Entretien de M. Pascal Canfin, ministre du développement, dans "Libération" du 3 mai 2013, sur le commerce équitable et le développement économique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Entretien de M. Pascal Canfin, ministre du développement, dans "Libération" du 3 mai 2013, sur le commerce équitable et le développement économique.

Personnalité, fonction : CANFIN Pascal.

FRANCE. Ministre du développement

ti :
Q - En quoi, selon vous, le commerce équitable participe-t-il de dynamiques de développement ?

R - Le commerce équitable est un catalyseur de développement. En effet, le développement consiste, entre autres, à susciter de l'activité économique dans les pays du sud, une activité qui ne bénéficie pas seulement à de grandes entreprises mais qui soit la plus ancrée possible dans les territoires et au bénéfice des populations les plus défavorisées. Or, c'est exactement l'objet du commerce équitable qui utilise le commerce, donc une activité économique, non comme une fin en soi, mais avec des modalités et des finalités qui sont celles du développement, donc aussi humaines, sociales et environnementales. Dans le cadre de notre politique de développement, nous avançons sur deux jambes vis-à-vis des entreprises: faire en sorte que les activités des multinationales européennes et françaises dans les pays du sud soient plus responsables tant en termes de pratiques fiscales que de responsabilité sociale et environnementale et favoriser les formes d'activités économiques qui sont les plus vertueuses, le commerce équitable en fait partie.

Q - Comment votre ministère compte-t-il soutenir le secteur du commerce équitable ?

R - Avec Benoît Hamon, ministre délégué en charge de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, nous avons développé un plan de soutien au commerce équitable, doté de 7 millions d'euros sur les trois prochaines années. Il fonctionnera sous forme d'appels à projet et viendra renforcer les capacités des organismes de commerce équitable, ici et là-bas, renforcer l'ensemble de la chaîne de valeur. Les projets soutenus pourront concerner l'appui à des organisations de producteurs, le préfinancement des récoltes, l'étude d'impact d'une nouvelle filière et l'information des consommateurs. Les acteurs du commerce équitable portent une autre vision du commerce international.

Q - En quoi cette préoccupation trouve-t-elle un écho dans votre ministère ?

R - La vente de produits équitables est nécessaire pour procurer des revenus et faire vivre des communautés au Sud. C'est pourquoi, sur ma proposition, le Conseil d'administration de l'agence française de développement (AFD) a voté en avril une nouvelle doctrine en matière d'investissements dans le secteur agricole. Cette doctrine mentionne explicitement le soutien au commerce équitable et impose le respect des principes de la PAO en matière d'accaparement des terres. On ne peut pas avoir d'un côté une politique de développement qui favorise les populations locales, et de l'autre financer des projets qui soutiendraient les monocultures intensives et l'accaparement des terres, au détriment de ces mêmes communautés. Cette exigence de cohérence nous a aussi conduit à taire en sorte que la loi bancaire, débattue en ce moment au Parlement, limite très fortement la capacité des banques françaises à spéculer ou à travailler avec ceux qui spéculent sur les matières premières agricoles et à nous battre aux côtés de Stéphane Le Foll, le ministre de l'agriculture, pour que soient réintroduites des capacités de stockage en Afrique de l'ouest, de façon à réguler l'offre en cas de variations des prix. Notre réflexion et notre action sur le commerce équitable s'inscrivent donc dans un cadre plus large. Le commerce équitable est une alternative qui se situe entre la mondialisation sauvage et dérégulée, et une démondialisation qui porte un risque de repli sur soi. Il tire la mondialisation vers le haut.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 mai 2013

Rechercher