Interview de M. Benoît Hamon ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "Europe 1" le 15 février 2013, sur les recherches de responsabilité dans l'affaire dite de la fraude à la viande. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoît Hamon ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "Europe 1" le 15 février 2013, sur les recherches de responsabilité dans l'affaire dite de la fraude à la viande.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation;

ti : CAROLINE ROUX
Vous avez trouvé un responsable, Benoît HAMON, la société SPANGHERO dites-vous a volontairement fait passer de la viande de cheval moins chère pour du boeuf, Walid BERRI (phon) a pu joindre Barthélémy AGUERRE ce matin - on l’a entendu dans le journal de 8 h - le patron de la société SPANGHERO qui parle pour la toute première fois, il dit que vous êtes allé un peu vite, qu’il a la preuve de son innocence. Alors est-ce que vous êtes allé un peu vite ?

BENOIT HAMON
Ecoutez, nous, nous avons versé les documents que les agents CCRF ont saisi chez SPANGHERO, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a que SPANGHERO qui soit responsable dans ce dossier et le volet néerlandais nous intéresse aussi. La réalité montre quoi ? Que les pains de viande quand ils arrivaient chez SPANGHERO étaient étiquetés d’une manière qui était déjà pas tout à fait légale mais mentionnaient qu’il y avait des avants d’animaux désossés en provenance de Roumanie, ils étaient accompagnés d’un code douanier, qui figure sur 2 documents : la lettre de voiture et la facture, qui mentionnait lui clairement le code douanier qu’il s’agissait de cheval, ces pains de viande sortent de chez SPANGHERO étiquetés avants de boeuf désossés et non plus avants d’animaux désossés et ils sortent non plus avec la mention d’origine Roumanie mais avec la mention provenance Union européenne.

CAROLINE ROUX
La valse des étiquettes, vous l’avez déjà dit…

BENOIT HAMON
Mais…

CAROLINE ROUX
Lui, il dit que la magouille – ce sont ses mots – elle vient d’ailleurs.

BENOIT HAMON
Mais en tout cas il se passe quelque chose chez SPANGHERO, vous venez de le noter. Est-ce qu’il y a une responsabilité, un lien, certains parlaient de complicités avec le trader néerlandais ? Ça, je n’en sais rien, cette étape… et cela dépend des investigations des autorités néerlandaises. La raison pour laquelle j’ai transmis ces informations au Parquet, moi il ne me revient pas de dire qui est coupable, il revient à la justice d’investiguer à partir des documents que nous lui avons versés, c’est le sens de la démarche que nous avons faite hier…

CAROLINE ROUX
Mais…

BENOIT HAMON
Mais il fallait faire la transparence.

CAROLINE ROUX
Mais, à ce stade, à ce stade, vous ne considérez pas que SPANGHERO puisse être la victime d’une magouille ?

BENOIT HAMON
Ah ! Je pense que le problème ce n’est pas de savoir s’ils sont victimes ou pas, ce n’est pas à moi de le dire une fois de plus, je pense aujourd’hui qu’il y a suffisamment de faits pour qu’à minima, à minima, on ait commis de très grosses négligences. Mais je vais un peu plus loin, si vous le permettez, dans cette affaire il y a quoi ? Il y a pour ce qui nous concerne en France une filière de 495.000 emplois, l’agroalimentaire, des millions de consommateurs qui ont été bernés, lésés et, donc, d’une minute… et, dans ce cas-là, il fallait agir vite, faire la transparence pour être en situation d’assainir un secteur pour lequel nous ne pouvons pas prendre de risque.

CAROLINE ROUX
Vous considérez que vous avez fait votre travail, en gros ?

BENOIT HAMON
Non ! Mais ça n’est même pas ça. Je veux allez plus loin ! Nous avons transmis des informations, ces informations vont être traitées par le Parquet (le procureur de la République de Paris) et nous verrons les suites qu’il donnera à cette affaire.

CAROLINE ROUX
Vous parlez d’emplois - et vous avez raison – on a entendu ce matin sur EUROPE 1 des salariés de la société SPANGHERO, est-ce que vous avez à l’esprit le sort des 360 salariés de la société ?

BENOIT HAMON
Evidemment ! Dès lors que nous avons pris une décision qui est de suspendre l’agrément sanitaire pour une dizaine de jours, aujourd’hui les salariés ils sont inquiets, ils sont d’autant plus inquiets qu’ils n’ont aucune responsabilité dans le fait qu’on a décidé dans leur entreprise de ré-étiqueter de l’avant d’animal désossé en avant de boeuf désossé - ce n’est pas leur responsabilité - et nous verrons avec eux de quelle manière, et avec l’entreprise, de quelle manière, en tout cas rassurer les salariés dans les semaines qui viennent.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous vous attendez, Benoît HAMON, à d’autres cas ? On a le sentiment qu’on a ouvert le couvercle de la marmite et que c’est un peu écoeurant ?

BENOIT HAMON
Ecoutez ! Ma responsabilité, je le redis, c’est de protéger les consommateurs et rien ne me dit ou rien ne nous dit que dans d’autres barquettes, qui n’ont rien à voir avec cette filière-là, ne figurent pas du cheval à la place du boeuf. C’est la raison pour laquelle je redis que mardi dernier nous avons annoncé un plan de prélèvements dans les grandes surfaces sur des barquettes de lasagnes, tous plats cuisinés dans lesquels figurent du boeuf, pour vérifier si dans ces plats cuisinés il pourrait y avoir aussi de la substitution de viande de cheval en lieu et place de la viande de boeuf, première chose ; mais le deuxième plan que nous avons annoncé, c’est la mise sous surveillance de la filière viande, poisson toute l‘année 2013, ce que nous voulons c’est que les contrôles s’intensifient toute l’année et qu’il n’y ait pas qu’une petite période de contrôle qui permette à certains de reprendre le cas échéant de mauvaises pratiques une fois les périodes de contrôle terminées.

CAROLINE ROUX
Mais est-ce que vous redoutez une crise de confiance de la part des consommateurs sur les plats cuisinés ?

BENOIT HAMON
Eh bien mon travail c’est de faire en sorte que cette crise de confiance n’est pas lieu à l’égard de tous ceux qui font honnêtement leur travail dans l’agroalimentaire et rien ne serait plus…

CAROLINE ROUX
Mais comment l’éviter, à part leur dire ayez confiance ?

BENOIT HAMON
Mais comment l’éviter ? D’abord en travaillant vite et en faisant la transparence, ce que nous faisons, en assumant nos responsabilités, en versant les documents que nous avons saisis avec les enquêteurs CCRF auprès du Parquet et en demandant à EUROPOLE de faire la lumière sur les liens entre les différents acteurs européens dans cette affaire.

CAROLINE ROUX
Combien y a-t-il d’agents de la DGCCRF ?

BENOIT HAMON
Il y a plus de 3.000 agents de la DGCCRF.

CAROLINE ROUX
Vous pensez que c’est suffisant pour mettre à jour un trafic tel qu’on vient de le voir dans cette affaire ?

BENOIT HAMON
Eh bien la preuve que ça été suffisant là, en 6 jours, donc louons l’efficacité de nos services ; la deuxième chose, c’est que ces effectifs avaient diminué de 17% sous le précédent quinquennat, cette année les effectifs ont été totalement maintenus au budget qui a été voté parce que j’ai demandé que cette police de la consommation ne voit pas ses moyens réduits.

CAROLINE ROUX
Alors on a découvert au fond, à l’occasion de cette affaire, des traders du steak, une sorte de trafic avec des intermédiaires opaques, des pains de viande qui transitent via 4 pays européens avant d’arriver en barquette dans nos assiettes. Est-ce que ça met en péril la garantie sanitaire des aliments, est-ce qu’il ne faut pas en finir avec ce trading alimentaire ?

BENOIT HAMON
En tout cas il va falloir mettre de l’ordre ! Et c’est ce que nous avons demandé à la Commission européenne et à nos partenaires européens, et on ne peut pas vouloir mettre de l’ordre sur un sujet et puis libéraliser sur d’autres, il faudra que la Commission elle se fixe une doctrine. Ce qui est certain, c’est qu’en matière de sécurité sanitaire et bactériologique nous sommes efficaces et notre bouclier est assez efficace, même si le risque zéro n’existe pas, mais ce qui a fait apparaître cette affaire c’est la tromperie économique et la tromperie économique elle suppose, comme c’était le cas pour SPANGHERO – et d’ailleurs au passage je dis que la famille SPANGHERO n’a rien à voir, les rugbymen, avec… ils avaient cédé leur affaire depuis longtemps – mais que quand un prix, quand on achète sur le marché européen à un prix anormalement bas par rapport à la moyenne du marché européen, ce qui était le cas dans cette affaire, c’est un signal qui doit alerter sur la possibilité d’une substitution…

CAROLINE ROUX
On continue…

BENOIT HAMON
De cheval.

CAROLINE ROUX
On continue à spéculer sur des carcasses de viande, on peut continuer ?

BENOIT HAMON
Non, ce que nous nous souhaitons c’est que les points de contrôle mis en place par la filière elle-même, que le contrôle de la puissance publique soit renforcé. Cela étant dit je le répète, je ne pourrais pas mettre un fonctionnaire de la DGCCRF…

CAROLINE ROUX
C’est vous-même que le dites.

BENOIT HAMON
Derrière chaque pain de viande qui rentre sur le marché français.

CAROLINE ROUX
Donc, faut-il changer les règles ? Par exemple quand un produit est transformé et cuisiné en France, on peut imposer la mention « made in France ». Et cela même si la viande vient de Roumanie ou d’ailleurs. Est-ce que ça ça peut continuer ?

BENOIT HAMON
Nous avons voulu et nous l’avons demandé au niveau européen, et nous le demanderons aux industriels français qu’ils anticipent une évolution de la réglementation européenne, nous voulons améliorer la traçabilité de la viande qui rentre dans la fabrication de vos lasagnes que vous achetez en surgelés, par exemple. Donc nous avons demandé que figurent demain non seulement l’origine, le lieu de naissance de la viande, le lieu d’élevage de la viande, et le lieu d’abattage de la bête. De façon à ce que ces trois informations figurent sur l’étiquette. Est-ce qu’en l’espèce ça aurait empêché certains de tricher ? Ce n’est pas parce que vous améliorez la traçabilité que vous empêchez forcément les gens de tricher ?

CAROLINE ROUX
Juste qu’on informe le consommateur ce qu’il est en train de manger.

BENOIT HAMON
Voilà. L’information est bien meilleure. Cela étant dit si quelqu’un au milieu de la chaine décide de substituer et triche il faut quand même pouvoir lutter contre cela. La rapidité de la transparence que nous avons voulu faire sur cette affaire, c'est aussi de dire que nous serons intraitables. Je le répète, les informations sont transmises au Parquet, il ne m’appartient pas à moi comme ministre de dire qui est coupable. J’identifie les responsabilités seulement.

CAROLINE ROUX
Vous continuerez à manger des plats cuisinés ?

BENOIT HAMON
Oui. Oui, parce que tard le soir, quand on rentre c’est bien pratique de manger des surgelés.

CAROLINE ROUX
Vous en faites manger à vos enfants ?

BENOIT HAMON
Ça m’arrive oui.

CAROLINE ROUX
On va parler d’un autre sujet, une information Europe 1 ce matin, le Conseil d’Etat a donné un avis favorable à la vente de 10 000 médicaments sur Internet. Est-ce que le gouvernement va devoir se plier à cet avis, est-ce que vous y êtes favorable ?

BENOIT HAMON
Ecoutez, moi je sais que comme ministre de la Consommation il apparait qu’en matière de commerce en ligne les fraudes ou les contrefaçons au médicament c’est un réel problème et que vis-à-vis de ça il faut qu’on soit particulièrement vigilant parce que outre qu’on peut acheter un médicament qui n’a pas l’effet supposé il se peut qu’on achète une molécule qui ait un effet négatif sur votre santé. Donc je pense qu’en matière de pharmacie en ligne il faut être particulièrement prudent, c’était le sens des préconisations du gouvernement. Cela étant dit nous analyserons la décision du Conseil d’Etat mais je redis qu’en matière d’achat de médicaments en ligne une réalité existe aujourd’hui c’est l’existence d’une contrefaçon importante.

CAROLINE ROUX
Une toute dernière question, je voudrais avoir votre réaction sur la toute première réaction de la BCE à propos de la question des déficits : « il est important, dit la BCE, que la France maintienne son déficit budgétaire sous la barre des 3 % du PIB cette année ». C’est un camouflet ?

BENOIT HAMON
Ce n’est pas un camouflet, notre objectif c’est le maintien d’une trajectoire de réduction des déficits, nous le faisons. Je vous rappelle à combien nous avons trouvé les déficits, à plus de 5 points. Aujourd’hui on essaye de ramener à 3 points. C’est un effort que personne ne fait ou qui n’a pas d’équivalent. Donc on maintient une trajectoire de réduction des déficits, posons nous la question ….

CAROLINE ROUX
On ne parle pas de trajectoire, la BCE ne parle pas de trajectoire : « il est important que la France maintienne son déficit ».

BENOIT HAMON
Non, mais moi je parle de trajectoire, nos objectifs sont tenus, je rappelle que s’il n’y a pas beaucoup de croissance en Europe, c’est aussi lié à des politiques d’austérité mises en oeuvre partout en Europe. Donc on s’intéresse, la BCE, la Commission européenne, sur les conditions du retour de la croissance. C’est le sens du message du président de la République à ses partenaires européens qu’il soit entendu sur ce point.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 février 2013

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