Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, à RMC le 13 mai 2013, sur le bilan de la première année de présidence de François Hollande et les grandes lignes du projet de loi sur la refondation de l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, à RMC le 13 mai 2013, sur le bilan de la première année de présidence de François Hollande et les grandes lignes du projet de loi sur la refondation de l'école.

Personnalité, fonction : PEILLON Vincent, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
On va parler d'éducation nationale, évidemment, mais je voudrais que nous balayions un peu l'actualité, une actualité qui s'annonce très sociale dans les semaines qui viennent avec cette conférence sociale du mois de juin. Les syndicats commencent à être reçus à Matignon ; réforme des retraites, réforme importante Vincent PEILLON, essentielle même. Ça va concerner l'éducation nationale, évidemment, cette réforme des retraites. Vous voyez quoi ? Vous voyez, je ne sais pas, une augmentation des cotisations retraites. Qu'est-ce qui se profile à l'horizon ?

VINCENT PEILLON
Vous savez, on est au début d'une discussion et chaque fois on veut anticiper. Cette réforme des retraites, il va y avoir la conférence sociale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Indispensable.

VINCENT PEILLON
Aujourd'hui indispensable. Le Premier ministre reçoit et c'est pour la fin de l'année. Dans l'immédiat, nous avons aussi à la conférence sociale beaucoup d'autres sujets et le prioritaire, c'est-à-dire l'emploi. Nous avons des rendez-vous très importants dans le mois qui vient. C'est l'Europe qui est en train de sortir progressivement de la crise et toute l'action que nous avons menée et que le président a menée pour permettre cela. Il y a beaucoup de sujets devant nous. Nous avons aussi, vous le savez, la transparence de la vie publique. Nous avons donc plein de sujets et les retraites, c'est un des sujets dans lequel il y a d'abord une discussion. Il faudra le faire, il faut le faire, c'est indispensable dans le redressement de la France mais c'est un sujet qui ne fait que commencer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà. Vous venez de présenter les grands axes de réformes des prochains mois de présidence François HOLLANDE. Dites-moi, je sais qu'il y a une réunion tous les lundis à Matignon, c'est vrai ? Une réunion un peu secrète autour de Jean-Marc AYRAULT ?

VINCENT PEILLON
Non, elle n'a rien de secret. La preuve, c'est que vous êtes au courant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Michel SAPIN, Pierre MOSCOVICI, Stéphane LE FOLL et vous-même.

VINCENT PEILLON
Non, on est plus nombreux que cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

VINCENT PEILLON
Il y a aussi les dirigeants des groupes parlementaires, il y a le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat, le Premier secrétaire du Parti socialiste. Vous savez, on a beaucoup travaillé cette année. Les Français ne l'ont d'ailleurs pas toujours compris étant donné la difficulté de la situation. On s'est rendu compte qu'il y avait peut-être cinquante-neuf textes législatifs, des textes considérables sur l'école, sur le logement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire cinquante-neuf textes de loi depuis un an…

VINCENT PEILLON
Jamais un gouvernement n'a autant travaillé sous la Vème République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est trop peut-être.

VINCENT PEILLON
Je ne crois pas, je ne crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains disent qu'il y en a eu trop.

VINCENT PEILLON
Je ne crois pas. Je crois qu'il faut en faire encore davantage. La France est dans une très mauvaise situation, vous le savez, depuis si longtemps. Il ne faut pas réformer ? il ne faut pas réformer l'école ? il ne faut pas réformer le logement ? Personne n'arrive plus à se loger. Il ne faut pas mettre le paquet pour notre jeunesse ? Vingt-cinq pourcents de jeunes au chômage, donc il faut travailler. Ce gouvernement travaille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous travaillez mais soixante-treize pourcents des Français estiment que rien n'a changé depuis l'arrivée de François HOLLANDE.

VINCENT PEILLON
Mais ça n'a aucune importance à ce stade. Ce qu'il faut précisément, c'est sortir de la culture de l'immédiat. C'est sortir de la culture de la proclamation. Qu'est-ce qui s'est passé ces dernières années ? Tant de déclarations martiales pour finir par augmenter de six cents milliards la dette, d'un million le chômage, de mettre l'école de la République dans une situation qu'elle n'avait jamais connue. On ne trouve même plus de professeurs ou de professeurs remplaçants, on ne forme plus les enseignants. Une jeunesse qui ne trouve plus à se loger, des problèmes de sécurité qui n'ont cessé d'augmenter, un décrochage par rapport à tous nos partenaires. Mais combien, souvenez-vous, de déclarations martiales ? Oui, il faut de la modestie ; oui, il faut du courage ; oui, il faut de la persévérance. C'est la ligne du président de la République et du Premier ministre, c'est le travail que nous faisons. C'est ces réunions - vous me le demandiez – nous devons évidemment toujours essayer de faire, parce qu'il faut entraîner. Les Français ont fait des efforts importants cette année, ils se demandent pourquoi, et donc nous devons nous coordonner mieux les uns et les autres pour mieux marquer le cap, mieux identifier nos domaines d'action, peut-être mieux résister parfois à une certaine pression médiatique qui est focalisée sur l'instant plutôt que sur le sens et le travail dans le long terme. La France a besoin de renouer avec une action publique efficace. Ça suppose de la méthode et ça suppose du temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE a parlé, a évoqué un éventuel remaniement la semaine dernière. Souhaitez-vous garder le ministère de l'Éducation nationale ?

VINCENT PEILLON
L'éducation nationale, vous savez, c'est vraiment le domaine du temps long. Nous avons entrepris une refondation, c'est-à-dire que nous allons aux fondements. La priorité au primaire, la réforme des rythmes scolaires, la mise en place des écoles supérieures, le passage au numérique, la possibilité de rattraper les décrocheurs. Nous avons déjà des résultats. Tout ça, c'est des années de travail. Il faut sortir de l'esbroufe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez y rester.

VINCENT PEILLON
En tous cas, il faut que ces réformes avancent. Vous voyez bien que certaines suscitent des résistances.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on va y revenir.

VINCENT PEILLON
Parce que nous avons été sur la pente du déclin, de l'abaissement, de la paresse. Nos enfants n'ont que cent quarante-quatre jours de classe. Il faut changer aussi les pédagogies dans la grande concertation - Les parents, tous ceux qui gravitent autour de l'école. Elle n'appartient pas qu'aux professeurs. On parlait d'une école de la bienveillance parce que nous avons les enfants qui souffrent le plus. Nous avons besoin de transformer nos pédagogies, de faire qu'il y ait plus de réussite, de revaloriser nos filières professionnelles. Tout cela suppose une action très déterminée, très résolue et c'est à cette tâche que nous sommes depuis un an et c'est cette tâche que je mène.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Vincent PEILLON. Engagement 56 de François HOLLANDE. Je reste sur l'actualité, il y a eu des manifestations hier au Pays Basque. Il s'agit de quoi ? Il s'agit de ratifier la charte européenne des langues régionales et minoritaires. Le président de la République s'était engagé à cette ratification. Où est-ce que vous en êtes ?

VINCENT PEILLON
Nous avons des difficultés qui sont d'ordre juridique comme sur d'autres sujets, mais nous sommes favorables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'il faut modifier l'article 2 de la constitution.

VINCENT PEILLON
C'est toujours la gauche qui a fait avancer dans ce pays les langues régionales. Moi-même, et il y aura un amendement d'ailleurs au Sénat la semaine prochaine, je développe les langues régionales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un amendement qui dira quoi ?

VINCENT PEILLON
Un amendement qui favorisera – c'est déjà pas mal ce qui se fait dans notre pays – l'enseignement des langues régionales et des cultures régionales pour les élèves. Car, vous le savez, ça concerne des centaines de milliers de jeunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais. Et de plus en plus d'élèves qui sont concernés.

VINCENT PEILLON
Mais l'essentiel, parce que là aussi nous nous sommes heurtés dans le débat à l'Assemblée nationale à notre constitution qui précise bien que la langue française est la langue évidemment qui est la langue de la nation française, c'est que les linguistes montrent que l'apprentissage précoce – nous le voyons en Bretagne, nous le voyons au Pays Basque, nous le voyons dans le Pays d'Oc, l'apprentissage précoce d'une langue régionale favorise l'apprentissage du français. Donc il ne faut pas dresser les uns contre les autres comme on le fait souvent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il faut modifier la constitution ? Est-ce qu'il faut aller jusqu'à modifier la constitution ?

VINCENT PEILLON
Il faut avancer de façon pragmatique, et de ce point de vue je peux vous dire que dans les trois dernières années, nous avons beaucoup plus d'élèves qui pratiquent les langues régionales, que je vais augmenter les postes au concours, je vais mettre dans toutes les régions des offices comme ça existe dans un certain nombre de régions pour favoriser cet enseignement. Nous y sommes favorables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la ratification, pas pour l'instant puisqu'il faut une modification de la constitution si j'ai bien compris.

VINCENT PEILLON
C'est un sujet qui est plus lourd du point de vue juridique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du point de vue juridique, bien. Vincent PEILLON, deuxième chose. Parlons du primaire et des enseignants du primaire. Est-ce qu'ils vont toucher une prime ?

VINCENT PEILLON
Une prime ? Non. Il y a quelque chose qui s'appelle une indemnité qui existe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

VINCENT PEILLON
Mais c'est très important la précision des termes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez raison.

VINCENT PEILLON
Vous avez vu que je ne me suis pas beaucoup exprimé ces derniers temps car je pense, je disais ça avec intérêt, que la République a besoin de moeurs et d'intelligence. Il y a d'un côté l'école, et qu'est-ce que nous enseignons aux élèves ? La précision du vocabulaire, la précision des concepts, le respect de la parole de l'autre. Ça doit être pareil dans le champ tellement fondamental – tellement fondamental – de l'espace public qu'est l'espace médiatique. En 1990, Lionel JOSPIN a souhaité accorder aux professeurs du Secondaire une indemnité de suivi des élèves et d'orientation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Collège et lycée. Neuf cents euros par an.

VINCENT PEILLON
Voilà, vous voyez que cela reste raisonnable, mais c'est important. Les professeurs du primaire à qui je demande dans la grande loi de refondation, d'eux-mêmes participer au suivi des élèves. Par exemple, il y aura des conseils pédagogiques pour articuler le CM2 et la sixième. Vous savez bien qu'il y a une rupture qui coûte très cher à beaucoup d'enfants, souvent ceux qui sont le plus en difficultés. Je leur demande d'aller dans des conseils avec leurs collègues, de participer à l'accueil des parents et donc de commencer à travailler sur l'orientation des élèves. Je souhaite qu'il y ait pour eux comme pour les professeurs du secondaire une indemnité. Elle est en discussion, je pense que nous pouvons être optimistes sur cette question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du même ordre ? Neuf cents euros ?

VINCENT PEILLON
Dans la situation des finances publiques qui est la nôtre aujourd'hui, ce n'est sans doute pas possible. Les syndicats en discutent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On parle de quatre cents euros. C'est un chiffre raisonnable.

VINCENT PEILLON
C'est le principe qui est essentiel. Si vous prenez un peu de distance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quatre cents euros, c'est un chiffre raisonnable ?

VINCENT PEILLON
Est-ce que vous me permettez d'expliquer la chose essentielle ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

VINCENT PEILLON
Nous disons tous, vous le dites vous-même, le plus important c'est ce qui se joue dans les premières années. L'échec scolaire français, il se fait en grande section CP-CE1. Ça ne se rattrape jamais. Nous confions cette mission essentielle à des professeurs à qui nous ne donnons pas les moyens. L'école primaire française, c'est la plus pauvre de tous les pays de l'OCDE. Notre lycée est à cent trente pourcents, il est le plus riche. Nous avons fait les choses à l'inverse : nous donnons davantage de moyens aux professeurs du Secondaire, c'est historique, qu'aux professeurs du primaire qui ont toujours été les maltraités. Il y a l'exemple de cette indemnité, il y en a un autre. Les professeurs du secondaire passent naturellement en cours de carrière à ce qu'on appelle la hors classe dans leur développement de carrière, ils montent à sept pourcents du corps, six à sept pourcents. Les professeurs du primaire, c'est deux pourcents. Pourquoi cette humiliation ? La grande idée qu'il faut porter dans ce pays, et les pays qui réussissent scolairement, c'est de dire : « Nous devons – surtout que maintenant, ils ont le même niveau d'études, les professeurs du primaire et du secondaire – nous devons rapprocher les uns des autres ». Et donc, nous avons fait accepter aux syndicats que le peu d'argent dont nous disposons dans la période très difficile que nous vivons, nous devons le donner en priorité aux professeurs du primaire pour permettre ce rattrapage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura une prime l'année prochaine.

VINCENT PEILLON
Une indemnité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon ! Excusez-moi ! Une indemnité l'année prochaine, on est bien d'accord ? Une indemnité qui ne sera pas de neuf cents euros mais qui sera autour de quatre-cinq cents euros.

VINCENT PEILLON
Je n'en sais rien. Je ne peux pas vous répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y aura une indemnité.

VINCENT PEILLON
Je souhaite deux choses dans les négociations qui ont lieu en ce moment, c'est qu'il y ait la création de cette indemnité. Le montant, les syndicats en discuteront en fonction de ce que nous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous créerez cette indemnité.

VINCENT PEILLON
Depuis le mois de septembre, j'annonce et je dis qu'il faut qu'il y ait cette indemnité. Et deuxièmement, je ne m'en tiens pas là, c'est aussi important pour ceux qui nous écoutent, il y aura aussi un élargissement du passage à la hors classe des professeurs des écoles. Le problème des directeurs d'école – quand même, tous les Français qui nous écoutent connaissent l'importance du directeur d'école qui n'a pas de statut particulier comme le proviseur ou le principal dans ce pays ; la plupart du temps, il n'a pas de décharge, il enseigne – les directeurs d'école qui à la fois enseignent et doivent organiser toute cette vie de l'école, ils ne passent pas à la hors classe. Ça n'est pas normal. Et donc, nous avons là un certain nombre de choses à faire. C'est quoi ? C'est la revalorisation tellement importante – je lisais Libération ce matin – du métier d'enseignant. Si nous pensons que c'est ça qui est fondamental, et vous savez que même pour l'économie, un pays qui réussit économiquement, c'est un pays dans lequel les enfants, les élèves réussissent scolairement et on élève le niveau de qualification, donc ça contribue à la compétitivité du pays. Mais alors, il faut que nos professeurs à qui nous confions les enfants soient bien traités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'enseignants en plus à la rentrée 2013 ?

VINCENT PEILLON
À la rentrée 2013, vous aurez un peu plus de six mille postes sur le terrain en plus et surtout, vous aurez le début de ces écoles supérieures du professorat et de l'éducation - on va remettre en place une formation - et donc de l'année de stage pour les professeurs. C'est-à-dire que quand vous passez votre concours, vous ne faites pas tout de suite dix-huit heures ou quinze heures mais vous avez une année où vous travaillez à mi-temps, ce qui vous permet de vous former pour être un bon professeur. C'est donc un peu plus de six mille postes et la mise en place des écoles supérieures et de l'année de stage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quatre jours et demi de classe dans certaines écoles. Quel pourcentage ? Combien d'écoles vont dès la rentrée 2013 appliquer ce nouveau rythme ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça concernera, je peux vous répondre en élève, ça concernera je crois 21% des élèves Français qui passeront à nouveau à la semaine de 4 jours ½ et surtout qui auront un temps scolaire différent, c'est-à-dire - ce que personne n'a voulu entendre – des journées moins chargées. Je relisais du MICHELET, qui disait : à quoi ça sert 6 heures, il y a des pays où ils réussissent à 3 heures, c'est toujours le cas en Finlande…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !

VINCENT PEILLON
Nous, on bourre : vous restez assis et on vous maintient toute la journée, c'est inefficace, la preuve c'est d'ailleurs qu'on est les derniers. Donc, des journées plus courtes et d'autres activités, d'autres activités : sportives, culturelles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça coûte cher, disent les mairies ?

VINCENT PEILLON
De travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça coûte cher, disent les mairies ?

VINCENT PEILLON
Mais… Sans doute ! Mais quand on est passé aux 4 jours, c'est-à-dire il y a seulement 4 ans - et donc qu'ils ont gagné une ½ journée - je ne me souviens pas qu'on ait dit : tenez, je vous redonne de l'argent. Il faut que tout le monde s'unisse autour de l'école, il y a 2 voies, comme on disait autrefois : soit on veut le redressement de ce pays, soit on ne le veut , soit on considère que nos enfants c'est l'avenir du pays et qu'il faut réussir, soit on ne le veut pas et, si on le veut, il faut m'expliquer pourquoi les enfants de France auraient 144 jours de classe par an, seul pays au monde où on donne aussi peu d'école aux enfants. Ma tâche, moi, elle est simple : c'est de faire que les enfants réussissent - et les enfants de tous les milieux - parce que c'est aussi ce qui permettra à la France de réussir, donc il peut y avoir des résistances, des protestations, des gens qui parlent d'argent, ça n'a pas d'importance, l'important c'est que dans quelques années le système scolaire français réussisse à nouveau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des vacances d'été raccourcies ou du moins par zone ? Oui ! Oui ?

VINCENT PEILLON
Non ! Ce sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

VINCENT PEILLON
Ce sujet n'est pas d'actualité, je vois qu'on veut le remettre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourtant avec 144 jours de classe par an…

VINCENT PEILLON
Déjà avec la 12 journée nous gagnons, vous voyez, près de 36 jours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui.

VINCENT PEILLON
Nous revenons à une moyenne normale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Mais…

VINCENT PEILLON
Que le calendrier scolaire doit faire partie des réflexions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors les vacances d'été c'est oublié ?

VINCENT PEILLON
C'était une discussion qui démarrait en 2015, donc je ne changerais pas le calendrier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

VINCENT PEILLON
D'ici là, nous avons 1.000 choses à faire. Par exemple, je vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! D'accord, mais enfin la discussion reviendra sur le tapis ?

VINCENT PEILLON
Mais elle n'est pas intéressante, elle revient par ceux qui en parlent depuis 10 ans et ne font rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !

VINCENT PEILLON
Moi je fais le Conseil supérieur des programmes, je fais entièrement tous les programmes ; je crée le service public du numérique éducatif, c'est-à-dire la France va entrer dans le XXIème siècle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes prudent sur les vacances d'été parce que…

VINCENT PEILLON
Je ne suis pas prudent ! J'en ai assez que l'on souhaite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Chat échaudé craint l'eau froide, Vincent PEILLON, non ?

VINCENT PEILLON
Non ! Non. Je pense vraiment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

VINCENT PEILLON
Je vais vous dire la France de Paul VALERY…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Allez-y.

VINCENT PEILLON
La bêtise n'est pas mon fort. Pourquoi à un moment je ne veux pas revenir dans des gens qui veulent créer des situations qui n'existent pas, informer c'est dire ce qui est réel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

VINCENT PEILLON
Moi je vous dis ce qui est réel, c'est la création du service public de l'information, euh de l'internet, à la rentrée il y a 30.000 gosses des Zones d'Education Prioritaire qui vont avoir de l'accompagnement par internet, il y a les enfants handicapés qui vont l'avoir ; il va y avoir pour la première fois en France la formation continue des professeurs du primaire par l'internet. On parlait du décrochage, ça aussi c'est le marronnier, 150.000 jeunes qui décrochent, j'ai pris un engagement : 20.000, 20.000 pour la première année, nous allons réussir bien plus tôt, même avant un an, d'avoir accroché 20.000 gamins. Et ça vous savez ce que c'est ? Vous m'en parliez tout à l'heure, ce sont des milliers de gens sur le terrain qu'on ne voit jamais, qui sont très mal payés, la fonction publique, les collectivités locales, qui se battent comme des chiens pour rappeler des décrocheurs, aller les chercher, les accompagner… j'ai vu des expériences, j'ai été à Calais, extraordinaires, il faut les faire se lever le matin, il faut les remettre dans un circuit social, il faut leur redonner les bases qu'ils n'ont pas dans des situations familiales extrêmement complexes, trouver des places dans des lycées professionnels, en apprentissage, en service civique… Voilà ! Il y a des gens qui se battent pour que ça réussisse. Ça, c'est l'essentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le bac, dans quelques jours… est-ce qu'un jour il faudra réformer cet examen ?

VINCENT PEILLON
On le dit depuis des années !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Ca fait des années que j'entends ça.

VINCENT PEILLON
Et il a d'ailleurs été…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel est l'avis du ministre de l'Education nationale ?

VINCENT PEILLON
Il a d'ailleurs déjà été réformé, par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Oui, oui, il a évolué, il a évolué.

VINCENT PEILLON
Voilà ! Vous avez ces épreuves anticipées de 1ère, vous avez pour les lycées professionnels beaucoup plus de contrôle continu, quand les esprits seront murent - parce qu'il faut bien entendu que cela fasse partie des discussions - alors je vous annonce que les organisations syndicales et l'ensemble des acteurs du monde éducatif, il faut associer tout le monde aujourd'hui : les collectivités locales, les parents, sont déjà en discussion dans le cadre du Ministère de l'Education nationale pour faire la suite de la réforme. Quand je dis refondation, c'est les fondements – et on a commencé, c'est bien les fondements : le primaire, la formation des enseignants, le temps scolaire, mais il doit y avoir la suite : le collège unique, le lycée, le métier d'enseignant, et donc des groupes sont déjà au travail pour poursuivre et faire des propositions. Vous voyez bien que le baccalauréat… en fait les Français y sont attachés, mais c'est une réforme d'ampleur, parce que c'est l'articulation du lycée et du supérieur, ma collègue Geneviève FIORASO est en train de mener une réforme importante du premier cycle universitaire, nous avons beaucoup d'échecs, mais il faut articuler ce qui se fait au lycée et ce qui fait à l'université, le bac il est dans ce moment-là, donc ces réflexions sont les bienvenues mais il n'y a pas d'urgence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois questions d'actualité pour terminer ! Vincent PEILLON. La première, le retour de Jérôme CAHUZAC, vous trouveriez ça… quel qualificatif emploieriez-vous s'il revenait comme candidat libre à la Législative ? Ça vous choquerait ? Ca…

VINCENT PEILLON
Je n'ai pas de commentaire à faire ! Mais vous savez que je suis très attaché dans ma responsabilité, c'est l'idée de la morale laïque, c'est que dans le fond pour que les gens comprennent et s'attachent à un système qui est le système républicain il faut des lois bien entendu mais il faut aussi une morale, des moeurs, une éthique, il n'y a pas de République sans vertu et la vertu ce n'est pas seulement la peur de la loi, la condamnation, c'est les obligations qu'on se crée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, s'il avait un peu de morale, il ne se représenterait pas ?

VINCENT PEILLON
Je pense qu'en l'occurrence pour notre… ce n'est pas individuellement de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Mais…

VINCENT PEILLON
J'ai bien connu Jérôme CAHUZAC, je ne suis pas un donneur de leçon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

VINCENT PEILLON
Sur le plan des principes, je crois qu'il ne faut pas faire ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Henri GUAINO qui refuse de répondre aux questions des policiers alors qu'il a pris à partie le juge qui a mis en examen Nicolas SARKOZY, que lui dites-vous ?

VINCENT PEILLON
Autrefois, vous vous souvenez de Jean-Pierre CHEVENEMENT parlant des sauvageons, nous en avons beaucoup dans le pays des gens qui ne respectent pas les lois, qui sont violents, je le vois dans le monde scolaire, qui sont d'une certaine façon très loin maintenant d'une… du respect des institutions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un sauvageon Henri GUAINO ?

VINCENT PEILLON
Et mon sentiment est que les politiques doivent donner l'exemple. Je suis très choqué, je dois vous le dire, depuis un an de l'attitude de la droite, des attaques extrêmement violentes, j'ai vu Monsieur FILLON parler de crise de régime, des promiscuités invraisemblables avec l'extrême droite française, heureusement certains – je pense à Alain JUPPE – s'en gardent, mais combien et d'abord Monsieur COPPE se laissent aller ? Des attaques d'une virulence invraisemblable, comme si la gauche était illégitime. Non ! Nous sommes dans le cadre des institutions républicaines. Et Monsieur GUAINO, qui s'est déjà manifesté par des outrances dans la discussion sur le mariage pour tous, qui maintenant, alors qu'il voudrait incarner une idée de la République, refuse de se rendre à une convocation et de s'expliquer. Alors comment nous allons expliquer aux plus jeunes qu'il faut le faire quand on s'exonère soi-même ? Et c'est pour ça que je suis extrêmement reconnaissant à François HOLLANDE, parce que moi j'ai mené le combat vous le savez peut-être contre les paradis fiscaux, je me suis toujours appliqué le non cumul des mandats depuis 97 - je dois être le seul – j‘ai toujours souhaité la transparence absolue dans la vie politique parce que, si on veut refaire et rebâtir la République, il faut d'abord de la confiance, je parlais des moeurs tout à l'heure, eh bien nous devons aller au bout de cette transparence de la vie publique et de la qualité des comportements et, si on regarde bien, c'est l'une des qualités du Président de la République et du Premier ministre aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 mai 2013

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