cas par exemple dans un certain nombre de bailleurs sociaux sur des fonctions de maintenance des bâtiments.

Nous aurons à mobiliser les régions, dont la loi de décentralisation va renforcer les compétences dans ce domaine, mais aussi les partenaires sociaux en charge plus spécifiquement de la formation des salariés, avec un Etat stratège, garant du cadre réglementaire, financier et des solidarités.


[1] Et 62% sont propriétaires

[2] Ici il s’agit des chiffres du bassin de Saint-Quentin en Yvelines, retenu pour cette partie de l’étude

[3] Résultats citées dans l’avis 2013-01 du CESE « Efficacité énergétique : un gisement d’économies ; un objectif prioritaire » paru en janvier 2013


source http://travail-emploi.gouv.fr, le 13 février 2013

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