Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur les choix stratégiques concernant le "nouveau Grand Paris", avec notamment la modernisation et l'extension du réseau de transports en commun, à Champs-sur-Marne le 6 mars 2013 | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur les choix stratégiques concernant le "nouveau Grand Paris", avec notamment la modernisation et l'extension du réseau de transports en commun, à Champs-sur-Marne le 6 mars 2013

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à l'université de Paris-Est Marne-la-Vallée, sur le site de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) le 6 mars 2013

ti : Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues. Monsieur le Président du Conseil régional, Messieurs les Présidents des Conseils généraux. Monsieur le Préfet de région, Madame la Préfète, Madame le Maire, Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les Elus. Monsieur le Président de la SNCF, de la RATP… je crois qu'ils sont là, on m'a dit qu'ils étaient là… ! Présents, ils répondent présents ! Donc, je suis rassuré ! Mesdames, Messieurs.

D'abord, merci d'être là. Après ces quelques visites que nous venons de faire sur le terrain, je suis venu aujourd'hui vous parler de votre région, dont l'avenir engage le pays tout entier. Je suis venu vous parler d'une Ile-de-France, mais une Ile-de-France solidaire et compétitive, dont le développement garantisse un haut niveau d'emploi et un meilleur cadre de vie pour l'ensemble de ses habitants, qu'ils résident en petite couronne, dans les communes périurbaines, ou dans les arrondissements parisiens.

J'ai la conviction qu'il ne peut pas y avoir de développement harmonieux sans solidarité. Plus que toute autre, la région capitale doit faire vivre le modèle de la Cité républicaine. Celui d'une collectivité qui permet à tous ses habitants de vivre ensemble et de partager un projet commun.

Le nouveau modèle français, qui allie compétitivité et solidarité, doit s'incarner au plus haut point dans cette région, qui est la plus riche de France, qui est la plus peuplée, mais aussi la plus contrastée.

Dès son installation, le gouvernement a pris à bras le corps cet enjeu essentiel qu'est l'avenir de l'Ile-de-France. La perspective du « Grand Paris » avait inspiré trop de promesses, trop de promesses non tenues, trop d'espoirs déçus. Il fallait tout remettre à plat, agréger les projets et travailler méthodiquement à une nouvelle feuille de route.

Je me suis engagé personnellement sur ce sujet avec plusieurs membres du gouvernement, plus particulièrement Cécile DUFLOT, ministre de l'Egalité des territoires et du Logement, Marylise LEBRANCHU, ministre de la Décentralisation, François LAMY, ministre délégué chargé de la Ville, et Frédéric CUVILLIER, ministre délégué chargé des Transports.

Nous avons beaucoup consulté les élus. Je veux les remercier pour leur disponibilité, la qualité du dialogue que nous avons engagé. J'ai également rencontré les architectes de l'Atelier international du Grand Paris ; je sais pouvoir compter sur eux dans la nouvelle période qui s'ouvre.

L'Etat devait pleinement jouer son rôle, pour définir les choix stratégiques, dénouer les difficultés et mettre en mouvement tous les acteurs du développement de la région. Je veux aujourd'hui m'engager devant vous sur ces choix, ces choix détermineront l'avenir de la région Ile-de-France. Ce sont d'abord des choix de solidarité.

Nous avons des objectifs ambitieux en matière de logement. Ils sont connus : c'est la construction de 70 000 logements neufs par an, 70 000 logements neufs par an, nous en sommes encore loin. Les Français ont le droit de se loger convenablement, tant dans le parc social que dans le parc privé. Il n'est pas acceptable qu'en Ile-de-France, les classes populaires, les classes moyennes, les ménages les plus modestes rencontrent autant de difficultés à se loger.

La solidarité, c'est également une répartition plus juste des moyens dont disposent les territoires. Les collectivités locales les plus riches, qui concentrent les activités et les emplois, doivent aider celles qui fournissent des efforts importants en termes de logements et d'équipements publics.

La solidarité, c'est la mixité sociale à l'intérieur de nos villes, c'est la lutte contre toutes les formes de ségrégation urbaine. Nous avons déjà renforcé l'obligation faite aux communes de construire des logements sociaux partout. Mais nous avons aussi engagé la mobilisation du foncier public pour favoriser les programmes mixtes. Ce foncier existe, et le gouvernement s'engagera pour accélérer les opérations qui sont bloquées. Nous prendrons prochainement, avec Cécile DUFLOT, des initiatives en ce sens. Avec François LAMY, nous venons de donner une nouvelle orientation à la politique de la ville. Nous allons poursuivre nos efforts donc, je l'ai dit, sur le logement, sur l'urbanisme, puisqu'un projet de loi sera préparé et d'autres initiatives encore que nous annoncerons prochainement.

Et puis, la solidarité, c'est un accès plus facile et plus rapide à toutes les fonctions de la métropole. C'est ainsi que nous pourrons désenclaver certains territoires franciliens et mettre fin aux sentiments de relégation ou d'abandon qui nourrissent tous les désespoirs.

Ces politiques sont fondées sur le principe de la solidarité, mais elles ont aussi pour objectif de renforcer la compétitivité, l'attractivité du territoire francilien, et donc favoriser la croissance et la création d'emplois.

L'Ile-de-France, c'est vrai, bénéficie d'un potentiel exceptionnel. Elle peut s'appuyer sur le rayonnement international de grands pôles, encouragés et soutenus par l'Etat, où l'enseignement supérieur – je salue le président de l'université qui nous a accueillis, le président du PRES – la recherche et le développement industriel se rencontrent et se fertilisent mutuellement. C'est la vocation de Saclay, mais c'est aussi la vocation de la Cité Descartes, où nous sommes aujourd'hui.

La région capitale peut valoriser davantage encore ses atouts géographiques. Le premier de ces atouts, c'est la Seine. Il faut tirer tout le parti de cette vallée, cette magnifique vallée, avec ses industries, avec ses ports et ses espaces naturels. Faisons en sorte que Rouen et Le Havre soient pleinement intégrés à la dynamique régionale francilienne. Je nommerai d'ailleurs prochainement un nouveau délégué interministériel à la Vallée de la Seine, pour porter l'objectif d'un aménagement durable et cohérent de l'Ile-de-France et des Normandie.

Veillons également à préserver les espaces naturels et à lutter contre l'étalement urbain, à promouvoir la ville dense. Il faut qu'on arrive à convaincre que le logement collectif, ce n'est pas la perte de l'intimité, que le logement collectif, il est moins consommateur d'espace, moins consommateur d'énergie et souvent la meilleure solution. Convaincre que densifier la métropole, c'est construire, de manière ciblée, plus de logements, plus de bureaux, de commerces ou encore de locaux industriels, tout en améliorant le cadre de vie de millions de Franciliens, qui, parfois, vivent dans des conditions dégradées. Et puis, c'est préserver, autour de Paris, les arcs verts et les forêts, préserver la biodiversité, conforter la place de la nature dans la ville elle-même, pour la rendre à la fois plus agréable à vivre et plus accessible.

Ce sont autant d'objectifs que l'on retrouve dans le projet de Schéma directeur pour 2030, c'est le SDRIF, le fameux SDRIF, il a été adopté déjà par le Conseil régional d'Ile-de-France. Il affirme des principes et des orientations claires : le développement de l'excellence économique et de l'emploi, la réduction des inégalités sociales et territoriales et un urbanisme qui réponde aux mutations climatiques et énergétiques. Dans peu de temps, il sera applicable. Ce sera votre document de référence, pour vous, et pour l'Etat, et pour tous les acteurs.

La réalisation de tous ces objectifs bénéficiera à l'ensemble du pays. Car la France a besoin du dynamisme de la région capitale. Elle a besoin de ces investissements, sur lesquels mon gouvernement a décidé de s'engager et ils bénéficieront directement et indirectement à l'ensemble du territoire national.

Notre responsabilité est de préparer l'avenir. C'est le sens du combat que le gouvernement a engagé pour le redressement des comptes publics et la réduction des déficits. C'est le sens de la stratégie d'investissement que le président de la République m'a chargé de mettre en œuvre pour moderniser durablement notre pays. Il n'y a pas de contradiction entre les deux. Au contraire, il y a plus qu'une cohérence.
C'est pour ça d'ailleurs que nous avons mis en place des outils qui aujourd'hui fonctionnent, depuis quelques jours maintenant. Je pense à la Banque publique d'investissement et puis le programme d'investissements d'avenir, que nous avons réactualisé et réorienté pour une partie de ses crédits.

Nous avons défini des priorités, qui concernent aussi bien le logement, que la transition énergétique, la recherche, la santé ou l'enseignement supérieur. Sur le numérique, nous avons fixé un objectif de couverture intégrale du territoire en accès très haut débit, à l'horizon des dix ans, y compris les zones rurales les plus éloignées et il y en a aussi en Ile-de-France. Il mobilisera 20 milliards d'investissements et créera plus de 10 000 emplois directs. Et puis, sur les transports, nous avons engagé une refonte du Schéma national des infrastructures, avec Frédéric CUVILLIER, pour l'orienter aussi sur les transports du quotidien.

Pour l'Ile-de-France, je veux répondre, dès maintenant, aux préoccupations des Franciliens, des Franciliens qui n'en peuvent plus des difficultés pour se déplacer : réseaux routiers saturés, lignes de transports en commun bondées, parfois vétustes. Malgré les efforts déjà réalisés par l'Etat et les collectivités à travers le STIF, le Syndicat des transports, et par les opérateurs, le transport au quotidien est trop souvent synonyme d'inconfort, de retard, de stress et parfois avec des conséquences sociales inacceptables. Quand j'apprends qu'en lisant un CV, sans rien dire, on refuse la candidature parce que la personne en question va emprunter le RER et qu'il risque d'arriver en retard et qu'on ne donnera donc pas suite à son offre pour travailler, tout cela est inacceptable parce que c'est profondément injuste.

Il n'y a qu'une exigence à faire valoir et prévaloir, mais elle est importante : c'est d'abord la qualité de service. L'usager doit être au cœur d'une offre de service pensée pour lui, adaptée à ses modes de vie. Le gouvernement est particulièrement attentif à cette question, décline cet objectif avec conscience sur tous les chantiers qu'il conduit, notamment la réforme du système ferroviaire, Monsieur le Ministre des Transports, qui est particulièrement attendue en Ile-de-France et aussi dans l'ensemble du pays. Ce grand chantier qui donnera, lui aussi, à négociations sociales, à l'image de ce que nous sommes actuellement en train d'engager, devrait nous permettre, enfin, de réussir cette grande réforme ferroviaire nécessaire.

Des améliorations significatives peuvent déjà être obtenues par des mesures simples, avec un coût maîtrisé. Je pense en particulier à « l'information voyageur », Messieurs les Présidents, c'est une question de respect du client qu'on ne peut pas esquiver. C'est ce que j'ai demandé, Mesdames et Messieurs, aux présidents de la SNCF et de la RATP, qui s'y sont engagés, devant moi. Je leur demande également d'être moteurs aussi dans l'ouverture des données publiques, conformément à la politique d'open data conduite par le gouvernement et qui peut donner lieu à de multiples initiatives. Un jeune créateur d'entreprise, à l'instant, avant d'entrer dans cette salle, m'a montré ce qu'il avait déjà réalisé et qui est prêt à en réaliser beaucoup d'autres.

Le réseau francilien nécessite évidemment aussi des investissements, des investissements lourds de modernisation et de développement, sur lesquels le gouvernement a décidé de s'engager, pour mettre fin à la saturation du réseau, désenclaver les territoires et stimuler l'économie régionale.

Pour ma part et pour le gouvernement, nous ne faisons aucune distinction entre ce qu'il a été d'usage d'appeler le « plan de mobilisation », d'une part, et le Grand Paris Express, d'autre part.

Le gouvernement porte désormais, avec les collectivités locales, et notamment le Conseil régional, un plan unique et cohérent de modernisation et de développement du réseau : c'est le « Nouveau Grand Paris ». Il est d'une ambition sans précédent et il est financé.

Le Nouveau Grand Paris est financé pour le réseau existant. J'ai en effet décidé d'affecter 2 milliards d'euros supplémentaires aux opérations de modernisation et de développement de ce réseau. Cela portera les engagements possibles à 7 milliards d'euros et les crédits effectivement mobilisés à 6 milliards d'euros, d'ici 2017. C'est plus du double de ce qui a été dépensé au cours des cinq dernières années. Tous les chantiers prévus seront donc mis en œuvre, dont les tramways. Je serai – vous y verrez un clin d'œil – particulièrement attentif au T4, parce que c'est un symbole, qui desservira, enfin, Clichy-sous-Bois et le plateau de Montfermeil.

Mesdames et Messieurs les Elus, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, je vous sais vigilants, un tiers de cet effort vise les RER qui seront mis en service cette année, du RER B+ au Nord, opérations sur les RER C et D de 2014 à 2017. Je demande encore, là, j'ajoute la RFF à la RATP et la SNCF, d'accroître l'investissement pour améliorer la fiabilité du réseau. Eole sera prolongé, de Saint-Lazare à la Défense, puis vers le Mantois, et les travaux seront engagés dès 2015.

Le Nouveau Grand Paris est également financé pour le Grand Paris Express. J'en confirme devant vous la réalisation intégrale, d'ici 2030. Donc, c'est plutôt une avancée, j'ai lu dans un grand journal qu'on mettait dix ans de plus, c'est exactement le contraire. En tout cas, c'est l'avenir de la région qui se joue là, mais aussi la croissance économique et le rayonnement international de notre pays qui sont en jeu.

L'engagement que je prends ici s'appuie sur une expertise approfondie, qui a conduit à une réévaluation et à une amélioration du projet.

Ce projet coûtait en effet beaucoup plus cher que ce qui avait été annoncé précédemment par le gouvernement : 29,9 milliards d'euros et non pas 20 milliards. Nous avons décidé de l'optimiser, notamment en développant des métros aux capacités adaptées, là où c'est justifié. Nous pourrons ainsi économiser 3 milliards d'euros. C'est le mandat que je donne à la Société du Grand Paris.

Les lignes seront lancées en parallèle, les tronçons s'enchaînent les uns aux autres de manière continue. Les capacités d'ingénierie de nos bureaux d'études et de nos entreprises de travaux publics seront mobilisées pendant plus de quinze ans. Donc, il n'y aura pas d'interruption. C'est une dynamique qui se lance et qu'il faudra absolument soutenir.

La première enquête publique se déroulera dès cette année et, en 2017, tous les projets auront été soumis au Conseil de surveillance de la Société du Grand Paris. L'objectif que j'ai fixé, c'est que les premiers travaux, ceux de la ligne reliant Noisy-Champs au Pont-de-Sèvres, débutent dès 2015.

A l'horizon 2020, la ligne 11 sera à Rosny-sous-Bois, la ligne 14 aura dépassé la Mairie de Saint-Ouen, en direction de Pleyel, le métro en rocade reliera Noisy-Champs au Pont-de-Sèvres, les lignes automatiques de Noisy-Champs au Bourget et de Massy à Saclay seront en travaux, pour une mise en service imminente. Le plateau de Saclay disposera ainsi de l'axe majeur de mobilité tant attendu pour son développement.

En 2025 – je complète ce que j'ai dit tout à l'heure à propos du tramway – un habitant de Clichy, de Montfermeil ou d'Aulnay-sous-Bois pourra rejoindre le centre de Paris en métro automatique, avec une seule correspondance, les zones d'activité de Gonesse seront desservies, le Pont-de-Sèvres sera relié à La Défense, la Seine-Saint-Denis sera irriguée par la rocade de Pleyel à Rosny. Les trois quarts du réseau auront été mis en service.

Dans les années qui suivent, la jonction de la ligne 14 et de la ligne Saclay-Orly offrira un itinéraire alternatif au RER B et facilitera l'accès à l'aéroport. Le pôle d'emplois de Roissy sera, quant à lui, relié à Gonesse et au Bourget. Enfin, en 2030, toutes les lignes du Grand Paris Express seront en service.

Cet investissement, je le dis parce que je m'adresse, au-delà de vous-mêmes, à tous les Français, aura été largement financé par les Franciliens eux-mêmes.

La Société du Grand Paris est aujourd'hui alimentée par plusieurs taxes, dont la taxe locale sur les bureaux. J'ai décidé de les déplafonner, pour augmenter ses capacités de financement. Elle pourra ainsi contribuer à court terme à l'amélioration – car c'est l'urgence – des transports du quotidien. Ce sont les 2 milliards supplémentaires que j'ai décidé d'affecter aux opérations de modernisation et de développement du réseau, tout en réalisant les boucles du Grand Paris Express dans les temps, ce que je viens d'indiquer.

Pour soutenir cet effort considérable de construction, 2 milliards et demi de ressources supplémentaires seront encore à trouver à partir de 2020. C'est peu, au regard des plus de 30 milliards que nous allons engager pour le Nouveau Grand Paris. D'ores et déjà, nous allons étudier des mesures de hausse des amendes forfaitaires de stationnement, au bénéfice des autorités organisatrices des transports et pas seulement en Ile-de-France, mais pour toutes les autorités organisatrices des transports, c'est une très vieille demande du GART et le gouvernement y travaille.

A moyen terme, les besoins de financement monteront, je l'ai dit, à moyen terme, nous tirerons parti de la croissance supplémentaire que nous aurons créée, car, ces investissements d'infrastructures créent de la croissance et en créeront davantage, grâce à la mise en service de nouvelles lignes de transport, ce qui permettra de dégager des ressources nouvelles qui garantissent dans la durée le financement et même au-delà.

De toute façon, je vous le dis sincèrement, si les besoins de la Société du Grand Paris le justifiaient à court terme, je réitère mon engagement de débloquer 1 milliard d'euros supplémentaire à partir de 2015. Donc, l'engagement du gouvernement est total.

J'appelle aujourd'hui les collectivités locales, non pas à faire plus, à renouveler simplement, sans tarder, leurs engagements dans un contrat avec l'Etat, puisqu'on a modifié sensiblement l'organisation, pour boucler le plan de financement que je propose, qui est plus juste et plus équilibré.

Par ailleurs, je proposerai au Parlement de remettre la Société du Grand Paris dans le droit commun. Le Syndicat des transports de l'Ile-de-France sera l'autorité organisatrice de plein exercice des transports, compétente sur tous les réseaux, y compris le Grand Paris Express. Il deviendra, de ce fait, une autorité organisatrice de la mobilité durable, en étendant son champ de compétence à tous les modes de déplacement. La Société du Grand Paris deviendra, quant à elle, un opérateur de l'Etat comme les autres.

Il manquerait un élément essentiel si je n'évoquais pas le projet Charles-de-Gaulle Express. Je ne crois pas que l'aéroport de Roissy et les compagnies aériennes puissent se satisfaire des liaisons qui les relieront au centre de Paris, même avec le RER B+, que j'ai cité tout à l'heure, et une branche du Grand Paris Express. Ils sont dans le plan. C'est pourquoi j'ai demandé à Frédéric CUVILLIER de reprendre le projet ligne directe, en y impliquant RFF, mais surtout AEROPORTS DE PARIS. J'y mets toutefois une condition : il n'y aura pas de subventions de l'Etat ou des collectivités locales pour cet investissement qui doit pouvoir s'autofinancer.

Mesdames, Messieurs, vous pouvez le mesurer vous-mêmes, le projet francilien de mobilité sera l'armature du développement de l'Ile-de-France. A chaque nouvelle desserte, est associé un projet de territoire – nous le voyons ici – avec de nouveaux quartiers, des commerces et des logements, de nouvelles activités économiques et culturelles et toujours des espaces naturels. Les gares constitueront ainsi autant de pôles d'échanges multimodaux qui organiseront le développement urbain. C'est le nouveau Grand Paris du 21e siècle qui va se dessiner sous nos yeux, que nous allons bâtir ensemble et d'abord, vous, Mesdames et Messieurs les Elus.

Ce nouveau Grand Paris, qui est pour nous un formidable défi, nous allons le réussir. J'ai évoqué à plusieurs reprises la nécessaire coopération de l'Etat et des collectivités locales. Nous aurons besoin d'unir nos forces pour construire des logements et des lignes de transport. Nous aurons besoin d'unir nos forces pour stimuler la compétitivité des entreprises franciliennes et pour promouvoir un développement durable.

Mais pour aller de l'avant ensemble et mobiliser les énergies, il nous faut des institutions adaptées et des outils performants. La dynamique des territoires de l'Ile-de-France doit être soutenue par une nouvelle gouvernance, qui permette de déployer une action publique claire et déterminée.

Le projet de loi de décentralisation, qui sera présenté au Conseil des ministres du 10 avril prochain, confortera le rôle des métropoles dans notre pays et renforcera celui des régions dans le soutien au développement économique, au développement et au soutien des entreprises à l'innovation, je pense en particulier aux PME, je pense aux ETI, sous toutes les facettes de ce soutien, qu'elles assurent déjà, mais qu'elles assureront encore davantage comme chef de file de cette compétence.

Quant au Conseil régional d'Ile-de-France, il est particulièrement investi sur ces sujets. Je viens encore d'en avoir la démonstration il y a quelques instants. Je sais que le gouvernement peut compter sur lui et sur son président, Jean-Paul HUCHON, que je salue amicalement, pour justement que ce rôle de chef de file en matière de développement économique soit encore plus fort.

Mais l'Ile-de-France doit également se doter d'outils pour renforcer la cohérence de l'action des collectivités locales, ainsi que l'efficacité des politiques qu'elles copilotent avec l'Etat.

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis la Conférence métropolitaine que le maire de Paris, Bertrand DELANOË, avait lancée en 2008. Je veux saluer ici les élus de Paris Métropole, ainsi que les travaux qu'ils ont menés pour le renouveau de la gouvernance francilienne. Il faut beaucoup de débats pour avancer, beaucoup de concertations, beaucoup d'échanges. N'ayons pas peur de ces échanges, ils sont utiles, ils sont indispensables. S'il n'y avait pas eu tous ces échanges, nous n'aurions pas pu avancer sur la question des transports. Nous avancerons aussi sur tout le reste.

Je ne vais pas, là, entrer dans le détail du projet de loi de décentralisation ! Il est actuellement examiné par le Conseil d'Etat. Je peux d'ores et déjà vous indiquer que l'objectif du gouvernement, c'est d'abord de « muscler » les intercommunalités, celles de la région, mais celles aussi de l'ensemble du territoire national. S'agissant de la région, d'abord, dans les secteurs les plus denses, nous proposerons au Parlement la généralisation de l'intercommunalité d'ici le 31 décembre 2015. Donc, fixer un calendrier exigeant et mobilisateur.

L'espace métropolitain, lui, doit se structurer de manière privilégiée autour de nos grandes intercommunalités. Parce que je ne crois pas à l'aménagement de l'Ile-de-France comme une sorte de « peau de léopard », avec quelques centres d'excellence et des espaces moins développés. Avec 300 000 habitants au minimum en petite couronne et 200 000 dans le reste de la zone dense, les intercommunalités pourront conduire des projets de développement ambitieux, fédérateurs et cohérents.

Ces nouvelles intercommunalités conforteront d'ailleurs la logique des contrats de développement territorial, dont la négociation – Madame le Maire, vous en avez parlé – doit se poursuivre, sur le modèle de ce qui se fait dans la vallée de la Bièvre, à Plaine Couronne et donc ici, à Marne-la-Vallée.

Sur la base de la nouvelle carte intercommunale, une coopération renforcée sera mise en place avec la création, le 1er janvier 2016 – donc juste après – d'un établissement public, la Métropole de Paris. Mais je ne veux pas d'une institution de plus. Je veux un outil qui renforcera l'efficacité des programmes d'aménagement et de logement, qui permette notamment d'atteindre les objectifs ambitieux de construction de logements que j'ai rappelés.

Sur ces objectifs, les attentes sont particulièrement fortes dans la zone dense. Mais je le dis aussi, je ne veux pas d'une politique du logement à deux vitesses, où on oublierait une partie de la région. C'est pour ça que je propose un Schéma régional de l'habitat et de l'hébergement, qui veillera à la cohérence des orientations et à la diversité des situations. Il prendra en compte la spécificité des zones denses, des territoires périurbains et des zones rurales.

Quant aux établissements publics fonciers, ils seront fusionnés en un seul et un fonds de solidarité – j'ai parlé d'inégalités sociales et territoriales – sera également créé, afin que des départements les plus riches soient solidaires de ceux qui ont le plus de charges. C'est ça l'esprit du projet du gouvernement.

Le gouvernement a fait des choix. Il appartiendra au Parlement de se prononcer sur le projet dans le cadre du débat à venir. Il examinera, il sera attentif et disponible aux propositions dont il sera saisi pour renforcer l'efficacité de la gouvernance francilienne, ainsi que la solidarité entre les territoires. Donc, ce sera aux parlementaires qui, bien entendu, se feront l'écho de ce que les élus territoriaux leur diront et leur exprimeront, de travailler et de dialoguer avec le gouvernement. Mais il faut avancer, c'est notre responsabilité.

Mesdames et Messieurs, quelle fierté pourrions-nous tirer d'un PIB régional en forte hausse, si, dans le même temps, des bidonvilles se développent dans nos banlieues et que le taux de chômage atteint des niveaux alarmants dans certaines communes ? Quelle fierté pourrions-nous tirer de l'attrait qu'exerce la région capitale sur de grands artistes ou de grands chercheurs, si l'illettrisme progresse dans les milieux les plus modestes ? Quelle fierté pourrions-nous tirer de nos espaces naturels remarquables, si les Franciliens en sont tenus à l'écart ?

Dans la mondialisation, la France a toute sa place et toutes ses chances. Les métropoles y jouent déjà un rôle stratégique. Notre pays a la chance d'avoir une métropole mondiale qui est la métropole du Grand Paris, de l'Ile-de-France. Il faut lui donner tous les moyens de son développement et de son rayonnement. C'est ça notre responsabilité. Une agglomération d'Ile-de-France, un Grand Paris qui se développent, ce n'est pas Paris contre la province, c'est toute la France qui se porte mieux.

Alors, c'est notre responsabilité, je le répète encore, en insistant sur le mot « responsabilité », de relever le défi pour faire de l'Ile-de-France une région exemplaire, une région solidaire et écologique, une région où l'on puisse travailler, se déplacer et vivre dans les meilleures conditions possibles. Une région exemplaire qui donne de la confiance et de l'espoir aux Français qui parfois doutent de leur propre avenir.

En tout cas, là comme ailleurs, le gouvernement prend des engagements. Ils sont sans précédent. Parce que le gouvernement veut que ce projet se réalise. Mais rien, encore une fois, ne se fera sans vous. C'est pour ça que je compte sur votre expérience, votre connaissance du terrain, votre savoir-faire, je compte sur votre énergie, je compte sur votre volonté de réussir, je compte sur vous et je crois que nous réussirons ensemble.


Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 8 mars 2013

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