Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à I-Télé le 23 avril 2013, sur l'adoption de la loi sur le mariage pour tous et le climat de violence dans les manifestations des opposants au projet. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à I-Télé le 23 avril 2013, sur l'adoption de la loi sur le mariage pour tous et le climat de violence dans les manifestations des opposants au projet.

Personnalité, fonction : BERTINOTTI Dominique, BARBIER Christophe.

FRANCE.Ministre de la famille

ti :


CHRISTOPHE BARBIER
Dominique BERTINOTTI, bonjour.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Adoption en vue donc aujourd'hui pour la loi sur le mariage pour tous. Est-ce que vous pensiez que ce serait aussi long et aussi difficile ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Ecoutez, d’une certaine façon oui parce que je ne connais pas de réforme de société qui ne se soit pas faite dans les débats et la passion. Qu’on songe au pacs, qu’on songe à l’interruption volontaire de grossesse, il y a toujours eu beaucoup de passion sur les questions de société.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y avait quand même moins de manifestations dans les rues.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Oui, mais regardez : en Espagne il y a eu aussi beaucoup de manifestations au moment où José Luis ZAPATERO a présenté son projet. Je ne suis pas étonnée. Ce qui m’étonne par contre, c’est ces dernières semaines où il y a eu un déferlement de haine et de violence qui n’avait plus rien à voir avec la nature du dé bat.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu’on n’a pas monté en épingle certains radicaux, certains groupuscules alors que la masse des opposants restait à peu près calme ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Écoutez, quand certains élus de la République utilisent des mots comme putsch législatif, comme sang, comme guerre civile, comme coup d’État, on peut comprendre qu’à un moment donné, ça libère la parole des plus radicaux même s’ils ne représentent pas la majorité du mouvement des opposants. Je pense qu’il y a eu quand même un peu un côté pyromane de certains et après, ils crient au faut. C’est fort dommage.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous ne regrettez pas qu’il n’y ait pas eu, par exemple, à l’automne assez vite un référendum ? La majorité, les sondages le disaient, était pour le mariage. Ça serait gravé dans le marbre.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Je pense que la voie législative a été choisie. François HOLLANDE, dès le départ, avait dit que cet engagement serait débattu dans les deux chambres. Il a tenu cet engagement et je tiens quand même à dire une chose. Vous savez, au mois de juin dernier dans une interview au Parisien, je disais qu’on pourrait se marier au mois de juin 2013 ; je pense que nous allons tenir cet engagement. C’est quand même cela l’important.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous avez été maire. Est-ce que vous recommandez aux couples homosexuels de se marier dans la discrétion pour ne pas provoquer les anti ou, au contraire, de le faire avec ostentation pour bien montrer cette victoire ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
De se marier comme se marient les couples hétérosexuels. Vous savez, pour avoir justement marié, il y a des couples qui viennent avec beaucoup de discrétion se marier, puis il y en a d’autres pour qui c’est l’occasion de montrer leur bonheur, de réunir les familles. Je ne vois pas pourquoi il y aurait des différences entre couple hétérosexuel et couple homosexuel.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que par prudence les maires ne vont pas faire des samedis réservés aux homosexuels ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
J’espère que non.

CHRISTOPHE BARBIER
Il faut que ce soit totalement mêlé ? Banalisé ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Absolument.

CHRISTOPHE BARBIER
« Une France se lève » a dit hier, ici-même, Christine BOUTIN pour parler de ces manifestants, parce qu’ils vont continuer le combat le 5 et le 26 mai. Est-ce que ça vous inquiète cette France qui se lève ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
D’abord je connais le sens du peu de modération de madame BOUTIN. Je pense qu’elle prend un peu ses désirs pour des réalités. Moi j’appelle vraiment à l’apaisement. Je crois qu’il y a eu plus de cent soixante-dix heures de débat, donc tous les arguments ont été échangés. Moi, je comprends très bien qu’il puisse y avoir deux visions de la famille qui puissent s’opposer : une vision d’un modèle unique et une vision d’un modèle pluriel. Nous, nous prenons la réalité de la société telle qu’elle est, telle que nos concitoyens l’ont fait. Ce n’est pas nous qui avons crée la diversité des modèles familiaux. Je pense qu’il faut que le bon sens, y compris chez madame BOUTIN, et la raison l’emportent. Il y a un processus démocratique, il faut reconnaître la démocratie parlementaire. Elle a été parlementaire et j’ai envie de lui dire : « La loi ne sera défaite que par la loi ».

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous appelez donc à l’annulation des manifestations du 5 et du 26 mai ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Écoutez, c’est de leur responsabilité.

CHRISTOPHE BARBIER
Elles semblent superflues, ces manifs.

DOMINIQUE BERTINOTTI
J’en appelle vraiment à la responsabilité des élus qui sont le produit du suffrage universel, qui sont le produit d’une démocratie. Il faut savoir respecter les temps de la démocratie.

CHRISTOPHE BARBIER
Les élus de l’opposition comptent maintenant sur le conseil constitutionnel pour annuler notamment les articles sur l’adoption plénière. Est-ce que vous avez peur du conseil constitutionnel ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Écoutez, d’abord le conseil constitutionnel est souverain, mais le gouvernement est serein.

CHRISTOPHE BARBIER
Il n’y a pas de fragilité juridique dans cet article adoption ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Nous avons fait en sorte qu’il n’y ait pas de fragilité juridique, mais je le répète, c’est le conseil constitutionnel qui est souverain en la matière, mais nous sommes confiants.

CHRISTOPHE BARBIER
La procréation médicalement assistée devait en ce printemps exister à travers la loi sur la famille. Quand est-ce que la PMA viendra dans la loi sur la famille ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Vous savez que le comité consultatif national d’éthique s’est saisi de cette question, qu’il remettra son avis à l’automne 2013, et que le président de la République s’est engagé à respecter l’avis du comité consultatif, et que la loi famille n’interviendra pas avant la fin de l’année 2013.

CHRISTOPHE BARBIER
Les partisans de la PMA ont été roulés dans la farine par le gouvernement.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, je ne dirais pas cela. Je pense que c’est une question qui sera abordée dans le cadre de la loi famille, mais je tiens à dire aussi qu’il faut que nous retrouvions autour de ces questions de la famille, qui touchent chacun de nos concitoyens, que nous retrouvions un climat d’apaisement et de sérénité pour le grand bien de la paix des familles si je puis dire.

CHRISTOPHE BARBIER
Avec la loi actuelle, celle d’aujourd'hui sur le mariage et l’adoption, les enfants nés à l’étranger par PMA ou GPA pourront être régularisés, adoptés ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
PMA, ils le sont de fait. Par GPA, c’est la circulaire de Christiane TAUBIRA. Alors c’est un intermédiaire, ce n’est pas encore complètement la reconnaissance de l’état civil, c’est deux choses différentes. Mais je ne veux pas aujourd'hui revenir sur ces questions de GPA, parce que vraiment le président de la République a été très ferme depuis la campagne présidentielle pour dire que le débat sur la GPA ne sera pas ouvert pendant tout ce quinquennat, donc il n’y aura pas de débat sur la gestation pour autrui.

CHRISTOPHE BARBIER
Vincent PEILLON veut mettre l’enseignement moral et civique à l’école. Est-ce que c’est une bonne idée ou est-ce que c’est un empiètement sur le territoire de la famille ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non. Je pense que c’est toujours important que – c'est l’ancienne professeur d’histoire qui parle. Nous avions l’instruction civique. L’instruction civique, c’est l’apprentissage de règles qui permet à une société de fonctionner ensemble. C’est ça, et je pense qu’au travers des valeurs qui vont être portées, des grandes valeurs qui ont été annoncées hier dans le cadre de la morale voulue par Vincent PEILLON, c’est la capacité à fournir des repères qui nous permettent de vivre ensemble. C'est-à-dire qu’il y a des règles, quand on transgresse les règles, il y a des sanctions et de fournir des repères qui sont des repères qui nous permettent de vivre en société.

CHRISTOPHE BARBIER
Deux enfants ont vécu dans une cave pendant plusieurs années. Que peut faire le gouvernement contre cela ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
D’abord toujours… Vous savez, en 2007 il y a eu une loi sur la protection de l’enfance qui est plutôt une bonne loi. Ce qu’il faut aujourd'hui faire, c’est mesurer l’évaluation de l’application de cette loi car on voit qu’il y a des dysfonctionnements. Par exemple cette famille était suivie, ces enfants étaient suivis. Les deux enfants qui aujourd'hui ont été placés étaient en cours de placement et on voit bien que la notion d’urgence n’a pas été suffisamment prise en compte par, en particulier là, les services de la justice. Comment on peut améliorer toutes ces procédures qui existent, qui sont toujours difficiles, délicates, et qui permettraient d’agir plus vite, plus efficacement ?

CHRISTOPHE BARBIER
François HOLLANDE avait promis de ne pas réunir les députés socialistes, contrairement à ce que faisait Nicolas SARKOZY avec les siens. Il va devoir le faire, les députés le demandent. C’est grave ?

DOMINIQUE BERTINOTTI
Non, mais il va le faire aussi à la façon dont il le souhaite. C'est-à-dire qu’entre réunir les groupes et avoir des déjeuners où il rencontre les députés, les sénateurs, pouvoir échanger avec eux. Bien sûr qu’il y aura des moments d’échange entre le président et les députés, à définir les modalités entre Bruno LE ROUX et le président de la République.

CHRISTOPHE BARBIER
Dominique BERTINOTTI, merci. Bonne journée.

DOMINIQUE BERTINOTTI
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 avril 2013

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