Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif à "Europe 1" le 14 février 2013, sur la situation dans le secteur automobile, notamment chez Renault et PSA, sur les chiffres de la croissance économique en 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif à "Europe 1" le 14 février 2013, sur la situation dans le secteur automobile, notamment chez Renault et PSA, sur les chiffres de la croissance économique en 2012.

Personnalité, fonction : MONTEBOURG Arnaud, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre du redressement productif;

ti : CAROLINE ROUX
C’est l’information du matin, les chiffres de la croissance viennent de tomber, un PIB en baisse de 0,3% au quatrième trimestre, et une croissance nulle en 2012. C’est donc plus grave que prévu.

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, ce n’est pas assez, et nous sommes – c’est vrai – dans une bonne dizaine de pays de la zone euro en récession ou quasi-récession, donc ça veut dire que, il faut que la politique européenne de la zone euro, sur le taux de change, sur le budget, soit différente et s’améliore. Je crois que c’est le sens d’ailleurs du travail fait par la France au sein de l’Eurogroupe et dans le Conseil européen de chefs d’Etat et de gouvernement, pour desserrer l’étau de l’austérité, de manière à ce qu’elle soit juste utile pour rétablir les finances publiques, mais pas destructrice de la croissance.

CAROLINE ROUX
Alors, vous dites plusieurs choses, vous dites déjà la France est en récession, ça ne va pas s’améliorer en 2013.

ARNAUD MONTEBOURG
En tout cas, je dis qu’il y a dix pays sur dix-sept de la zone euro qui sont en récession, donc…

CAROLINE ROUX
Dont la France…

ARNAUD MONTEBOURG
Donc il faut regarder si nous le sommes, j’allais dire, économiquement, ce que je sais, c’est que nous sommes, là, sur le plan économique, dans une situation qui n’est pas bonne.

CAROLINE ROUX
Et vous dites une autre chose, vous dites : il faut une autre politique, il y a une phrase intéressante ce matin, signée Pierre MOSCOVICI, il dit : il faut une vraie réflexion européenne sur l’équilibre entre rigueur et croissance, vous l’attendiez ce discours ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, c’est le discours que nous tenons depuis un certain temps, et c’est d’ailleurs le discours du FMI, le FMI, aujourd’hui, dit que la zone euro a besoin de se relancer, en quelque sorte, de mener une politique différente. Donc ces recommandations commencent à percoler, et je crois qu’elles doivent ouvrir le débat européen sur le sens des mesures qui sont prises dans tous les pays.

CAROLINE ROUX
Et en France également, ce qu’on a envie de savoir ce matin, Arnaud MONTEBOURG, c’est si les 3% sont enterrés, est-ce que la rigueur pour la rigueur, c’est fini ?

ARNAUD MONTEBOURG
Non, ils seront réalisés, parce qu’il est nécessaire, on ne peut pas vivre dans un pays surendetté, mais on ne peut pas le faire au prix de : assommer l’économie.

CAROLINE ROUX
La rigueur pour la rigueur, c’est fini ?

ARNAUD MONTEBOURG
Il n’y a jamais eu de rigueur pour la rigueur, il y a l’obligation de rétablir les comptes publics quand ils sont dans les dégâts que nous connaissons.

CAROLINE ROUX
Alors, c’est très concret, la crise ce matin, hier, un chômeur s’est immolé devant Pôle Emploi à Nantes, comment est-ce que réagit le ministre du Redressement productif ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, d’abord, c’est une tragédie humaine dans laquelle nous nous sentons tous responsables, moi, le premier, pourquoi, parce que, on comprend que derrière les chiffres du chômage, il y a des familles, des êtres humains et des actes de détresse intérieurs, et qui s’expriment avec des passages à l’acte, comme tel est le cas. Michel SAPIN est sur place. Je crois que Pôle Emploi est aujourd’hui sous le choc. Et je comprends. Je pense aussi à cette personne, qui était chaudronnier, nous n’avons pas été assez finalement explicites, parce que, il faut savoir qu’en France, aujourd’hui, nous manquons d’emplois de chaudronnier dans toutes les entreprises du nucléaire, dans la soudure…

CAROLINE ROUX
Et quelle leçon vous en tirez ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, la leçon, c’est que nous devons travailler à faire en sorte que ceux qui perdent leur travail soient immédiatement dirigés vers les secteurs qui sont en croissance, car il y en a, nous avons aussi des raisons de ne pas broyer du noir et d’avoir de l’optimisme, il y a des secteurs en croissance qui embauchent, je les visite d’ailleurs tous les jours sur le terrain, la chimie, le nucléaire, l’aéronautique…

CAROLINE ROUX
Et il y a des secteurs en crise, et vous le savez bien, notamment l’industrie automobile. On parle de RENAULT, Carlos GHOSN est prêt à subordonner le versement de 30% de sa rémunération variable de 2012 à la signature et à la mise en oeuvre de l’accord en cours de négociation chez RENAULT. Vous, vous aviez déclaré qu’il ne serait pas absurde qu’il baisse son salaire, Carlos GHOSN. Est-ce que c’est vous qui lui avez demandé ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je le lui ai demandé, puisque nous sommes actionnaires, nous, l’Etat, de RENAULT, à hauteur de 15%, nous sommes minoritaires, mais quand même, nous pesons sur les décisions. Je lui ai demandé, dans la mesure où l’esprit des accords, qui sont aujourd’hui en discussion chez RENAULT, sont des accords où nous évitons… alors que RENAULT est à moins 20% de ses ventes, c’est-à-dire, encore plus grave que PSA sur le marché intérieur français et européen, nous leur demandons : pas de fermetures de sites, pas de licenciements, pas de plan de départs volontaires, ce qui est un effort considérable. Donc nous avons dit aux partenaires sociaux de chez RENAULT : trouvez d’autres solutions que cette préférence permanente en France pour le licenciement, et c’est le cas. Et j’ai dit : il est normal qu’il y ait un effort qui soit commun, comme d’ailleurs dans l’accord sur l’emploi du mois de janvier signé entre les partenaires sociaux…

CAROLINE ROUX
Et ça change quoi ?

ARNAUD MONTEBOURG
Qu’il y ait un accord, des efforts y soient partagés entre les dirigeants, les actionnaires et les salariés…

CAROLINE ROUX
Et ça change quoi, ce n’est pas un gadget, on va rappeler que ça lui coûterait 430.000 euros à Carlos GHOSN, et qui touche beaucoup, beaucoup, beaucoup plus, à la fois chez NISSAN et chez RENAULT…

ARNAUD MONTEBOURG
Dans la mesure où il demande un gel des salaires pour 2013, il ne demande pas de baisse de salaires, mais un gel des salaires en 2013 aux salariés de RENAULT, c’était bien le minimum qu’il le fasse, mais nous n’avons pas demandé que cela à RENAULT, nous avons également demandé que RENAULT réinvestisse en France. Et des propositions ont d’ailleurs été annoncées, 420 millions d’investissement à Douai, 230 millions à Sandouville, 190 millions à Dieppe, 300 millions à Cléon, RENAULT réinvestit en France. Et nous demandons encore davantage, nous souhaitons que RENAULT relocalise sur le sol industriel français la production d’un grand nombre de ses véhicules ; cela fait partie de la discussion avec les salariés, les ouvriers, l’Etat, de RENAULT…

CAROLINE ROUX
Est-ce que c’est de nature, est-ce que le geste de Carlos GHOSN est de nature à finaliser l’accord qui est en cours de négociation ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ça en fait partie, mais…

CAROLINE ROUX
Ça va aider, ça va aider ?

ARNAUD MONTEBOURG
Je le pense, mais ça n’est pas suffisant, puisque l’essentiel, c’est d’abord la politique de localisation industrielle de RENAULT, et c’est sur ce terrain-là que nous attendons les évolutions, j’allais dire structurelles et manifestes de la direction de Carlos GHOSN.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous demandez la même chose à Philippe VARIN, le président du directoire de PSA, de faire un geste sur son salaire ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ah, nous ne sommes pas actionnaires de PSA. Néanmoins, nous avons fait une chose, nous avons garanti la banque…

CAROLINE ROUX
1,2 milliard…

ARNAUD MONTEBOURG
Je termine ce que j’ai à dire, parce que c’est un point important, nous avons garanti la banque PEUGEOT, qui est en grave difficulté, comme l’est cette entreprise, nous sommes entrés dans le conseil d’administration avec un administrateur indépendant, qui est monsieur Louis GALLOIS, que chacun respecte et admire, nous avons demandé la fin de la distribution des dividendes et des actions financières de confort, le rachat d’actions, etc., les stock-options, nous l’avons obtenue. Nous avons demandé le reformatage du plan qui pour nous est un plan inacceptable et excessif. Nous avons demandé aussi que les salariés entrent, avec voix délibérative, dans le conseil d’administration.

CAROLINE ROUX
Et ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, tout cela est en cours, et la négociation est en cours sur le reformatage du plan.

CAROLINE ROUX
Donc vous ne demandez pas d’efforts particuliers à Philippe VARIN ?

ARNAUD MONTEBOURG
Si, je viens de vous le dire.

CAROLINE ROUX
Sur son salaire ?

ARNAUD MONTEBOURG
La fin des dividendes…

CAROLINE ROUX
Sur son salaire ?

ARNAUD MONTEBOURG
Mais c’est pour les actionnaires le problème, voilà, les actionnaires.

CAROLINE ROUX
Bon. Il a présenté hier une stratégie…

ARNAUD MONTEBOURG
C’est eux qui dirigent les entreprises…

CAROLINE ROUX
Philippe VARIN a présenté hier une stratégie de rebond pour PSA, avec une stratégie de différenciation de marques notamment, est-ce que vous croyez au redressement de PSA ?

ARNAUD MONTEBOURG
Bien sûr que nous y croyons, dur comme fer. Nous pensons que l’automobile, on peut descendre très vite dans le trou noir, comme on peut en sortir extrêmement rapidement. Il faut donc prendre des mesures courageuses et difficiles, se remettre toujours en question, avoir des alliances internationales, car aujourd’hui, un constructeur automobile ne peut plus travailler seul, il doit trouver des alliés sur l’ensemble des marchés mondiaux, ça ne veut d’ailleurs pas dire, ça ne signifie pas forcément des délocalisations, cela veut dire qu’il faut rapprocher lieu de consommation du lieu de production.

CAROLINE ROUX
Et on a entendu hier Philippe VARIN dire : les aides publiques, ça n’est pas le sujet aujourd’hui. On a envie de lui dire, et demain ? Et à vous, on a envie de vous dire : et demain ? C’est totalement exclu, quelles que soient les circonstances ?

ARNAUD MONTEBOURG
Mais nous venons de garantir à hauteur de sept milliards la banque PSA…

CAROLINE ROUX
C’est fini donc…

ARNAUD MONTEBOURG
Donc nous en sommes quand même… nous sommes connaisseurs des aides publiques. La seule différence avec nos prédécesseurs, c’est que nous avons demandé des contreparties extrêmement rigoureuses et drastiques, ce qui n’était pas le cas quand il y a eu trois milliards qui ont été donnés aux constructeurs sans aucune contrepartie à l’époque de Nicolas SARKOZY.

CAROLINE ROUX
Une dernière question, le président de la République est en Inde pour négocier des contrats industriels, majeurs, la vente de 126 Rafales, un grand projet nucléaire civil, pourquoi vous n’êtes pas à ses côtés ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, parce que je ne peux pas passer mon temps dans les avions, j’ai quand même du travail…

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous ne payez pas vos propos sur MITTAL, Arnaud MONTEBOURG ?

ARNAUD MONTEBOURG
Ecoutez, d’abord, je voudrais vous signaler que monsieur MITTAL est plus un Européen qu’un Indien, il est d’abord… il est résident britannique, et il n’a aucun investissement en Inde, donc je ne vois pas de quoi vous me parlez. Pour moi, monsieur MITTAL…

CAROLINE ROUX
On a entendu un reportage de Camille LANGLADE dans le journal de 08h qui raconte les dégâts causés par vos propos auprès des industriels indiens.

ARNAUD MONTEBOURG
Je ne considère pas que mes propos aient été excessifs au regard des méthodes abusives de la famille MITTAL. Je rappelle qu’ils sont l’auteur d’une OPA agressive sur l’acier européen détenu par ARCELOR, ils ne nous ont jamais demandé l’autorisation, et même le ministre de l’Economie de l’époque, monsieur Thierry BRETON, du gouvernement de Jacques CHIRAC, s’en était ému, et a soutenu ma position. Donc je voudrais vous dire, Madame, que les dégâts causés aujourd’hui sur mes propos, c’est surtout sur le moral de monsieur MITTAL, qui ne peut pas aujourd’hui se comporter n’importe comment. J’ajoute que la Commission européenne, le ministre luxembourgeois, le ministre belge qui, eux aussi, ont des installations de MITTAL sur leurs territoires, maintenant, font un front uni avec la France, avec les organisations syndicales…

CAROLINE ROUX
Et vous avez envoyé un Tweet hier en disant : MITTAL est sur la sellette, vous le pensez vraiment ?

ARNAUD MONTEBOURG
Eh bien, il l’était en tout cas à Bruxelles, et c’est la première fois que la Commission européenne commence à défendre les intérêts industriels des Européens. Je rappelle que MITTAL a détruit 35.000 emplois depuis 2006. Si vous pensez que ça peut passer comme ça, je crois qu’on a quand même des choses à dire, nous, les Etats. Je lutte – vous le voyez, Madame ROUX – je lutte contre le renoncement et le sentiment d’impuissance.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 février 2013

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