Interview de M. Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, à "ITélé" le 6 mai 2013, sur le bilan de la pollitique gouvernementale menée depuis un an et les défis à relever en matière notamment de politique de l'emploi et de politique économique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, à "ITélé" le 6 mai 2013, sur le bilan de la pollitique gouvernementale menée depuis un an et les défis à relever en matière notamment de politique de l'emploi et de politique économique.

Personnalité, fonction : MOSCOVICI Pierre.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

ti : JEROME LIBESKIND
Pierre MOSCOVICI, puisque vous êtes sur notre plateau, est-ce que ce matin vous avez des pistes ? Est-ce que vous avez des idées d’entreprises dans lesquelles vous pourriez céder des participations ?

PIERRE MOSCOVICI
Je ne vais pas comme ça devant vous faire ce genre d’annonce. Je voudrais simplement expliciter encore ce qu’a dit le Premier ministre. Nous avons un besoin d’investissement. Ce qui est crucial aujourd'hui, nous sommes un an après l’élection de François HOLLANDE, c’est la relance de notre économie, c’est la croissance, c’est la création d’emploi et pour ça, il faut tout faire pour investir, investir, investir encore, et le faire sans creuser les déficits puisque nous voulons garder le cap du sérieux budgétaire. Dès lors, on peut avoir une gestion stratégique de nos participations de l’État. Comme vous le savez, a été créée il y a quelques années ce qu’on appelle une agence des participations de l’État. C’est le rôle de l’État actionnaire, cette agence qui dépend du ministère des Finances. Tout en gardant nos intérêts stratégiques on peut envisager de jouer ici ou là, de céder…

JEROME LIBESKIND
C’est de revendre à la marge quelques participations.

PIERRE MOSCOVICI
Ça peut être réduire les taux de participation, ça peut être vendre quelques participations qui sont non-stratégiques, ça peut être réduire sa participation ici ou là mais le tout en gardant – parce que c’est fondamental – un État stratège, un État qui investit et aussi sans dégrader les finances publiques. C’est ça qu’a dit le Premier ministre hier. Observez que nous avons déjà ce type d’action sur SAFRAN par exemple ou sur EADS ces derniers mois.

AMANDINE BÉGOT
Et ça permettrait de rapporter combien, ça ?

PIERRE MOSCOVICI
Comme monsieur LIBESKIND l’a dit, le stock ou le capital est de soixante milliards d’euros. Il n’est évidemment pas question de faire ça, mais ça peut permettre d’abonder ici ou là les ressources que nous avons, par exemple le plan d’investissement d’avenir précisément pour ça, pour investir, investir, investir encore. Non, ce n’est pas le retour des privatisations mais c’est une gestion fine du capital de l’État en conservant son rôle d’État stratège pour permettre de mieux investir dans l’avenir du pays et de relancer son économie, sa croissance et donc de répondre aussi à l’objectif de François HOLLANDE qui est, je le rappelle, d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année 2013.

JEROME BERMYN
Pierre MOSCOVICI, on revient vers vous dans un instant. […]

AMANDINE BÉGOT
Pierre MOSCOVICI, on vient de les entendre ces habitants de Seine-Saint-Denis qui, on le rappelle, avaient massivement voté pour François HOLLANDE. Un an après, ils le disent, ils n’y croient plus. Comment on les fait y croire à nouveau ?

PIERRE MOSCOVICI
Ça ne vaut pas tout à fait valeur prédictive, ces quelques témoignages que je prends au sérieux. Ce qui se passe, c’est que les Français attendent des résultats. Les Français sont conscients, je crois, que nous sommes arrivés aux responsabilités dans un climat de crise exceptionnel, jamais vu. C’est ça qui explique aussi ces sondages. Nous menons une action qui est difficile, qui est une action de réforme de structure qui, comme le disait hier Jean-Marc AYRAULT, prend du temps. Le temps des semences, le temps des fondations et puis après le temps de la récolte et le temps des résultats. Mais je répète ici, l’objectif, le nôtre, celui qui mobilise complètement, c’est l’inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année 2013.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais votre message, c’est la patience. « Patience » dites-vous à ces électeurs. « Il faut attendre encore ».

PIERRE MOSCOVICI
Nous sommes obligés de dire et de répéter que nous avons trouvé la France dans un état tellement dégradé – car c’était incroyablement dégradé : les déficits, la croissance, la compétitivité française....

CHRISTOPHE BARBIER
Pourquoi ne le saviez-vous pas ? Il y avait des experts dans la campagne d’HOLLANDE.

PIERRE MOSCOVICI
Mais nous le savions. Nous le savions complètement. La campagne de HOLLANDE n’était pas une campagne de promesses échevelées, c’était une campagne très réaliste. C’était aussi une campagne de changement et le changement, nous sommes en train de le faire. Donc moi, le mot qui me frappe le plus là-dedans c’est le mot fatalisme. Non, nous refusons la fatalité ! Nous voulons montrer par l’action que nous sommes capables d’inverser le cours des choses. C’est ça le changement mais il prend forcément du temps car, sans vouloir revenir sur le bilan – je sais que nous sommes jugés, nous, sur nos résultats – il faut être conscient quand même que c’est vraiment les travaux d’Hercule que de redresser la France, une France qui c’est vrai, dans sa compétitivité, dans sa croissance, dans ses déficits, dans sa capacité à lutter contre le chômage, avait été terriblement affaiblie à la fois par la crise, il faut le reconnaître, et d’abord par elle, mais aussi par dix années de droite. […]

CHRISTOPHE BARBIER
Pierre MOSCOVICI, re-bonjour.

PIERRE MOSCOVICI
Re-bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Merci de nous accompagner pendant toute cette heure d’édition spéciale. On l’a vu déjà dans quelques reportages, dans quelques exemples, cette première année à l’Élysée est sous le signe de la difficulté pour François HOLLANDE. Dans Le Parisien, toute une série d’artistes expliquent leurs sentiments après un an. Globalement ils soutiennent encore François HOLLANDE. Benjamin BIOLAY, lui, dit : « Ce n’est pas le magicien d’Oz ». Est-ce que finalement ce n’est pas ça le pire ? C’est qu’on a finalement un président normal ; or la situation ne l’est pas.

PIERRE MOSCOVICI
Non, on n’a pas un président normal face à une situation exceptionnelle. On a un président qui est entièrement mobilisé dans une situation qui est d’une gravité extraordinaire. Mais ce qui est vrai, c’est que dans cette situation-là ça prend du temps d’obtenir des résultats. Mais moi, tous ces témoignages d’artistes, témoignages des citoyens, je les comprends. Je comprends qu’il y ait de l’impatience, je comprends qu’il y ait de l’attente, je comprends même qu’il y ait parfois de la déception. Je sais qu’il y a aussi de la sympathie. J’étais avec François HOLLANDE dans le Doubs il y a quelques jours, dans mon département.

CHRISTOPHE BARBIER
Le rejet n’est pas personnel, il est politique.

PIERRE MOSCOVICI
J’ai vu qu’il y avait pour ce président sympathie, respect, attente. Donc si vous voulez, ce qu’il faut expliquer et expliquer encore, c’est que c’est vrai que nous avons trouvé la France dans une situation extraordinairement compromise. Je ne veux pas revenir sur le bilan parce qu’encore une fois, je sais que c’est nous qui sommes jugés, mais tout de même. Quand les déficits filaient allègrement vers six pourcents plutôt que vers cinq, la dette publique qui s’est accrue de vingt points de PIB - ça c’est considérable – le chômage qui n’avait cessé de croître, la croissance qui est nulle sur les cinq années et la compétitivité française dégradée. Nous sommes en train de mener un travail considérable pour redresser le pays, ce que Jean-Marc AYRAULT a appelé hier les semences, et forcément ça prend du temps. Dans notre système de la Vème République, on rend le président et le gouvernement responsables ; nous sommes en responsabilité. Nous affrontons ça. Mais après l’année des fondations, je dirais l’an I, Pierre MAUROY parlait du socle du changement, maintenant c’est le temps de la mobilisation, de l’accélération, de la simplification et des résultats à commencer par le premier résultat : l’inversion de la courbe du chômage. Je répète ici que pour le président de la République, c’est là-dessus qu’il engage toutes ses forces.

CHRISTOPHE BARBIER
Que dites-vous à Jean-Luc MÉLENCHON et à ceux qui avec lui ont manifesté hier ? Ils étaient nombreux. Eux, ils veulent une autre politique.

PIERRE MOSCOVICI
Je réponds que les Français majoritairement ont voté pour cette politique il y a un an, y compris d’ailleurs ces électeurs au deuxième tour. Ils n’ont pas été bernés, ils n’ont pas été trompés, il n’y a pas eu de reniement, il n’y a pas eu de trahison, il n’y a pas eu de changement…

CHRISTOPHE BARBIER
Ils espéraient plus de pouvoir d’achat, ils espéraient plus d’emplois directement.

PIERRE MOSCOVICI
Mais des emplois directement : regardez ce que nous sommes en train de faire sur l’emploi. Contrat de génération, c'est-à-dire lier le maintien d’un sénior dans l’emploi avec l’embauche d’un jeune ; emploi d’avenir pour des jeunes notamment peu qualifiés ; réforme du marché du travail – je sais qu’elle ne plaît pas à Jean-Luc MÉLENCHON – mais qui donne de la sécurité aux travailleurs, des nouveaux droits aux travailleurs en même temps que plus de capacité d’évolution pour l’entreprise, d’adaptation pour l’entreprise ; compétitivité, la Banque Publique d'Investissement, le crédit d’impôt compétitivité emploi qui permet d’investir et d’embaucher, l’orientation de l’épargne sur l’investissement. Ce que le Premier ministre a annoncé hier dans le titre des cessions des participations de l’État ou de la gestion des participations de l’État, nous sommes tout entier mobilisés sur quoi ? Croissance, emploi. Et puis, je n’aurais garde d’oublier quand même les décisions de la commission européenne qui ne tombent pas du ciel mais qui viennent aussi d’une part de notre crédibilité et d’autre part de capacité de négociation plus forte.

CHRISTOPHE BARBIER
On va en parler.

PIERRE MOSCOVICI
La croissance, la croissance, la croissance ; l’emploi, l’emploi, l’emploi, et je pense que cette politique est forte et juste.

CHRISTOPHE BARBIER
On va parler des décisions de la commission européenne. Sur les cessions, une autre entreprise, les Chantiers navals de Saint-Nazaire, vous demande exactement le contraire. Leur propriétaire sud-coréen envisagerait de les vendre, les Chantiers navals disent à l’État : « Achetez-nous. Nationalisez-nous provisoirement ». Est-ce que c’est envisageable ?

PIERRE MOSCOVICI
Non, la demande n’est pas faite de cette façon-là.

CHRISTOPHE BARBIER
Les syndicats l’envisagent.

PIERRE MOSCOVICI
Peut-être les syndicats mais permettez-moi d’être précis sur ce sujet-là. D’abord, c’est une entreprise qui va plutôt bien et elle va bien aussi parce que l’État est là. L’État est actionnaire à trente-trois pourcents et l’État a participé, aidé, au financement d’un très grand projet c'est-à-dire la construction du plus grand paquebot du monde. Dix millions d’heures de travail, du boulot jusqu’en 2016, donc c’est une entreprise qui a un carnet de commandes solide. Alors moi aujourd'hui, ce que je peux vous dire, c’est que je n’ai pas la notification – nous sommes les actionnaires – la notification d’un retrait du sud-coréen mais nous serons là. Nous serons là de toute façon. L’État, et le Premier ministre y ait particulièrement vigilant – ne laissera pas les Chantiers de l’Atlantique évidemment. Mais encore une fois, c’est une entreprise saine, n’ayons pas d’inquiétude excessive et Arnaud MONTEBOURG lui-même a pu dire : « Il faut qu’il y ait des marchés avant tout ».

CHRISTOPHE BARBIER
Pour aider les entreprises à embaucher, Jean-Louis BORLOO a une idée ce matin. Il vous l’adresse comme une prière, il vous objurgue de faire ceci :

JEAN-LOUIS BORLOO, PRESIDENT DE L’UDI
Pourquoi ne baisse-t-on pas tout de suite de six pourcents les charges sur toutes les entreprises plutôt que ce crédit d’impôt compétitivité emploi incompréhensible pour plus tard et que quasiment personne, moins de six cents entreprises aujourd'hui, utilise ?

CHRISTOPHE BARBIER
Échec du crédit d’impôt, démarrage très lent ; à la place on baisserait les charges.

PIERRE MOSCOVICI
Non, non, c’est totalement faux. Moi je faisais le point avec Nicolas DUFOURCQ, le directeur général de la Banque Publique d'Investissement qui préfinance.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors c’est combien ?

PIERRE MOSCOVICI
Au jour où nous sommes, il y a déjà eu cinq cents millions d’euros de préfinancés. Il y aura plus de deux milliards d’euros de préfinancés, c'est-à-dire où la Banque publique apporte déjà le produit du crédit d’impôt à des petites entreprises et à des très petites entreprises. L’objectif de treize milliards d’euros pour le crédit d’impôt pour cette année, ce qui représente quatre pourcents, je crois qu’il sera tenu et j’en ai la conviction, six pourcents l’an prochain. Non, nous sommes en train de baisser les charges. Je voulais rappeler…

CHRISTOPHE BARBIER
Combien d’emplois en face ?

PIERRE MOSCOVICI
Nous avons dit trois cent mille emplois sur le quinquennat, et une augmentation de 0,5 points de PIB. Je pense que nous sommes sur ce cap-là. C’est une très bonne mesure, vous savez. J’étais avec François HOLLANDE, je le répète, dans le Doubs, dans une entreprise qui est une entreprise qui est dans les bracelets de montres et ils avaient utilisé le crédit d’impôt compétitivité emploi.

CHRISTOPHE BARBIER
Et la baisse des charges alors ? La baisse du coût du travail ? Une baisse forte des charges ?

PIERRE MOSCOVICI
Elle est là ! Mais c’est une baisse du coût du travail. C’est bien de cela dont il s’agit : une baisse de quatre pourcents en 2013, de six pourcents en 2014. Je ne comprends pas pourquoi on nous le reproche. Puis j’ajoute une chose quand même : c’est que le crédit d’impôt, il prenait en compte le fait que nous avions des déficits que monsieur BORLOO et ses amis nous ont laissés et que nous ne voulions pas une hausse supplémentaire d’impôts ou d’économies supplémentaires en 2013 qui auraient tué la croissance. C’était une mesure à la fois juste et intelligente. C’est une mesure juste et intelligente.

CHRISTOPHE BARBIER
Les déficits publics, la commission européenne a donné un sursis à la France jusqu’en 2015. Ça râle en Allemagne ! Pas votre ami Wolfgang SCHAÜBLE mais autour de lui, chez les libéraux, dans la CDU, on dit : « Ce n’est pas normal que la France ait droit à ce sursis ». Que répondez-vous ?

PIERRE MOSCOVICI
Je peux comprendre que les libéraux qui font une campagne disons modérément pro-française voire les conservateurs, râlent comme vous dites parce que pour eux, ce n’est pas un succès idéologique. C’est même un recul par rapport à certaines conditions qu’ils ont eues. Mais nous avons avec la Chancelière Angela MERKEL – François HOLLANDE lui a parlé samedi – moi-même avec Wolfgang SCHAÜBLE, des discussions extrêmement constructives et pragmatiques sur un thème qui est très important : l’Allemagne et la France ont une responsabilité commune en Europe et l’Allemagne a besoin d’une France qui réussit, et l’Allemagne sait que nous sommes en train de mener des réformes structurelles à la française. Il n’y a pas de malaise là-dessus franco-allemand. Mais ce qui se passe, c’est vrai et je vous le dis, c’est un changement de doctrine fondamental de la part de la commission européenne qui dit pour la première fois : « C’est d’abord la croissance qu’il faut viser ». Ce sont des réformes qu’il faut faire, oui, mais des réformes de structure. Pas de fétichisme des trois pourcents pour une certaine année, mais un chemin de croissance, et croyez que nous allons l’utiliser de façon intelligente, sans renoncer au sérieux, mais sans aussi mener de politique d’austérité. Il n’y aura pas de plan d’ajustement supplémentaire au-delà des économies de dépenses que nous ferons de toute façon.

CHRISTOPHE BARBIER
Écoutez ce qu’on en dit au Front national ; écoutez la question de Florian PHILIPPOT.

FLORIAN PHILIPPOT, VICE-PRESIDENT DU FRONT NATIONAL
Monsieur le Ministre, vous qui vous êtes engagé jeune dans des mouvements marqués à gauche, est-ce que vous n’avez pas parfois un problème de conscience quand vous soutenez une politique européenne – que vous appliquez d’ailleurs – et qui se traduit par un saccage social absolument épouvantable évidemment en Grèce, où on fait la même chose progressivement au Portugal, en Espagne, en Italie, la commission européenne n’est pas loin de demander la même chose quasiment en France pour les années qui viennent ?

CHRISTOPHE BARBIER
On n’aura pas cela. On n’aura pas l’austérité à la grecque.

PIERRE MOSCOVICI
Non. D’ailleurs nous ne sommes pas la Grèce, nous sommes la deuxième économie d’Europe, nous sommes la cinquième économie du monde. Moi, j’en ai un peu marre qu’on nous tape dessus en se déplorant. Nous sommes un grand pays et François HOLLANDE dirige ce grand pays comme ce qu’il est, c'est-à-dire un territoire attractif et compétitif. Mais par rapport à l’Europe, ce que je veux dire c’est que je sais que les solutions du Front National, c’est la sortie de l’euro. La sortie de l’euro, ce serait l’effondrement de notre système bancaire et financier, ce serait l’explosion de notre dépense publique et ce serait pour le coup des difficultés sociales sans nom. Donc ce que je préfère moi, c’est la démarche qui est la mienne, toujours d’un homme de gauche social-démocrate qui consiste à essayer de réorienter la construction européenne vers la croissance. Mais vous savez, nous n’aurions pas pu le faire si nous n’étions pas nous-mêmes crédibles et sérieux. Ça n’est pas en étant laxistes, désordonnés ou anti-européens qu’on réoriente l’Europe : c’est en étant sérieux qu’on permet de bouger les choses.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que votre pire moment dans cette première année ç’a été l’affaire Cahuzac ?

PIERRE MOSCOVICI
À titre personnel, oui. Mais je pense, si vous voulez, que cette affaire est la faute d’un homme, le mensonge d’un homme…

CHRISTOPHE BARBIER
On dit qu’il envisage de se représenter à Villeneuve-sur-Lot pour que les électeurs tranchent sur son cas.

PIERRE MOSCOVICI
Mais ce gouvernement et le président de la République ont toujours gardé le cap.

CHRISTOPHE BARBIER
S’il se représente, que faut-il faire ?

PIERRE MOSCOVICI
Écoutez, je ne sais pas. Je ne verrai pas de cohérence - encore une fois, on ne sait plus rien là-dedans - entre le fait d’avoir démissionné d’un mandat parce que ça posait un problème et le fait de se représenter.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors ça a mis le coup de projecteur sur la fraude fiscale. Est-ce qu’il y a à Bercy en préparation une cellule de dégrisement ? Une cellule de régularisation pour que les Français qui souhaitent rapatrier leurs comptes de Suisse par exemple puissent le faire ?

PIERRE MOSCOVICI
Non, la lutte contre la fraude fiscale, cette lutte qui doit être absolue, totale et à l’échelle française et à l’échelle européenne et à l’échelle internationale – il y a d’ailleurs eu des propositions très fortes que nous avons fait là-dessus par exemple avec les Allemands, par exemple aussi au niveau du G20, je veux dire ici que notre combat contre le secret bancaire, les paradis fiscaux, la fraude fiscale, sera sans relâche et sans tolérance.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu’on aura un remaniement avant l’été ? avant le 14 Juillet ?

PIERRE MOSCOVICI
Ça, c’est le président de la République qui est le maître de ça complètement.

CHRISTOPHE BARBIER
Si remaniement il y avait, est-ce que quelqu'un comme Pascal LAMY, qui va être libéré de ses obligations à l’été, pourrait entrer dans un gouvernement ?

PIERRE MOSCOVICI
Toujours le président !

CHRISTOPHE BARBIER
Il a des compétences Pascal LAMY, ou au contraire c’est trop la mondialisation ?

PIERRE MOSCOVICI
Écoutez, franchement moi j’aime beaucoup Pascal LAMY.

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous, vous continuez à Bercy avec un pôle ministériel resserré, homogène ? Ce serait bien, ce serait mieux, non ?

PIERRE MOSCOVICI
Écoutez, je vais vous dire : moi ce que je sais, c’est que j’aime ce que je fais, que je crois avoir eu des résultats. On m’a donné un cahier des charges, réformer le financement de l’économie, faire en sorte de stabiliser l’Europe et être aux côtés des entreprises. Voilà mes idées, mes idéaux, mes convictions, mon énergie sont intacts. Après, encore une fois, c’est le président qui décide.

CHRISTOPHE BARBIER
Pierre MOSCOVICI, vous restez avec nous pour le journal de 8 heures 30 et tout à l'heure pour commenter le zap’.

AMANDINE BÉGOT
Et on vous emmènera notamment dans les coulisses de l’Élysée ; vous les connaissez bien, Pierre MOSCOVICI. On les découvre, nous, un peu. Plongeon au coeur du pouvoir avec ce tout dernier film de Patrick ROTMAN. Vous allez découvrir l’Élysée comme vous ne l’avez jamais vu. C’est dans un tout petit instant sur I-Télé. À tout de suite. […]

AMANDINE BÉGOT
Pierre MOSCOVICI disait à l’instant : « C’est à Montbéliard qu’il fait le plus froid ». Le ministre de l’Économie ne peut pas agir sur les températures ? Ce serait sympa !

PIERRE MOSCOVICI
(sourire) Sympa, oui. […]

JEROME BERMYN
Pierre MOSCOVICI, il faudrait plutôt utiliser cet argent pour réduire la dette ?

PIERRE MOSCOVICI
Il ne s’agit pas du tout de vendre les bijoux de famille, je l’ai dit tout à l'heure. C’est plutôt une gestion intelligente par l’État dans le cadre d’une stratégie qui lui permet de conserver ses intérêts fondamentaux, mais qui permet aussi d’alimenter tout ce qui va dans le sens de l’investissement. Je pense qu’il y a différents types de dépenses publiques. Nous ferons des économies sur les dépenses. Les décisions qui ont été prises par la commission européenne au contraire nous contraignent, ou plutôt nous conduisent, à être toujours aussi sérieux et à faire en sorte que nous soyons capables de réduire – c’est notre objectif – la part de la dépense publique dans le PIB. Ce ne sera plus cinquante-sept pourcents en 2017 à la fin du quinquennat de François HOLLANDE. En revanche, substituer de l’investissement à d’autres dépenses qui sont moins utiles, ça me paraît de bonnes politiques. Nous ferons ça avec beaucoup de prudence en étant aussi actionnaire, c'est-à-dire au nom de l’État et donc du peuple français, en étant très responsable, en essayant de faire en sorte que les choses se gèrent bien. Il ne s’agit encore une fois ni de brader, ni de vendre mais d’investir et de gérer.

JEROME BERMYN
On revient vers vous dans un instant, juste le temps de regarder ce sondage : l’exécutif plus que jamais malmené dans les sondages. Un an après son arrivée au pouvoir, regardez ce dernier exemple en date, cette enquête exclusive TNS Sofres pour I-Télé et on découvre que soixante-seize pourcents des Français estime que le bilan de l’action du chef de l’État est plutôt négatif. […] Nous sommes retournées à Le Clat dans l’Aude ; ce petit village ne vous dit peut-être rien à vous, monsieur MOSCOVICI…

PIERRE MOSCOVICI
Je vois ce que c’est.

JEROME BERMYN
Vous vous en souvenez : c’est la commune de France où François HOLLANDE a reçu le plus de suffrages l’an dernier, 88,89 pourcents. Qu’en est-il un an plus tard ? déçus ou pas ? Regardez ce reportage. […]

JEROME BERMYN
Pierre MOSCOVICI, une réaction pour cet an 2 qui s’ouvre aujourd’hui ?

PIERRE MOSCOVICI
Je pense qu’en effet, un quinquennat ça dure 5 ans. Il faut aller vite, il faut être sans arrêt en accélération, il faut être sans arrêt en action, François HOLLANDE l’est. Moi je suis au contraire frappé, je le connais depuis tellement d’années, de la gravité qui l’habite, du travail considérable qu’il abat. Et ce que je crois moi, c’est que les Français en effet attendent les résultats économiques, c’est là-dessus que nous allons être jugés et c’est là-dessus que nous allons nous concentrer. Si en effet aujourd’hui, l’anniversaire n’est pas l’occasion d’une célébration et encore moins d’une autocongratulation mais s’il y a une réunion de travail, vous avez raison, c’est plus qu’un symbole, c’est travail, travail, travail, c’est dévouement, dévouement, dévouement ; et c’est aussi et d’abord pour tout la lutte contre la crise, la lutte contre le chômage, la lutte pour la croissance. Moi je crois que c’est là-dessus que se joue le quinquennat. Et encore une fois, je ne mésestime pas les sondages, je sais ce qu’ils veulent dire, je le vois, les Français ont de la sympathie pour leur président, ils ont du respect pour lui, ils attendent qu’il y ait ces fameux résultats en termes d’emploi et de croissance, c’est là-dessus que nous sommes jugés et c’est là-dessus qu’il faut se concentrer et uniquement là-dessus.

AMANDINE BEGOT
Et le coeur de ce quinquennat, le coeur du pouvoir, c’est l’Elysée, toute la matinée, toute la journée d’ailleurs sur I-Télé, on vous emmène dans les coulisses de l’Elysée, vous allez découvrir le palais présidentiel comme vous ne l’avez sans doute jamais vu. […]

JEROME BERMYN
Pierre MOSCOVICI, ça doit vous rappeler des souvenirs ce genre d’image. Patrick ROTMAN nous disait tout à l’heure : c’est le maximum de fermeté de François HOLLANDE.

PIERRE MOSCOVICI
Mais tel que vous le voyez là, c’est un homme qui est courtois et moi je considère que c’est plutôt une vertu que d’être courtois, et aussi et d’abord avec ceux avec qui on travaille, les respecter. Mais aussi, c’est quelqu’un qui est extraordinairement exigeant, quelqu’un qui est précis. Moi je sortirai d’une réunion comme celle-là – et puis ça peut m’arriver – je me dirai que j’ai intérêt à faire le bon discours…

AMANDA BEGOT
D’ailleurs il faut peut-être…

PIERRE MOSCOVICI
Je veux dire par-là que… vous savez la fermeté, ce n’est pas vraiment quelque chose qui ressemble à du sarkozysme, ce n’est pas une conception verticale du pouvoir, ce n’est pas être désagréable avec les autres, mais François HOLLANDE là vous l’avez vu tel qu’il est, exigeant, précis et très ferme. C’est un homme qui a une vraie autorité, vous savez.

MICHAËL DARMON
Eh bien justement, pour aller…

PIERRE MOSCOVICI
Et qui décide parce que comme il le disait lui-même, on le présente sans arrêt comme indécis, mais regardez ce que nous avons fait au cours de cette première année. Nous avons fait plus de réformes – et d’ailleurs j’ajoute plus positives, heureusement – que la droite en 10 ans, vraiment c’est… et peut-être faut-il en effet mieux là le communiquer. Mais voilà ! Cet homme, il n’est pas quelqu’un qui est…

MICHAËL DARMON
On l’a évoqué tout à l’heure…

PIERRE MOSCOVICI
Un homme… vous le voyez comme il est, très, très ferme.

MICHAËL DARMON
On l’a évoqué tout à l’heure, justement effectivement c’est le problème de nommer. Mais moi ce qui me frappe dans cet extrait – et d’ailleurs comme dans l’ensemble du film qui est effectivement un voyage inédit et extraordinaire dans la machine du pouvoir…

AMANDINE BEGOT
Même vous qui connaissez très bien tout ça, vous avez appris plein de choses.

MICHAËL DARMON
Et tous ceux qui ont l’habitude de connaître, mais en fait on ne connaît jamais assez puisqu’on n’est pas quand les portes se ferment, donc par définition on découvre toujours plus. Là ce qui est quand même frappant c’est qu’effectivement, il y a de l’autorité, il y a même de la dureté, il y a une équipe qui se tient coite pendant pratiquement toutes les réunions. Moi ce qui est frappant et édifiant dans ce film, 1) effectivement c’est l’autorité du président HOLLANDE qu’on peut-être aimerait voir plus souvent, de manière plus forte affirmer quand il faut faire… la politique, quand il faut peut-être mettre dehors des ministres qui mettent à mal sa politique, lorsqu’il faut peut-être affirmer, oser dire qu’on est la gauche réformiste et non pas tenter de ménager sa gauche… la gauche de la gauche parce que sinon, la synthèse va effectivement être à mal. Ça, c’est effectivement la première chose qui est édifiante dans ce film. La deuxième je dirai – et il faut le dire – c’est qu’autour de lui, il n’y a pas de politique, le ping-pong politique auquel François HOLLANDE est habitué depuis toute sa vie politique n’existe pas à l’Elysée. Et on sent bien et ses amis lui disent, et donc ce que l’on dit là, ce ne sont pas nous qui le disons mais les propres proches de François HOLLANDE, il faut plus de politiques autour de lui, on voit bien quelque part que les politiques ne sont pas autour de lui et ils ne parlent pas.

AMANDINE BEGOT
Trop de technocrates autour du chef de l’Etat…

MICHAËL DARMON
L’isolement.

PIERRE MOSCOVICI
Non, non, mais les politiques ils sont là, ils sont d’abord au gouvernement, et c’est un homme qui a voulu respecter les institutions de la 5ème République…

MICHAËL DARMON
Là, on parle de la…

PIERRE MOSCOVICI
Moi, je parle…

MICHAËL DARMON
Du cabinet présidentiel.

PIERRE MOSCOVICI
Du gouvernement parce que c’est tout à fait important. Mais vous savez, la vie politique elle est faite aussi de contradictions, de différences, ça ne peut pas… que le président de la République tienne compte des sensibilités, des tempéraments, des personnalités, des talents, non ! Ne faites pas comme s’il fallait uniquement qu’il n’y ait qu’une seule voix, il faut qu’il y ait une ligne et c’est la sienne…

AMANDINE BEGOT
Il n’y a pas des moments où il faudrait un peu serrer la vis, si j’ose dire ?

PIERRE MOSCOVICI
C’est lui qui a son style, je crois que c’est un homme qui a beaucoup réfléchi à ce qu’était l’exercice du pouvoir, il s’y est préparé longuement, il sait où il va. Et encore une fois, là je trouve qu’on l’a bien vu comme il est en vérité, très ferme, avec beaucoup d’autorité. Et pour vous le dire franchement, quand on sort d’une réunion avec lui, on sait ce qu’on a à faire, on a vraiment… voilà le cahier des charges, je ne dirai pas le cahier, est rempli et on y va…

MICHAËL DARMON
Même Arnaud MONTEBOURG…

PIERRE MOSCOVICI
Au travail.

MICHAËL DARMON
Même Arnaud MONTEBOURG, quand il sort d’un tête à tête avec François HOLLANDE, il sait ce qu’il a à faire ?

PIERRE MOSCOVICI
Je pense oui, bien sûr.

MICHAËL DARMON
A rester au gouvernement ?

PIERRE MOSCOVICI
Ecoutez ! Arrêtez. Je vais vous dire qu’avec Arnaud MONTEBOURG, vous savez, contrairement à ce qu’on dit, nous avons des relations qui sont bonnes.

MICHAËL DARMON
Oui, mais ce n’était pas le…

JEROME BERMYN
Pas forcément évident ce week-end.

PIERRE MOSCOVICI
Ne me faites pas dire à moi…

MICHAËL DARMON
Non, non, ce n’était pas du tout le sens de la remarque, c’est par rapport à ce film-là…

PIERRE MOSCOVICI
Non, non…

MICHAËL DARMON
On voit bien que…

PIERRE MOSCOVICI
Parfois, on grossit certains incidents.

JEROME BERMYN
C’est le fait des médias. Dernière info…

PIERRE MOSCOVICI
Mais ça peut arriver, vous savez.

- Le Zap politique

CHRISTOPHE BARBIER
Echec économique, politique, morale…

PIERRE MOSCOVICI
Ecoutez ! François FILLON devrait garder un peu de pudeur. Moi je me souviens du temps où il paraît… il avait dit lui-même qu’il avait bu un peu de rosé, où il avait fait une déclaration en disant qu’il était à la tête d’un Etat en faillite, c’était en 2008. Alors si l’Etat était en faillite en 2008, un Etat en super faillite, ce n’est pas vrai d’ailleurs, la France est grande. Mais quand on a le bilan qui est le sien, quand on a augmenté la dette comme il l’a fait, quand on a laissé les déficits dans un état pathétique comme il l’a fait, quand on a fait 5 ans sans croissance… Et la France aujourd’hui n’est pas en récession, la France est un pays qui, d’après nos prévisions, aura 0,1 %...

CHRISTOPHE BARBIER
Il doit se taire, il doit quitter la politique ?

PIERRE MOSCOVICI
Non, il ne doit pas quitter la politique mais simplement qu’il supporte quand même la contradiction. Cette forme d’arrogance, de jugement sur les autres qui empêche toute forme d’inventaire et de lucidité sur ce qu’on a fait, ça ! Je pense que les Français le jugent aussi de manière sévère. Et c’est pour ça que tout en étant par rapport à nous dans l’attente, et je le sais, ils sont sévères avec la droite. Si c’est pour voir revenir ce type de posture auto-satisfaite alors que soi-même, on a échoué en tout, non, non et non. Monsieur FILLON, c’est vrai, la modestie n’est pas son fort.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a des critiques aussi…

PIERRE MOSCOVICI
Même Nicolas SARKOZY le sait.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y a des critiques aussi à gauche, par exemple Manuel VALLS reconnaît une erreur dans ce début de quinquennat. […]

PIERRE MOSCOVICI
Il me semble qu’on dit un peu la même chose et on ne sait pas…

CHRISTOPHE BARBIER
Sur FILLON oui mais erreur de com. quand même, l’été mal géré 2012, un départ raté.

PIERRE MOSCOVICI
Je ne dirai pas les choses comme ça, de toute façon les erreurs on en fait vous savez, et il faut en tirer des leçons, on n’est pas non plus obligés de s’auto-flageller. Mais c’est vrai qu’il y a eu le rapport de la Cour des comptes et on a estimé que c’était quelque chose qui posait objectivement les problèmes et qu’on n’a pas suffisamment – c’est vrai – dit aux Français dans quelle situation était le pays. Je le dis aujourd’hui et aujourd’hui, on me dit « ah mais ça fait un an »…

CHRISTOPHE BARBIER
Eh oui !

PIERRE MOSCOVICI
Mais néanmoins…

CHRISTOPHE BARBIER
Bilan, trop tard ou pas assez.

PIERRE MOSCOVICI
Mais vous savez, ce boulet du bilan, il est toujours là, il pèse toujours sur nous. Et si nous sommes contraints à cet effort de redressement si difficile et qui prend du temps, c’est parce que la dégradation était extrêmement forte…

CHRISTOPHE BARBIER
Mais…

PIERRE MOSCOVICI
Et encore une fois, ça ne condamne pas la droite au silence mais nous, ça nous donne l’obligation de répliquer et aussi de dire qu’il y a une séquence. Cette séquence c’est quoi ? 5 ans d’échec avec SARKOZY, 1 an de fondations avec François HOLLANDE puis le déploiement, la mobilisation, l’accélération, la simplification et les résultats sur le front du chômage.

CHRISTOPHE BARBIER
Cette année de fondation fragilise votre socle électoral. La majorité – on va écouter Christian JACOB – est très fragilisée. Pour la droite, il n’y a plus aujourd'hui de majorité.

CHRISTIAN JACOB, PRESIDENT DU GROUPE UMP A L’ASSEMBLEE NATIONALE
Aujourd'hui le bateau coule, tout simplement, et on a un président qui est toujours dans cette incapacité à l’action. Ce qui s’est passé hier avec la mobilisation du Front de gauche, c’est d’une part la démonstration de l’éclatement de la majorité. On voit bien qu’aujourd'hui le Parti socialiste canal historique n’a plus la majorité absolue à l’assemblée.

CHRISTOPHE BARBIER
Ça, c’est le verdict de Christian JACOB. Écoutez maintenant ce qu’on en pense du côté de la gauche qui manifestait hier du côté du Front de Gauche. François DELAPIERRE.

FRANÇOIS DELAPIERRE, SECRETAIRE NATIONAL DU PARTI DE GAUCHE
Les députés socialistes aujourd'hui ont tous été élus par les électeurs de Jean-Luc MÉLENCHON. Je sais que cette chose, ils voudraient l’effacer. On voudrait faire croire que la majorité qui s’est exprimée en mai 2012, il y a maintenant un an, c’est une majorité dans laquelle il n’y avait que des sociaux libéraux séduits par la rigueur et je ne sais quelle billevesée. Non, ce n’est pas vrai.

CHRISTOPHE BARBIER
Il n’y a plus de majorité ?

PIERRE MOSCOVICI
D’abord, là on est typiquement dans un déni de réalité, dans un déni institutionnel. Nous sommes sous la Vème République, les élections ont eu lieu en 2012, le président a une légitimité. Cette légitimité, elle est là pour cinq ans. Il peut agir sur son gouvernement, il a une majorité à l’Assemblée nationale. Il peut surtout d’ailleurs agir avec son gouvernement, il agit avec son gouvernement et on voit bien ce qu’est la tentation de la droite. La droite au fond elle n’a jamais accepté sa défaite. La droite pense qu’elle est propriétaire du pouvoir et c’est ce qui explique que ce président François HOLLANDE, qui est un président dévoué aux Français soit critiqué, attaqué comme aucun autre avant lui. Et la presse aussi le fait parfois, vous le savez, Christophe BARBIER. Moi je trouve qu’on est vraiment dans l’injustice par rapport à ça compte tenu de ce que nous faisons, donc légitimité. La droite, elle a cette tendance à vouloir précipiter toujours les échéances : ce n’est pas bon de délégitimer le président de la République. Dans aucun autre pays au monde on ne fait ça. Il est président de tous les Français et il l’est pour cinq ans.

CHRISTOPHE BARBIER
C’est la démocratie aussi de dire qu’il échoue, qu’il est en échec, que ça va mal.

PIERRE MOSCOVICI
Mais ça, c’est une chose de faire un commentaire, c’en est une autre que sans arrêt de saper la légitimité démocratique du chef de l’État. Elle est là. Quant à François DELAPIERRE, moi je sais que les électeurs de Jean-Luc MÉLENCHON ont contribué au deuxième tour mais il sait que jamais Jean-Luc MÉLENCHON ne s’est inscrit dans la majorité. Là quand même, il faut aussi qu’il y ait un exercice de cohérence de leur part.

CHRISTOPHE BARBIER
Pierre MOSCOVICI, si vous revenez dans un an, 6 mai 2014, vous arriverez avec le chômage plus faible qu’aujourd'hui ? Vous en êtes sûr ?

PIERRE MOSCOVICI
Oui, j’en suis convaincue, persuadé, mobilisé pour ça. Mais vous savez, il y a deux ministères qui travaillent sur ce sujet : le ministère du Travail, celui de Michel SAPIN, et le mien. Nous avons les mêmes prévisions. Il arrive que ce ne soit pas la même chose aux finances.

CHRISTOPHE BARBIER
Et elles sont optimistes.

PIERRE MOSCOVICI
Optimistes. Elles montrent que l’inversion de la courbe du chômage est possible, et nous allons tout faire pour cela. En effet, le 6 mai 2014 je reviendrai avec une perspective de croissance meilleure, avec des créations d’emploi plus fortes, avec une industrie redressée. Ce ne sera pas le paradis parce que ça prend du temps mais oui, la France va dans la bonne direction.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 mai 2013

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