Déclaration de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, sur les valeurs partagées du protestantisme et de la République française, à Paris le 10 janvier 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, sur les valeurs partagées du protestantisme et de la République française, à Paris le 10 janvier 2013.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Présentation des voeux à la Fédération protestante de France, à la Maison du Protestantisme, à Paris le 10 janvier 2013

ti : Monsieur le Président,


Je voudrais, avant tout, vous remercier, pour vos voeux. J'y suis très sensible. Permettez-moi, en retour, de formuler, pour vous, pour tous vos adhérents, pour tous les Protestants de France, de voeux sincères de bonne et heureuse année 2013.

Cette année sera importante. Elle verra, en effet, aboutir le processus de constitution de l'Eglise protestante unie de France. Vos deux églises historiques, réformée et luthérienne, vont s'unir. C'est l'accomplissement d'un long cheminement, d'un long travail auquel votre Fédération a pris une part déterminante.

A l'instar de ce qui existe déjà dans les départements d'Alsace-Moselle, mais aussi dans d'autres pays voisins, comme l'Allemagne ou la Belgique, vous avez pris le parti de la concorde, du rassemblement et de la communion. Ce rapprochement historique, qui changera le paysage religieux de la France, sera une belle démonstration de « diversité réconciliée », pour reprendre les termes du pasteur LIENHARD ; une belle démonstration de modernité et d'adaptation aux enjeux de notre temps.

2013 sera, également, l'année de la seconde édition de « Protestants en fête », ce grand rassemblement que vous souhaitez ouvert, fait d'échange et de partage. Un grand rassemblement qui est la manifestation de votre identité. Je sais combien ce moment compte pour votre Fédération et pour les églises qui contribueront à son organisation.

Enfin, permettez-moi, cher Claude BATY, cette évocation, car vous l'avez annoncé, il y a plus d'un an. Cette année 2013 sera, également, celle de la désignation d'un nouveau président de la Fédération protestante de France.

A cette occasion - votre modestie dût-elle en souffrir -, je tiens à vous exprimer, solennellement, toute ma sympathie et saluer votre action à la tête de cette institution plus que centenaire. Si la Fédération reste, aujourd'hui, une interlocutrice responsable, sachant exprimer le message qui est le sien, elle le doit, pour une bonne part, à vos qualités personnelles. Si la Fédération participe activement au dialogue interreligieux, si elle contribue au débat public, avec une telle exigence intellectuelle et morale, c'est très largement grâce à vous.

Le protestantisme, c'est bien entendu une foi. Et il ne m'appartient pas, ici, d'en faire le moindre jugement, le moindre commentaire. Mais le protestantisme, ce sont également des valeurs, qui sont au coeur de votre identité.

Le sondage réalisé par l'IFOP, en 2012, pour l'Association des familles protestantes est, à ce titre, très révélateur. Une écrasante majorité des personnes interrogées plébiscitent les valeurs de liberté, de responsabilité, d'effort, d'égalité et de rigueur. Cela paraît naturel! Mais cette enquête met en évidence que la sensibilité protestante se retrouve presque unanime autour de cette morale, qui fait un bel écho à l'idéal républicain.

Comment ne pas voir, en effet, tout ce qu'il y a de commun entre ces valeurs et ce qui fonde notre République ?

Comment ne pas voir qu'il y a dans la responsabilité le pendant incontournable de cette liberté de l'individu ?

Comment ne pas voir, enfin, dans l'effort et la rigueur, la recherche règles fondées sur le mérite, la ténacité et la persévérance ?

Le message historique du protestantisme dans la cité, ce fut, aussi, celui de la libération de l'individu, de son accès à la connaissance par lui-même.

Cet amour de la liberté, il se retrouve, bien évidemment, dans notre pacte républicain.


La mémoire protestante rejette l'idolâtrie. Elle est pourtant emplie de lieux et de combats.

Elle se nourrit de lieux, comme le Midi de la France, marqués par les guerres de religion, les dragonnades, les assemblées du Désert et les persécutions.

Mais comment ne pas citer, aussi, le protestantisme d'Alsace, où sont réunies les deux familles, luthérienne au nord, calviniste au sud, à Mulhouse, où je me rends tout à l'heure. Comment ne pas citer le protestantisme du pays de Montbéliard dont le passé, moins marqué par les conflits religieux de l'Ancien Régime, fut, en revanche, soumis à l'annexion à l'Allemagne, épreuve qui se concrétisa par l'exil de nombreux protestants vers la Vieille France.

André SIEGFRIED, d'ailleurs protestant, avait coutume de dire : « La République, c'est le Midi avec son éloquence, l'Est avec sa raison ».

Mais il aurait pu citer également Paris, notre capitale, qui fut la ville de toutes nos guerres civiles, la ville de toutes les insurrections pour la liberté, l'égalité et la fraternité, une ville phare pour la diaspora des protestants. Paris où vous vous réunirez en septembre prochain, j'en ai déjà parlé, pour cette grande fête.

La mémoire protestante se nourrit aussi de combats. Je rien citerai qu'un, parce qu'il fut, là encore, un combat commun avec les républicains: le combat pour la laïcité.

Je ne verserai pas dans le cliché qui veut que la loi de séparation des églises et de l'Etat soit une loi protestante. C'est une loi que l'on doit aux hommes politiques de la Troisième République. Leur inspiration était avant tout celle d'un idéal : celui de la concorde nationale, de la fin de la lutte religieuse. La République a voulu affirmer que la religion n'était plus au centre, mais qu'elle était un élément de la pluralité de la société.

Mais il est vrai que des protestants talentueux ont soutenu ce combat républicain. Il est vrai que vous avez toujours été des partisans de l'Etat laïc : c'est le fruit de votre histoire, parfois douloureuse. C'est, aussi, le fruit de votre amour de la liberté.

Aujourd'hui, nous partageons cette conviction que la laïcité est la substance de notre ciment national, qu'elle est plus que jamais la clé d'une société apaisée, et confiante.


Mesdames, messieurs, cher pasteur Claude BATY,

Le protestantisme, c'est une foi, mais c'est aussi une fidélité et une éthique. Je suis convaincu que vos valeurs sont des valeurs d'avenir qui répondent aux enjeux de nos sociétés modernes ; qui participent à l'essor de notre Nation.

La France est riche de sa diversité, de toutes les identités qui la constituent et se retrouvent dans notre idéal du citoyen. L'année à venir ne manquera pas de mettre notre pays à l'épreuve. Comme la souligné le président de la République, lors de son allocution du 31 décembre, les difficultés sont sérieuse. Mais notre pays a tant d'atouts. C'est dans l'unité et la solidarité que nous pourrons préparer sereinement son avenir.

Je ne doute pas que les Protestants de France, par leur identité, leur singularité, prendront - comme ils l'ont fait par le passé – toute leur place.


Bonne année 2013 à vous toutes et à vous tous !


Source http://www.protestants.org, le 14 février 2013

Rechercher