Interview de M. Alain Vidalies, ministre des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 19 avril 2013, sur les incidents intervenus à l'Assemblée nationale dans la nuit du 18 au 19 avril lors du débat ouvrant le droit au mariage des couples homosexuels. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, ministre des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 19 avril 2013, sur les incidents intervenus à l'Assemblée nationale dans la nuit du 18 au 19 avril lors du débat ouvrant le droit au mariage des couples homosexuels.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, DURAND Guillaume, TARNEAUD Perrine.

FRANCE. Ministre des relations avec le Parlement; ;

ti : GUILLAUME DURAND
Alors Alain VIDALIES, d'abord, je vous remercie d'être avec nous, ce matin, parce que c'est une matinée après une nuit qui est quand même assez historique, dans un certain genre. Il va falloir raconter ce qui se passe, envisager ce qui pourrait se passer, et puis analyser évidemment ensemble et avec Perrine, la situation politique. D'abord qu'est-ce qui s'est passé exactement cette nuit ? Parce que ce matin, sur toutes les radios et toutes les télés d'information on raconte beaucoup, on donne beaucoup de versions. Que s'est-il passé exactement au Parlement cette nuit ?

ALAIN VIDALIES
Au Parlement cette nuit, on avait un débat, une deuxième lecture sur le mariage. L'incident en lui-même, se produit vers 1 heure du matin approximativement. A un moment donné, les députés de droite, pratiquement tous ceux qui étaient en séance, donc un grand nombre, se sont précipités mais violemment…

GUILLAUME DURAND
Sur les membres du gouvernement.

ALAIN VIDALIES
En direction des membres du gouvernement, avec l'idée d'affronter physiquement non pas, la ministre de la Justice ou moi qui étaient à côté, mais semble-t-il un haut fonctionnaire qui accompagnait la ministre de la Justice qui n'est pas un membre de son cabinet, mais un haut fonctionnaire qui était là pour l'accompagner techniquement. Donc je me suis interposé…

GUILLAUME DURAND
Mais qu'est-ce qu'il a fait ce haut fonctionnaire, il ricanait visiblement à l'égard des députés de l'opposition ?

ALAIN VIDALIES
Visiblement, je n'en sais, mais en tous les cas, puisqu'il était dans mon dos. Donc je ne sais pas !

GUILLAUME DURAND
Mais qui est descendu vers vous, en menaçant ?

ALAIN VIDALIES
Pratiquement tous, une vingtaine de députés qui sont arrivés là…

GUILLAUME DURAND
Mais qui ? Une vingtaine, c'est personne !

ALAIN VIDALIES
Non, mais les photos, en tous les cas, celui que j'ai attrapé et qui était au premier rang, était un député qui s'appelle monsieur ALBARELLO, c'est lui que j'ai eu à 20 centimètres de mon visage et j'ai sorti une femme, une fonctionnaire huissier, qui…

GUILLAUME DURAND
Ils vous ont dit quoi ?

ALAIN VIDALIES
Ils hurlaient contre la personne qui était derrière…

GUILLAUME DURAND
Oui, est-ce qu'ils vous ont menacé, vous, c'est-à-dire que vous avez le sentiment…

ALAIN VIDALIES
Non, enfin, physiquement oui. Enfin, moi, je me suis interposé, ils menaçaient la personne qui était derrière.

GUILLAUME DURAND
Et est-ce que tout ça s'est passé, justement, avec en plus, la pression des manifestants dehors ?

ALAIN VIDALIES
C'est complètement lié, nous sommes sur ce débat depuis deux jours, je ne vais pas vous dire que tout se passait, sans aucune excitation parfois, mais quand même, à un moment donné, ils sont sortis, ils sont revenus, et ils nous ont fait un compte-rendu apocalyptique au fond de ce qu'ils avaient vu sur les Invalides. Des jeunes gens évidemment des jeunes filles qui étaient traînées par des gendarmes, des CRS, bref, enfin, il s'était passé des choses extrêmement violentes…

GUILLAUME DURAND
Et pardonnez-moi…

ALAIN VIDALIES
Et je suis sorti, je suis sorti, j'ai évidemment pris contact avec le ministre de l'Intérieur.

GUILLAUME DURAND
Donc vous l'avez réveillé ?

ALAIN VIDALIES
Je ne sais pas, en tous les cas, j'ai réussi à le joindre, je ne sais pas s'il dormait.

GUILLAUME DURAND
Il était quelle heure ?

ALAIN VIDALIES
Il était vers 1 heure du matin, 1 heure 05 exactement, quand j'ai appelé Manuel VALLS et ensuite, j'ai eu le directeur de cabinet du préfet de police, qui m'a fait un compte rendu très précis de ce qui s'était passé, dans sa version. Et au nom du gouvernement, j'ai ensuite repris la parole dans l'hémicycle pour expliquer ce qu'il en était, pour essayer de rétablir…

PERRINE TARNEAUD
Ce qui s'était passé aux Invalides, à l'extérieur, dans les manifestations ?

ALAIN VIDALIES
Oui, ce qui s'était passé dans les manifestations. Puisqu'on avait eu, nous, une description comme quoi, il s'était passé des choses…

GUILLAUME DURAND
Est-ce que ce matin, vous avez eu le président de la République ou vous lui avez fait le récit de ce qui s'était passé ?

ALAIN VIDALIES
Nous avons fait le récit à son collaborateur parlementaire, dans la nuit. Voilà !

GUILLAUME DURAND
Et deuxième point qui est aussi important et après on va enchainer sur le calendrier, parce qu'évidemment, il faut essayer d'entrer dans les explications de tout ça, est-ce que vous avez pu parler de tout ça avec Christian JACOB ou avec les hauts responsables de l'opposition ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, le ministre des relations avec le Parlement…

GUILLAUME DURAND
C'est quand même votre boulot !

ALAIN VIDALIES
Ca suppose aussi, de parler avec les responsables de l'opposition. Donc on a essayé de parler, il y a eu, c'est vrai, après cette tempête, le calme est quand même revenu, les choses se sont mieux terminées dans la nuit, fort heureusement. Mais enfin, ce que je veux dire, c'est que j'ai siégé, ça fait 25 ans à l'Assemblée nationale, dans la majorité, dans l'opposition, j'ai connu des affrontements. Je veux dire qu'il vaut mieux qu'ils aient lieu là, que dans la rue, ça a toujours été, c'est un degré de civilisation la démocratie, c'est comme ça qu'on a décidé de régler nos problèmes. Donc la controverse peut être forte. Mais une agression physique et en plus visant un tiers, qui était un fonctionnaire, avec une telle violence, je n'ai jamais vu ça. Et je pense que ce sont des images ou des évènements que personne ne peut souhaiter et que personne ne doit tolérer.

GUILLAUME DURAND
Alors Perrine, justement sur le calendrier et ce qui va se passer maintenant ?

PERRINE TARNEAUD
Et juste pour finir sur ces incidents, est-ce que vous réclamez des sanctions contre ces députés UMP, ce matin ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, ce n'est pas le rôle du ministre des relations avec le Parlement, c'est le rôle de celui…

PERRINE TARNEAUD
Vous êtes en accord avec le président de l'Assemblée nationale ?

ALAIN VIDALIES
Voilà, c'est le président de l'Assemblée nationale qui prendra des initiatives. Mais franchement, je pense qu'il faut reparler de ce qui s'est passé, et s'il y a des initiatives à prendre, je sais que Claude BARTOLONE va le faire.

GUILLAUME DURAND
Perrine, donc continuons sur le calendrier, parce qu'effectivement le vote intervient mardi.

PERRINE TARNEAUD
Voilà, exactement, fin des débats donc ce matin, à 7 heures. Calendrier maintenant ça va être le vote solennel à l'Assemblée nationale mardi prochain ?

ALAIN VIDALIES
Mardi.

PERRINE TARNEAUD
Voilà, vous espérez toujours un vote conforme, par rapport au texte qui a été adopté par le Sénat ?

ALAIN VIDALIES
Ca ne peut pas être autrement, c'est-à-dire que là, on a fini de voir tous les amendements. Les milliers d'amendements, le débat est terminé.

PERRINE TARNEAUD
Ca veut dire que la procédure parlementaire est terminée ? Après le vote…

ALAIN VIDALIES
Oui, il y aura un vote conforme ou le texte sera rejeté, mais on pense évidemment, que le texte va être accepté. Donc la loi sera définitivement adoptée, mardi. Ensuite il y aura une période…

PERRINE TARNEAUD
Il y a deux recours au Conseil Constitutionnel, annoncés déjà par l'opposition !

ALAIN VIDALIES
Voilà, saisine du Conseil Constitutionnel, naturellement, c'est ce qui se fait toujours. Et avec une décision du Conseil Constitutionnel, qui devrait intervenir entre disons le 20 et le 25 mai, et si le Conseil Constitutionnel valide cette loi, ensuite la promulgation, mais là, elle peut être très rapide, dans les 24 heures, de telle manière, que ça deviendrait la loi de la République dès la fin du mois de mai.

PERRINE TARNEAUD
Vous espérez donc des mariages dès le début du mois de juin.

ALAIN VIDALIES
Ça pourrait être dès le début du mois de juin.

GUILLAUME DURAND
Mais l'ensemble du dispositif législatif sera donc définitivement bouclé, enfin vous le souhaitez, avant la manif, parce que c'est ça aussi, le…

ALAIN VIDALIES
Avant la manifestation, on devrait avoir effectivement, et la loi et la décision du Conseil Constitutionnel.

GUILLAUME DURAND
Alors Alain VIDALIES, on va essayer de comprendre maintenant ce qui se passe. Est-ce que tout ça, je comprends vos regrets, sur ce qui s'est passé cette nuit, mais est-ce que tout ça, ne procède pas, justement de l'accélération volontaire du calendrier parlementaire, le vote à main levée au Sénat et le fait qu'on ait avancé la date ?

ALAIN VIDALIES
Le vote à main levée au Sénat, ça n'aurait rien changé au résultat…

GUILLAUME DURAND
Si, ils ont hurlé quand même, les représentants de l'opposition ?

ALAIN VIDALIES
Oui, sur l'apparence, mais c'est la responsable de l'UMP qui n'a pas demandé le scrutin public. Mais ce n'est pas bon ! Ensuite, fallait-il accélérer ou pas, c'est un débat qu'on a eu naturellement, jusqu'à vendredi matin, voeux du Sénat, vous ne pouvez pas prendre cette décision. Parce qu'il faut que le Sénat l'ait voté d'abord. Il y avait potentiellement 6-7 voix d'avance, ça s'est résumé à peu près à ça. Ensuite, il fallait que l'article 1 et l'article 3 qui sont des articles essentiels, le mariage, l'adoption, tous les articles dont on a débattu étaient des articles quand même beaucoup plus techniques, de coordination etc. Vendredi matin, on sait que ces articles essentiels sont votés. Or dans la procédure parlementaire je donne juste, cette précision, quand les deux chambres assemblée et sénat, ont voté un article de la même façon, il n'est plus en discussion. C'est-à-dire que ce qu'on fait, en deuxième lecture, on vote les autres articles sur lesquelles il y a eu des votes différents. Et donc on se dit que puisque l'essentiel a déjà été voté, puisqu'il ne reste que ces articles-là, et je le dis très clairement, compte tenu de ce qui se passe dans le pays, notre analyse, c'est de dire, il faut en finir avec cette affaire. On peut être contre le message qu'on veut donner à eux qui sont contre, on respecte les gens qui sont contre. C'est de leur dire, mais la loi, on la fait mais c'est vrai que ce qu'une loi fait, une autre loi pourra le défaire. Et que la bataille politique qui se présente aux élections ou qui disent, quand on reviendra au pouvoir, on reviendra sur cette loi, c'est la seule issue démocratique, pour ceux qui ont la détermination de lutter contre cette loi.

GUILLAUME DURAND
Vous n'êtes pas en train de payer, ce que François FILLON reprochait à François HOLLANDE, c'est-à-dire de ne pas avoir suspendu les conversations et suspendu la loi pour l'instant étant donné l'état d'exaspération dans le pays. Est-ce qu'il n'y a pas une erreur fondamentale, du président de la République ?

ALAIN VIDALIES
D'abord c'est un engagement du président de la République, c'est un engagement de nous tous. Cette question est un vrai progrès pour nous. Donc c'est vrai, qu'il y a des appréciations très divergentes dans la société, sur cette affaire. Nous on pense, que c'est une vraie conquête d'égalité, l'égalité des droits et on est fier d'avoir et proposé pour le gouvernement et voté pour l'ensemble de la majorité, cette loi. Mais néanmoins, il faut dans un pays démocratique, prendre en compte ceux qui sont contre. Le droit de manifester…

GUILLAUME DURAND
Il fallait peut-être les recevoir ?

ALAIN VIDALIES
Mais ils ont été reçus à l'Assemblée nationale, ils ont été auditionnés. Franchement, ce débat, on a nous-mêmes, peut-être l'erreur, que je concède, éventuellement, c'est celle-ci. C'est que quand le texte passe au mois d'octobre, on accepte de débuter le débat à l'Assemblée nationale qu'au mois de janvier. Pour que justement, il y ait beaucoup d'auditions, il n'y a jamais eu autant de débat. Enfin, ce n'est pas à des journalistes que je vais dire qu'il n'y a pas eu de débat ! La société a été traversée par ce débat et l'appréciation que l'on fait vendredi, c'est qu'il est temps démocratiquement de clore, ce débat, même si ça ne met pas fin au débat politique, qui pourrait être porté dans la société.

PERRINE TARNEAUD
Toujours est-il, Alain VIDALIES, qu'on a l'impression que tout le monde est un peu au bord de la crise de nerfs en ce moment, y compris les parlementaires de votre majorité, je pense par exemple au texte, le futur texte sur la moralisation de la vie politique. Est-ce que la cote d'alerte n'est pas atteinte à tous les niveaux ? Au niveau de l'opinion publique, quand on voit les sondages vis-à-vis du chef de l'Etat et au niveau des parlementaires socialistes ?

ALAIN VIDALIES
D'abord les sondages naturellement, on les examine. Mais en résumé, vous savez ce que j'en pense, et on sait ce qu'on en pense, le vrai sondage, sera les rendez-vous…

PERRINE TARNEAUD
Ils ne sont pas très bons.

ALAIN VIDALIES
Les rendez-vous électoraux. Il y a effectivement aujourd'hui, des conséquences, d'une affaire qui pour nous, a été un drame et à titre personnel pour chacun d'entre nous, et collectif. C'est-à-dire que l'un d'entre nous, aux plus grandes responsabilités a commis le pire au fond. Un outrage public à la République dans l'assemblée, j'étais moi, à quelques mètres. Vous savez, dans sa vie on garde quelques images, comme ça. Moi, l'image de Jérôme CAHUZAC qui était à un mètre de moi, parlant avec ses yeux déterminés, et disant : non, je n'ai jamais eu de comptes. Je la garderai je pense longtemps, très longtemps, toujours. Et donc ce traumatisme, il existe…

PERRINE TARNEAUD
Mais ce que les députés PS vous disent, c'est est-ce qu'ils doivent tous payer pour Jérôme CAHUZAC ?

ALAIN VIDALIES
Non, ils ne doivent pas tous payer. Mais l'analyse aussi là, c'est quoi ? C'est de dire, si je dis aujourd'hui, qu'on a un vrai problème, pas que nous, toute la classe politique, de défiance au fond, avec la population. C'est-à-dire que ce qu'il nous faut d'abord, c'est retrouver l'écoute, avant d'être entendu. Et ce qui s'est passé dans un certain nombre de pays, notamment en Italie, montre que pour un parti politique, aujourd'hui, il y a cette exigence-là. On peut se dire, c'est à tort que les gens se méfient des hommes politiques ou qui les suspectent, parce que c'est au fond de la suspicion. Mais enfin, c'est la réalité de l'opinion publique. Et il ne faut pas faire comme si ça n'existait pas. D'où l'initiative très forte qui a été prise par le président de la République sur ce qu'il peut faire. C'est-à-dire en matière de transparence.

GUILLAUME DURAND
Merci, beaucoup, donc Alain VIDALIES d'être venu témoigner, ce matin, donc sur l'antenne de RADIO CLASSIQUE et de PUBLIC SENAT. Bonne journée à vous ! Je suppose qu'elle va être longue, puisque la nuit a été courte. Perrine, bon week-end !

PERRINE TARNEAUD
Merci, Guillaume.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 avril 2013

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