Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, à "RTL" le 5 février 2013, sur les difficultés du secteur de l'automobile en France et en Europe, sur les plans sociaux, offres de reprise annoncés dans d'autres entreprises (Goodyear, Pétroplus), et le rôle possible de l'Etat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, à "RTL" le 5 février 2013, sur les difficultés du secteur de l'automobile en France et en Europe, sur les plans sociaux, offres de reprise annoncés dans d'autres entreprises (Goodyear, Pétroplus), et le rôle possible de l'Etat.

Personnalité, fonction : MONTEBOURG Arnaud, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre du redressement productif;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
C’est le dernier jour pour une offre de reprise concernant la raffinerie PETROPLUS à Petit-Couronne, 470 emplois sont menacés. L’Hôtel Matignon a fait savoir hier soir les possibilités de reprise sont limitées, c’est une manière de dire qu’il n’y a pas de repreneur, Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Non, « limitées » n’est pas « impossibles », nous attendons plusieurs offres…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous les attendez, aujourd’hui alors ?

ARNAUD MONTEBOURG
Nous les attendons…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut qu’elles tombent aujourd’hui.

ARNAUD MONTEBOURG
Mais pour reprendre une raffinerie de cette envergure, il faut deux choses, beaucoup d’argent, et du pétrole…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ça fait des mois qu’on en parle.

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, mais notre travail a consisté justement à construire ces offres.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quel est le repreneur sérieux ce matin, Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Et mieux… écoutez, pour l’instant, nous attendons que les offreurs se positionnent. Et nous avons travaillé en liaison étroite avec bien sûr les élus, mais aussi l’organisation intersyndicale des salariés, qui a fait un très gros travail pour défendre l’outil de travail, et c’est notre position, nous ; nous, nous préférons conserver nos capacités de raffinage plutôt que d’être obligé d’importer du pétrole raffiné.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le sentiment qu’on a ce matin…

ARNAUD MONTEBOURG
Mais c’est une raffinerie qui perd de l’argent, donc il faut que l’investisseur, qui investira certainement aux côtés de l’Etat, car nous sommes disponibles pour accompagner un offreur, nous l’avons dit à tous ceux qui se sont présentés pour examiner le sujet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez participer à la reprise, l’Etat va participer à la reprise de PETROPLUS ?

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, de façon minoritaire, parce que, il faut des capitaux très importants pour réinvestir et rendre cette raffinerie performante…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais avec qui alors, vous le savez ce matin, avec…

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, pour l’instant, nous souhaitons que les offreurs se positionnent avec deux choses, du pétrole d’un pays producteur, donc ça suppose qu’en effet, les pays producteurs se positionnent sur la raffinerie de Petit-Couronne, et de l’argent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc un repreneur libyen par exemple…

ARNAUD MONTEBOURG
Par exemple. Donc nous attendons cela, les informations…

JEAN-MICHEL APHATIE
La piste libyenne est toujours sérieuse, Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Elle l’a toujours été, pour une raison simple, c’est que les pays producteurs ont intérêt aujourd’hui, alors que la production reprend, vous avez l’Irak qui reprend la production, la Libye qui reprend la production après la guerre de Libye et la guerre d’Irak, qui veulent se positionner sur le marché européen. Donc ils cherchent des lieux de raffinage à proximité de la distribution. Donc notre travail a été de construire une solution. Mieux, notre travail aussi de marier des offres, parce qu’ils ne veulent pas se mettre d’accord, ils se connaissent tous dans ce monde, mais c’est un travail de construction, c’est une lutte pour défendre nos outils de travail industriel.

JEAN-MICHEL APHATIE
On se dit que si rien n’est plus précis au dernier jour de l’offre de reprise, c’est que, hélas, il n’y a rien qui existe…

ARNAUD MONTEBOURG
Je préfère ne pas m’exprimer et laisser les offres, elles-mêmes, se positionner…

JEAN-MICHEL APHATIE
D’accord. Et donc l’Etat pourrait participer à l’offre de reprise…

ARNAUD MONTEBOURG
Ça, nous l’avons dit, et d’ailleurs, monsieur DUFOURCQ, le président de la Banque publique d’investissement, l’a rappelé sur votre antenne.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je n’en ai pas le souvenir. Autre dossier difficile, l’usine GOODYEAR à Amiens menacée de fermeture, 1.200 emplois menacés. Là, existe-t-il une possibilité de reprise, Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, je crois que, il y a des éléments qui sont sur la table, et par ailleurs, GOODYEAR, jusqu’à présent, n’a pas convaincu de la légitimité de son plan social, puisqu’il a été annulé à la demande des organisations syndicales par les tribunaux. Donc nous souhaitons que GOODYEAR et TITAN reviennent à la table de la discussion, je remercie Bernard THIBAULT – le patron de la CGT – d’avoir fait oeuvre constructive en disant : eh bien, écoutez, nous, nous souhaitons des engagements des industriels, ce qui est normal, d’ailleurs, le gouvernement aussi défend l’outil industriel et sa pérennité sur le site d’Amiens Nord. Donc je pense que maintenant, tous les ingrédients sont sur la table pour qu’on puisse trouver un accord qui n’avait pas pu être trouvé au mois de juin dernier.

JEAN-MICHEL APHATIE
A cause de qui ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je crois que nous les avons, nous avons tous les partenaires, les partenaires n’ont pas pu s’entendre, quant à GOODYEAR…

JEAN-MICHEL APHATIE
La CGT locale a un rôle important à votre avis dans l’absence d’accord aujourd’hui à GOODYEAR ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je pense que la CGT est en mesure – et nous l’a fait savoir – d’avancer sur des propositions qui ne seraient pas celles du mois de juin. Nous devons aller un petit peu plus loin. Et des propositions de maintien de l’outil industriel, c’est normal que les salariés défendent leur outil de travail, et c’est normal que le gouvernement défende l’industrie et son maintien, et notamment du pneumatique, qui est parfaitement rentable, parfaitement rentable.

JEAN-MICHEL APHATIE
TITAN, société américaine, a claqué la porte l’été dernier, ils vous ont fait signe, ils ont manifesté leur désir de revenir dans ce dossier et de reprendre GOODYEAR ?

ARNAUD MONTEBOURG
Pas encore, Monsieur APHATIE, c’est une des raisons pour lesquelles je crois que les déclarations de monsieur THIBAULT sont très importantes. Donc nous les avons fait connaître aux Etats-Unis, j’ai moi-même adressé un certain nombre de messages au président de TITAN. Donc nous sommes disponibles pour une table ronde avec un accord de moyen/long terme sur le site d’Amiens Nord.

JEAN-MICHEL APHATIE
La direction et les syndicats de RENAULT se retrouvent aujourd’hui pour tenter de trouver un accord concernant une meilleure compétitivité pour l’entreprise. Vous avez dit que les efforts que demande la direction aux salariés : gel des salaires d’une part, augmentation du temps de travail pour certains salariés, d’autre part, ces efforts sont modérés, ce que les syndicats de l’usine comprennent mal.

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, il faut regarder la situation de l’industrie automobile européenne, OPEL ferme des sites, PSA ferme un site et demi, Aulnay, plus Rennes, FIAT est en grand danger ; partout, on licencie des gens, on ferme des sites industriels. RENAULT propose le contraire, à notre demande, nous avons exigé plusieurs choses de RENAULT : pas de fermeture de site, pas de licenciement, il y a gel des embauches, ça, c’est sûr, il n’y a pas renouvellement des départs en retraite, mais il n’y a pas de salarié de RENAULT qui aujourd’hui s’inquiète de perdre son travail, c’est déjà pas mal ! Deuxièmement, alors que le marché est à moins 20%, RENAULT est plus en difficulté sur les marchés européens que PSA, moins 22% en 2012. RENAULT, aujourd’hui, est dans une situation où il faut trouver d’autres solutions, car l’actionnaire – que nous sommes – minoritaire, 15% du capital, a exigé plusieurs choses : pas de fermeture de site, pas de licenciement et des relocalisations sur la base industrielle nationale. Notre travail, c’est que RENAULT, qui a, d’une certaine manière, abandonné la France, revienne en France, et c’est le cas, puisque, il y a un milliard qui vient d’être mis sur la table sur les sites industriels français, Maubeuge, Douai, Sandouville, Dieppe, c’est à peu près 420 millions, 230 millions, 190 millions de réinvestissements. Et nous demandons que les partenaires de RENAULT réinvestissent la France, c’est le cas par exemple de NISSAN, puisque c’est une alliance.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc vous dites aux syndicats de RENAULT : prenez l’accord que vous offre la direction.

ARNAUD MONTEBOURG
Non, je dis : les partenaires sociaux, et il y a des efforts qui sont significatifs de la part des salariés qui sont demandés, mais échangeons les contreparties, c’est-à-dire que, c’est vrai que, il y a un effort sur le temps de travail, d’augmentation de 6% pour les salariés qui sont en dessous de 35h…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et sur les salaires…

ARNAUD MONTEBOURG
Et il y a un gel des salaires pendant un an, 2013, c’est vrai. Nous avons d’ailleurs demandé à monsieur GHOSN de faire de même ou même un petit peu plus, de façon significative, avec son salaire de RENAULT.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il vous a répondu ?

ARNAUD MONTEBOURG
Oui…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu’est-ce qu’il va faire ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ah ben, je crois qu’il a décidé…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il va baisser son salaire ?

ARNAUD MONTEBOURG
Il a compris son actionnaire en tout cas que nous sommes…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il va baisser son salaire ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je le souhaite, et je le lui ai demandé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous ne le savez pas.

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, il l’exprimera lui-même, c’est quand même à lui de le faire. Mais, ce qui est intéressant, c’est que les partenaires sociaux doivent négocier des contreparties pour rester dans ce cadre. Ce cadre, c’est : pas de fermeture de site, rechargement des usines françaises, relocalisation sur le territoire ; notre politique au gouvernement, c’est la relocalisation…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc, vous dites aux syndicats, à partir de là : signez cet accord.

ARNAUD MONTEBOURG
Non pas, « signez », échangez, si vous n’êtes pas contents, parce que c’est vrai qu’il y a des efforts difficiles qui sont demandés sur la mobilité par exemple, c’est le plus difficile, eh bien, il faut demander des protections particulières et des contreparties, mais on peut quand même échanger des contreparties réciproques.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le tableau que vous dressez de l’industrie automobile vous faire dire aujourd’hui que PSA demande légitimement la fermeture de son site d’Aulnay, vous reconnaissez la nécessité de fermer…

ARNAUD MONTEBOURG
Nous avons demandé plusieurs choses à PSA…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous reconnaissez la nécessité de fermer l’usine d’Aulnay ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, nous reconnaissons surtout que PSA a trop tardé, a dissimulé, et que la conséquence maintenant, c’est qu’on est obligé en effet de prendre des mesures de redressement. Alors, nous, nous avons demandé…

JEAN-MICHEL APHATIE
La fermeture du site d’Aulnay est inéluctable ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, en tout cas, nous n’avons pas trouvé d’autre solution, ça, c’est vrai…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc elle est inéluctable.

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, c’est ce que je suis en train de vous dire, néanmoins, nous avons demandé…

JEAN-MICHEL APHATIE
Personne ne le dit jamais, donc il faut le dire une fois pour toute…

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, je vous le dis…

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle est inéluctable…

ARNAUD MONTEBOURG
Elle est… en tout cas, aujourd’hui, nous ne savons pas faire autrement. Néanmoins, nous avons demandé un reformatage du plan, c’est-à-dire une réduction du nombre de personnes qui risquent de perdre leur travail, car, là, il y a des licenciements chez PEUGEOT et les fermetures de sites. Nous avons aussi demandé à PSA un certain nombre de garanties sur les dividendes, nous avons demandé à PSA d’entrer dans le conseil d’administration à travers Louis GALLOIS, qui est maintenant… donc nous demandons des contreparties, parce que notre enjeu, c’est de sauver PSA…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous les avez obtenues ?

ARNAUD MONTEBOURG
Et de permettre à PSA de rebondir et de retrouver la santé en 2013.

JEAN-MICHEL APHATIE
7.500 suppressions de postes étaient demandées par PSA, ça va baisser ? La demande de PSA va être inférieure ?

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, nous avons demandé cela, et la négociation a lieu en ce moment avec les partenaires sociaux…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous espérez arriver à quel niveau…

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien écoutez, nous espérons le plus possible, et mieux, nous demandons à PSA que personne d’Aulnay et de Rennes, ce qui est très difficile comme objectif, n’aille à Pôle Emploi, c’est la demande des syndicats, c’est-à-dire qu’on trouve des mesures de réindustrialisation sur les deux sites, pour que, il n’y ait pas de rupture de contrat de travail ; c’est – je crois – un engagement de la nation tout entière autour des salariés de PSA.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez aller à Douai bientôt voir les salariés de RENAULT ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je souhaite aller discuter avec les salariés de RENAULT. Je vais recevoir leurs organisations syndicales cette semaine, pour discuter de l’avenir de RENAULT, parce que l’actionnaire, qui est l’Etat, exige et demande des mesures de réinvestissement en France.

JEAN-MICHEL APHATIE
La Fondation Nicolas HULOT vous traite de provocateur, hier, vous avez défendu les gaz de Houilles, et la Fondation Nicolas HULOT dit : la transition énergétique, ça n’est pas consommer toujours plus d’énergie fossile, Arnaud MONTEBOURG est un provocateur…

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien écoutez, nous importons 20% de notre gaz à prix d’or, on nous dit : on ne veut pas de gaz de schiste, qu’il y ait de la fracturation hydraulique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vos amis écologistes le disent…

ARNAUD MONTEBOURG
Oui, non, mais bon, d’accord, admettons, simplement, on dit : on trouve le gaz de Houilles, il n’y a pas de fracturation hydraulique, c’est vrai, mieux vaut l’importer plus cher ! Alors c’est ça qu’on nous dit ! Non, il vaut mieux…

JEAN-MICHEL APHATIE
C’est vos amis qui disent ça…

ARNAUD MONTEBOURG
Il vaut mieux le fabriquer nous-mêmes, c’est le gaz made in France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous préférez une crise politique ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ce n’est pas une crise politique, je crois qu’on peut parfaitement trouver un peu de réalisme, y compris dans la nécessité de financer la transition énergétique, parce qu’il faudra la financer la transition énergétique, les éoliennes, ça coûte très cher, le photovoltaïque, c’est très important. Avec quoi on va le faire ? Avec du gaz pas cher, on pourrait le faire, au lieu de l’importer très cher, ce qui, finalement, coûte cher aux Français sur leur facture, et à l’économie française, qui est en train de délocaliser un peu trop d’industries électro intensives qui utilisent beaucoup d’énergie, et qui ne peuvent plus aujourd’hui lutter dans la compétition mondiale déloyale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 février 2013

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