Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "France Info" le 14 mai 2013, sur les revendications syndicales de revalorisation de la viande de porc, sur la décision européenne d'autoriser les farines animales pour les poissons d'élevage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, à "France Info" le 14 mai 2013, sur les revendications syndicales de revalorisation de la viande de porc, sur la décision européenne d'autoriser les farines animales pour les poissons d'élevage.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt

ti : JULIEN MOCQ
Vous avez entendu les critiques de l'UMP sur les dérapages du Trocadéro, après la fête du PSG, le député de Paris, Claude GOASGUEN, réclame la démission de votre collègue de l’Intérieur, Manuel VALLS. Le gouvernement a-t-il sous-estimé les risques liés à ce rassemblement ?

STEPHANE LE FOLL
D’abord, je condamne les casseurs d’hier soir, de la manière la plus claire et la plus ferme qui soit. Deuxièmement, le gouvernement avait refusé que soit organisée cette fête pour le titre de champion, sur les Champs Elysées, ça avait été ramené à un endroit plus sécurisable. Il y avait des forces de l’ordre qui étaient prépositionnées. On ne peut jamais anticiper que des imbéciles se retrouvent en quantités ou en nombres plus important que ce qui pouvait être anticipé. Donc, condamnation ferme, et on ne peut pas dire qu’il y avait eu sous-estimation. Quant à la droite et à l'UMP, pour ceux qui s’expriment, les petits snippers à la 22 long rifle, qui tirent sur tout ce qui bouge, franchement, ce n’est pas à la hauteur, j’entendais monsieur GOASGUEN, j’ai même vu qu’il y avait un tweet d’un député UMP, qui considérait que c’était sûrement les descendants d’esclaves qui avaient été manifester hier soir, on est vraiment sous le degré zéro. On mérite à la fois, dans une démocratie, il y a une majorité et il y a une opposition, il faudrait que l’opposition soit en capacité d’être aussi, de temps en temps, un peu à la hauteur, et des enjeux, et des discussions. Il y a sûrement des choses à faire, il y a eu l’expression du Préfet de police, qui considère que dorénavant il n’y aura plus de manifestations publiques pour le PSG, mais de dire, comme ça, et d’appeler à la démission, franchement, je crois qu’on mérite mieux, et qu’on doit surtout, dans une démocratie comme la nôtre, avoir un peu plus le sens des responsabilités.

JULIEN MOCQ
On en vient à une actualité qui vous concerne plus directement. Les éleveurs porcins se mobilisent aujourd'hui à l’appel de leurs trois principales organisations syndicales, ils réclament une hausse des prix. Comment revaloriser les prix de vente de la viande de porc, Stéphane LE FOLL ?

STEPHANE LE FOLL
En bien d’abord, on l’a fait sur la viande, sur le lait. Sur la viande, sur le lait, on a eu…

JULIEN MOCQ
Mais aujourd'hui, les éleveurs porcins…

STEPHANE LE FOLL
Oui, bien sûr…

JULIEN MOCQ
Vendent à perte.

STEPHANE LE FOLL
Et on a eu une réunion, il y a déjà un mois, filière par filière et en particulier filière porcine, filière volaille, pour essayer de traiter ces questions de rapport dans les filières entre le prix de vente le prix d’achat plutôt, hein, de la grande distribution, aux transformateurs qui eux-mêmes paient ensuite aux producteurs. Le marché du cochon est organisé avec un marché au cadran, qui fixe un prix, et c'est vrai qu’aujourd'hui, ce prix, compte tenu du coût de l’alimentation, n’a pas été revalorisé, et est en-dessous de ce qui était acceptable pour des producteurs, pour pouvoir assurer la pérennité de leur exploitation.

JULIEN MOCQ
Concrètement, ils demandent 25 centimes de plus. Est-ce que c'est possible aujourd'hui ? Est-ce que vous pouvez le faire ?

STEPHANE LE FOLL
Mais c'est possible, c'est possible, je vais organiser et forcer chacun dans la filière, à faire en sorte qu’on augmente le prix, c'est ce que l’on a fait sur le lait, mais c'est des acteurs commerciaux privés qui sont en jeu, et donc le ministre et le ministère, va s’engager à nouveau pour faire en sorte que l’on puisse revaloriser le prix payé aux producteurs, parce que c'est ça l’enjeu dans le débat, en l’espèce, et en même temps j’ai des gros problèmes aussi sur les transformateurs. Il faut savoir qu’une partie de l’industrie de transformation, des abattoirs de cochons aujourd'hui, sont en grandes difficultés, aussi.

JULIEN MOCQ
Globalement, c'est quand même tout l’élevage français qui est menacé, le revenu agricole a augmenté l’an passé, sauf pour les éleveurs qui s’en remettent principalement aux subventions. Est-ce que la France va devenir un pays de production céréalière, uniquement ?

STEPHANE LE FOLL
Il n'est pas question d’accepter cette tendance, qui effectivement peut être constatée depuis quelques années.

JULIEN MOCQ
Alors, comment faire, comment rééquilibrer le rapport de force entre éleveurs et grande distribution ?

STEPHANE LE FOLL
D’abord, rapport de force, il y a, comment on peut faire au niveau de la Politique agricole commune pour répartir différemment et favoriser l’élevage, ça c'est le premier point. C'est tout le débat qu’il y a eu, c'est toutes les propositions que j’ai faites à l’échelle européenne et qui seront mises en oeuvre, une fois que la réforme va être adoptée, je le pense d’ici fin juin. Et puis deuxièmement, il y a l’organisation des filières. On a organisé des filières, aujourd'hui, avec une stratégie sur la question de la viande, de France. On aura, début juillet, une grande réunion pour mettre en place un objectif avec un cahier des charges, pour que les consommateurs sachent bien que ce qui est produit dans notre pays, est une production de qualité, qui respecte les normes sociales et qui respecte les normes environnementales, et en même temps il y a les débats que nous avons au sein des filières, avec la grande distribution, c'est ce que nous avons fait sur le lait, nous avons obtenu 25 centimes ou 25 € pour les mille litres, il faut que l’on essaie de mettre en place cette discussion et ce dialogue, en France, qui n’existent, je le dis, qui n’existent pas. On a des filières, qui sont divisées.

JULIEN MOCQ
A partir du 1er juin, les poissons d’élevage pourront à nouveau être nourris avec des farines de porc et de volaille, en Europe, décision de la Commission européenne. Comment la France peut-elle laisser ce genre de décision, passer au niveau européen ?

STEPHANE LE FOLL
Comment la France peut-elle laisser passer ce genre de décision ? La France, elle peut amener une majorité de pays à adopter sa position, c'est le cas sur les abeilles et les néonicotinoïdes. Moratoire, on a poussé, nous avons réuni une majorité. Et puis, il y a quelquefois la France se retrouve en incapacité d’avoir cette majorité, pour aller contre une décision à l’échelle européenne. Ça arrive, on ne peut pas gagner tout le temps, c'est le cas sur ces protéines animales, qui peuvent être destinées en particulier au poisson, qui aujourd'hui, poisson…

JULIEN MOCQ
Lui parlait de moratoire, votre parti, le PS, a refusé de voter, le mois dernier, un moratoire présenté justement par les centristes, sur les farines animales. Pourquoi ?

STEPHANE LE FOLL
Parce que, là, sur ce moratoire, nous avons obtenu gain de cause à l’échelle européenne. Là, la décision européenne, la majorité qui s’est dessinée, a considéré que l’on pouvait donner des protéines animales, ce n'est pas des farines, ce sont des protéines, animales, à des poissons qui de toute façon mangent du poisson, puisque ce sont des poissons carnivores. Cette décision a été prise à une majorité à l’échelle européenne. La conséquence, c'est que de faire un moratoire, en France, aujourd'hui, serait contraire à ce qui a été la décision européenne. Par contre, on a toute possibilité, et c'est ce que nous allons faire, de mettre en place des filières en France, qui n’utilisent pas, ou qui n’ont pas recours aux protéines animales.

JULIEN MOCQ
François HOLLANDE s’exprime après demain, lors de sa conférence de presse annuelle, il évoquait pour la première fois, il y a quelques jours, l’idée d’un remaniement ; personne n'est à l’abri, dit le président de la République. Est-ce que vous vous sentez sur un siège éjectable, Stéphane LE FOLL ?

STEPHANE LE FOLL
Mais moi, je me sens, alors-là, vraiment, d’une tranquillité totale par rapport à toutes ces questions. J’ai été nommé un jour, je serai peut-être démissionné un autre, j’assure ma mission, je fais ce que j’ai à faire, et…

JULIEN MOCQ
Il faut remanier, selon vous ?

STEPHANE LE FOLL
Je n’ai pas d’avis à donner sur ce sujet, c'est le président de la République, et je me garderais bien de donner quelque avis que ce soit. Mais alors là, ma sérénité, elle est totale. Servir, faire en sorte de faire le mieux possible, et puis après, voilà, bon, je laisse les commentateurs faire leurs commentaires.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 mai 2013

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