Extraits d'un entretien de M. Thierry Repentin, ministre des affaires européennes, avec RMC le 30 avril 2013, sur les relations franco-allemandes dans le cadre de l'Union européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits d'un entretien de M. Thierry Repentin, ministre des affaires européennes, avec RMC le 30 avril 2013, sur les relations franco-allemandes dans le cadre de l'Union européenne.

Personnalité, fonction : REPENTIN Thierry.

FRANCE. Ministre des affaires européennes

ti :
(...)

Il ne faut pas oublier quand même que l'Europe avance quand le couple franco-allemand marche bien. D'ailleurs, le nouveau président du Conseil italien hier le disait : «je souhaite une Europe de la relance. Je vais aller à Paris, Berlin et Bruxelles».

Q - Oui, d'ailleurs il va à Berlin pour commencer.

R - Et il va aussi à Paris.

Q - Tout se décide à Berlin ?

R - Je vous assure que c'est faux ! Vraiment, aujourd'hui l'Europe avance si ce binôme, en quelque sorte, fonctionne bien. Je peux vous dire, dans la fonction que j'occupe depuis un peu plus d'un mois, que nous nous disons avec très grande franchise les choses avec nos amis allemands. Il est vrai que nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais nous essayons toujours de trouver un compromis qui fasse avancer l'Europe. Et même lorsque nous sommes opposés on arrive à avancer. Un petit exemple, la taxe sur les transactions financières, ce n'est pas quelque chose qui était porté par nos amis allemands, c'était une volonté du président de la République française, on va y arriver.

Q - Thierry Repentin regardons ce que contient ce texte, une réforme de la Banque centrale européenne, vous êtes d'accord ?

R - Oui, c'est une véritable volonté française.

Q - Pas certain que Berlin soit d'accord.

R - C'est une véritable volonté française. Vous verrez nous y arriverons, ce sera inscrit à l'ordre du jour d'un sommet.

Q - Le refus d'un euro surévalué, c'est-à-dire qu'il faut baisser les cours de l'euro.

R - Pour être compétitif.

Q - Je ne suis pas certain que les Allemands soient d'accord.

R - Pour être compétitif à l'échelle internationale.

Q - Un SMIC européen.

R - Oui.

Q - Je ne suis pas certain que les Allemands soient d'accord.

R - Nous portons cette idée effectivement qu'il faille, à l'échelle de l'Europe, une rémunération minimale pour les salariés. C'est aussi une façon de lutter contre la concurrence d'un pays à l'autre.

Q - Un traité social défendu par la Confédération européenne des syndicats. Je ne suis pas sûr que les Allemands soient d'accord.

R - Si vous voulez insister sur tous les sujets sur lesquels nous ne sommes pas spontanément d'accord. Une ressource propre pour un budget de l'Europe qui ne dépende pas exclusivement des contributions des États.

Q - Alors comment va-t-on faire avec les Allemands, avec tout ce qui nous sépare ?

R - Eh bien, on y arrive Monsieur Bourdin. Je vous ai parlé tout à l'heure de la taxe sur les transactions financières, on y est arrivé. La France souhaitait un vrai contrôle aussi pour éviter la fraude fiscale. Nous y sommes arrivés et, d'ailleurs, au mois de juin prochain, nous aurons de nouvelles dispositions pour lutter contre la fraude, pour la transparence. Nos amis allemands ne portaient pas effectivement forcément un rôle pour la Banque centrale européenne en quelque sorte intrusif. Nous avons réussi à les convaincre que la Banque centrale européenne pourra faire une supervision bancaire. Cela veut dire quoi ? Eh bien elle pourra contrôler, suivre toutes les banques qui ont un chiffre d'affaires supérieur à 30 milliards d'euros dans toute l'Union européenne, c'est-à-dire un droit de regard, un droit de suivi pour éviter, dans les années qui viennent, par exemple ce qui s'est fait à Chypre.

Q - Est-ce que l'intransigeance allemande pénalise l'Europe ?

R - Il n'y a pas d'intransigeance allemande.

Q - Aucune ?

R - Il y a deux visions.

Q - Enfin nous avons une politique différente quand même Thierry Repentin.

R ? Oui, il y a un camp conservateur ; il y a un camp progressiste...

Q - L'Allemagne fait bien partie de ce camp conservateur, on est d'accord !

R - Absolument !

Q - Est-ce que ce camp pénalise l'Europe ?

R - Non. Ce camp ne pénalise pas l'Europe. Nous sommes sur une vision effectivement de relance de la consommation, relance de l'emploi. Nous y sommes arrivés malgré une vision effectivement plus conservatrice...

Q - Pour l'instant la relance de l'emploi on l'attend.

R - En juin 2012, au premier Conseil européen est adopté un pacte de relance sur la consommation et sur l'emploi. Cela se traduit par quoi ? Cela se traduit par le fait que cette année par exemple, en 2013, mais aussi l'an prochain en 2014 et en 2015, la Banque européenne d'investissement dispose de 7 milliards d'euros supplémentaires ; à disposition de qui ? Des entreprises qui veulent investir.

Q - Les entreprises en Europe.

R - En France, 7 milliards pour la France.

Q - Pour la France oui.

R - Pour la France 7 milliards cette année, 7 milliards l'an prochain, et 7 milliards l'année d'après. C'est aussi pour soutenir les grands projets d'investissements. Et la France plaide pour qu'au mois de juin ou au mois de juillet le Parlement européen adopte un budget bien plus important que ne le souhaitait l'Allemagne pour soutenir des grands projets comme par exemple le Lyon-Turin ou le Canal Seine-Nord.

Q - Eh bien nous verrons, Thierry Repentin, merci.

R - Je vous donne rendez-vous.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 mai 2013

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