Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 22 avril 2013, sur l'intervention de la police face aux opposants du "mariage pour tous", la situation dans les prisons, la lutte contre les cambriolages et la menace terroriste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 22 avril 2013, sur l'intervention de la police face aux opposants du "mariage pour tous", la situation dans les prisons, la lutte contre les cambriolages et la menace terroriste.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
EUROPE 1 ! 8 h 20, l'interview de Jean-Pierre ELKABBACH est à suivre sur europe1.fr en vidéo et votre invité ce matin le ministre de l'Intérieur, Manuel VALLS.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soyez, d'abord, le bienvenu Manuel VALLS et bonjour.

MANUEL VALLS
Bonjour, Jean-Pierre ELKABBACH

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lors des manifestations d'hier ont a vu que les appels au calme ont été entendu mais le climat reste encore électrique et explosif, est-ce que le Président de la République peut encore corriger ou faire corriger, suspendre ou retirer la loi qui fait tant de bruit ?

MANUEL VALLS
D'abord je veux dire que c'est une victoire hier de l'ordre républicain face aux forces les plus sombres de la démocratie, l'état de droit offre la possibilité à ceux qui sont contre un texte, à ceux qui s'opposent à un texte de loi, de manifester et la police et la gendarmerie ont contenu hier les groupuscules antirépublicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, les manifestants peuvent continuer tranquillement ?

MANUEL VALLS
Mais c'est un droit républicain, c'est un droit démocratique, mais je rappelle aussi qu'on ne peut pas empêcher le Parlement de travailler, d'agir et de voter la loi et demain, comme ça déjà été le cas au Sénat et à l‘Assemblée nationale pour ce qui concerne le premier article de la loi qui fonde le mariage pour tous et l'adoption, demain l'Assemblée nationale en toute légitimité – parce que c'était en plus un engagement de François HOLLANDE pendant la campagne électorale présidentielle il y a un an – demain l'Assemblée nationale votera ce texte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, demain, l'Assemblée nationale va ressembler à une forteresse que vos policiers vont protéger et isoler. Les députés ont-ils, dans ces conditions, la légitimité de la représentation nationale quand la rue gronde ainsi et qu'apparemment on n'écoute pas ?

MANUEL VALLS
Les opposants au mariage pour tous sont nombreux, c'est incontestable, mais ils sont une minorité par rapport aux millions de Français qui ont voté le 6 mai 2012 pour l'engagement 31 de François HOLLANDE et dans une république, dans une démocratie, quand on commence à contester la légitimité du Président de la République, du Parlement ou des juges, comme le fait l'ancienne plume de Nicolas SARKOZY, l'ancien conseiller de l'ancien Président de la République Monsieur Henri GUAINO, on se comporte…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui accuse le préfet de police, le gouvernement, dont vous, de mentir…

MANUEL VALLS
On se comporte, Jean-Pierre ELKABBACH, comme un factieux, la légitimité de ceux qui ont été choisis par les Français, dans ce moment-là en plus où nous vivons une crise économique lourde et où beaucoup de nos compatriotes souffrent, contester la légitimité des urnes n'est pas possible…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et, pourtant, ils le font…

MANUEL VALLS
C'est insupportable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourtant, ils le font.

MANUEL VALLS
Oui ! Mais quand on est soi-même un parlementaire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que la politique…

MANUEL VALLS
Et un élu du peuple c'est une faute lourde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La politisation actuelle ne vous dessert pas ?

MANUEL VALLS
Mais la vie politique elle est riche dans notre pays, ce n'est pas la première fois qu'on conteste des textes de loi, je vous rappelle qu'au cours du quinquennat précédent il y a eu des millions de personnes qui ont contesté la réforme sur les retraites et pourtant la gauche, à l'époque, n'as pas mis en cause la légitimité du Parlement à faire ce choix-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, Manuel…

MANUEL VALLS
Donc, ça veut dire qu'on ne conteste pas le choix que les Français ont fait il y a un an et qu'on ne conteste pas le droit du Parlement à faire la loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc l'Etat ne cédera pas, les opposants eux aussi : « on ne lâchera rien », ils vont adresser très vite un recours au Conseil constitutionnel et, pour eux, un texte voté n'est pas forcément appliqué. Est-ce que cette loi sera irréversible, selon vous, parce que déjà ils pensent s'ils arrivent au pouvoir à l'abroger ou à la modifier, ou à la réécrire ?

MANUEL VALLS
Ils mentent ! Ils mentent. Vous savez, pour les plus anciens, pour les moins jeunes et dont je me rappelle, la contestation de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse ou quelques années après, en 1981, l'abolition de la peine de mort, ou il y a 15 ans l'instauration du Pacs, avaient donné lieu aux mêmes vociférations, aux mêmes contestations…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez que les mêmes !

MANUEL VALLS
Aux mêmes engagements de revenir en arrière…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même état d'esprit ?

MANUEL VALLS
C'est souvent le même état d'esprit. Donc, cette loi va rentrer dans la société française, elle est irréversible et quand la droite reviendra au pouvoir – et j'espère le plus longtemps possible – eh bien à ce moment-là, je vous le dis, il n'y aura pas de remise en cause de la loi sur le mariage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manuel VALLS ! Pourquoi vous établissez un lien entre les slogans de ces manifestations, de ces manifestants et l'idéologie de Vichy, pourquoi ?

MANUEL VALLS
Mais parce qu'il y a des groupes d'extrême droite au sein de ces manifestations ou en marge de ces manifestations qui se réclament de cette idéologie et demain soir, quand il va y avoir le vote à l'Assemblée nationale, ils seront là encore présents. Vous savez moi je ne suis pas sectaire, beaucoup de gens de droite que je respecte et qui sont des républicains ne se reconnaissent pas dans un certain nombre d'expressions, je pense par exemple à celle utilisée, y compris par des parlementaires de l'UMP, comme gazer des enfants, vous vous rendez compte ce qu'on a pu entendre, ne se reconnaissent pas dans des propos homophobes – et le mot est faible – encore moins dans des actes qui consistent à s'attaquer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, vous voulez dire qu'on assiste…

MANUEL VALLS
A des hommes et à des femmes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On assiste à la résurgence...

MANUEL VALLS
A des gays et à des lesbiennes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Oui, oui.

MANUEL VALLS
Car on a libéré une parole homophobe. Quand il y a des actes à Bordeaux, à Nice, à Lille, à Paris, quand on s'attaque à des gays et à des lesbiennes, quand on les frappe, c'est qu'une parole s'est libérée. Donc, dans ce moment-là, chacun a une responsabilité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes en train de nous dire que vous assistez à la résurrection ou à la résurgence de groupes qui dormaient ou à l'éclosion de nouveaux groupes qui sont peut-être nocifs et dangereux pour la République, est-ce que ça veut dire que s'il le faut vous demanderez l'interdiction ou la dissolution des groupuscules ?

MANUEL VALLS
Il s'agit d'abord de les combattre ! Parce qu'il y a des forces antirépublicaines, elles existent, elles ont toujours existé, elles se tapissent en attendant l'horreur et leur action se libère quand des élus de la République manquent à leur devoir et tiennent des propos…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là, vous en appelez à l'UMP et aux forces de l'opposition…

MANUEL VALLS
Bien sûr !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus que Jean-François COPE vous annonce…

MANUEL VALLS
Et tiennent des propos, Jean-Pierre ELKABBACH…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous annonce une grande manifestation le 26 mai auquel l'UMP participera ?

MANUEL VALS
… (brouhaha)… tiennent des propos violents et rétrogrades, donc chacun a une grande responsabilité, le droit de manifester est un droit démocratique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord !

MANUEL VALLS
Mais ce n'est pas la rue - et on ne peut pas appeler à la rue - pour contester la légitimité d'une politique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je m'adresse au ministre de l'Intérieur ! Comment est-ce possible que des détenus s'évadent, que d'autres annoncent de leur prison qu'ils vont s'évader, c'était le cas hier de Christophe KHIDER dans le Journal Du Dimanche, ça ne vous pas choqué ?

MANUEL VALLS
Oui ! Cela m'a choqué, cela a choqué j'en suis convaincu Christiane TAUBIRA, j'imagine qu'une enquête va être menée et en tout cas je ne doute pas un seul instant que l'administration pénitentiaire va être particulièrement attentive d'abord à ces annonces pour le moins incongrues et pour surveiller ce détenu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca veut dire qu'on peut téléphoner de sa cellule et donner des interviewes ?

MANUEL VALLS
Ce n'est pas la première fois malheureusement et c'est un problème, je vous l'accorde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Reddouane FAÏD, il est toujours en fuite, est-ce que vous avez des pistes ?

MANUEL VALLS
Il y a évidemment des pistes, police française mais aussi les polices européennes sont en alerte et je suis convaincu que cet individu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La police le retrouvera.

MANUEL VALLS
Sera appréhendé, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il est toujours en France ?

MANUEL VALLS
Ca, je n'ai pas d'information à vous donner sur ce sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous n'en avez pas à… vous n'en avez pas ou vous n'en avez pas à en donner ?

MANUEL VALLS
Vous savez, sur ce type de problème, il vaut mieux être discret, surtout quand on est ministre de l'Intérieur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous ne voulez pas le dire, ou vous êtes en train de le chercher, que vous avez peut-être repéré ?

MANUEL VALLS
La discrétion s'impose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans Le Parisien un cambrioleur professionnel depuis 15 ans raconte, si c'est sérieux, comment il s'y prend pour voler et il précise même le montant de ses bénéfices au moment où les cambriolages augmentent. Est-ce que vous allez, là aussi, lancer une enquête, monsieur le ministre de l'Intérieur ?

MANUEL VALLS
Les cambriolages sont en augmentation depuis 4 ans et donc, nous, nous avons mis place il y a déjà quelques mois – c'est vrai au niveau de la police comme de la gendarmerie – des groupes dédiés à ces cambriolages de véritable traumatisme, un viol de l'intimité de nos citoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A Paris, dans les grandes villes, etc.

MANUEL VALLS
Mais oui ! Mais surtout, surtout…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment réduire les cambriolages ?

MANUEL VALLS
Surtout dans les territoires périurbains et ruraux, eh bien à la fois avec des groupes dédiés et en s'appuyant beaucoup sur la police technique et scientifique de masse qui nous permet déjà depuis quelques semaines d'avoir des résultats. C'est une de mes priorités, pas seulement dans les zones de sécurité priorité mais sur tout le pays, nous avons déjà des résultats - notamment en démantelant des groupes souvent malheureusement qui viennent de l'étranger…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui viennent d'où, de l'Est ?

MANUEL VALLS
Oui ! Des pays de l'Est…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De l'Est !

MANUEL VALLS
Ou des Balkans, qui sont extrêmement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Habiles !

MANUEL VALLS
Professionnels, habiles et heureusement aujourd'hui nous avons déjà des résultats, mais il ne faut pas baisser la garde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Après l'attentat de Boston, vous avez renforcé les mesures de sécurité, est-ce que vous les maintenez au même niveau élevé ?

MANUEL VALLS
Mais la France connait une menace terroriste déjà depuis plusieurs mois, elle s'est accentuée évidemment avec notre intervention au Mali - là aussi il ne faut pas baisser la garde – et nous maintenons ce très haut niveau de sécurité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au même niveau ?

MANUEL VALLS
Au même niveau bien évidemment parce qu'il faut faire face à cette menace.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et, dernière question, est-ce que Boston devient l'illustration de l'existence d'un ennemi ou d'un terrorisme intérieur ?

MANUEL VALLS
Oui ! Je l'ai déjà dit, au moment de la présentation de la loi antiterroriste, nous faisons face à la fois à un ennemi extérieur que nous combattons, que nous avons combattu au Mali, mais aussi un ennemi intérieur, et sans rentrer dans les détails ce qui s'est passé à Boston rappelle ce processus d'auto radicalisation qui fut celui de MERAD.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a comme une…

MANUEL VALLS
Où il faut être extrêmement vigilant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comme une ressemblance avec MERAD.

MANUEL VALLS
Il semblerait ! Donc, il faut être très vigilant et s'attaquer là encore une fois à tous ces réseaux, à ces groupes, à ces individus - comme nous le faisons depuis des mois – avec des résultats probants grâce au travail du renseignement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

MANUEL VALLS
Merci à vous.

BRUCE TOUSSAINT
Merci à Manuel VALLS et merci à vous Jean-Pierre ELKABBACH, à demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 avril 2013

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