Déclaration de M. Kader Arif, ministre des anciens combattants, sur les efforts en faveur des anciens combattants, à Bastia le 14 octobre 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Kader Arif, ministre des anciens combattants, sur les efforts en faveur des anciens combattants, à Bastia le 14 octobre 2012.

Personnalité, fonction : ARIF Kader.

FRANCE. Ministre des anciens combattants

Circonstances : Clôture du congrès de la FNACA, à Bastia (Haute-Corse) le 14 octobre 2012

ti : Monsieur le préfet, (Louis Le France)
Monsieur le Maire, (Emile Zuccarelli)
Messieurs les députés, (le député UMP Gandolfi-Scheit ou Rocca Serra et le député centriste Rochebloine)
Messieurs les sénateurs, (Neri et le sénateur communiste Fischer)
Monsieur le président du conseil exécutif de Corse, (François Giacobbi)
Monsieur le conseiller général, (qui représente le président du CG)
Monsieur le délégué militaire départemental, (Lieutenant-colonel Serafini)
Monsieur le président de la FNACA, (Guy Darmanin)
Mesdames, Messieurs,


C’est pour moi un honneur d’être aujourd’hui parmi vous. Vous avez fait le choix, dès 2008, de tenir ce congrès en Corse, ici à Bastia. Je tiens à remercier M. le président Jean-Baptiste Cozzani pour cette initiative, et je l’en félicite. Je tiens également à adresser mes remerciements les plus sincères à mon ami toulousain le président Guy Darmanin. Merci M. le président de me permettre de prendre part à ce congrès, de clore les travaux qui vous ont réunis sur ces trois jours, et je sais le travail de grande qualité qui est effectué au sein de chacune des commissions.

Ayant eu l’occasion de rencontrer plusieurs représentants d’associations depuis ma prise de fonctions, je sais qu’une énergie exceptionnelle anime vos adhérents, et la foule présente aujourd’hui en atteste. Qui oserait croire que ce ministère est tourné vers le passé, alors que votre mobilisation, votre participation au débat public, la transmission que vous assurez auprès des nouvelles générations fait chaque jour la preuve du contraire : vous êtes, et moi avec vous, inscrits dans le présent, et par le travail de mémoire que vous opérez c’est l’avenir que vous préparez.

Je voudrais d’ailleurs partager avec vous une réflexion qui m’anime depuis que je suis arrivé à la tête de ce ministère : pourquoi parler d’anciens combattants ? Cette notion d’ancienneté, d’une certaine manière, me dérange. Je vous soumets donc cette idée : pourquoi ne pas parler plutôt de vétérans ? Un ministre délégué chargé des vétérans, de la mémoire et du lien armée-nation, voilà un intitulé qui me semblerait plus conforme à la richesse de la mission que j’ai l’honneur de conduire au sein de ce gouvernement.

J’intègre, vous l’avez noté, la question de la mémoire, car elle est fondamentale. Allant au-delà du simple souvenir, de l’émotion, la mémoire est constructrice d’identité. Je veux croire que l’attachement à la Nation et aux valeurs de la République est mieux entretenu si notre mémoire commune est davantage rappelée dans notre quotidien. Et je pense notamment à tous ces jeunes, parfois en perte de repères, qui oublient que leurs parents ou grands-parents se sont battus pour un idéal, que dans les temps les plus difficiles ils se sont raccrochés au drapeau français comme on s’accroche à sa vie…

N’y a-t-il pas là un sentiment que l’on devrait rappeler, raviver, faire émerger de la conscience collective pour retisser des liens trop souvent fragilisés par le mode de vie individualiste dans lequel nous évoluons ? Je sais que vous êtes sensibles à ces questions.

Vous êtes vous aussi, anciens combattants d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, des passeurs de mémoire. La FNACA a déjà démontré sa volonté de se tourner vers la jeunesse et les générations futures en créant la commission « Guerre d’Algérie Jeunesse Enseignement », qui constitue aujourd’hui l’un des dispositifs fondamentaux de la transmission de mémoire autour de ce conflit. Les expositions itinérantes montées dans ce cadre ont été un exemple pour de nombreux autres acteurs, au regard de la plus-value de cet outil pédagogique mis à la disposition des jeunes sur l’ensemble du territoire.

Autre initiative dont je tiens ici à souligner l’importance, et je remercie la FNACA pour l’exceptionnel travail qu’elle mène dans ce cadre, il s’agit de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie. En réunissant à Paris les cinq associations que sont l’ARAC, l’ACPG-CATM, la FNACA, l’UDAC et l’UNC, ce groupement fait la démonstration qu’il est possible de travailler ensemble sur notre histoire commune. Je ne mesure pas encore, mais je sens le potentiel immense, des initiatives que vous avez prises dans ce cadre. Pour ne citer qu’un exemple, la réunion à Paris du Premier Forum des Ecrivains consacrés à la guerre d’Algérie, autour de dizaines d’historiens, romanciers, journalistes et anciens appelés, démontre s’il était nécessaire que la mémoire de cette guerre est bien vivante, sans cesse enrichie de nouvelles analyses. Je sais que le public, et les Français dans leur ensemble, sont extrêmement sensibles à ce type de démarches. En tant que ministre j’appuie pleinement cette initiative.

Pour ne faire qu’un bref parallèle avec l’exposition proposée par le Musée de l’Armée sur la Guerre d’Algérie, j’y vois bien le signe que la volonté d’effectuer ce travail de mémoire est réelle. Et pour peu que ce travail s’opère dans le respect mutuel et avec le souci partagé de faire progresser la connaissance de l’histoire de notre pays, le succès est nécessairement au rendez-vous.

Je reconnais le travail qui a été le vôtre, et demain plus qu’aujourd’hui ce travail et cette mobilisation devront être approfondis. Car le rassemblement des Français autour de leur histoire commune ne pourra se faire sans le plein engagement de tous les anciens combattants.

Mais, vous le savez tout autant que moi, ce travail de mémoire est parfois difficile. En franchissant ce petit bout de Méditerranée, pour rejoindre la Corse, je regardais cette mer, belle et dangereuse à la fois, je le sais pour avoir navigué à la voile à de nombreuses reprises dans cette région. L’histoire qui lie les deux rives de la Méditerranée, la France et l’Algérie en particulier, est d’une certaine manière à l’image de cette mer : pleine de tumultes autant qu’elle l’est de promesses.

Je veux d’abord rappeler que de nombreux combats ont été portés en commun entre les deux rives, et pour n’en citer qu’un, je citerai bien évidemment le concours des soldats d’Afrique du Nord venus appuyer la résistance corse pour libérer l’île, dès 1943, de l’occupation allemande.

Mais il est aussi d’autres combats, plus douloureux, qui ont laissé des traces indélébiles dans la chair et dans les esprits. C’est le cas de la guerre d’Algérie. Je veux dire ici que je suis conscient du travail qui reste à faire autour de cette histoire. Elle peine encore à être dévoilée. Et pourtant je suis convaincu que l’apaisement des âmes et des consciences ne pourra se faire qu’à travers ce processus, long et difficile, de vérité autour de notre histoire. Cette vérité, nous devons l’accepter, n’est pas unique. Il n’y a pas de vérité officielle. Il n’y a que des vérités multiples, pas toujours conciliables entre elles mais néanmoins toutes composantes de ce qui fait la richesse et la complexité de notre passé commun. Il faut l’entendre et l’accepter.

Je le dis aujourd’hui devant vous, jamais je ne resterai sourd à ceux qui souhaitent exprimer leur histoire.

C’est le premier message que je souhaitais vous délivrer.

Mais je sais que vous attendez aussi que je vous parle du 19 mars. Un processus est engagé au Sénat, où sera prochainement examinée une proposition de loi de l’Assemblée nationale de 2002, « relative à la reconnaissance du 19 mars comme journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Je remercie d’ailleurs Alain Neri, qui est parmi les initiateurs de cette proposition de loi, d’avoir expliqué la dynamique dans laquelle il se place, la logique d’apaisement et de rassemblement qui le porte. A ce stade, ce travail ne doit pas être perturbé par une expression qui pourrait être la mienne et qui n’apporterait que de la confusion. Je souhaite laisser progresser le travail qui est lancé. J’aurai à m’exprimer en temps voulu, une fois que les représentants du peuple se seront prononcés.

Je sais ce que le 19 mars représente pour vous. Il est l’élément fondateur et structurant de votre association dès les années 60. (Comme le rappelait à l’instant M. le sénateur Alain Neri) vous avez combattu pour que cette guerre ait un nom, vous combattez maintenant pour que cette guerre ait une date. Cela permettrait de rejoindre toutes les générations du feu qui vous ont précédé, et qui ont toujours pu s’appuyer sur leur date pour mener le travail commémoratif consubstantiel à tout événement historique.

En tant que Ministre, et en tant qu’individu, je respecte votre combat.

Au-delà du nom et de la date, je mesure aussi l’importance du lieu recueillement, et vous comprendrez que je veux ici évoquer le monument du quai Branly. Je suis sensible aux interrogations qui sont les vôtres sur l’extension mémorielle de ce monument. Les évolutions engagées ne doivent pas, à mon sens, faire perdre de vue la cohérence d’ensemble sur le sens à donner à ce monument. C’est pourquoi je recevrai les associations concernées pour évoquer en détail ce dossier qui vous tient à coeur, et qui a toute mon attention.

Au-delà de ces combats fondateurs, la raison d’être de votre fédération est de défendre les droits matériels et moraux des anciens combattants d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Vous l’aurez compris, j’aimerais ici partager avec vous mes priorités pour les mois et années à venir.

Permettez-moi, pour ce faire, d’évoquer devant vous les grandes priorités de mon action pour 2013. Avant même ce qui sera mon expression officielle devant le Parlement en séance publique de l’Assemblée nationale et du Sénat, je veux vous exposer le sens que j’entends donner à la mission que je conduis, la mission « anciens combattants, mémoire et lien avec la Nation ».

Et je tiens tout d’abord à insister sur la force qui a été donnée à mon action, du fait de ma nomination en tant que ministre délégué et non pas simplement en qualité de secrétaire d’Etat. C’est la volonté du Président de la République, et elle répond à une attente légitime, portée par vous, de disposer d’un interlocuteur qui vous soit dédié. Un interlocuteur qui ne soit pas simplement un gestionnaire, mais bien un membre du gouvernement à part entière, qui contribue à la définition de la politique de notre pays en participant chaque semaine au Conseil des Ministres.

Pour avoir obtenu un budget qui préserve totalement vos droits, et ce malgré les contraintes budgétaires que nous connaissons et qui s’appliquent à tous, je peux vous affirmer sans hésitation que la politique à l’égard du monde combattant est une priorité du gouvernement. Le budget que je propose pour 2013 démontre s’il était nécessaire la solidarité du gouvernement et de la Nation toute entière à l’égard de ceux qui se sont battus au nom de la France.

Je me dois d’abord de revenir sur les chiffres, car ils sont souvent mal expliqués, parfois mal compris. Du fait de la diminution du nombre de pensionnés et retraités, le budget dont j’assure la gestion aurait mécaniquement dû baisser de 4,4%. Cela représente 133 millions d’euros. Mais le combat que j’ai mené, autour de cette priorité qu’est la préservation des droits du combattant, et en augmentant même les crédits dédiés à l’action sociale de l’ONAC, m’a permis de limiter la diminution globale du budget anciens combattants à 2,4%, soit 73 millions. Ce sont donc 40 millions d’euros que j’ai pu réinvestir à votre profit. Vous mesurez aussi bien que moi que certains auraient préféré utiliser cette somme à d’autres fins, et notamment à la réduction des déficits publics. Je l’aurais compris. C’est d’ailleurs ce qu’avait annoncé le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, en fixant le principe général d’une diminution de 7% des dépenses d’intervention dans tous les ministères. Mais j’ai eu à coeur de rappeler que les anciens combattants ne sont pas des citoyens comme les autres, et c’est à ce titre que j’ai pu éviter la réduction importante du budget qui aurait pu m’être imposée. C’est pourquoi je n’ai pas honte d’évoquer devant vous la répartition financière prévue pour 2013.

Le premier domaine à bénéficier de ce budget, c’est à l’évidence la retraite du combattant. Elle matérialise la reconnaissance du pays à l’égard de ceux ayant rendu service à la Nation, c’est une dimension que je garde constamment à l’esprit. Comme vous le savez, elle a été augmentée de 4 points, passant de 44 à 48 points, le 1er juillet dernier. Cette avancée, qui représente un effort de 54 millions d’euros en année pleine, répond à l’une des principales demandes exprimées par l’ensemble des associations. Je suis fier de pouvoir y répondre aujourd’hui. Cette revalorisation vient juste d’être opérée, et pourtant je sais déjà que d’autres seront nécessaires. Lorsque j’évoque le coût, pour nos finances publiques, du passage d’une retraite de 44 à 48 points, je sais aussi, malheureusement, le peu de différence que cela représente pour les finances personnelles de l’ancien combattant qui la perçoit (4 x 13,87 = 55,48 euros par an). Sachez que j’ai conscience de cette réalité, ainsi que de l’augmentation continuelle du coût de la vie.

Cela m’amène à aborder un autre sujet, qui est celui du point PMI et du rapport constant. Du fait du gel actuel des traitements dans la fonction publique, il est vrai que vous ne pouvez guère compter sur une revalorisation du point PMI pour faire progresser le niveau de vos retraites. Pour autant, le mode de calcul de la valeur du point PMI doit-il être revu ? Je n’en suis pas persuadé. Il garde selon moi sa logique initiale, qui d’ailleurs avait été établie en pleine concertation avec les associations. A défaut de disposer d’un autre indice de l’INSEE permettant de suivre en temps réel l’évolution du traitement des fonctionnaires, primes comprises, le maintien du système actuel me semble être une solution plus raisonnable que l’élaboration d’un nouvel outil statistique qui se heurterait immanquablement à d’importantes difficultés de réalisation.

Par contre, je me préoccupe des retards observés dans la publication des décrets prenant acte de l’augmentation de la valeur du point PMI. Le système ayant été créé précisément pour suivre au plus près l’évolution des salaires dans la fonction publique, il n’est pas acceptable que la publication des décrets tarde parfois pendant plus d’une année, surtout lorsqu’il s’agit de sommes très modiques. C’est pourquoi, rapidement suite à ma prise de fonctions, j’ai signé le décret entérinant la hausse du point PMI l’année dernière. Et je m’engage à garantir une réactivité égale à l’avenir. Il en va du respect de nos anciens combattants.

Mais les avancées sur la retraite du combattant seraient incomplètes si elles n’incluaient pas aussi une extension du nombre de ses bénéficiaires. Je veux parler ici, vous vous en doutez, de l’attribution de la carte du combattant au-delà de la date du 2 juillet 1962 pour les anciens combattants d’Algérie.

Le code des pensions prévoit actuellement que les militaires et les civils de nationalité française ayant pris part aux opérations militaires en Afrique du Nord peuvent obtenir la carte du combattant dès lors qu’ils justifient d’une durée uniforme de quatre mois de présence en Algérie entre le 31 octobre 1954 et le 2 juillet 1962. Ces conditions, qui datent de la loi de finances de 2004, sont le résultat d’une succession d’assouplissements des conditions prévues par le régime initial, qui conditionnait l’octroi de la carte du combattant à l’une de ces trois situations :

- un service de 90 jours en unité combattante,
- ou la participation à 9 actions de feu ou de combat collectives,
- ou la participation à 5 actions de feu ou de combat individuelles.

La loi, dont je souligne qu’elle a été modifiée près d’une quinzaine de fois, a finalement institué le critère de quatre mois de présence en Algérie pour prétendre à la carte du combattant. Il s’agit là d’un régime plus favorable que pour les autres conflits, j’en comprends la justification, que je partage pleinement, mais je tiens néanmoins à le rappeler.

Cependant, certains de nos soldats ayant stationné en Algérie pendant ces 120 jours, mais au-delà de la date du 2 juillet 1962, souhaiteraient pouvoir prétendre comme leurs compagnons d’armes à la carte du combattant.

Je précise d’abord que ceux-là, il y en a certainement parmi vous, ne sont pas oubliés par notre institution. En effet, le code des pensions prévoit que pour une présence jusqu’en 1964 il est possible de solliciter le Titre de Reconnaissance de la Nation, qui ouvre droit au port de la médaille de reconnaissance de la Nation, à la souscription d’une rentre mutualiste et confère le statut de ressortissant de l’ONAC.

Mais j’entends les demandes relatives à la carte du combattant. Je veux dire que je suis particulièrement attentif à ce dossier. J’ai demandé à mon administration de se pencher sur le sujet pour m’en fournir tous les tenants et aboutissants. J’ai pleinement conscience de l’effort budgétaire qui doit être engagé pour répondre positivement à cette attente. Certains, avant moi, vous ont indiqué que le déblocage de cette question serait à l’ordre du jour dans un futur plus ou moins proche. Je ne veux pas rester dans le flou. Parce que je mesure l’effort qui reste à accomplir pour redresser les comptes publics de notre pays, je le dis en toute franchise et en toute transparence à votre égard, je ne pouvais pas l’inscrire au budget 2013.

Par contre, et j’en prends l’engagement solennel ici devant vous, la carte à cheval sera une réalité dans le budget 2014.

Le défi est réel, j’en mesure toute l’ampleur, mais je trouverai les leviers nécessaires.

Il est un second sujet que je souhaite évoquer ici, c’est celui de l’aide différentielle au conjoint survivant. Ce dispositif, nous en convenons tous, est essentiel pour garantir un niveau de ressources minimum à celles et ceux dont le conjoint, ayant servi pour la France, les a quittés. Et je salue là l’engagement qui fut le vôtre, relayé par nombre de députés et sénateurs, pour rendre possible cette mesure sociale qui est à mes yeux tout à fait fondamentale pour assurer des conditions de vie dignes aux familles des anciens combattants.

Créée en 2007 sur la base d’un montant de 500 euros, je rappelle que l’aide différentielle a successivement été portée à 800 euros en 2012, à 834 euros en 2011 et dernièrement à 900 euros au premier avril 2012. Cela représente une augmentation de 64% depuis 2008, notable dans la période de contrainte budgétaire actuelle. Par ailleurs, preuve du succès de ce dispositif, les services départementaux de l’ONAC ont déjà instruit plus de 5300 demandes d’aides depuis le début de l’année.

J’entends par ailleurs l’attente qui est la vôtre pour que ce plafond soit relevé, en conformité avec le niveau européen de 964 euros pour le seuil de pauvreté. Je suis particulièrement sensible aux situations de détresse financière et sociale qui peuvent frapper les familles d’anciens combattants, et j’accorde à ce dossier un suivi particulier. C’est pourquoi j’ai décidé d’augmenter de 500.000 euros chaque année les crédits dédiés aux dépenses sociales de l’ONAC. Cet engagement portant sur une durée de 3 ans, de manière cumulative, il permet au total de consacrer 3 millions d’euros supplémentaires à ce volet essentiel de l’action de l’Office (500 000 la 1ère année + 1 million la 2ème année + 1,5 million la 3ème année).

Parce que l’augmentation du plafond à 900 euros n’avait pas été budgétée, ces fonds additionnels serviront d’abord à respecter les engagements ayant déjà été pris. Mais la perspective et la logique dans laquelle je me place est bien celle d’un renforcement des droits sociaux à l’attention des anciens combattants et de leurs ayant cause, y compris pour ce qui concerne le versement de l’allocation différentielle. Si le budget de l’ONAC présente en fin d’année un reliquat, je monterai immédiatement le niveau du plafond de l’allocation différentielle. Et si cela s’avère impossible à ce stade, dans le cadre du travail que nous avons engagé au sein de l’ONAC, dont je préside désormais le Conseil d’Administration, je ferai tout pour tendre vers cet objectif qui constitue une priorité à mes yeux.

Permettez-moi de revenir également, d’un mot, sur le rôle particulier et absolument essentiel des deux opérateurs dédiés au monde combattant : l’ONAC et l’INI.

Pour répondre aux besoins des anciens combattants, l’ONAC s'investit pleinement dans la préservation des droits matériels et moraux, mais aussi dans la transmission de valeurs par le développement d'une politique de mémoire. De 2009 à 2013, conformément aux orientations de son second contrat d'objectifs et de moyens, l'ONAC s'est engagé dans la voie de la modernisation tant en termes de rationalisation, de simplification et d'informatisation des procédures que de maîtrise de ses coûts de fonctionnement.

L’attribution de la carte du combattant et des titres de reconnaissance de la nation est désormais centralisée et informatisée, ce qui permet de faciliter les démarches et d’assurer un traitement plus rapide des dossiers. Cette évolution répond à une exigence d’amélioration constante des services proposés aux anciens combattants, à laquelle participe également la refonte du code des pensions militaires d’invalidité et victimes de guerre. L’objectif est d’aboutir à la rédaction d’un document clair, à jour, complet, juridiquement sûr et permettant ainsi de rendre à ses utilisateurs l’ensemble des services qu’ils sont en droit d’attendre.

Il est essentiel de noter que la refonte du code se fera à droit constant. Elle ne modifiera pas les conditions d’attribution d’une pension ou les droits annexe qui y sont liés : soins médicaux gratuits, appareillage, emplois réservés, assistance matérielle et morale de l’ONAC, délivrance des cartes et titres, retraite du combattant. Ces prestations continueront à être servies au même niveau que celui prévu par les dispositions actuelles du code. Et elles continueront à l’être dans tous les départements de France, grâce au travail exceptionnel que mènent l’ensemble de représentants de l’Office. Je tiens à souligner à nouveau mon soutien aux représentations départementales de l’ONAC. Ce mode de fonctionnement, clé de voute du dialogue entre administration et ayants droits, sera préservé. Je m’y engage fermement devant vous.

Les associations d’anciens combattants et victimes de guerre doivent être tenues informées de l’évolution de la refonte du code. C’est le sens de la réforme. L’organisation de réunions régulières doit permettre de faire un point régulier pour connaître vos attentes, et j’organiserai une rencontre spécifique avec l’administration du ministère de la défense pour m’assurer de la bonne prise en compte des expériences quotidiennes des associations dans l’utilisation de leurs droits.

Après l’ONAC, je tiens également à dire un mot de l’INI, qui est bien autre chose qu’un simple hôpital. Symbole fort de l’attachement de la Nation au devoir de réparation, l’INI est d’abord la Maison des Invalides.

Le budget pour 2013, en légère diminution puisqu’il passe de 12,63 millions d’euros en 2012 à 12,36 pour 2013, prend en compte l’évolution de ses effectifs. En 2013, l’INI poursuivra également la mise en oeuvre de ses trois schémas directeurs : équipements, systèmes d’information et infrastructure. Sur ce dernier volet, l’année 2013 verra ainsi la construction d’un bâtiment provisoire destiné à accueillir les pensionnaires dans les meilleures conditions pendant qu’ont lieu les opérations de déménagement de services. Une subvention exceptionnelle destinée aux investissements de 5,5 millions d’euros sur trois ans permettra de répondre aux attentes.

Conjointement à mon action pour l’amélioration des droits des anciens combattants, je veux dire encore un mot de la question du lien armée-nation et de la politique de mémoire.

J’ai évoqué, au début de mon propos, l’importance que j’accorde à ce travail mémoriel comme élément structurant de la société et de l’identité de chacun. Il y a quelques semaines en conseil des ministres, j’ai présenté la structure de la mission interministérielle que j’ai mise en place pour piloter les deux grandes commémorations que sont le 70ème anniversaire de la seconde guerre mondiale et le centenaire de la grande guerre.

J’entends donner une dimension exceptionnelle aux grandes dates qui marqueront le calendrier commémoratif à venir, et cela ne pourra se faire qu’avec votre pleine participation aux réflexions et aux projets mis en oeuvre. Sachez que je ne fais pas de distinction entre les différentes générations du feu, toutes sont légitimes pour participer au travail de mémoire qui devra rassembler tous les Français, en particulier autour de l’année charnière qu’est 2014.

Il est bien d’autres questions qui mériteraient d’être davantage exposées, je pense notamment à la nécessaire reconnaissance des militaires ayant servi en opérations extérieures, en particulier dans le cadre du retour de nos troupes d’Afghanistan, les OPEX ne peuvent rester les oubliés de la mémoire combattante.

Je pense aussi aux harkis, abandonnés par le gouvernement français de l’époque, portant encore la blessure de cette trahison dans leur histoire personnelle et familiale. Les dispositifs de soutien aux harkis et à leurs descendants seront renforcés, et les délégués départementaux de l’ONAC auront désormais pour mission d’être aussi leurs interlocuteurs sur l’ensemble du territoire.

Dernière question, et pas des moindre, la Journée Défense et Citoyenneté. Je ferai des propositions pour en améliorer le contenu et la recentrer sur sa mission première qu’est la transmission de l’esprit de défense. C’est pour moi une priorité, et je sais que vous partagez avec moi cette ambition de renforcer le lien entre l’armée et la jeunesse.

Je l’avais indiqué au début de mon propos, le budget que je présente pour 2013 préserve totalement les droits des anciens combattants. Je pense que vous pouvez mesurer, à l’aune des éléments que je viens de vous exposer, qu’il s’agit de plus que cela. Cela fait moins de six mois que je suis votre ministre délégué, et je mesure quelles sont encore vos attentes. Si je tente de répondre aux urgences, j’entends aussi inscrire mon action dans la durée. Le Président de la République l’a rappelé à de multiples reprises : nous sommes là pour cinq ans, vous nous jugerez alors à l’aune de nos résultats.

Pour l’ensemble de la période qui s’ouvre devant nous, et qui d’ailleurs a déjà débuté, je veux faire du partenariat avec les associations le socle de ma réflexion et le moteur de mon action. Et parce que je ne souhaite pas vous faire attendre jusqu’en 2017, je me propose de revenir devant vous pour votre prochain congrès. Nous dresserons alors un premier bilan intermédiaire de ma politique et de ses effets.

En conclusion, je tiens à souligner à nouveau que j’accorde autant d’importance au rôle qui fut le votre dans le passé pour défendre les couleurs de la France, qu’à la place que vous occupez dans le présent comme porteurs de mémoire. Parce que nous ne sommes que les accompagnateurs d’un mouvement qui reste fondamentalement porté par vous, je réitère également devant vous ma pleine conscience de la responsabilité qui est la mienne, pour faire que la nation ne vous oublie pas malgré le temps qui passe, que vos droits matériels et moraux soient respectés. Voilà la cause qui guide et continuera de guider la politique du gouvernement. Je vous remercie.


Source amicale3rpima.com, le 28 février 2013

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