Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la coopération bilatérale entre la France et le Canada, le transfert de dossiers d'expatriés à l'administration centrale canadienne, le "nouveau modèle français" et la politique de réforme et de dialogue menée par le Gouvernement, Ottawa le 13 mars 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, sur la coopération bilatérale entre la France et le Canada, le transfert de dossiers d'expatriés à l'administration centrale canadienne, le "nouveau modèle français" et la politique de réforme et de dialogue menée par le Gouvernement, Ottawa le 13 mars 2013.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel au Canada du 13 au 16 mars 2013 - Re?ception offerte par Monsieur le Premier ministre et Madame Brigitte Ayrault en l’honneur de la communaute? franc?aise d’Ottawa, le 13

ti : Bonsoir mesdames, messieurs, merci de votre présence, merci Monsieur l'Ambassadeur, et puis mesdames, messieurs les ministres, mesdames et messieurs les députés et sénateurs, mesdames, messieurs mes chers compatriotes.


Avec l'ensemble de la délégation qui m'accompagne, et mon épouse, je voudrais d'abord vous remercier Monsieur l'Ambassadeur, et votre épouse, pour la qualité de votre accueil et d'avoir organisé aussi cette rencontre, et pas dans n'importe quel lieu. Un lieu vraiment magnifique, qui est chargé d'histoire, qui est tout un symbole, puisqu'il consacre, par sa majesté, la relation d'amitié qui unit la France et le Canada. C'est un lieu que je trouve vraiment extraordinaire, représentatif de l'architecture art déco, et qui symbolise la première étape des relations diplomatiques entre la France et le Canada. La France avait voulu marquer ce départ, et je crois que c'était bien nécessaire, tant les relations entre les deux pays sont intenses, profondes, et durables. C'est d'ailleurs ce que j'ai pu dire au Premier ministre Stephen Harper, avec lequel je me suis entretenu plus longuement que c'était prévu, d'ailleurs, par le protocole, c'est dire que nous avons tout de suite été dans le vif du sujet et abordé beaucoup de questions bilatérales, mais aussi des questions internationales. J'aurai l'occasion de le retrouver tout à l'heure à l'issue de cette réception, puisqu'il nous accueille pour un dîner officiel.

En tout cas, dès mon arrivée, j'ai aussi pris la mesure de ce qu'est la capitale nationale du Canada, cette colline parlementaire, où nous avons été reçus il y a quelques instants, qui est le siège du pouvoir politique de ce pays, qui est le deuxième au monde par sa superficie, que beaucoup ignorent. Je voulais le rappeler parce que c'est une réalité. Et ce monument de la place de la Confédération où je suis passé tout à l'heure, rappelle les sacrifices qui ont été consentis par les soldats canadiens au long des conflits du 20e siècle. Et ici à Ottawa, et plus encore dans cette ambassade, où est sculptée une reproduction du monument érigé à Vimy, notre pensée va d'abord à ces soldats tombés sur le sol de France, sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, ou dans les combats de la Libération.

Aujourd'hui nos deux pays sont des pays libres, qui sont engagés côte à côte sur de nombreux fronts, le premier front c'est celui de la sécurité internationale. Je viens de remercier le Premier ministre Harper pour l'appui du Canada aux opérations en cours au Mali, que la France a engagé pour éviter l'enracinement d'un bastion terroriste qui aurait durablement menacé la stabilité de l'Afrique de l'Ouest, mais aussi la sécurité de la France et de l'Europe. Et je voudrais saluer à cette occasion, devant vous, mes chers compatriotes, la mémoire de nos soldats, de nos quatre soldats, qui sont tombés, et aussi associer, dans cet hommage, leurs frères d'armes africains, qui ont consenti le sacrifice de leur vie dans ce combat contre le terrorisme et pour nos valeurs.

Je voudrais aborder un deuxième front, qui est le front économique. L'un des objectifs de mon voyage au Canada, et au Québec, est précisément d'examiner comment contribuer, par l'accroissement de nos échanges, au retour de la croissance et de l'emploi en France et en Europe. Avec les entreprises qui m'accompagnent, je rencontrerai nos partenaires commerciaux à chaque étape. La France est le septième investisseur au Canada, c'est son huitième fournisseur, c'est son neuvième client. Nous pouvons faire davantage, nous pouvons faire mieux. La perspective d'un accord de coopération économique et commerciale global, j'ai eu l'occasion de l'évoquer avec le Premier ministre, entre l'Union Européenne et le Canada, doit y contribuer. C'est pour cela qu'il faut poursuivre cette négociation et la conclure.

Et puis l'autre front que je voudrais évoquer, c'est le front de l'innovation, celui du savoir, des échanges universitaires. Notre partenariat, sur ce plan, est exemplaire, et nous devons le poursuivre absolument. Je saisis d'ailleurs l'occasion pour saluer votre présence, Madame Michaëlle Jean, non seulement en votre éminente qualité d'ancienne gouverneure générale du Canada, mais aussi comme chancelière de l'université d'Ottawa, qui est l'un des premiers partenaires universitaires de la France au Canada.

Mes chers compatriotes, ce soir vous représentez les Français d'Ottawa, en Ontario, mais aussi ceux de Gatineau, au Québec, de l'autre côté de la rivière des Outaouais, vous faites partie d'une communauté nombreuse, qu'on estime à environ 200 000 personnes, qui vivent au Canada et dans ses différentes provinces. Cette communauté française s'enrichit chaque année de milliers de jeunes étudiants, professionnels, experts, qui sont attirés par les possibilités d'épanouissement personnel ou professionnel, qu'offrent les vastes espaces canadiens. Votre présence, je vous le dis sincèrement, est un facteur essentiel au dynamisme de la relation entre nos deux pays.

Je le sais, plusieurs de nos compatriotes ont été préoccupés ces derniers mois par le transfert de leur dossier de plusieurs consulats canadiens, dont celui de Buffalo, à l'Administration centrale canadienne. Notre ambassadeur, et je l'en remercie, s'est mobilisé et a obtenu confirmation du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration que ces dossiers étaient à nouveau dûment traités, il n'y a donc plus lieu de parler des "oubliés de Buffalo." Oui, mes chers compatriotes, c'est comme ça qu'on les appelait. Vous êtes insérés au Canada et cela dans des secteurs d'activités particulièrement variés, et à votre façon vous contribuez à la vitalité économique de ce pays et vous participez aussi à sa vie culturelle. Avec la distance vous avez bien souvent une conscience aigüe que la France n'est pas n'importe quel pays, qu'elle représente des valeurs, qu'elle représente un modèle, auquel elle est profondément attachée, qui est le modèle républicain, qu'elle représente aussi une organisation des rapports sociaux, qui continue de par le monde à être une source d'inspiration. Il est vrai que loin de France on prend conscience de l'essentiel et on ressent une légitime fierté, et je voulais la partager ce soir avec vous.

C'est justement parce que je suis convaincu de la force de cette singularité française que mon gouvernement a entrepris des réformes d'une ampleur inédite, qui n'ont d'autre objectif que de réformer notre modèle pour mieux le préserver, le réinventer et le renforcer davantage, et surtout le mettre dans le siècle qui est le nôtre, ce siècle du monde, ce siècle du 21ème siècle, dans lequel la France a toute sa place, tout son rôle à jouer, si elle sait prendre les bonnes décisions et mettre en œuvre les réformes nécessaires. J'ai appelé cette démarche « le nouveau modèle français », c'est la perspective qui est la nôtre, qui demande de l'investissement, qui demande de l'effort, qui demande parfois de la rigueur, mais qui exige aussi de la justice, et qui exige aussi des réformes. Et c'est bien pour cela que ce gouvernement a pour objectif de rendre notre économie plus compétitive, de recréer des emplois, de recréer des richesses, préparer l'avenir. Nous avons lancé de nombreux chantiers, je pense au chantier de la modernisation de l'action publique pour mieux servir les Français, mais aussi inventer et mieux gérer l'argent public pour retrouver des marges de manœuvre, budgétaires, et les mettre à profit justement pour investir mieux, innover davantage et préparer l'avenir. C'est le chantier, par exemple, que nous avons lancé, de la refondation de l'école, pour la rendre plus performante pour la jeunesse, pour tous les jeunes. Et vous, vous savez bien que cette question de l'éducation et de la formation est essentielle pour vos enfants. Ce chantier est essentiel pour l'avenir de notre pays. Il ne porte pas des fruits immédiatement, il peut provoquer parfois de l'impatience, tant l'attente est grande. Mais il faut le faire, il faut l'engager. C'est ce que le gouvernement a fait, c'est vrai dans beaucoup de domaines, avec un souci permanent, de plus de justice, de plus de solidarité. Au fond, parce que nous sommes la France, et que la France est attachée, et ce n'est pas seulement dans ses valeurs, c'est aussi dans ses principes et dans ses engagements constitutionnels, au principe d'égalité, d'égalité des chances, qui donne à chacun la perspective de réussir son propre avenir et de trouver sa place dans la société.

Alors, c'est vrai que ces réformes, je pense notamment aussi aux efforts que l'on doit faire pour réduire notre dette, nos déficits publics, demandent effectivement du courage, mais je voulais vous dire ce soir que de courage nous n'en manquons pas. Cela demande, je l'ai dit, des efforts, les Français sont prêts à y consentir à condition qu'ils sachent évidemment dans quelle direction nous voulons aller, je vous l'ai rappelé brièvement. En même temps en ayant la garantie que ces efforts soient équitablement répartis. Je l'ai dit, cela demande du temps, cela demande de la méthode, cela demande du dialogue. Du dialogue, parce qu'on ne peut pas réformer la France par à-coups ou brutalement. Ce combat que nous avons engagé, nécessite en effet de prendre le temps pour trouver ensemble les bonnes solutions. De ce point de vue, l'accord qui a été négocié, avec les partenaires sociaux, sur la sécurisation de l'emploi, c'est-à-dire ce qu'on appelle parfois le marché du travail, est une étape, pour moi, historique. Depuis au moins 30 ans il n'y avait pas eu ce type d'accord. Ça veut dire que la France est capable de se réformer, qu'elle est capable de trouver les bons compromis, et d'aller à l'essentiel.

Et donc vous qui êtes loin de la France, vous êtes engagés dans une aventure, d'une certaine façon. Elle est exaltante. Elle a aussi ses contraintes, et donc c'est pour ça que mon gouvernement est attentif aussi à vos difficultés, et je remercie encore Monsieur l'Ambassadeur et ses services, de vous accompagner.

Et notamment j'évoquais l'éducation, l'éducation de vos enfants, c'est bien sûr votre première préoccupation. Le réseau de l'AEFE, dont fait partie le lycée Claudel d'Ottawa, y pourvoit. Le réseau de l'AEFE contribue aussi, et j'en suis heureux, à l'influence culturelle et intellectuelle de la France. C'est un trésor ce lycée, comme tous les lycées français, d'ailleurs, de par le monde, il faut les préserver. Dans cette perspective la politique des bourses a été réformée afin d'en accroître l'équité et la soutenabilité financière, chaque situation difficile fera l'objet d'un examen individuel.

Dans ce pays étendu qu'est le Canada, une activité de veille consulaire a été maintenue à Ottawa pour maintenir un accès satisfaisant aux services consulaires, mais en ce domaine nous devons aussi être capables de nous adapter en tirant parti du développement de l'Administration en ligne. C'est ça aussi la modernisation de l'action de l'Etat. Le ministère des Affaires étrangères y veille particulièrement.

Mes chers compatriotes, il y a bientôt 400 ans, Champlain remontait la rivière des Outaouais, celle que nous apercevons ici de ces fenêtres. Il était sans doute un des premiers européens à s'aventurer sur ces terres. Il n'avait pas peur, et il avait su donner la confiance à ceux qui l'accompagnaient. Peut-être cherchait-il un passage vers la Chine, et en cela il était un grand éclaireur. En tout cas il fut accepté et accueilli ici, et d'une certaine manière Champlain nous a ouvert la voie, son esprit visionnaire inspire encore aujourd'hui la relation entre la France, le Canada et ses provinces. Eh bien je souhaite que vous nourrissiez, à votre façon, l'amitié profonde que nos deux peuples éprouvent l'un envers l'autre.


Vive l'amitié franco-canadienne, vive la République et vive la France.


Source http://www.gouvernement.fr, le 15 mars 2013

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