Déclaration de Mme Delphine Batho, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, sur le débat national sur la transition énergétique et la reconquête de la biodiversité, à Villeurbanne le 5 mars 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Delphine Batho, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, sur le débat national sur la transition énergétique et la reconquête de la biodiversité, à Villeurbanne le 5 mars 2013.

Personnalité, fonction : BATHO Delphine.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie

Circonstances : Ouverture des 3e assises de l'éducation à l'environnement et au développement durable, à Villeurbanne (Rhône) le 5 mars 2013

ti : Monsieur le Président du Conseil régional,
Madame la présidente du général,
Mesdames les adjointes au maire de Lyon,
Madame la rectrice,
Messieurs,


C'est un honneur de tenir ces troisièmes assises de l'Éducation à l'environnement et au Développement durable.

Je voudrais d'abord remercier tous ceux qui depuis des mois préparent ces assises, et plus particulièrement le collectif français pour l'éducation à l'environnement vers un développement durable et ses 31 adhérents ainsi que le GREN Rhône Alpes, initiateur et organisateur de ces assises et tous ceux qui ont parlé en ce début de matinée. Je voudrais saluer aussi les élus locaux de la région, du département du Rhône, du Grand Lyon, de toutes les collectivités territoriales aussi qui sont présentes dans cette salle et qui s'engagent pour l'Éducation à l'environnement. Je voudrais enfin au-delà des organisateurs saluer l'ensemble de la communauté de l'Éducation à l'environnement et au Développement durable et en particulier des réseaux territoriaux de l'Education à l'environnement et l'espace national de concertation pour l'Education à l'environnement et au Développement durable.

Je voudrais surtout vous dire à quel point je trouve réconfortante votre présence en nombre aujourd'hui, plus de 1 000, me dit-on, témoignant de votre mobilisation pour la cause environnementale.

Et j'aime beaucoup le titre de vos assises « ouvrir l'horizon ». La France en a besoin, elle a besoin d'ouvrir l'horizon parce qu'elle a besoin d'espoir, elle a besoin de confiance en l'avenir, et c'est aussi en regardant devant, en investissant avec optimisme pour les générations futures que nous redresserons le pays pour le sortir de la crise.

Mais je sens dans cette salle de l'énergie positive, de l'optimisme, du volontarisme, de l'engagement, des convictions. Je voudrais saluer les bénévoles, les volontaires de l'Éducation à l'environnement, les enseignants, les élus locaux, les responsables d'associations, les personnels des parcs régionaux et des parcs nationaux, des ONG, les fonctionnaires des services territoriaux de l'État, les équipes des CPIE, des rectorats et bien d'autres instances encore, et d'organisations qui sont ici rassemblées. Une occasion exceptionnelle m'est donnée aujourd'hui de m'exprimer devant vous.

Vous avez su construire, développer, inventer, imaginer des actions concrètes dans bien des domaines, dans les places et en dehors. Je suis d'abord venue aujourd'hui vous dire au nom de la République française : merci pour toutes ces actions formidables, pour saluer l'engagement de chacun de vous dans cette salle, pour vous exprimer la reconnaissance de la Nation et d'une République qui souhaite de nouveau placer les valeurs de l'éducation et de la transmission aux nouvelles générations au devant de tout, et faire de l'école une priorité.

Je suis venue vous dire aussi courage, soyez fiers de cette mission si belle, si exigeante de transmettre aux enfants et à la jeunesse la conscience de notre destin planétaire, des interdépendances écologiques, de la raréfaction des ressources, mais aussi la possibilité d'accéder à l'émerveillement et à l'amour de la nature. Parce qu'il faut aimer pour protéger.

Je suis venue vous dire, vous pouvez compter sur moi et sur le gouvernement pour faire de l'Éducation à l'environnement une priorité nouvelle de l'action de l'État. Et je veux vous dire l'importance que nous accordons à ces assises auxquelles le président de la République a accordé son plus haut patronage.

Nous devons écrire ensemble une nouvelle page de l'histoire, car l'Éducation à l'environnement à une histoire, une histoire en plusieurs étapes enrichie à chaque décennie. Apparue dans les années 60, menée par des passionnés, des bénévoles, l'animation à la lecture a lié Éducation et Environnement et dès le départ elle s'est inscrite dans le prolongement de l'éducation populaire. Durant les années 70 et 80 ces animateurs ont laissé une place grandissante aux professionnels pour développer activité et moyens pédagogiques. Et je veux rappeler la décision qui avait été celle d'Alain SAVARY, de généraliser les classes vertes passant de 51 000 à 350 000 élèves par an en 1982.

Et puis il y a eu dans les années 90 le développement durable qui a confirmé aussi l'entrée des notions d'écocitoyenneté, de démocratie participative en attachant encore plus d'importance aussi aux liens entre les questions environnementales et sociétales au naturel mais aussi à la solidarité humaine.

L'environnement n'est plus compris uniquement comme la relation de l'homme à la nature, mais comme un rapport global au milieu dans lequel nous vivons, nous grandissons, nous construisons.

Des étapes majeures ont marqué cette histoire avec de nouveaux acteurs. En 1983 c'est l'année de la création du réseau « école et nature ». En 1997 la naissance du collectif français pour l'Éducation à l'environnement vers un développement durable qui va organiser les premières assises en 2000.

Les collectivités territoriales qui se sont ensuite fortement impliquées et heureusement qu'elles sont là. Et puis en 2005, les Nations Unies ont lancé le programme international de la décennie pour l'éducation vers un développement durable en en confiant l'animation à l'UNESCO.

La mobilisation des acteurs à tous les niveaux de nos sociétés c'est ce qui fait la réussite de l'Education à l'environnement et la force de vos assises aujourd'hui à Lyon dans un contexte économique et social qui est pourtant difficile.

La France traverse une période très difficile, la crise se durcit et ce sont les angoisses du quotidien, du chômage, du pouvoir d'achat, des déficits qui dominent. Mais cette crise n'est pas seulement une crise conjoncturelle. C'est aussi la crise d'un modèle qui appelle des réponses structurelles et un changement de modèle.

C'est un combat que nous devons mener ensemble pour convaincre que la sortie de crise passe par la transformation écologique qui doit faire de l'écologie non pas une contrainte mais un levier pour créer des emplois, développer l'économie verte, changer nos mode de consommation et nos modes de vie, réduire les inégalités sociales, en un mot vivre mieux.

Le président de la République l'a souligné lors de son discours, lors de la conférence environnementale, les défis doivent être surmontés et affrontés ensemble. Et la crise cologique ce n'est pas une crise de plus, elle s'inscrit dans la crise globale qui se décline sur le terrain social et économique.

Vous le savez tous, dans cette salle, cette crise écologique elle s'accélère. Les changements climatiques sont déjà là, dans beaucoup d'endroits sur la planète. La perte de la bio diversité est d'un rythme extrêmement rapide. Il y a l'épuisement des ressources, les impacts de la dégradation et notamment de la pollution, de la dégradation de l'environnement sur notre santé. Le creusement aussi des inégalités environnementales qui s'ajoute aux inégalités sociales et dont ce sont souvent les mêmes qui sont victimes.

Si cette crise écologique est une évidence, faire partager la conscience de son urgence reste le premier combat à mener. Au niveau mondial comme au niveau national, il reste tant à faire, alors même que nous sommes confrontés à ce changement global dans lequel l'épuisement des ressources, la perte de diversité et le changement climatique se cumulent.

Le président de la République a exprimé avec force une ambition lors de la conférence environnementale, faire de la France la nation de l'excellence environnementale. Cela veut dire faire de cette cause un nouveau message universel pour la France sur la scène internationale mais aussi être nous-mêmes exemplaires. Et tout l'enjeu de l'Éducation à l'environnement c'est de donner à nos concitoyens dans les écoles, les lycées, les universités, les territoires, les associations sportives et de jeunesse les clés et les ressources pour porter demain cette ambition à un niveau supérieur encore.

Il n'y aura pas de changement durable sans un changement des comportements en profondeur, sans participation des citoyens, sans information, éducation, formation de tous : des jeunes aux décideurs.

Oui c'est une bataille culturelle pour que les valeurs humaines soient au devant des valeurs marchandes ; c'est une bataille culturelle pour permettre à chacun d'avoir conscience qu'il est un citoyen du monde. Investir dans l'Éducation à l'environnement est le plus sur moyen de faire avancer la cause de l'écologie. C'est le moyen de donner aux générations futures les clés pour être en mesure de résoudre les problèmes de la planète.

C'est pourquoi ces assises sont si importantes. Importantes d'abord pour partager vos expériences collectives, dans tout le pays, à travers le lancement de projets, la réalisation d'expérience pilote et d'échanger autour de vos actions. Importantes aussi pour ouvrir le champ des possibles, pour que les créativités s'expriment, les capacités à s'agréger se développent, les liens entre l'Éducation nationale, les associations, les collectivités. Importantes pour avancer à tous les niveaux et tous ensembles. Et pour repérer où sont les freins, les leviers, les idées et les propositions nouvelles. Il faut organiser la riposte au niveau international d'abord. A défi global-réponse globale. Et vous le savez la France est candidate pour accueillir en 2015 la conférence internationale sur le climat, qui sera décisive pour décider de l'avenir en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de ce qui pourra être entrepris après le protocole de Kyoto à partir de 2020.

Mais chacun en a conscience. Les négociations internationales aujourd'hui, qu'il s'agisse du climat, de la biodiversité ou du développement durable sont extrêmement complexes entre l'absence pure et simple de certains pays, les blocages de principe de tel ou tel, et ces négociations aujourd'hui ne vont jamais assez vite, ni assez loin. Et donc nous devons avoir une approche nouvelle dont fait partie l'Éducation à l'environnement. Et j'étais très heureuse tout à l'heure d'avoir l'occasion d'entendre ceux qui vont animer ce congrès mondial de l'Éduction à l'environnement. Moi-même, et c'était le cas notamment à Hyderabad avec la ministre indienne de l'environnement, nous avons soutenu le programme de l'UNESCO pour le développement de l'Éducation à l'environnement parce que c'est un moyen d'agir aussi pour que les sociétés civiles partout sur la planète se mobilisent et qu'elles nous aident à développer ces négociations internationales qui sont aujourd'hui difficiles.

Il faut organiser aussi la riposte au niveau national. C'est l'ambition du programme de travail que nous nous sommes fixés lors de la conférence environnementale en septembre dernier avec la feuille de route pour la transition écologique, les lettres de cadrage aux différents ministres qui ont été rappelées.

Plusieurs récentes structures sont engagées au cours de cette année. Nous avons deux priorités. D'abord le grand débat national sur la transition énergétique, qui doit nous permettre de faire des choix décisifs au-delà de ce quinquennat en matière notamment de développement des énergies renouvelables, en matière d'économie d'énergie aussi pour permettre à chacun de voir limiter sa facture au travers par exemple des travaux d'isolation dans les maisons, et il y a dans ce débat national sur la transition énergétique aussi un enjeu sur le changement des comportements.

Et donc je fais appel à vous, à vos idées, à vos contributions, à vos apports dans le cadre de ce débat national notamment sur Internet, dans les débats territoriaux, en région Rhône-Alpes il y en a un certain nombre, pour nous apporter vos idées, vos suggestions sur la façon dont on peut aujourd'hui organiser à grande échelle aussi une évolution des comportements en matière de consommation et d'énergie.

La deuxième priorité c'est la reconquête de la biodiversité avec la perspective de la création d'une agence française de la biodiversité et l'élaboration d'une loi cadre qui sera la première dans notre pays depuis 1976.

Ce projet d'agence de la biodiversité est en train de prendre forme et je veux vous dire que ce sera parmi les premières missions de cette agence, il y aura notamment la sensibilisation et l'éducation. Elle n'aura pas vocation à se substituer aux acteurs de terrain mais à être un centre de ressource, et à être un point d'appui pour tout le travail que vous faites dans les territoires.

Je voudrais insister sur cette méthode qui est celle de la conférence environnementale parce qu'il s'agit de construire un nouveau partenariat écologique en allant j'allais dire dans une étape nouvelle encore par rapport à ce qui a été un acquis qui a été le Grenelle de l'Environnement et qui était une première étape. Il s'agit maintenant d'inscrire cette méthode du dialogue social environnemental d'abord dans la durée. C'est pour ça que la conférence environnementale c'est une méthode annuelle. Ensuite, de l'ouvrir à la participation citoyenne, et c'est l'enjeu par exemple du débat national sur la transition énergétique. Alors cette méthode elle a besoin des acteurs de terrain, et c'est vrai que j'ai évoqué depuis un certain temps déjà cette idée, cette envie de faire de l'Education à l'environnement et au développement durable une priorité nationale ; et que cela puisse devenir une des grandes priorités de la conférence environnementale qui se tiendra au mois de septembre prochain.

Ce devra être l'occasion de fixer un nouveau cap à l'action de l'État en la matière, une nouvelle ambition, et je suis pour cela dès maintenant à l'écoute de vos propositions, des travaux qui vont être menés dans, je crois, 53 ateliers de ces assises. Ce sera l'opportunité de faire aboutir vos idées, vos propositions, tout le travail qui a été mené tout à l'heure. Et tout ce processus était très bien expliqué avec cette carte de France qui permet de faire un tour d'horizon de ce qui a été fait dans les différentes régions.

L'enjeu, c'est de voir comment nous pouvons généraliser vos actions, mieux informer, expliquer, éduquer, enseigner, diffuser. Réfléchir aussi comment généraliser un certain nombre d'actions dans le cadre de l'Education nationale mais aussi en dehors.

Nous venons de confier avec Vincent PEILLON une mission au recteur MORET pour mieux prendre en compte notamment les enjeux de l'éducation à la biodiversité dans les enseignements disciplinaires mais aussi les approches transversales dans et en dehors de l'éducation nationale. Je suis d'accord aussi sur cette idée de convaincre Jean-Paul DELEVOYE, le président du Conseil Economique et Social qu'il puisse y avoir aussi un travail et un rapport, un avis du Conseil Economique et Social Environnemental d'ici le mois de juin prochain qui pourrait déboucher là aussi dans la perspective de la conférence environnementale. Ce à quoi je veux appeler aujourd'hui devant vous, faire que la France renoue avec cet élan de l'éducation populaire, des classes verts, des découverts nature et fasse de l'Éducation à l'environnement une grande cause nationale.

Les engagements qui ont été rappelés dans une lettre, dont la lecture a été faite tout à l'heure, seront tenus. La France a besoin de votre créativité, de votre imagination en matière de participation citoyenne, de gouvernance locale. Nous aurons besoin que tout cela puisse déboucher dans ce rendez-vous du mois de septembre, pour prendre un certain nombre de décisions et d'engager des actions nouvelles.

Le gouvernement est donc aujourd'hui à votre écoute, je sais aussi que nous serons interpellés parce que ça a été dit ce matin, et que je ne le découvre pas, sur la question des moyens. C'est une interpellation qui est légitime. Et moi je veux vous dire que je me battrais pour ces moyens. Mais qu'il faut aussi avoir l'honnêteté de se dire que nous sommes dans un contexte difficile dans lesquels il va falloir aussi optimiser l'utilisation des moyens que nous avons. Mais je sais que nous avons un potentiel considérable. Et je demanderai au Commissaire général au développement durable, Jean-Paul ALBERTINI d'assurer le relais de ces assises, entre ces assises et la conférence environnementale, j'évoquais l'idée moi-même qu'on puisse se réunir pour recueillir le résultat de vos travaux à l'issue de ces assises.

Et je voulais vous inviter donc à travailler dans cette perspective avec la confiance dans ce qui va sortir de vos travaux. Il y a des solutions face à la dégradation continue des ressources su patrimoine naturel de la planète, face à l'accélération des enjeux du réchauffement climatique, face au creusement des inégalités sociales et environnementales.

Et transmettre aux générations futures c'est au fond un objectif qui peut nous rassembler largement et qui peut être un objectif fédérateur, un objectif mobilisateur. Donnons cette chance aux générations futures d'intenter un nouveau modèle de civilisation. Faisons ensemble de l'éducation à l'environnement et au développement une grande cause nationale. Vive la République et vive la France !


Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 8 mars 2013

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