Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, en hommage à deux policiers décédés dans l'exercice de leurs fonctions et sur la lutte contre la délinquance et la criminalité, à la préfecture de police de Paris le 26 février 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, en hommage à deux policiers décédés dans l'exercice de leurs fonctions et sur la lutte contre la délinquance et la criminalité, à la préfecture de police de Paris le 26 février 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Cérémonie d'obsèques du capitaine de police Cyril Genest et du lieutenant Boris Voelckel décédés lors d'une course poursuite sur le périphérique parisien, préfecture de police de Paris le 26 février 2013

ti : Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,
Monsieur le ministre de l'Intérieur,
Mesdames, messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Préfet de Police,
Monsieur le Maire de Paris,
Monsieur le représentant du président de la République,
Mesdames et messieurs les magistrats,
Mesdames et messieurs les directeurs généraux,
Mesdames, messieurs policiers et agents,
Mesdames et messieurs,
Madame Aurélie Genest, madame Céline Heysse, madame Marie-Hélène Kremer,


Le capitaine de police Cyril Genest et le lieutenant de police Boris Voelckel sont tombés brutalement, jeudi dernier, dans l'accomplissement de leur mission.
La Police nationale est aujourd'hui en deuil, nous le sommes avec elle, et c'est avec une grande émotion, et une profonde tristesse, que je m'adresse à vous, dans cette cour du 19 août si chargée d'histoire.

Le cœur serré, nous sommes réunis autour de leurs dépouilles et de leurs familles, pour nous recueillir et affirmer notre respect et notre gratitude pour ces hommes de devoir.
Nous sommes réunis pour leur rendre un hommage solennel, qui n'apaisera pas la douleur de leurs familles, de leurs proches et de leurs collègues, mais qui manifestera la reconnaissance de la Nation pour leur courage et leur engagement.
En ce moment-même, une minute de silence est observée à la mémoire du capitaine Cyril Genest et du lieutenant Boris Voelckel, dans tous les commissariats de police et dans toutes les gendarmeries de France.

Je sais l'émotion ressentie par leurs camarades, parce que je sais l'esprit de cohésion et de fraternité qui règnent chez ceux qui ont la difficile mission d'assurer la sécurité de nos concitoyens.

Dans cette épreuve, le gouvernement est à vos côtés, et c'est sa solidarité et son soutien que je suis venu aujourd'hui vous exprimer en présidant cette cérémonie.
Cyril Genest et Boris Voelckel laisseront le souvenir d'époux et de compagnon attentifs, de pères de famille affectueux, de fils attentionnés.
Leurs états de service témoignent d'un engagement sans faille au service de la Police nationale.

Le capitaine de police Cyril Genest venait d'avoir 40 ans. Il avait intégré la brigade anti criminalité de nuit en 2003, après avoir exercé dans le 18e arrondissement de Paris. Policier aguerri et gradé respecté, il disposait d'une grande expérience dans la lutte contre la délinquance. Apprécié de sa hiérarchie pour son discernement et ses capacités d'écoute et d'analyse, Cyril Genest était un policier courageux et professionnel, figure de discipline et d'engagement. Je m'incline devant la douleur de sa femme Aurélie, et j'ai une pensée émue pour ses filles Louise - 4 ans - et Émilie - 2 ans - ainsi que pour ses parents.

Le lieutenant de police Boris Voelckel avait 32 ans. Après avoir exercé à Pantin en Seine-Saint-Denis, il avait rejoint la brigade anti criminalité de nuit en 2007. Particulièrement motivé et volontaire, il était apprécié de ses chefs et d'une grande efficacité dans la lutte contre la délinquance. Il avait acquis le grade de brigadier de police rapidement, en démontrant des dispositions certaines pour les missions d'encadrement et d'organisation. A l'aise dans les situations les plus difficiles, il se destinait lui aussi à une brillante carrière de policier. Je m'associe à la douleur de sa compagne Céline, je pense à son fils Ewan âgé d'1 an et à Chloé, âgée de 7 ans. Je pense à ses parents.

Je mesure aussi la peine des collègues de Cyril Genest et de Boris Voelckel, rassemblés si nombreux ce matin, qui veulent ainsi porter témoignage de leur engagement, de leur courage, de leur abnégation, parce que ces qualités sont des vertus qu'ils ont en commun.
Ils étaient connus pour être de bons camarades, fidèles et solidaires, de « bons flics », policiers exemplaires, pugnaces et volontaires. Ils étaient animés de cette passion du métier, moteur de leur engagement dans les brigades anti criminalité, auxquelles je veux rendre un hommage appuyé ce matin.
J'ai également une pensée pour le brigadier-chef Frédéric Kremer, qui a été très grièvement blessé, très grièvement blessé au cours de la même intervention, et qui se bat en ce moment pour rester en vie. Son nom doit être cité, et son engagement salué. Cela fait plus de dix ans qu'il travaille à la brigade anti criminalité de nuit. Tous ceux qu'il a formés ont aujourd'hui une pensée pour lui. Son épouse, Marie-Hélène, ses enfants, Julie et Mathieu, et ses proches doivent savoir que nous sommes attentifs à l'évolution de sa santé, et que nous sommes à leurs côtés dans ces moments d'inquiétude et d'espoir.

Le capitaine Genest, le lieutenant Voelckel et le brigadier-chef Kremer étaient en mission de lutte contre la délinquance lorsque leur destin a dramatiquement basculé.
Depuis plusieurs mois, en étroite collaboration avec la police judiciaire et le GIR, des dispositifs de surveillance étaient activés dans Paris pour détecter et contrôler les conducteurs de véhicules de luxe, dont le train de vie est manifestement incompatible avec les revenus qui leur sont connus. Une lutte a été en effet engagée avec détermination contre les filières, contre le blanchiment d'argent, contre l'économie souterraine, avec pour objectif de démanteler les trafics qui gangrènent notre société et déséquilibrent le pacte social.
Les fonctionnaires de la BAC de nuit de Paris participaient à ces dispositifs de surveillance.
C'est dans ces circonstances qu'ils sont intervenus pour tenter de procéder au contrôle d'individus qui, sous l'emprise de l'alcool et de stupéfiants, avaient commis des infractions au code de la route, mis en danger les autres automobilistes et refusé d'obtempérer aux injonctions des premières équipes de policiers.

Les policiers auxquels nous rendons hommage étaient en patrouille sur le boulevard périphérique lorsque leur véhicule a été percuté très violemment par celui des fuyards.
La violence du choc a entraîné la mort du capitaine Genest et du lieutenant Voelckel et les blessures graves dont souffre le brigadier-chef Kremer.

L'émotion est grande, oui je le sais, elle est grande aussi au sein de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, elle est grande au sein de la Préfecture de police, elle est grande au sein de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale tout entière.
L'émotion est grande aussi dans tout le pays qui a été bouleversé par ce drame, et qui l'est à chaque fois qu'un policier ou un gendarme meurt dans l'accomplissement de son devoir.
L'engagement pour protéger la population et assurer l'ordre public au péril de sa vie n'est pas un engagement comme les autres. Depuis 20 ans, 12 policiers ont été tués en service commandé à Paris. Nos concitoyens mesurent la force de cet engagement, ils savent ce qu'il impose de sacrifices, ils savent ce qu'ils doivent aux hommes et aux femmes qui en ont fait leur métier.

Mesdames, messieurs, le drame que nous venons de vivre renforce la volonté ferme du gouvernement de lutter sans relâche contre la délinquance et la criminalité. Nos concitoyens demandent légitimement que l'Etat garantisse leur sécurité. Nous leur devons cette sécurité, parce qu'elle constitue le ciment du pacte républicain dont nous sommes les garants et parce qu'une minorité de personnes délinquantes ne peut imposer sa loi dans un Etat de droit.

Mesdames et Messieurs les policiers et les gendarmes, c'est grâce à vous que la sécurité est assurée en France. Je sais que votre mission est difficile. Je connais votre engagement, je connais votre loyauté, je connais votre abnégation. C'est la fierté de notre pays de pouvoir compter sur des forces de sécurité républicaines, au service des Françaises et des Français et de l'intérêt général.

Vous pouvez être assurés de mon soutien et celui de mon gouvernement. Je n'accepterai jamais que l'on puisse s'en prendre impunément aux membres des forces de l'ordre. Ceux qui s'attaquent à vous s'attaquent à l'Etat. Ils doivent être syst??matiquement recherchés, interpellés et présentés à la Justice, pour être sévèrement punis.
L'acte commis jeudi dernier a été qualifié par le Procureur de la République de Paris de meurtre aggravé sur fonctionnaire de la Police nationale. Cet acte est irréparable, cet acte est inexcusable.

Nous saluons avec respect la mémoire du capitaine de police Cyril Genest et du lieutenant de police Boris Voelckel, qui ont accompli leur devoir au prix de leur vie. Que leurs enfants et leurs proches sachent qu'ils ont servi la France et qu'ils ont fait honneur à la Police nationale.


Source http://www.gouvernement.fr, le 28 février 2013

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