Interview de M. Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "France Info" le 19 février 2013, sur la mise en cause de la société Spanghero dans la fraude sur le contenu de plats cuisinés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, à "France Info" le 19 février 2013, sur la mise en cause de la société Spanghero dans la fraude sur le contenu de plats cuisinés.

Personnalité, fonction : HAMON Benoît.

FRANCE. Ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation

ti : ERSIN LEIBOWITCH
Etes-vous allé trop vite la semaine dernière dans vos accusations contre la société SPANGHERO ?

BENOIT HAMON
Non ! C’est même d’ailleurs une question étrange. Il y a deux aspects à cette enquête : il y a une enquête sur la tromperie économique, qui relève de la DGCCRF (la police de la consommation et de la répression des fraudes) sur laquelle j‘ai la tutelle et qui a rendu des conclusions et qui a établi des faits - et les faits sont têtus - je peux même vous dire que les faits aujourd’hui sont encore plus solides qu’ils ne l’étaient jeudi dernier…

RSIN LEIBOWITCHE
Donc quand vous disiez SPANGHERO savait, vous le maintenez…

BENOIT HAMON
Ah ! Ils…

ERSIN LEIBOWITCH
Et ça va plus loin aujourd’hui ?

BENOIT HAMON
Il y a des palettes de viande qui rentraient avec un code, qui était un code cheval, et qui sortaient étiquetés viande de boeuf, donc il y a des prix d’acquisition de cette viande sur le marché européen qui sont des prix anormalement bas et un bénéfice et une marge réalisés sur les ventes qui justifient à nos yeux un faisceau d’indices précis, concordant et graves, qui m’a amené à transmettre au Parquet. Ça, c’est l’affaire pour la tromperie économique, le fait que des gens vous aient vendu de la viande de cheval en la vendant au prix de la viande de boeuf et qui m’amène aujourd’hui à rendre compte de ça à 13 pays européens, 28 entreprises qui sont aujourd’hui victimes de cette filière qui amenait SPANGHERO à vendre de la viande à COMIGEL qui la vendait et qui préparait des plats cuisinés qui étaient distribués dans toute l’Europe.

ERSIN LEIBOWITCH
Donc, vous dites c’est une affaire de grande ampleur…

BENOIT HAMON
4,5 millions de plats, 13 pays.

ERSIN LEIBOWITCH
Qui nécessitait une réaction à ce niveau-là ?

BENOIT HAMON
Qui justifiait déjà que nous identifions, que nous soyons capables d’identifier- ce que nous avons fait – où se situait la tromperie économique. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de complicité au niveau néerlandais, il y a là un étage qui est un étage sur lequel nous somme aussi très, très concentrés, sauf qu’il relève évidemment de l’enquête des autorités néerlandaises. Pour ce qui concerne le travail de la police de la consommation et de la répression des fraudes (les enquêteurs de mon administration) nous avons conclu jeudi soir à des faits et transmis au Parquet et, maintenant, c’est la justice qui poursuivra cette enquête. L’autre aspect, c’est la suspension de l’agrément sanitaire, qui relevait de la responsabilité du ministre de l’Agriculture et qui était une mesure de sauvegarde pour dire quoi ? Pour vérifier si, à côté de la tromperie économique ce qui sortait de chez SPANGHERO allait être nuisible à votre santé ou pas, en clair : est-ce que c’était de la marchandise de bonne qualité ou pas ? Et sur ce point l’enquête et les vérifications des services vétérinaires ce week-end ont établi qu’il n’y a pas de problèmes sanitaires.

ERSIN LEIBOWITCH
Est-ce qu’il ne fallait pas faire ces vérifications avant de suspendre l’ensemble des agréments pour en rétablir, ensuite, une grande partie ?

BENOIT HAMON
Eh bien pour la faire rapidement et dans de bonnes conditions, et le week-end, il fallait suspendre, c’était la condition pour. Maintenant le problème de SPANGHERO il n’est pas simplement un problème sanitaire, il est un problème de réputation et d’image lié potentiellement à ce qu’ont été les pratiques de sa direction – et nous le verrons – et nous vérifions…

ERSIN LEIBOWITCH
Vous pensez que cette pente-là peut-être remontée par SPANGHERO après plusieurs jours ?

BENOIT HAMON
Ecoutez ! C’était le sens de notre réunion avec les syndicats hier qui était de voir avec eux les conditions de la poursuite de l’activité, mais moi je n’oublie pas que je suis ministre de la Consommation et que je dois garantir aux consommateurs Français que, quand ils achètent une barquette de lasagnes avec du boeuf dedans, c’est bien du boeuf qu’ils mangent.

ERSIN LEIBOWITCH
On entendait tout à l’heure une salariée de SPANGHERO expliquer qu’il était presque déjà trop tard pour elle ?

BENOIT HAMON
Oui ! Mais vous imaginez les ventes de surgelés c’est – 5% le week-end dernier en France, il faudrait peut-être penser aux salariés de chez PICARD, aux salariés de chez FINDUS, aux salariés de toutes celles et ceux qui distribuent aujourd’hui les produits et qui se posent la question : si leur activité et leur emploi ne vont pas être menacés par la tromperie de quelques-uns en amont ? Ce que je veux simplement dire, c’est que pour nous, ni le salarié de SPANGHERO, ni le salarié de chez FINDUS ou PICARD, ni le consommateur Européen ou Français ne doit payer les pots cassés en lieu et place des responsables de cette tromperie économique. L’enquête se concentre sur la tromperie économique, c’est ma tâche aujourd’hui, c’était ma tâche et celle des enquêteurs de la DGCCRF que de parvenir à l’établir, c’est maintenant à la justice – et ça ne relève plus de moi – d’aller au bout. Mais je le redis : le salarié de SPANGHERO, le salarié de chez PICARD et le consommateur Européen ont tout intérêt à ce que soit mise à jour cette tromperie économique, de surcroît pour restaurer la crédibilité de cette filière qui embauche des dizaines de milliers de personnes en France et qui a besoin pour prospérer que le consommateur ait confiance en ce qu’il mange, c‘est notre travail.

ERSIN LEIBOWITCH
Alors précisément, Benoît HAMON, on a l’impression que cette affaire c’est un peu la partie visible de l’iceberg. Il y aurait maintenant d’autres produits concernés, LIDL par exemple a retiré des produits, il y a aussi une inquiétude sur le lait - des consommateurs veulent savoir d’où viennent les produits, quelles sont les origines exactes - ce n’est visiblement pas certain, on ne sait pas ?

BENOIT HAMON
Alors vous avez raison que c’est… j’espère que ce n’est pas la partie émergée de l’iceberg !

ERSIN LEIBOWITCH
Vous ne le savez pas encore pour l’instant !

BENOIT HAMON
Eh bien pour la bonne et simple raison que j’ai demandé, là encore aux services de la CCRF, de réaliser des enquêtes à partir des prélèvements sur des plats cuisinés qui n’ont rien à voir avec cette filière-là (c'est-à-dire rien à voir avec la filière COMIGEL, SPANGHERO, Pays Bas, Roumanie) et nous avons donc prélevé autour en clair et nous verrons, nous aurons les résultats de ces prélèvements. Mais ça appelle aussi des réponses en matière de traçabilité, je comprends que la question des consommateurs est la même que pour les plats cuisinés, c’est que demain figure sur votre plat cuisiné l’origine de la viande qui est dedans, aujourd’hui pour les produits transformés il n’y a pas cette obligation d’indiquer l’origine de la viande (l’origine ou… là où la bête, l’animal est né, là où il a été élevé, là où il a été abattu), nous voulons faire ça au niveau européen. Mais sans attendre je veux indiquer qu’il y aura une réunion cette semaine avec les professionnels de l’agroalimentaire et notamment la filière viande française au Ministère de l’Agriculture, à laquelle je participerai, et cette réunion vise à voir quelles mesures sont prises. Mais est-ce que je peux vous dire quand même un chiffre qui est assez frappant…

ERSIN LEIBOWITCH
Allez-y !

BENOÎT HAMON
Sur les moyens de la DGCCRF ! Pendant les 5 dernières années, dans l’Aude, à Castelnaudary, leurs effectifs sont passés de 16 à 10 ; en Moselle, du côté de chez COMIGEL, de 43 à un peu plus de 20, en raison de la réorganisation des services et de la RGPP…

ERSIN LEIBOWITCH
Vous allez augmenter ces effectifs ?

BENOIT HAMON
Moi j’ai fait une chose, c’est que cette année, qui était une année où toutes les administrations devaient contribuer à diminuer leurs effectifs pour permettre l’augmentation du nombre de professeurs, j’ai obtenu la stabilisation des effectifs de la Répression des fraudes…

ERSIN LEIBOWITCH
Donc, il n’y aura pas plus de contrôles…

BENOIT HAMON
Non ! Mais c’était déjà… Mais ce que je voulais simplement dire, c’est qu’en soit stabilisé c’était sanctuarisé - je pense qu’on a bien fait – mais ça montre les limites de ce type d’exercice qui consiste à diminuer la voilure de la Fonction publique.

ERSIN LEIBOWITCH
Benoît HAMON ! Beaucoup d’enquêtes sont donc en cours sur toute la filière, dans l’entreprise SPANGHERO, y a-t-il également une enquête sur les contrôles qui ont peut-être été insuffisants de la part de l’Etat ?

BENOIT HAMON
A priori… Ah ! Eh bien une enquête sur l’enquête sur l’enquête, quoi, en quelque sorte ?

ERSIN LEIBOWITCH
Non ! Une enquête sur des contrôles qui aurait peut-être permis de déceler cette affaire plus tôt ?

BENOIT HAMON
Eh bien la réalité c’est qu’il aurait fallu faire des tests ADN ! Les tests ADN on ne le fait pas comme ça…. aujourd’hui ce n’est pas une pratique qui est une pratique courante. Cela étant dit, la Commission européenne vient de commander des tests ADN, 2.500, dans toute l’Union européenne. Ce sur quoi nous sommes aujourd’hui efficaces, c’est la protection contre le risque sanitaire et bactériologique, en quelque sorte là-dessus la protection est assez efficace, mais….

ERSIN LEIBOWITCH
Et sur les responsabilités de l’Etat dans cette affaire ?

BENOIT HAMON
Eh bien, les responsabilités de l’Etat, elles étaient de mettre à jour cette filière-là. Et nous l’avons fait en combien de temps ? 48 heures ! Pour ce qui concerne les responsabilités de SPANGHERO…

ERSIN LEIBOWITCH
Mais c’est l’Irlande qui a relevé le problème !

BENOIT HAMON
Mais parce qu’il y a eu un test ADN ! Le test ADN, ensuite, il alimente un réseau d’alertes. Ce qui est heureux c’est que, dès lors qu’il y a un système qui fonctionne bien au niveau européen, nous soyons saisis, dès lors que nous avons été saisis en 48 heures nous sommes remontés nous jusqu’à Chypre, jusqu’en Roumanie, en 48 heures et 48 heures encore plus tard nous étions en capacité de fournir des conclusions. De ce point de vue-là, nous avons travaillé vite – et je salue d’ailleurs le boulot des enquêteurs sur le terrain puisqu’on n’en parle pas beaucoup de ces hommes et ces femmes qui font ce travail-là, qui est parfois ingrat…

ERSIN LEIBOWITCH
Donc une réaction qui n’a pas été trop rapide mais assez exemplaire, c’est ce que vous dites ?

BENOIT HAMON
Moi je trouve que c’est exemplaire ! Quand l’Etat fait bien son boulot, il faut le dire aussi, on lui charge beaucoup la barque, on met beaucoup de choses sur les épaules des agents publics, quand ils font bien leur boulot c’est bien qu’on le dise et j’aimerais bien qu’on le répète un peu plus.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 février 2013

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