Interview de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative à Radio Classique le 8 mars 2013, sur le projet de loi de refondation de l'école de la République et la journée des droits des femmes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative à Radio Classique le 8 mars 2013, sur le projet de loi de refondation de l'école de la République et la journée des droits des femmes.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative

ti :


ANNE-LAURE JUMET
Les lettres de cadrage, on en parlait à l’instant, sont transmises aujourd'hui aux ministres pour le budget 2014. Matignon va demander un effort important au-delà de quatre milliards d’euros, cinq milliards disent même Les Échos ce matin. Aucun ministère ne devrait être épargné, pas même l’éducation dont la mission est jugée prioritaire. Est-ce que c’est un obstacle finalement aux politiques que vous souhaitez mener ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Depuis la campagne présidentielle, François HOLLANDE avait bien fixé l’objectif qui était de désendetter le pays puisque nous vivons un peu à crédit sur nos enfants. Par conséquent, il n’y a pas me semble-t-il véritablement de tournant dans la manière d’aborder la question de la crise. Seulement pour nous, à l’éducation nationale et à la réussite éducative, nous faisons partie des priorités qui ont été définies pour le pays.

ANNE-LAURE JUMET
Mais vous devrez quand même faire des efforts.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Nous avons effectivement la possibilité de maintenir le cap en matière d’embauches mais sur la vie courante, sur les autres dépenses du ministère, bien évidemment comme tout le monde on participera à l’effort.

ANNE-LAURE JUMET
Les dépenses de fonctionnement. Vous êtes à l’os comme le disent certains ministres aujourd'hui ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je pense qu’effectivement il faut qu’on gère les choses sérieusement. L’éducation nationale n’a jamais eu des dépenses somptuaires dans son fonctionnement mais je crois qu’en cherchant bien, on trouvera quand même la possibilité de faire quelques économies sur le fonctionnement.

ANNE-LAURE JUMET
De combien ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je pense qu’en ce qui nous concerne, effectivement le respect de l’engagement sur la priorité accordée à l’éducation nationale et à la jeunesse sera respecté.

PERRINE TARNEAUD
George PAU-LANGEVIN, la cote de popularité de François HOLLANDE est au plus bas ; il décroche même auprès des électeurs de gauche. Comment renouer alors avec les Français ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Il me semble que la difficulté dans laquelle nous sommes aujourd'hui, c’est que bien évidemment pour redresser ce pays, il faut demander des efforts à tout le monde. Ce que François HOLLANDE avait dit et que nous sommes en train de faire, c’est essayer de répartir l’effort pour que les plus modestes ne soient pas impactés le plus par l’effort. Dans la période SARKOZY, il y avait une difficulté. C’est qu’effectivement les plus riches étaient, me semble-t-il, trop épargnés. Mais il n’en reste pas moins que quand il y a des suppressions d’emplois, quand des gens sont au chômage, il est normal qu’ils vivent la situation difficilement. On doit essayer de prendre des mesures pour qu’à moyen terme ou même dans quelques temps la situation se redresse. Mais aujourd'hui il y a manifestement pour tout le monde une période qui est un peu difficile.

PERRINE TARNEAUD
Oui ; mais surtout visiblement les Français ne comprennent pas quelle politique est menée. C’est notamment le résultat du sondage CSA pour Les Échos ce matin : cinquante-cinq pour cents des Français estiment que François HOLLANDE navigue à vue. Alors, est-ce que c'est une question d’absence de pédagogie ou tout simplement l’absence de caps politique et économique clairs ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Non. Je ne pense pas qu’on puisse dire une chose pareille puisque, effectivement, il y a des ajustements qui tiennent de la conjoncture, mais on voit bien que, me semble-t-il, il y a une cohérence absolue entre ce qui avait été annoncé avant l’élection et ce qui est fait aujourd'hui. Dans notre cas, par exemple, quand nous faisons la loi sur la refondation de l’école, quand nous modifions les rythmes scolaires, cela simplement décline des engagements de campagne.

PERRINE TARNEAUD
Mais en matière d’économie, certains à gauche trouvent que ce n’est pas tout à fait le cap qui avait été fixé pendant la campagne, et qu’il est plus social libéral qu’il ne l’avait montré pendant la campagne présidentielle.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je pense qu’effectivement il est normal qu’il y ait certains qui sont plus à gauche que nous ne l’avons été qui essayent d’infléchir la politique du gouvernement dans le sens qui leur semble préférable.

PERRINE TARNEAUD
C’est peut-être ça qui gêne les Français ; c’est ce tiraillement entre deux caps économiques au sein du Parti socialiste.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Ce n’est pas simplement au sein du Parti socialiste. Le Parti socialiste a toujours été un lieu de débats. Vous avez toujours l’un ou l’autre qui vous dira : « Il faut faire davantage ceci ou davantage cela ».

PERRINE TARNEAUD
Oui, mais en période de crise, il faut peut-être aller un peu plus loin que le débat et montrer un cap clair.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je ne crois pas qu’on arrivera à faire du Parti socialiste quelque chose de monolithique. Pour autant, vous avez quand même la grande majorité du groupe qui est soudée derrière le président de la République et derrière le gouvernement. Donc qu’il y ait du débat, à mon avis au sein du PS, on n’arrivera jamais à l’éviter. Mais il y a, me semble-t-il, un cap qui a été défini. On s’y tient et véritablement je n’ai pas le sentiment que François HOLLANDE a toujours été quelqu'un qui était un social-démocrate. Ça n’a jamais été un révolutionnaire.

ANNE-LAURE JUMET
Il y a peut-être quand même, George PAU-LANGEVIN, un problème de pédagogie. D’ailleurs, on voit que François HOLLANDE semble avoir compris et il va passer plus de temps en province, il va s’exprimer à la télévision. Est-ce qu’il y a un problème quand même de faire savoir de l’action gouvernementale ? Est-ce qu’il n’y a pas ce problème-là ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je pense qu’en toute hypothèse, il est toujours utile de ne pas s’enfermer et d’aller voir les gens, de parler avec les gens. Si on veut effectivement qu’ils comprennent ce qu’on fait, il faut leur en parler. Nous par exemple, à notre niveau, s’agissant de la réforme des rythmes scolaires, comme elle n’était pas comprise, on multiplie les déplacements pour prendre directement le pouls des gens qui se posent des questions. En toute hypothèse, aller discuter avec les gens est de toutes les manières quelque chose qui, me semble-t-il, relève finalement un peu des obligations des personnes qui exercent des responsabilités.

PERRINE TARNEAUD
Est-ce que vous savez aujourd'hui, sur la réforme des rythmes scolaires, combien de communes vont l’appliquer en septembre 2013 ? Il y a une opposition très forte de la part des maires. Est-ce que vous avez un pourcentage ? Un chiffre ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
On n’a pas un pourcentage, on va l’avoir fin mars puisque les maires ont jusqu’à la fin du mois de mars pour se décider. Il y a surtout, me semble-t-il, des interrogations de leur part, puisque nous sommes en train d’introduire une modification sensible dans la manière dont la semaine des enfants est organisée. Par conséquent, il est normal qu’il y ait des interrogations des parents, des enseignants et des maires. Nous sommes donc en train aujourd'hui d’expliquer et surtout de recueillir un petit peu les points de blocage, pour voir comment on peut apporter des réponses adaptées.

ANNE-LAURE JUMET
Il y a quand même un problème de financement de cette réforme. Les collectivités doivent en partie financer ce temps périscolaire rendu par la semaine de quatre jours et demi. Vous leur dites aujourd'hui : « On n’a pas de moyens supplémentaires à vous accorder. » Alors, est-ce que ce n’est pas compliqué quand même pour elles de mettre en oeuvre cette réforme ? On voit des réticences : Lyon qui ne va l’appliquer qu’en 2014, à Paris c’est difficile également.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Je pense qu’il faut bien repartir de l’objectif de la réforme. Il faut bien se dire qu’il n’y a pas une heure de classe en moins pour les enfants, donc les collectivités n’ont pas à les accueillir plus longtemps qu’auparavant. Simplement, nous modifions en ce sens qu’au lieu de travailler tous les après-midis jusqu’à une certaine heure, ils vont avoir classe le mercredi matin. En réalité, l’éducation nationale reprend à sa charge une matinée qui, pour l’instant, était occupée souvent par du périscolaire. Il va y avoir des adaptations et des modifications à faire dans la répartition de la semaine, mais je ne pense qu’on puisse dire au total que les collectivités auront beaucoup d’heures supplémentaires.

ANNE-LAURE JUMET
C’est leur sentiment néanmoins. Le transport notamment à prendre en charge.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Elles auront à modifier leur organisation. On est conscient de ce que ça demandera des efforts d’ajustement pour elles et surtout, pour les communes qui n’avaient pas de périscolaire, elles seront amenées à en proposer parce que les enfants seront libérés plus tôt. Mais encore une fois, ça fait apparaître surtout l’inégalité actuelle entre les enfants puisque dans certains endroits, il y a du périscolaire qui est bien organisé, qui est riche et qui est fourni. Dans d’autres endroits, il y avait peu de choses et c’est l’occasion pour les maires de se poser la question et de répondre aux attentes des parents, donc d’enrichir l’offre qu’ils font en matière de périscolaire.

PERRINE TARNEAUD
George PAU-LANGEVIN, on va parler de la journée de la femme entre femmes. La réforme du congé parental : le gouvernement souhaite inciter le second parent à rester aussi à la maison - dans quatre-vingt-dix-sept pour cents des cas, c’est l’homme, c’est le père – avec une allocation dans ce cas bonifiée. Je ne comprends pas. Pourquoi avantager finalement plus les hommes que les femmes en termes d’allocation pour le congé parental ? Est-ce que ce n’est pas finalement entériner une discrimination salariale qui existe déjà ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
En tous cas, c’est une mesure incitative, mais on tente de régler un problème qui, me semble-t-il, est important. C'est que le congé parental repose actuellement exclusivement sur les femmes. Or, si vous prenez ce qui se passe dans les pays nordiques, ce n’est pas le cas.

PERRINE TARNEAUD
Non, parce qu’on oblige aussi les hommes à rester à la maison. Pourquoi ne pas faire la même chose en France ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
Ce qui est important et ce qu’on est en train d’amorcer aujourd'hui, c’est de dire que ce congé parental, nous souhaitons qu’il soit pris en partie par les hommes et en partie par les femmes.

PERRINE TARNEAUD
Mais alors, pourquoi payer plus les hommes pour rester à la maison que les femmes ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
C’est une mesure incitative.

PERRINE TARNEAUD
Ça me choque en tant que femme.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Moi aussi je crois que ce congé parental, il faut aboutir à ce qu’on arrive quasiment à une égalité entre hommes et femmes. Dans les pays nordiques, il est partagé par moitié. Si par exemple la moitié n’est pas prise par l’homme, elle est perdue. Mais je crois qu’on n’en est pas encore là, mais il faut avancer à petits pas.

ANNE-LAURE JUMET
Également le sujet de l’égalité salariale. Najat VALLAUD-BELKACEM, la ministre en charge des droits des femmes, a pris ce dossier à bras-le-corps. Elle parle de sanctions pour les entreprises si rien n’est fait dans les six mois. Il y a un décret aujourd'hui qui prévoit des sanctions. Comment on contrôle les entreprises ? C'est quand même très compliqué de savoir ce qu’elles font exactement.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Ça, depuis une loi qui est déjà due à plusieurs années, dans le bilan social des entreprises ils doivent rendre compte de ce qu’ils font sur le terrain de l’égalité professionnelle, puisque l’égalité professionnelle est une obligation qui est imposée aux entreprises depuis une loi (08 :27 :47 phon). Aujourd'hui, on passe au stade ultérieur, c'est-à-dire qu’on introduit si nécessaire des sanctions. Malheureusement dans certains cas, pour arriver à ce résultat, on est obligé de passer par les sanctions financières. Vous avez à peu près le même problème aussi en matière politique, puisqu’il a fallu se poser la question des sanctions financières pour les partis qui ne présentaient pas suffisamment de candidates femmes.

PERRINE TARNEAUD
Ça existe aujourd'hui déjà.

ANNE-LAURE JUMET
Qui vont être alourdies

GEORGE PAU-LANGEVIN
Vous avez certains partis comme l’UMP qui préfèrent payer l’amende plutôt que de présenter des femmes. L’Assemblée nationale, à ce point de vue, est encore assez significative.

ANNE-LAURE JUMET
Finalement, la sanction est le seul moyen de faire avancer les choses à ce sujet.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Non mais je crois que le plus important est quand même d’expliquer et de faire de la pédagogie. Ce que nous faisons aujourd'hui à l’occasion de cette journée du droit des femmes est une manière de faire réfléchir les responsables et l’opinion pour leur dire qu’aujourd'hui, nous avons progressé dans la situation des femmes dans ce pays, mais nous sommes encore loin du compte.

PERRINE TARNEAUD
Paris Match vous décrit cette semaine comme une des femmes ministres sans flamme – sans flamme ! – du gouvernement, c'est-à-dire ces femmes ministres qui ont un peu de mal à émerger. Alors, est-ce que c’est la faute à un portefeuille un peu trop flou ? ou peut-être un ministre de l’éducation trop omniprésent ?

GEORGE PAU-LANGEVIN
J’ai appris avec intérêt que je passais mon temps à me balader dans les rues de Paris. Je ne sais pas où ils ont pris ça ! Ils auraient mieux fait sans doute de me rencontrer pour savoir ce que je faisais.

PERRINE TARNEAUD
Non mais c'est vrai que vous êtes quelques femmes à avoir du mal un peu à émerger en termes de visibilité.

GEORGE PAU-LANGEVIN
Il est clair, si vous voulez, que quand on est ministre délégué, c'est souvent le cas des ministres délégués. Soit on est ministre délégué avec un portefeuille très identifié, comme par exemple vous vous occupez des transports, de la mer : là, c’est quelque chose qui est une attribution claire. En l’espèce, il est vrai que la réussite éducative est sans doute un concept qui est moins affirmé. Par ailleurs, je pense aussi qu’indiscutablement Vincent PEILLON est habité par son sujet ; il a beaucoup de surface médiatique mais sur notre vie quotidienne, j’ai l’impression de faire des choses utiles et finalement d’être sur un secteur qui est un secteur me semble-t-il important pour notre pays et où vraiment je m’épanouis totalement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 mars 2013

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