Déclaration de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, sur le bilan de vingt ans du programme hospitalier de recherche clinique, Paris le 14 mars 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, sur le bilan de vingt ans du programme hospitalier de recherche clinique, Paris le 14 mars 2013.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol.

FRANCE. Ministre des affaires sociales et de la santé

ti : Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux,
Mesdames et Messieurs les Présidents d'Université,
Mesdames et Messieurs les Doyens,
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureuse d'être aujourd'hui à vos côtés pour célébrer les 20 ans du programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), dont tout le monde s'accorde à reconnaître le rôle fondateur.

Le 4 juillet dernier, lors du 3ème anniversaire de l'Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (AVIESAN), j'ai affirmé ma volonté de donner un nouvel élan au PHRC. Je veux ainsi profiter de l'occasion qui m'est donnée pour faire le point sur ce programme et pour dessiner l'avenir de la recherche clinique française.

Faire avancer la recherche clinique, investir dans le savoir médical, c'est préparer la santé de demain. C'est anticiper pour avoir un temps d'avance et pour inventer les traitements d'avenir.

C'est aussi donner à la France les moyens de rester compétitive et de demeurer une force d'entraînement. Les avancées de la recherche essaiment en effet dans tous les domaines, elles profitent à la société tout entière. Elles sont une source de croissance et de compétitivité. Elles sont créatrices d'emplois. Ma conviction, c'est que la recherche est indissociable du rayonnement de notre pays, de son influence et de sa capacité à rester une référence en matière de santé. Le PHRC doit nous servir de point d'appui pour structurer la filière santé et notamment dans le domaine des dispositifs médicaux.

Avant toute chose, permettez-moi de remercier Sylvie CHEVRET, ainsi que l'ensemble des membres du groupe de travail que j'ai mis en place au début du mois de novembre. Comme un clin d'œil aux deux décennies qui viennent de s'écouler, vous avez présenté dans votre rapport 20 recommandations. Elles constituent une base solide et cohérente pour donner une nouvelle impulsion à notre recherche clinique.

Je voudrais également saluer Jean SIBILIA, président du comité national de coordination de la recherche (CNCR) : je sais que la contribution du CNCR à la réflexion sur l'évolution du PHRC a été déterminante.

Par ailleurs, la mobilisation exceptionnelle du comité de pilotage des 20 ans du PHRC mérite ici d'être reconnue. Je veux remercier Loïc GUILLEVIN, Philippe RAVAUD, François LEMAIRE, Dominique FRANCO et Dominique STOPPA-LYONNET, dont le travail collectif a permis de sélectionner, parmi les 1700 projets ayant donné lieu à des publications scientifiques, les 20 récipiendaires du trophée des 20 ans.

Enfin, je voudrais témoigner toute notre reconnaissance au Professeur Jean Louis Vincent, enseignant à l'Université Libre de Bruxelles. Le recul et la distance naturelle que vous entretenez avec notre système de recherche clinique ont été essentiels pour dégager les forces et les faiblesses du PHRC. Votre éclairage, cher professeur Jean Louis Vincent, me sera précieux pour rénover ce programme.


Mesdames et messieurs,

I/ Au regard de ces 20 dernières années, la réussite du PHRC est sans appel.

En lançant le programme hospitalier de recherche clinique, le gouvernement de Pierre Bérégovoy poursuivait un objectif majeur : pérenniser l'excellence de la recherche clinique française.

Pour y parvenir, il était alors indispensable qu'elle dispose de financements spécifiques, pérennes et lisibles. En faisant le choix de consacrer 1% du budget de l'assurance maladie à cette ambition, la France se dota d'un dispositif unique pour stimuler la recherche clinique hospitalière.

La recherche a un coût. Elle nécessite de prendre des risques. Elle demande du temps. Parfois même, elle requiert beaucoup de patience. Mais au regard des vingt dernières années, force est de constater que les progrès qui ont été réalisés surpassent largement nos efforts.

En deux décennies, plus de 5 000 projets de recherche clinique ont été financés pour un montant global de près de 860 millions d'euros.

En deux décennies, plus de 1700 publications médicales ont permis de diffuser le travail et les découvertes de nos chercheurs. Notre pays occupe aujourd'hui le 5ème rang mondial de la production scientifique en matière de sciences de la vie et de la santé. Le PHRC y a directement contribué.

En deux décennies, la recherche clinique a eu un impact concret sur la santé des Français. Grâce à elle, grâce aux travaux de nos médecins-chercheurs, les soins se sont transformés. Le pronostic du cancer s'est amélioré. Notre espérance de vie s'est considérablement allongée. Des médicaments innovants ont vu le jour. La recherche clinique a permis des avancées dans tous les champs de la médecine, tels que la greffe, les maladies rares, les maladies cardiovasculaires ou neurologiques. A cet égard, le travail de Philippe MENASCHE illustre bien l'étendue du champ d'application de la recherche hospitalière : ils ont rendu possible la greffe de cellules des muscles squelettiques dans le cœur humain. Ses résultats nous permettent aujourd'hui d'entrevoir l'espoir de réparer le cœur plutôt que de le remplacer, lorsqu'une insuffisance cardiaque est diagnostiquée.

A plusieurs reprises, le PHRC a donné lieu à des premières mondiales ou européennes. Je pense aux travaux d'Alain FISHER qui nous ont offert le premier exemple de thérapie génique pour lutter contre le déficit immunitaire combiné sévère lié à l'X. Ce traitement permet aujourd'hui aux bébés-bulle de vivre à l'air libre ! Ces découvertes font la fierté des équipes de recherche françaises et de leurs établissements.

Au fil des années, le PHRC a rendu plus lisible le financement dédié à la recherche. C'est le cas, notamment, dans le domaine du cancer ou des maladies dégénératives. Il s'est également décliné en un appel d'offre national et un appel d‘offre interrégional, confié aux délégations de recherche interrégionales. Le PHRC s'est aussi renforcé par des appels à projets plus spécifiques, comme par exemple les programmes de soutien aux techniques innovantes (STIC) ou les programmes de recherche sur la performance des soins (PREPS).

Enfin, un appel à projets dédié aux infirmières et aux professionnels de santé contribue, depuis trois ans, à faire émerger une recherche en soins infirmiers et paramédicaux. Ce dispositif est une aide importante pour porter la recherche en soins et pour développer des filières paramédicales, dans le cadre notamment de l'universitarisation des formations.


II/ Toutefois, cette réussite ne doit pas masquer quelques faiblesses. Vous avez été nombreux à me dire la nécessité de faire évoluer le PHRC.

Au fond, ce programme est avant tout victime de son succès. Pour la seule année 2012, plus de 500 projets ont été soumis à la sélection du jury. Il fut particulièrement difficile de trouver autant d'experts sans lien d'intérêt avec les candidats. Il fut également complexe d'analyser autant de rapports d'expertise et d'élaborer une sélection. Je sais que certains ont pu craindre que 2013 soit une année blanche en termes de financement. Toutefois, comme je m'y étais engagée, et grâce aux efforts du jury, les premières délégations de financement sont bien arrivées dans les hôpitaux des récipiendaires du PHRC 2012.

Ensuite, le PHRC doit relever de nouveaux défis. Depuis 1993, les enjeux auxquels doit faire face la recherche clinique ont profondément évolué. Il est primordial, par exemple, que le PHRC accompagne la modernisation de la recherche en santé publique et qu'il facilite la prise de décision dans ce domaine. Par ailleurs, dans un contexte budgétaire contraint, il doit aussi nous permettre de réaliser des économies tout en améliorant la qualité et la sécurité des soins. Les travaux de Corine VONS illustrent parfaitement cette double ambition. Ils ont montré que les deux tiers des appendicites non compliquées ne nécessitent pas de chirurgie, car celles-ci peuvent plus simplement être traitées par des antibiotiques.

Enfin, il est essentiel que le PHRC devienne un des maillons du continuum de la recherche biomédicale, dont le président de la République a, à maintes reprises, souligné la nécessité. Avec Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, nous avons ainsi lancé le premier appel à projets de recherche translationnelle en santé (PRTS), cofinancé par mon ministère et par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR), à hauteur de 12 millions d'euros en 2013.


III/ Notre devoir, notre responsabilité pour l'avenir, c'est de faire face à ces nouveaux enjeux. Comme je m'y étais engagée en juillet dernier, je veux donc donner une nouvelle impulsion au programme hospitalier de recherche clinique. Cette modernisation poursuivra quatre objectifs.

1/ Le premier d'entre eux, c'est le renforcement de la compétitivité de la recherche clinique française.

Nous sommes aujourd'hui engagés dans une compétition mondiale pour la suprématie scientifique. L'excellence de notre recherche dépend de notre capacité à rester compétitifs. Pour cela, il nous faut travailler à l'échelle européenne : le PHRC national favorisera ainsi les projets de recherche clinique collaboratifs européens, dont la coordination est assurée par une équipe française. Une attention particulière sera portée aux projets de développement de la médecine personnalisée. Le PHRC devra aussi assurer la constitution de larges bases de données, dont le rôle en matière de suivi du médicament est fondamental. Par ailleurs, le PHRC devra permettre à notre pays de mener des études en situation de crise sanitaire.

2/ Mon deuxième objectif, c'est de simplifier et de rendre plus lisible l'offre de financement de la recherche clinique française.

Celle-ci sera structurée autour de trois grands appels à projets : le PHRC national, le PHRC interrégional et le programme de recherche en soins infirmiers et paramédicaux. L'appel à projet national sera organisé et évalué de façon standardisée, quelle que soit la thématique et selon un guichet unique. Pour les projets en lien avec le cancer, je réaffirme qu'ils seront gérés par l'Institut National du Cancer, comme cela est aujourd'hui le cas. Le PHRC interrégional continuera de donner aux inter-régions les moyens d'une politique scientifique spécifique : sa mission première sera de favoriser l'accès à la recherche clinique des équipes émergentes.

3/ Mon troisième objectif, c'est celui du renforcement de la transparence et de l'objectivité de l'évaluation des projets.

La constitution du jury national sera transparente : c'est là la condition de sa légitimité. Je nommerai au poste de président du jury une personnalité étrangère. Celui-ci sera épaulé par deux vice-présidents que je désignerai en fonction de leurs compétences. La composition du jury se fera en concertation avec la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, afin d'assurer une parfaite cohérence dans l'évaluation globale des financements de la recherche biomédicale. Le mandat des membres du jury sera limité à trois ans, renouvelable une fois.

Pour faire son choix, le jury s'appuiera sur l'analyse d'experts reconnus, dont la liste sera établie en lien avec AVIESAN.

La procédure de sélection inclura une première étape décisive et se fondera sur une lettre d'intention détaillée. Celle-ci sera rédigée en anglais pour faciliter son évaluation objective et indépendante, notamment en faisant appel à des chercheurs internationaux. Pour les porteurs de projet, l'investissement en temps et en énergie sera mieux valorisé : il sera notamment conditionné aux chances de succès de financement.

Les porteurs de projets dont les lettres d'intention seront retenues se verront attribuer une première aide financière : ils pourront ainsi finaliser leur dossier et obtenir, le cas échéant, les autorisations nécessaires à la poursuite de leurs travaux.

4/ Enfin, mon quatrième objectif, c'est d'instaurer un suivi prospectif du PHRC.
Très prochainement, je mettrai en place un comité de pilotage et d'évaluation du PHRC. Il me rendra un rapport annuel de l'organisation et des résultats du PHRC, sur la base d'indicateurs de suivi pertinents.


Mesdames et messieurs,

Ces grandes orientations s'inscrivent dans le cadre général de la stratégie nationale de santé et en articulation avec l'agenda de la stratégie nationale de la recherche. Elles doivent nous permettre de donner un nouvel élan au programme hospitalier de recherche clinique.

Pour préparer l'avenir, pour inventer les traitements de demain, nous devons mobiliser toutes nos forces. Nous disposons aujourd'hui d'un potentiel considérable. Je sais pouvoir compter sur l'engagement de nos médecins-chercheurs, de nos professionnels de santé et de nos industries pour faire progresser la recherche clinique française.


Je vous remercie.


Source http://www.social-sante.gouv.fr, le 19 mars 2013

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