Déclaration de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la réforme de la formation des enseignants, Paris le 29 avril 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la réforme de la formation des enseignants, Paris le 29 avril 2013.

Personnalité, fonction : FIORASO Geneviève.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Séminaire des recteurs et chefs de projets des futures écoles du professorat et de l'éducation (ESPE) à Paris le 29 avril 2013

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La réforme de la formation des enseignants est un projet majeur pour les jeunes et pour le pays.

Refonder l'école est un défi politique auquel s'est attelé le gouvernement avec le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon : faire que tous les enfants de notre pays puissent réussir, faire que notre école puisse répondre aux défis du XXI° siècle, préparer la jeunesse à une société de la connaissance sur le savoir, la créativité et l'innovation.
C'est aussi la condition pour augmenter le nombre d'étudiants car un parcours de réussite se prépare dès la petite enfance.

Pour relever un tel défi, l'université s'est mobilisée à double titre : comme lieu de formation disciplinaire et de recherche mais aussi comme acteur de professionnalisation des enseignants. Car devenir professeur, cela s'apprend.

Devenir professeur, c'est acquérir à l'université des compétences à la fois disciplinaires et professionnelles.

Devenir professeur, c'est profiter d'une formation en situation de classe, progressive et accompagnée.

Devenir professeur, c'est bénéficier de formations et d'échanges continus avec les acteurs des écoles, des collèges et des lycées ainsi que du monde académique.

Devenir professeur, c'est pouvoir s'appuyer sur la connaissance en mouvement, sur les programmes de recherche de haut niveau et les possibilités de transfert.

Devenir professeur, c'est être formé non seulement aux enjeux des apprentissages mais aussi à toutes les questions de société qui traversent l'école et son environnement.

La réforme est en route. Le projet de Loi voté en première lecture à l'Assemblée nationale nous conduit à la mettre en place dès la rentrée prochaine.

Compte tenu de la dégradation des résultats des élèves et de la reproduction, aggravées des disparités sociales, il fallait agir dès la rentrée 2014.

C'est une urgence mais ce ne peut être de la précipitation. Ce doit être une réussite. Ce séminaire des porteurs de projets est très important pour nous car c'est vous qui êtes, en réalité, les porteurs de la réforme "en action".

Vous en êtes les porteurs:

- vous les recteurs d'académie, chanceliers des universités à qui nous avons confié l'animation des projets de création des Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education (E.S.P.E.) ;
- vous les universités et les chefs de projets ;
- et toutes les équipes qui travaillez sur le terrain pour réussir cette réforme dès la prochaine rentrée.

Je sais que le chemin n'est pas facile et en même temps que le travail est intense et productif. Une vraie dynamique a été lancée. Et je voudrais sincèrement vous remercier de votre engagement à tous et toutes.

Les retours des pré-projets et surtout les échanges qui s'en sont suivis avec les services de nos deux ministères montrent que les choses avancent de manière très positive.

Des questions surgissent. Parfois même des polémiques! Elles sont inévitables.

Je voudrais rapidement aborder quelques points avec vous.


* Les E.S.P.E., des composantes universitaires d'un genre nouveau

Nous avons voulu que ces E.S.P.E. soient des écoles professionnelles intégrées aux universités , ouvertes à toutes les composantes et aux acteurs de l'éducation nationale.

Ce sont des composantes universitaires d'un genre nouveau.

La réforme donne à toutes les universités d'un même territoire une responsabilité dans la formation des enseignants. C'est une rupture, après 5 années de mise en concurrence du système d'enseignement supérieur et de recherche, par le précédent gouvernement.

C'est une rupture majeure. Et il faut organiser la coopération. Ce n'est pas toujours facile.

C'est pourtant la seule voie: toutes les universités doivent mobiliser leur potentiel au service d'une nouvelle formation des enseignants.

Où doit se situer l'E.S.P.E. ?

Dans une des universités, dans le PRES ou plutôt dans la future communauté d'universités ? C'est à vous d'en décider ensemble.

Mais ce ne doit pas être un sujet de discorde car ce n'est pas l'hébergement de l'E.S.P.E. qui est l'enjeu essentiel mais la mobilisation de toutes les composantes à la réussite de ce projet.

C'est tout l'objet de la démarche d'accréditation, initiée ici comme dans le projet de Loi sur l'enseignement supérieur et la recherche.

Le cahier des charges d'accréditation des E.S.P.E. vous donne la feuille de route. La démarche adoptée vous permet de prendre en compte les contextes spécifiques qui sont les vôtres.

Autre question : La formation doit-elle être davantage disciplinaire ou professionnelle ?

La formation des enseignants ne peut plus relever d'un modèle classique dans notre pays où les savoirs théoriques sont privilégiés dans un premier temps puis suivis de l'apprentissage professionnel.

Ce modèle "séquentiel" doit être dépassé : nous sommes d'ailleurs les seuls dans les pays de l'O.C.D.E. à l'avoir conservé en l'état.

C'est pourquoi le cahier des charges des masters métiers de l'enseignement de l'Education et de la Formation (MEEF) qui dessine l'économie générale de la formation initiale des enseignants, considère que toutes les compétences sont de nature professionnelle : compétences disciplinaires, scientifiques, didactiques et celles liées au contexte de l'exercice du métier.

Ces compétences doivent s'acquérir dans un cursus de master qui donc en possède toutes les caractéristiques et met l'accent sur la finalité professionnelle.

La place du concours et leur nouvelle nature confortent ces évolutions.

Je vous demande d'y être très attentifs. Nous devons construire ensemble une formation universitaire qualifiante qui ne doit pas être une prépa concours en M1 et une année de stage en M2 sans autres exigences. Les nouvelles épreuves du concours obligent en M1 à davantage professionnaliser et confortent en M2 la place des apprentissages fondamentaux.


* Une exigence nouvelle

Je voudrais aussi souligner le changement dont vous êtes les porteurs.

La réforme de la formation des enseignants n'est pas seulement la réforme de la matérisation. C'est une transformation qu'il faut que nous opérions ensemble.

Les E.S.P.E. ne doivent pas être une "ripolinisation" des actuelles I.U.F.M.; Comme on l'entend parfois.

Non pas que les enseignants et les personnels des I.U.F.M. aient démérité en quoi que ce soit. Mais leur positionnement, en dehors des universités, n'a pas permis de développer la formation initiale des enseignants comme nous le dessinons aujourd'hui.

C'est pourquoi vous devez vous assurer que les changements attendus se mettent en place.

J'en soulignerai 3:

- Des équipes pédagogiques plurielles

Pour toute formation professionnelle, l'université mobilise traditionnellement des professionnels pour assurer la qualité de la formation. Pour les masters MEEF, il doit en être de même.

A ceci s'ajoute la nécessité d'associer les enseignants et enseignants chercheurs des U.F.R. et des actuels I.U.F.M..

Ce sont donc des équipes plurielles qui doivent se constituer, mobilisant toutes les forces universitaires et académiques au service de cette formation.

- La recherche et le transfert

Les masters MEEF doivent intégrer l'initiation à la recherche et s'appuyer sur les laboratoires compétents.

Au-delà, chaque E.S.P.E. devra promouvoir la recherche en éducation et plus largement la recherche sur les questions d'apprentissage et de didactique. Elles devront, de plus, s'assurer que l'ensemble des résultats de recherche seront bien mobilisés au profit de la réingénierie de la formation. Le conseil pédagogique et scientifique de l'E.S.P.E. aura ce rôle de coordination et d'articulation de la recherche dans la formation.

C'est pourquoi, dans le dossier d'accréditation, nous proposons d'intégrer l'ensemble des équipes de recherche concernées dans toutes les disciplines liées à la formation des enseignants.

- Des priorités stratégiques

La démarche d'accréditation permet aux universités de définir et d'orienter l'élaboration des projets d'écoles supérieures du professorat et de l'éducation au niveau de chaque académie.

Il faut donc arrêter, pour chaque E.S.P.E., des axes stratégiques qui seront la condition de la réussite de la réforme. Ces priorités donneront leur contenu à l'E.S.P.E. en mobilisant toutes les composantes d'un même site et les autres acteurs concernés.

Ces priorités doivent se centrer sur la formation, les innovations (numériques, maîtrise d'une langue étrangère) et les métiers du professorat et de l'éducation.

Notre pays a besoin de ce changement. C'est une chance pour les universités qui s'engagent à réussir ce changement.

L'exigence doit être au rendez-vous.

C'est pour cela que vous devez faire en sorte que chaque dossier déposé fin mai présente des avancées scientifiques, pédagogiques et professionnelles.

Nous savons tous que tout ne sera pas totalement en place en septembre prochain. Il faut admettre d'avancer progressivement et de progresser d'une rentrée que l'autre.


Mais les échéances sont là. Il faut impérativement que les nouvelles formations puissent accueillir les étudiants en M1 dès la prochaine rentrée. Ce sont eux notre priorité et à travers eux les rectorats de France.

Je sais que cette réforme bouleverse parfois les représentations des uns ou des autres.

Mais cette réforme est une réforme nécessaire et ambitieuse. Il faut en expliquer ensemble les enjeux et les attendus.

Ici ou là, des personnels sont inquiets. Il faut prendre le temps d'écouter et de rassurer. Mais il faut surtout les accompagner et les entraîner dans la dynamique que nous voulons remettre en place.

De notre côté, Vincent Peillon et moi sommes déterminés à travailler ensemble, ce qui constitue en soi une innovation, avec nos cabinets, nos services qui sont mobilisés sur cette grande réforme.

Nous travaillons aussi sur l'orientation, sur l'harmonisation de nos plans numériques.

L'objectif, je le redis, est clair : refonder dans l'université la formation des enseignants pour assurer un parcours de réussite à tous les jeunes, quelles que soit leurs origines sociales, culturelles, territoriales.

C'est pourquoi je compte sur vous !


Source http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 2 mai 2013

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