Déclaration de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur le refondation de l'école de la République, Paris le 16 janvier 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur le refondation de l'école de la République, Paris le 16 janvier 2013.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

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Monsieur le Président, Monsieur le Président de section, Monsieur le rapporteur, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, je suis très heureux de me trouver devant vous, ayant même éprouvé une certaine impatience, et très heureux d’avoir entendu la qualité du projet d’avis que vous venez de rendre et qui, d’une certaine façon, correspond je crois à l’injonction que le Président Delevoye a pu nous faire en début de séance : dépasser les intérêts pour s’intéresser à ce qui est une cause. Cause des élèves sans doute, cause de la jeunesse évidemment, mais cause de notre pays, car nous avons souvent eu l’occasion de le dire, la jeunesse, c’est la France de demain.

Celui qui, dans nos assemblées, a pu le premier se battre pour l’école gratuite obligatoire, laïque, Edgar Quinet, disait de l’élève « Il est le messager de l’avenir. Lorsque l’on traite mal son école ou lorsqu’on traite mal sa jeunesse, c’est son avenir que l’on atteint ».

Pour ce qui concerne notre France, l’identité républicaine de la France s’est construite avec et autour de son école. Lorsque l’école est attaquée, c’est cette identité qui est attaquée. Elle a pu l’être à plusieurs reprises dans son histoire. Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire, faisant écho à vos propos, me rappelait la phrase de Condorcet « Un peuple qui n’est pas guidé par l’instruction est dirigé par les charlatans ». Parce qu’il fallait, y compris en démocratie, comprendre ce que l’on a sur son bulletin de vote, apprendre à lire, être capable de forger son jugement, l’école est devenue comme le socle de cette République pour tous les Français, sans distinction d’origine. C’est lorsque cette France républicaine a été attaquée que son école a été attaquée. Il est arrivé que nos valeurs aient pu être perdues, de connaissance, de laïcité, d’amour du savoir, de dévouement, de service public, de liberté.

C’est le but de l’école, en instruisant : éduquer à la liberté et à l’égalité car elle en est la condition et que l’ignorance est au même plan que l’indigence et que l’indigence risque de vous conduire à la servilité et ne vous donne pas les moyens de construire votre connaissance. Enfin, bien entendu, la fraternité, qui est cette coopération à laquelle vous nous appelez pour les élèves eux-mêmes.

Si nous sommes aujourd’hui dans la situation de faire de l’école de la République la priorité d’une action gouvernementale, c’est qu’il faut commencer par là. C’est parce que notre école, notre jeunesse est en difficulté. Si l’on ne prend pas conscience de cela, si l’on ne veut pas savoir, si l’on préfère l’ignorance, alors, il n’y a pas de raison d’entreprendre ce travail dont vous avez raison de dire qu’il doit rassembler tous les Français et nous réconcilier avec le temps long de la véritable action publique.

C’est pour ne pas l’avoir fait que nous sommes dans cette situation. D’autres pays ont su le faire. Des réformes de l’éducation donnent des résultats. Nos résultats ne sont pas bons pour nos élèves - vous les avez d’ailleurs rappelés - et ça n’est pas la première fois, dans la performance scolaire. Mais, et vous l’avez vu au travers des dernières enquêtes, non seulement ils ne sont pas bons, mais ils s’aggravent. C’est vrai pour la compréhension des textes, c’est vrai pour l’écriture, c’est vrai pour le raisonnement mathématique, c’est vrai aussi pour la confiance des élèves en eux-mêmes et leur épanouissement.

Nous avons un accroissement du poids des origines sociales sur les destins scolaires. Régulièrement, l’OCDE nous fait la leçon, difficile à entendre pour la République française. Cet organisme, que l’on décrit très facilement comme très libéral, peut montrer à quel point, sur ces questions d’accroissement des inégalités, du poids des déterminismes sociaux sur les trajectoires scolaires, nous sommes en train de devenir les derniers de la classe.

La compétitivité de la France sera liée à sa capacité d’élever le niveau de qualification, de connaissances, de culture de notre jeunesse ; la possibilité de vaincre le chômage, ce sera aussi la possibilité de qualifier cette jeunesse et de lui donner le plus haut niveau d’instruction, y compris pour la préparer au niveau de demain.

Vous évoquiez les « décrochés » : 150 000 par an. On pourrait évoquer aussi tous ces postes qui ne sont pas pourvus dans un certain nombre d’entreprises. Comme chaque fois, le sourire narquois de ceux qui sont à l’abri de ces questions - j’en fais partie - voudraient nous faire croire que nous, Républicains, nous avons à émanciper les personnes ; bien sûr, c’est le premier rôle de l’école. Nous avons également à former des citoyens, c’est l’évidence et nous nous y attelons. Mais nous n’aurions pas à nous préoccuper de l’insertion professionnelle des jeunes !? Ce serait une tâche subalterne mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela va bien pour ceux pour qui tout va bien, et d’abord concernant l’information, et l’orientation dont vous avez à juste titre parlé. Mais pour les autres, ceux qui n’ont pas ce premier droit, ce sont les orientations subies et ce sont ces reproductions et accroissements des inégalités dont je vous parlais à l’instant.

Les derniers rapports dont nous disposons montrent que l’écart entre les élèves des territoires en difficulté et ceux des territoires qui ne le sont pas s’accroît dans notre pays ; de la même façon - vous l’avez vu - sur la capacité pour ceux qui ont des diplômes et ceux qui n’en ont pas, à trouver un emploi.

Alors nous devons réagir pour ces destins gâchés, destin individuel, destin souffrant, mais aussi dans l’intérêt évidemment de notre pays et dans le respect des valeurs qui nous unissent.

C’est l’idée de ce projet de loi de refondation de l’école de la République ; loi d’orientation et de programmation - car nous allons donner un certain nombre d’impulsions et de programmations - la première de ce quinquennat, pour mettre l’école à l’abri d’un certain nombre d’insécurités, de fluctuations et permettre ce travail dans la durée, dans la sérénité que vous revendiquez vous-mêmes.

L’idée est bien de passer un nouveau contrat entre l’école et la Nation ; de rassembler les Français et de permettre qu’ils se dépassent autour de leur école et autour de leurs enfants.

C’est pourquoi les grandes orientations que nous avons choisies sont facilement partageables par tous.

La priorité au primaire semble même une évidence : les Français pensent qu’elle est déjà réalisée. C’est une erreur. Nous savons tous que les difficultés comme les réussites d’ailleurs se jouent très tôt (grande section de maternelle, CP, CE1). C’est là que se mettent en place les premiers apprentissages, les bases, les fondements. Nous savons que toutes les remédiations sont coûteuses, parfois discriminantes, souvent inefficaces. Mieux vaut prévenir que guérir en ce domaine comme en d’autres. Et pourtant, la France, nos compatriotes ne le savent pas assez, consacre beaucoup moins à son école primaire que les autres pays comparables qu’elle ne le fait pour le secondaire, dans des proportions impressionnantes.

Imaginez : nous avons le plus bas taux d’encadrement de tous les pays de l’OCDE pour notre école élémentaire ; même sur le numérique dont nous reparlerons, nous voyons que c’est encore là que nous ne sommes pas capables de fournir l’effort nécessaire. Il faut inverser cela. Il faut le faire avec volonté ; c’est ce que nous faisons.

La priorité au primaire, c’est deux tiers de ces moyens supplémentaires. Ce sont aussi, car nous le savons, et vous l’avez dit, de nouvelles pédagogies ; l’accueil des petits, la circulaire maternelle, c’est important pour les zones en difficulté. Un travail que vous recommandiez vous-mêmes : plus de maîtres que de classes, c’est-à-dire des moyens bien sûr mais d’autres pédagogies. Elles ont fait leur preuve dans d’autres pays, nous les avons expérimentées chez nous et nous aurons - vous avez raison - à les accompagner ; 7 000 postes dans l’espace du quinquennat.

C’est aussi revenir sur la suppression de la formation initiale, je reviendrais sur la formation continue des enseignants ; toutes les études - c’est pour nous une évidence - ont pu nous apprendre que le facteur déterminant de la réussite scolaire est toujours la rencontre entre un professeur et un élève à un moment donné. Là, ce qui va jouer, plus que la nature de l’établissement, plus même que le nombre d’élèves dans la classe, plus que les méthodes pour apprendre, c’est la formation de l’enseignant : ce que l’on appelle l’effet maître.

Tous les systèmes qui aujourd’hui sont en train de se remettre en mouvement, et de réussir pour certains, sont des systèmes qui misent d’abord sur la formation des enseignants avec deux principes : une entrée progressive dans le métier et une professionnalisation.

La France a choisi le chemin contraire : elle a choisi de supprimer la formation de ses enseignants. Nous devons la rétablir, pas pour revenir au même, pas pour répéter la même chose qu’autrefois, mais pour effectivement préparer les enseignants du XXIè siècle, ceux qui auront à enseigner. Réapprenons à voir loin à des enfants qui vivront tous le siècle. C’est à eux que nous devrons aussi nous adresser.

Ces écoles supérieures du professorat et de l’éducation, c’est l’instrument majeur, si nous le réussissons, de la réforme.

Voilà le deuxième pilier : priorité au primaire, former des enseignants, ce qui fait débat, qui n’est pas dans la loi à ce stade puisque dans la loi, c’est le nombre des semaines, je vais y venir. Aucun d’entre nous n’a eu si peu de temps scolaire. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’assurer à nos enfants ce que nous nous sommes assurés à nous-mêmes et ce qu’assurent tous les autres pays ?

Pourquoi voudrions-nous être le seul pays à donner 144 jours de classe à ses enfants ? Imaginez pour ceux qui sont en difficulté chez eux, le nombre d’heures, de jours qui sont passés à l’extérieur sans soutien, sans aide, sans accompagnement, sans instruction, sans éducation ?

Nous savons que non seulement nous ne faisons que 144 jours, mais en même temps nous surchargeons les journées : là où la moyenne est à 4,5 heures/5 heures, pensez à des CP, des enfants de 6 ans, nous sommes à 6 heures ! Plus l’aide individualisée ! Et ce, contre l’avis de nos médecins, contre l’avis des chronobiologistes, contre l’avis de ceux qui, dans les assemblées, se sont déjà prononcés, qui ont été consultés. Mais il est si difficile de dépasser ses intérêts pour une cause qu’il faudrait en rester là ! Nous supprimons la formation des enseignants, nous ne mettons pas les moyens dans le primaire et finalement nous ne donnons pas de temps pour apprendre et enseigner et nous disons : « Le niveau baisse, ces enfants ne sont plus ce qu’ils devraient être ».

Un pays ne peut pas sacrifier sa jeunesse comme ça sauf à sacrifier le meilleur : son avenir.

Tels sont les trois sujets sur lesquels nous sommes engagés.

Nous pouvons rassembler tous les Français autour de ces priorités. Il en reste quelques-unes, vous avez pu les énumérer.

L’ambition numérique, bien entendu, elle doit, vous avez raison, aller d’un terme à l’autre. Nous venons de demander 150 M€, que nous avons obtenus, au FEDER - cela ne s’était jamais vu - pour aller plus loin dans ce raccordement très haut débit sinon cela ne marche pas.

Nous devons être capables de créer une filière française du logiciel pédagogique. Nous avons demandé à Louis Gallois de s’y investir ; il a accordé dans les investissements d’avenir 10 M€ supplémentaires pour aider nos éditeurs, nos inventeurs à faire cette filière sans laquelle nous serons dominés par des produits venant d’ailleurs.

Nous devons organiser tout cela. Le Conseil d’État s’est prononcé cette semaine, avec nuance, sur la maintenance des équipements entre les collectivités locales. Nous devons aider les petites communes à faire leurs achats ; nous avons contractualisé pour la première fois, pour aider ce type de communes. Nous devons former nos professeurs. C’est l’une des missions des écoles supérieures du professorat à l’éducation ; nous le ferons pour la formation initiale et bien entendu pour la formation continue aussi. Nous devons être capables, car l’offre privée est là, de faire un grand service public du numérique. Il sera pour les élèves ; il devra aussi servir les parents et bien entendu les professeurs eux-mêmes.

Nous avons négocié pour que les ressources numériques, celles de la culture, celle des sciences puissent être plus facilement accessibles pour les enseignants, pour leurs élèves et aussi plus facilement utilisables en classe.

C’est utile aussi à la réussite de tous les élèves, à la diversité des pédagogies, des évaluations, à la curiosité, à l’intérêt, à l’éducation par le numérique, à l’éducation au numérique, c’est-à-dire aussi au sens critique. Car nous avons à inscrire notre devise républicaine non seulement sur le fronton de nos écoles, mais aussi dans les territoires numériques du XXIè siècle. C’est le rôle de l’école de le faire, avec ses enseignants.

Sur l’ensemble de ces sujets, vous avez demandé des éclaircissements et émis un certain nombre de réserves ou d’interrogations. Je considère qu’elles sont toutes justes. Je veux y répondre rapidement mais point par point.

D’abord, sur le parcours d’éducation artistique et culturelle, c’est toujours la difficulté, il n’est pas de l’ordre spécifiquement de la loi, mais il est pour moi une priorité. Lorsque Jules Ferry crée l’école obligatoire, il dit qu’elle sera une éducation libérale. Ce n’est pas le sens que l’on entend par « libéral » aujourd’hui, ce n’est pas l’envahissement de l’école par les entreprises et le marché. Ce sont les arts libéraux, permettre à tout enfant de la République, où qu’il soit sur le territoire, quelle que soit son origine, d’avoir accès au meilleur de la culture. C’est une conception anthropologique, vous la connaissez ; c’est l’idée que la dignité de la personne humaine est construite sur l’éducabilité de tous les enfants. En chacun une semence de vérité ; en chacun, une lumière naturelle ; en chacun, un droit que nous avons à faire exercer et grandir.

Pour cela, l’art, la sensibilité artistique, la capacité, au-delà du vrai et du bien, de toucher le beau est essentielle, elle ne peut pas être réservée à quelques-uns. Nous devons renouer avec cela.

Pour la première fois - les discussions devant le Conseil d’État cette semaine l’ont permis -, je veux signer (et nous avons inscrit notre action sous le patronage de Jean Zay), avec la ministre de la Culture, le contenu de ce parcours pour, comme vous le recommandez vous-mêmes, associer tout le monde : bien sûr, les seize mille enseignants de notre grande maison qui participeront et qui garderont la main sur les enseignements, mais aussi les collectivités locales, les ministres de la culture.

Pour la première fois le mois prochain, je ferai une réunion entre les DRAC et les recteurs pour qu’ils puissent commencer à donner du sens à ce parcours que nous souhaitons.

Deuxièmement, le sens moral. Vous m’avez fait plus plaisir que je pouvais même l’imaginer en venant vers vous. J’ai bien compris, dans ce que vous avez pu dire, que vous auriez préféré l’expression « morale laïque ».

Il y a un universel en chacun - il faut aller le chercher - qui permet la coexistence des libertés entre elles. Cette morale commune qui ne blesse aucune conscience, aucun engagement de croyance, c’est ce qui s’était appelé dans notre République la « morale laïque ». Je sens une très curieuse pudeur. Parler de morale ? Nous sommes gênés. Ne pas parler de social, ne pas parler de juridique, ne pas parler de civique mais de morale. Mais, précisément, la République - on le sait depuis Rousseau -, c’est ce qui inscrit la morale au coeur de la politique. C’est-à-dire, derrière la contrainte, une obligation : faire le bien non seulement parce que l’on a peur du gendarme mais faire le bien parce que l’on pense que c’est mieux de le faire. Ce n’est pas une recette, ce n’est pas du comportemental, c’est ce dont nous devons parler entre nous. Tout le monde en parle, les valeurs du juste et du bien, du plaisir et de la peine, des droits et des devoirs. Sauf l’école ! Mais enfin, souvenez-vous de Jules Ferry !

La neutralité confessionnelle, oui, bien sûr. On devrait d’ailleurs mieux la défendre qu’on le fait. Mais elle n’est ni la neutralité politique ni la neutralité philosophique. Nous avons des valeurs à défendre : liberté, égalité, fraternité... Elle est d’ailleurs dans nos textes. Nous sommes dans une République indivisible, démocratique, sociale et laïque.

Je souhaite - je sens que c’est difficile mais nous avancerons - que nous définissions le champ de ce que nous devons faire pour précisément rebâtir du commun entre les enfants de France. Je souhaite que nous pensions l’évolution de cette discipline. Car, évidemment, on ne va pas enseigner la même chose en CP et en terminale. Je souhaite que l’on se pose la question de ce que cela veut dire.

Les dernières années m’ont enseigné quelque chose. J’ai lu des thèses très, très puissantes, épaisses, qui finissaient par une conclusion simple : pour savoir quelque chose, mieux vaut qu’on vous l’enseigne.

J’ai entendu des gens penser que la loi de 1905 n’était pas une loi de pacification mais une loi qui avait créé des tensions. J’ai entendu des gens qui pensaient que, pour enseigner le sens de la vie, mieux valait faire confiance au pasteur ou curé qu’à l’instituteur. J’ai vu, sur un certain nombre de sujets, que certains confondaient laïcité et tolérance, ou neutralité, tombant dans le relativisme le plus plat : tout se vaut, y compris les intolérances. J’ai vu que venaient dans notre école des tentations obscurantistes, parfois violentes, et que nous étions désarmés nous-mêmes pour lutter, et que nous désarmions nos professeurs.

Je crois que nous avons là un grand sujet. Je dois dire que je partage votre sentiment. Je comprends le sens moral ; mieux vaut avoir le sens moral que ne pas l’avoir. Le sens, c’est la direction, la sensibilité, l’orientation. Cela ne dit pas rien. Mais on pourrait faire mieux. Et nous veillerons à ce que nous fassions mieux, ensemble je l’espère.

Sur le socle, vous avez raison, mais un débat a divisé les Français et les enseignants, au préjudice de l’école, cette interprétation du socle comme une SMIC culturel, comme un minimum que l’on devrait acquérir. Cela a fait même partition entre les syndicats, si j’ai bien compris.

Nous devons à tous les enfants de France, effectivement, ce qui s’appelle un socle, mais, en réalité, un bagage de la scolarité obligatoire. Nous devons être capables de le définir. Nous avons un peu de mal à le faire. Nous devons dire à chacune et à chacun qu’il ne s’agit pas d’un minimum. Il s’agit presque d’un tremplin. Il faut amener chacun le plus haut possible. D’ailleurs, les systèmes scolaires qui marchent bien sont ceux qui amènent les enfants le plus longtemps possible ensemble, et le plus loin possible. Dans les conversations que j’ai pu avoir avec les entreprises ces derniers temps, c’est y compris ce qu’elles demandent. Quand nous en viendrons au lycée professionnel, nous aurons à réfléchir sur cet enseignement-là.

Le socle de connaissances, de compétences et de culture, nous l’avons transformé. Et nous pensons qu’il faut bien entendu le garder, comme l’avait posé la loi Fillon, mais qu’il faut aussi le faire évoluer par rapport à l’évaluation et aux programmes.

Des programmes qui doivent être établis dans la transparence ; c’est le Conseil supérieur des programmes.

Une évaluation de notre système éducatif qui vous appartient à tous ; c’est un nouveau contrat entre l’école et la nation, sur lequel nous ne devons pas avoir d’hésitation, d’inquiétude, d’arrière-pensée. On ne confond pas l’évaluation et la prescription. Ce ne sont pas les mêmes qui donnent les ordres et qui regardent si leurs ordres donnent des résultats. Là, il faut associer l’ensemble de la Nation et l’ensemble de ceux que vous représentez, que vous êtes, à la fois les assemblées parlementaires et vous.

Vous avez raison, j’ai demandé à la ministre déléguée à la réussite éducative d’y revenir plus avant. C’est le seul point sur lequel je n’ai pas de réponse satisfaisante, à ce stade. Nous n’avons pas été capables, dans le projet de loi, même dans ce qui concerne l’orientation - car cela aurait soulevé des problèmes nombreux et créé à ce stade des blocages - d’associer les parents, comme nous devons le faire. À la fois les parents de ceux qui sont les plus en difficulté, en difficulté eux-mêmes, mais plus globalement les parents. Nous aurons à réfléchir cela dans les temps qui viennent.

Je voudrais conclure en vous disant la chose suivante. Vous demandez, sur les temps scolaires, que le ministère de l’Éducation nationale mette en place une ingénierie, un accompagnement. Vous avez raison de le faire, c’est ce que nous avons prévu. Je veux le dire aux uns et aux autres, la tâche que nous avons entreprise évidemment ne sera pas d’un instant. Elle ne sera pas d’un homme ou d’un gouvernement. Elle doit être de la Nation toute entière.

Nous avons besoin, pour réussir, de la mobilisation de tous, au premier chef des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Nous devons - vous l’avez dit être capables de les mettre en mouvement, de les motiver (les chefs d’établissement, les corps d’inspection, les professeurs), et nous y accordons une grande importance.

Nous devons consulter, consulter sans cesse, associer. Nous le faisons. Nous devons aussi être capables de mobiliser les collectivités locales. Elles sont déterminantes (25 % de la dépense d’investissement) ; ce ne sont pas que des carnets de chèques, nous devons les respecter, nous devons construire avec elles. C’est l’idée des projets d’éducation.

Le Président de la République et le Premier ministre y ont accordé une importance toute particulière et même des moyens financiers et nous devons être encore plus présents auprès de ceux qui se battent pour les territoires les plus en difficulté et assumer de faire l’effort là.

Nous devons associer aussi pleinement les parents car nous savons la réalité d’aujourd’hui ; ils sont inquiets pour leurs enfants et ils aiment l’école. J’ai fait faire pour le recrutement des nouveaux professeurs, un sondage que j’ai rendu public, qui a étonné beaucoup de gens. 80 % des Français estiment leurs professeurs et 64 % souhaiteraient même que leurs enfants deviennent professeurs. Il n’y a pas de désaccord entre les Français et leurs professeurs. Il n’y a pas de désamour, mais un respect et la nécessité de retrouver un mouvement positif.

Nous devons associer l’ensemble de ceux qui sont du monde économique. Il ne doit plus y avoir dans un pays qui fait subir à sa jeunesse 25 % de chômage - et les perspectives ne sont pas épatantes -, de rupture entre l’Éducation nationale qui donne sept cents diplômes, les formations et les métiers. Nous devons être capables de travailler ensemble. J’y veillerai aussi.

Dans tout ce que nous faisons, nous sommes au commencement. Nous l’avons dit pour le primaire car il faut commencer par le commencement ! Nous sommes au début d’une action publique de long terme. C’est une action de redressement ; elle doit associer tout le monde. Elle avancera dans le temps.

Nous avons devant nous d’autres échéances et j’espère que nous pourrons à nouveau bénéficier de vos réflexions, travailler avec vous sur les lycées professionnels, absolument essentiels, sur le collège, sur la poursuite de la réforme des temps scolaires car nous n’avons pas encore fait ni le collège ni le lycée. Je le ferai. Nous devons voir ensemble aussi comment, et vous vous êtes exprimés récemment sur cette question fondamentale, mieux articuler les premiers cycles universitaires avec le lycée. C’est un enjeu considérable pour la Nation.

Tout cela est devant nous. Soyons capables de le faire ensemble. Ne cédons pas aux ignorances, aux obscurantismes, aux mutilations des propos, à ceux qui veulent aller plus lentement ou plus vite. Essayons de trouver le bon tempo, gardons nos convictions et servons notre pays. Merci à vous pour votre contribution.


Source http://www.lecese.fr, le 18 avril 2013

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