Entretien de M. Bernard Cazeneuve, ministre des affaires européennes, avec RMC le 20 février 2013, sur le soutien de l'Union européenne à l'intervention militaire française au Mali et sur le budget communautaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Bernard Cazeneuve, ministre des affaires européennes, avec RMC le 20 février 2013, sur le soutien de l'Union européenne à l'intervention militaire française au Mali et sur le budget communautaire.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires européennes

ti :
Q - Sur les otages enlevés au Cameroun, pas d'informations nouvelles, Bernard Cazeneuve ?

R - Non. Le président de la République s'est exprimé hier soir, il a affirmé la mobilisation du gouvernement, la mobilisation de la France pour que ces otages soient libérés le plus rapidement possible et vous savez que pour atteindre cet objectif, la discrétion est de règle.

Q - Bien sûr, quatre enfants parmi ces otages. La France n'est-elle pas en train de payer son intervention au Mali ?

R - Il y a eu des prises d'otages avant cette intervention, et par ailleurs, ces prises d'otages témoignent de la présence, bien avant l'intervention, dans cette région d'Afrique, de groupes terroristes très bien organisés, en situation de nuire, ne reculant devant rien, et n'ayant aucun scrupule.

Si nous sommes intervenus au Mali, c'est précisément pour éviter que le Mali ne devienne un État terroriste, et qu'il s'ensuive un processus d'institutionnalisation à travers cet État, de ce terrorisme dont on voit les actes qu'il est capable de commettre. Je pense donc qu'il ne faut pas établir de lien entre les prises d'otages et l'intervention au Mali car les prises d'otages existaient avant l'intervention. Elles soulignent l'importance de ces groupes terroristes, et leur dissémination sur une vaste région. En même temps, tout ceci démontre la nécessité de combattre ce terrorisme.

Q - Bernard Cazeneuve, lorsque la France est intervenue au Mali, elle était seule en Europe, aujourd'hui elle est toujours seule en Europe.

R - Cela n'est pas exact...

Q - Non ? Alors c'est faux ou vrai ?

R - Non, c'est totalement faux et je veux dire à ce propos des choses très concrètes. Et notamment que l'on peut faire la comparaison entre ce qui se passe au Mali et ce qui s'est passé en Libye. Souvenez-vous, l'Allemagne, dans le cas libyen, n'a pas voté la résolution...

Q - Sauf qu'en Libye on intervenait avec l'OTAN.

R - Oui d'accord. Mais, là, aujourd'hui, nous sommes dans une situation où, pour la première fois, l'Europe, très en amont de l'opération, s'est organisée avec la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il y a eu plusieurs réunions du Conseil affaires étrangères, plusieurs réunions sous l'égide de Mme Ashton, après que la France eut émis le souhait que l'Europe contribue à la définition du cadre international d'intervention.

Lorsque nous décidons de permettre aux Africains eux-mêmes de créer les conditions de la sécurité sur leur continent et que nous disons : «il faut que l'armée malienne, il faut que la MISMA puissent aider les Maliens à recouvrer leur intégrité territoriale», nous créons les conditions de le faire avec l'Europe, en créant les conditions de la formation des troupes africaines - c'est le rôle des UTM. Aujourd'hui, les troupes africaines se déploient, les militaires européens sont là, en appui, afin de former ces troupes pour que les Africains eux-mêmes soient en situation d'assurer leur sécurité...

Q - Oui, avec les Français qui sont toujours en première ligne, un soldat français tué dans les opérations les plus délicates...

R - Et par ailleurs, lorsque les Français s'engagent - parce que s'ils ne l'avaient pas fait, le Mali serait devenu un État terroriste -, ils le font en premier lieu avec le soutien politique de tous les pays de l'Union européenne. Nous avons reçu un soutien matériel en moyens de transport aérien, en moyens sanitaires, en moyens humanitaires, mais aussi un soutien financier à travers la contribution de l'Union européenne lors de la conférence des donateurs à Addis-Abeba.

Q - Bernard Cazeneuve, une discussion est prévue à l'Assemblée nationale sur le projet de budget européen qui a été adopté récemment à Bruxelles. Est-ce qu'il vous satisfait franchement, ce projet de budget ?

R - Ce n'est pas le budget dont nous rêvions, ce n'est pas le budget pour lequel nous nous sommes battus et que nous aurions adopté si nous avions été seuls à le rédiger et à en délibérer. C'est un budget de compromis mais c'est un budget qui a permis d'éviter ce que souhaitaient les plus conservateurs des Européens.

Ce que voulait le précédent gouvernement - le président de la République de l'époque avait signé une lettre avec le Premier ministre britannique David Cameron, le Premier ministre finlandais, et le Premier ministre néerlandais - et cette lettre prévoyait des coupes budgétaires d'un montant de 200 milliards d'euros par rapport à la future proposition de la Commission pour le budget européen 2014 - 2020. La proposition de la Commission s'est élevée à 1047 milliards. Si on avait suivi la proposition des signataires de la lettre, le budget de l'Union européenne aurait été de 847 milliards d'euros de crédits d'engagement. Or, le budget adopté est de 960 milliards, montant qui correspond à ce que souhaitait le Parlement européen. C'est aussi le montant sur lequel depuis plusieurs mois nous étions tombés d'accord avec nos partenaires allemands.

Au niveau du budget en crédits de paiement, je voudrais vous donner trois chiffres qui parlent d'eux-mêmes. Le précédent budget de l'UE 2007 - 2013 s'élevait à 942 milliards d'euros. Le nouveau budget 2014 - 2020 prévoit des crédits de paiement pour 908 milliards, soit une diminution apparente de 3,6 %. En réalité, à cause du rabotage des crédits de paiement de la période précédente, ce qui a finalement été dépensé s'est élevé à seulement 850 milliards d'euros. On peut ainsi voir que si, grâce aux flexibilités nouvelles demandées par le Parlement européen entre les rubriques du budget et les exercices budgétaires, nous dépensons toutes les sommes inscrites en crédits de paiement au prochain budget, nous dépenserons 50 milliards d'euros de plus que le budget précédent, soit une augmentation réelle de 6,8 %. Le budget spécifiquement dédié à la croissance voit son montant augmenter de 40 % par rapport au budget précédent. Le grand programme «Connecting Europe» consacré à la transition énergétique et à la numérisation du territoire augmente significativement.

Q - Sauf que le président de la République nous avait promis un volet croissance de 120 milliards d'euros qui a disparu dans les limbes...

R - Non pas du tout, ça c'est un discours... Le plan de 120 millions d'euros non seulement il n'a pas disparu, mais je peux en quelques minutes, voire même en quelques secondes compte tenu du temps de l'émission, vous en rétablir la traçabilité.

Le plan de 120 milliards, c'est 55 milliards d'euros de fonds structurels, et pour la France, c'est à peu près 2,5 milliards d'euros qui sont aujourd'hui mobilisés dans les régions, et si j'avais un peu plus de temps je pourrais vous décliner, région par région, quels sont les projets qui sont financés avec les fonds structurels. Ensuite, c'est 10 milliards d'euros de recapitalisation de la Banque européenne d'investissement qui permettent 60 milliards d'euros de prêts. Pour la France nous attendons un retour d'à peu près 7 milliards, et nous sommes en train de présenter nos projets à la BEI. Ce sont des projets importants pour les régions en termes de numérisation des territoires, en termes d'accompagnement de la transition énergétique. C'est enfin à peu près 4,5 milliards d'euros de projets bonds pour lesquels nous attendons là aussi, un retour français. Donc, vous voyez, le plan de croissance de 120 milliards, c'est à peu près 12 milliards d'euros de retour pour la France, ce qui correspond à un peu plus d'un tiers de l'effort budgétaire demandé aux Français.

Q - Bernard Cazeneuve, vous allez, à la fin de la semaine... il va y avoir des prévisions sur l'état de l'économie en Europe données par la Commission européenne. Ces prévisions pour 2013, le déficit à 3 %, vous allez demander quoi ? Vous allez demander à ce qu'on nous accorde 3,5 % ? 4 % ?

R - Non le problème ne se pose pas en ces termes. Nous avons un décalage entre les prévisions de croissance sur lesquelles nous avons fondé l'élaboration de notre budget...

Q - Oui ça, c'est le moins que l'on puisse dire, vous étiez à 0,8 %, il y a une telle cacophonie qu'on ne sait plus où on en est d'ailleurs, 0,2 %, 0,3 %, 0,4 % ? Vous dites quoi ? Combien ?

R - Permettez-moi, si vous en êtes d'accord, par rapport à vos constats, de dire quelle est la réalité. Nous avons un objectif de déficit de 3 %. Cet objectif de déficit de 3 % est fondé sur une croissance de 0,8 %. Pour des raisons qui tiennent à l'évolution de la croissance que l'on voit - l'Allemagne fait moins 0,6 % au dernier trimestre, nous faisons moins 0,3 % - nous sommes dans une situation où la croissance à laquelle nous avons adossé notre budget sera moindre que ce que nous avions prévu.

Il faut donc ajuster notre trajectoire. Cela ne veut pas dire que nous perdons de vue la trajectoire, la réduction des déficits publics, et la réduction de la dette est un objectif non négociable. La Commission le sait et elle constatera d'ailleurs que nous avons réduit de façon très significative notre déficit...

Q - Mais elle rallongera les délais, elle vous accordera une...

R - Je ne peux pas vous dire ce qu'elle nous accordera puisque ...

Q - Mais quelle demande allez-vous faire ?

R - Ce que nous souhaitons c'est dire à la Commission que nous ne dérogerons pas à la volonté qui est la nôtre de réduire notre déficit et nos dettes. Que nous avons commencé à le faire comme en témoigne la réduction de nos déficits structurels. En 2011 le déficit structurel était de 4,8 %, en 2012 il est de 3,6 % et cette année il sera de 1,6 %. Cela veut dire que nous sommes en train de régler le problème structurel auquel notre budget est confronté et que nous sommes sur la bonne trajectoire.

Il faut, par conséquent, que nous soyons capables, à travers le programme national de réformes que nous allons présenter au Parlement au mois d'avril, à travers le programme de stabilité, de dire très précisément comment nous allons ajuster notre trajectoire pour tenir l'objectif. L'objectif c'est, la réduction des déficits. Et cet objectif-là, nous n'y dérogerons pas.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2013

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