Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la réussite scolaire et la refondation de l'Ecole, Paris le 19 avril 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la réussite scolaire et la refondation de l'Ecole, Paris le 19 avril 2013.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative

Circonstances : Lancement du Conseil national de l'innovation pour la réussite éducative à Paris le 19 avril 2013

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* Ouverture - le conseil national de l'innovation pour la réussite éducative : un acte politique

Ouvrir aujourd'hui le conseil national de l'innovation pour la réussite éducative est pour moi un grand plaisir et un honneur.

Un grand plaisir car ce conseil de l'innovation est un acte politique important qui répond à deux engagements du président de la République : la priorité donnée à la jeunesse d'abord et la création d'un portefeuille ministériel nouveau et inédit ensuite, celui dédié à la réussite éducative.

Un honneur car le conseil dont nous ouvrons aujourd'hui les travaux est un message fort envoyé à l'intérieur de la maison éducation nationale, mais aussi à l'extérieur. Cette journée s'inscrit dans la dynamique enclenchée par la refondation de l'École. Contrairement aux idées reçues qui présentent l'éducation nationale comme un bloc monolithique, ce conseil est l'émanation symbolique non seulement de la capacité des acteurs de l'Ecole à mettre sur pied des projets innovants, à travailler en partenariat et à mettre en lumière l'importance que revêtent les problématiques de réussite éducative pour le parcours scolaire des élèves.

* La réussite éducative : quelle conception ?

Bien plus qu'un ministère de la réussite éducative, c'est une conception de l'École qu'il porte.

Une conception ? Celle d'une École ouverte à son environnement en tant que les situations sociales, économiques, culturelles et territoriales dans lesquelles évolue l'enfant sont autant de spécificités et de déterminants qui impactent et influent à la fois sur le parcours et la réussite scolaire à l'Ecole.

Une conception ? Celle d'une École ouverte aux familles qui a vocation à construire une nouvelle alliance avec elles. Seule l'implication totale et entière des familles peut permettre aux enfants de se sentir bien à l'École et d'y réussir.

Une conception ? Celle d'une École qui considère que si les apprentissages fondamentaux et l'enseignement pédagogique sont nécessaires, ils ne suffisent pas à faire réussir tous les enfants. L'institution scolaire ne peut pas tout toute seule. Pour remplir sa mission, elle a besoin de travailler d'une part en lien avec les acteurs de son territoire - élus locaux, acteurs associatifs, parents d'élèves , d'autre part sur l'apport des pratiques que je qualifierais précisément d'éducatives , notamment les pratiques culturelles et sportives, la réflexion sur la mise en valeur de chacun pour nourrir l'estime de soi, la constitution du travail en groupe pour poser les jalons de la vie en société...

* Pourquoi le conseil national de l'innovation ?

Dans ce cadre, le conseil national de l'innovation pour la réussite éducative répond à deux urgences majeures, l'une sociétale, l'autre éducative.

En effet, notre société - et ce n'est pas nouveau - connaît une crise profonde. Économique au départ, elle est devenue globale, touchant aussi bien la finance, l'environnement, la culture, la politique, les religions et l'éducation suscitant ainsi une méfiance -sinon une défiance profonde - de nos concitoyens à l'égard de la République, de son système de redistribution et de ses promesses de mobilités sociales.

- L'École, symbole du lien indéfectible entre notre système éducatif et notre système institutionnel n'échappe pas à ce constat. L'École ne joue plus son rôle d'ascenseur social et ne garantit ni l'égalité des chances, ni l'égalité des places - comme le soulève si justement François Dubet. Elle incarne pour nos concitoyens les plus en difficultés, le rejet de la société dans laquelle ils ne trouvent pas leur place, tant est si bien que l'École, est dans certains quartiers, plus haïe que les équipes de la BAC de nuit. C'est sans compter sur les résultats des enquêtes internationales qui montrent que notre système est un des plus inégalitaires, ne parvenant pas à combler les écarts entre les élèves les plus en difficultés et les autres... 140.000 jeunes quittent par ailleurs chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification.

Portés par nos convictions, nos valeurs de justice sociale et d'espoir dans l'action collective, nous ne pouvons pas nous contenter de cette situation. Il est donc d'une impérieuse nécessité d'agir !

* Les réponses existantes

La loi sur la refondation de l'École portée par Vincent Peillon est bien entendu la première réponse puisqu'elle remet sur pied une réelle formation des enseignants et donne la priorité au primaire et aux apprentissages fondamentaux.

Ce que j'appelle "l'innovation sociale" en est une autre. On voit en effet, ici et là, émerger des initiatives locales d'acteurs engagés qui par leur dynamisme répondent à des besoins, non ou pas entièrement satisfaits. Ces initiatives ont cours au sein de l'éducation nationale : des équipes d'enseignants créent ici une structure innovante pour permettre à des élèves décrocheurs de reprendre leurs études, là travaillent sur des évaluations par compétences ou encore mettent en place des projets pédagogiques pluridisciplinaires.

Ces initiatives, souvent mises en œuvre sous l'emprise de la nécessité pour répondre aux difficultés rencontrées, interrogent le positionnement de notre institution et le rôle, au sens large, des pouvoirs publics. Elles nous interrogent car elles sont le signe que les projets descendants ne suffisent plus à faire fonctionner le système et qu'aujourd'hui, les acteurs de terrain détiennent, en grande partie, les clés des solutions aux problématiques qui leur sont posées, dans une situation sociale, économique, culturelle, territoriale, professionnelle donnée.

C'est au niveau des ces actions de terrain que se jouent la réflexion à mener sur les pratiques et le rôle de chacun d'une part et l'articulation de l'action privée et des choix collectifs d'autre part.

En effet, la culture et les méthodes propres de l'innovation peuvent apporter un profond renouveau à l'ensemble des politiques, qu'elles soient nationales ou locales et améliorer le service rendu. C'est ainsi l'occasion de donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais.

Ces initiatives sont le signe d'un système éducatif et d'une société en mouvement où les individus sont, dans leurs actes quotidiens, acteurs d'une construction collective et démocratique de la société. Nous ne pouvons pas, en tant que représentants des pouvoirs publics, ignoré ce sursaut.

Dans la période de doute, de peur que nous vivons, où les repères tant individuels que collectifs se brouillent, les certitudes d'antan s'effritent. Le monde apparaît incertain et la confiance dans le progrès et l'avenir est profondément érodée. Ces initiatives, ces innovations sont une lueur d'espoir que l'on a trop tendance à ne pas mettre en valeur.

C'est précisément dans ce cadre que s'inscrit le lancement du conseil national de l'innovation pour la réussite éducative. C'est un signal de reconnaissance et d'encouragement que l'on envoie aux équipes éducatives qui expérimentent de nouvelles pédagogies, qui innovent par le partenariat qu'elles mettent en place avec les acteurs de l'École - parents, acteurs associatifs, élus - , qui ont des idées et des envies qu'elles souhaitent concrétiser. Car j'en ai bien conscience, les innovations ont aujourd'hui vocation à être essaimées de façon horizontale et non plus verticale, les actions d'une équipe éducative en inspirant une autre et ainsi de suite.

* Le rôle du conseil national de l'innovation pour la réussite éducative

Vous l'aurez compris la tâche est grande pour ce conseil national de l'innovation.

Nous avons souhaité que ce conseil, par ses membres, soit une émanation des acteurs de la politique de réussite éducative : les différents ministères, les acteurs associatifs, les élus locaux, les enseignants et les chercheurs... Je tiens d'ailleurs à vous remercier d'avoir accepté d'être membres de ce conseil national pour la réussite éducative et tout particulièrement Monsieur Lapeyronnie de le présider. La composition de ce conseil est le signe d'une École ouverte, qui ne peut pas tout toute seule pour remplir sa mission.

Je tiens enfin à remercier le département de l'innovation au sein de la DGESCO qui accompagnera vos travaux dans les années à venir.

Nous n'avons pas souhaité être directifs et vous imposez tant la matière que vous allez travailler que les modalités de travail... Tel est l'objet de cette journée que je laisse Didier Lapeyronnie vous expliciter plus en détails.

Je souhaite que ce conseil puisse être un levier qui mette en lumière les bonnes pratiques, construise les conditions de leur essaimage, encourage les enseignants et les équipes de terrain à innover et innover encore, fasse émerger les nouveaux enjeux pour l'École de demain et formule des propositions concrètes nous permettant de relever ces défis.


Je souhaite à chacun d'entre vous une excellente journée.

Je vous remercie.


Source http://www.education.gouv.fr, le 2 mai 2013

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