Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la réussite scolaire et éducative, Paris le 15 mai 2013. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, sur la réussite scolaire et éducative, Paris le 15 mai 2013.

Personnalité, fonction : PAU-LANGEVIN George.

FRANCE. Ministre de la réussite éducative

Circonstances : Ouverture de la journée nationale de la réussite éducative à la Sorbonne le 15 mai 2013

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C’est avec grand plaisir que j’ouvre aujourd’hui la Journée nationale de la réussite éducative, dans ce lieu de savoir et de culture qu’est la Sorbonne.

Cette journée est une rencontre inédite qui réunit très largement tous les acteurs de la réussite éducative : ministères de l’éducation nationale, de la ville, représentants d’autres ministères (famille, jeunesse, outre-mer), acteurs associatifs, élus, parents d’élèves.

Cette journée est un moment d’échanges, de réflexion et d’élaboration qui symbolise la concrétisation d’un concept, la transformation des paroles en actes.

Cette journée, une année après l’élection de François Hollande qui a placé la jeunesse comme une des priorités de son quinquennat, est une étape d’un travail collectif et partenarial, où chacun, dans son rôle, contribue à construire le parcours des enfants et l’École de demain.


* Concept et sens de la réussite éducative

L’École connaît aujourd’hui des difficultés. Elle ne joue plus son rôle d’ascenseur social et incarne, pour nos concitoyens les plus modestes, le rejet de la société dans laquelle ils ne trouvent pas leur place.

Toutes les enquêtes le démontrent : dans les quartiers populaires les acquisitions sont d'un niveau moindre, et les écarts vont croissant à mesure que la scolarité se déroule, les abandons et le décrochage sont nettement plus importants, la sortie sans diplôme et sans qualification amène à une insertion professionnelle problématique. Quand les taux de chômage dans certains quartiers sont quasiment de l'ordre de 40%, quel est l'avenir des jeunes concernés et comment accomplir la promesse républicaine d'égalité qui demeure l'idéal de l'école ?

Diverses politiques compensatoires ont été mises en œuvre pour corriger ce phénomène, soit dans le cadre de l'éducation nationale elle même, avec la création des Zep dès les années 1980, l'éducation prioritaire, les accompagnements éducatifs, et, pour les périodes de vacances les procédures d'école ouverte, soit dans le cadre de la politique de la ville ou par l'action des Caf (contrats CLAS) .

Depuis la loi de cohésion sociale de 2005, certains dispositifs ont été formalisés sous l'appellation de "réussite éducative". Ils ont eu la particularité de conjuguer des actions collectives surtout circonscrites à des territoires délimités, avec des actions individuelles de soutien à des enfants ou des jeunes repérés pour les difficultés qu'ils rencontrent. Ils ont surtout érigé l'action partenariale en solution pour prendre en compte l'enfant dans son environnement à savoir les questions de santé, de soutien à la fonction parentale, d'éducation artistique et sportive, de prévention du décrochage scolaire. Ces questions sont devenues des facteurs pouvant expliquer la moindre réussite de certains enfants, et que la collectivité doit prendre en charge et traiter.

La plupart des intervenants dans ces programmes de réussite éducative, et vous en êtes les représentants, sont en mesure de démontrer l’apport positif pour les jeunes concernés de ce qu'ils ont mis en place.

Depuis un an, je suis allée de nombreuses fois à la rencontre des acteurs de terrain et je dois dire que j'ai apprécié la qualité de ce qui avait été imaginé et qui souvent apparaît singulièrement innovant : dispositifs individualisés de soutien à l'apprentissage de la lecture, ateliers pour se familiariser à l'architecture donc aux normes d'équilibre et de géométrie, ateliers sports, rugby, classes orchestres, dispositifs divers de remédiation, de soutien, de lutte contre le décrochage et l'exclusion temporaire.

Mais il nous faut encore déterminer l’incidence réelle de ceux-ci sur les apprentissages, sur les résultats scolaires eux-mêmes. Comme le souligne le CNV dans son avis du 6 décembre 2012, malgré les moyens spécifiques alloués aux territoires les plus enclins aux inégalités scolaires liés aux difficultés sociales, l’ambition de réduction des inégalités territoriales est loin d’être atteint.

Or, si des politiques éducatives prenant en considération les spécificités des habitants des quartiers lui semblent tout à fait nécessaires, le CNV souligne cependant que l’Education nationale demeure en soi l’outil le plus pertinent et le moyen irremplaçable pour réduire les inégalités et assurer la meilleure égalité de droit.

C’est donc à une meilleure coopération entre les politiques menées sous la houlette de l’ACSE et des collectivités locales dans les quartiers prioritaires, notamment les politiques d’accompagnement mises en œuvre dans le cadre de la réussite éducative et celles menées par l’Education nationale que nous devons œuvrer.

D’ores et déjà, il faut saluer le partenariat établi qui a permis aux intervenants sociaux de l'Education nationale et de divers services d'apprendre à travailler ensemble, à partager des informations et diagnostics dans l'intérêt de l'enfant, dans le respect de la déontologie de chacun.

Souvent les moyens de droit commun mobilisés par l'Education nationale dans ces quartiers souffrent d'une certaine méconnaissance. Cette journée de rencontre est l’occasion de les mieux faire connaitre et concourir ensemble, chacun dans son rôle respectif, afin de faire réussir les jeunes des quartiers populaires.

Beaucoup d'actions mises en place depuis l’installation du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qu'il s'agisse de l'affectation prioritaire des enseignants remplaçants, qu'il s'agisse de la scolarité avant trois ans, ou encore du dispositif plus de maitres que de classes, voire du recrutement d'emplois d'avenir professeur, tous ces dispositifs sont conçus avec une attention particulière pour les quartiers en difficultés. Force est aussi de reconnaître que les dispositifs de réussite éducative sont des actions compensatrices souvent adaptées au mieux aux difficultés spécifiques rencontrées par les jeunes dans ces territoires.

Néanmoins, la nécessité d'une meilleure mise en cohérence des dispositifs de politique de la ville et d l’éducation nationale dans les quartiers sensibles a été pointée par la Cour des comptes dans son rapport consacré à la politique de la ville et à l'action éducative. Elle a souligné les risques de substitution en matière éducative entre les moyens spécifiques mobilisés par la politique de la ville et ceux mis en place par l'Education nationale dans ses politiques de droit commun.

Ce qui apparait indispensable, c'est bien de faire en sorte que ces dispositifs divers se complètent, ne fassent pas double emploi et donc qu’au niveau du pilotage central, ce qui se fait soit connu et évalué en commun pour éviter la redondance des dispositifs. Il y a là sans doute une répartition des rôles à préciser et nous aurons un travail commun à faire sur les rôles respectifs de chacun, notamment voir ensemble, l’inventaire et l’évolution de ces dispositifs.

Ce sera l’objet de la convention sur laquelle nous travaillons et qui devra mieux acter la répartition des moyens et la mobilisation des ministères de l’éducation nationale et de la ville en faveur des enfants des quartiers.

Il est aussi important de ne pas oublier que l’élève, enfant et futur citoyen avant tout, n’est pas, dans les murs de l’École, dénué de son bagage social, économique, familial, culturel, territorial. L’élève vient à l’École, dans son intégrité d’individu, avec toutes les dimensions de sa vie personnelle dont on ne peut ignorer les liens directs avec son parcours à l’École. Là où s’accumulent les difficultés sociales, l’illettrisme, la méconnaissance de la langue et de la culture française, il est indispensable qu’au côté de l’École, les autres acteurs de terrain interviennent pour compenser le déséquilibre existant dans l’environnement socio-culturel de l’enfant pour qu’il puisse accéder aux apprentissages dans de meilleures conditions

C’est en construisant des ponts entre l’École et ses partenaires (associations et collectivités locales), entre l’École et les territoires dans lesquels elle s’inscrit, c’est en favorisant les convergences et la cohérence que les actions éducatives et pédagogiques participent de concert à donner du sens à l’École, pour l’élève, et plus largement pour la société.


* La Journée nationale de la réussite éducative du 15 mai : une portée politique

Le ministre de la ville, François Lamy et moi-même avons souhaité cette journée pour faire écho à la priorité du président de la République donnée à la jeunesse.

À travers cette journée, c’est un message et une conception de l’École qui est ainsi affirmée.

- La conception d’une École ouverte sur son environnement.
- La conception d’une École ouverte aux familles et aux parents d’élèves qui a vocation à construire une nouvelle alliance avec eux et notamment les plus modestes trop absents de l’école aujourd’hui. Or, seule l’implication totale des familles peut permettre aux enfants de se sentir bien à l’École et d’y réussir.
- La conception d’une École qui considère que, si les apprentissages fondamentaux et l’enseignement pédagogique sont nécessaires, ils ne suffisent pas à faire réussir tous les enfants. Pour remplir sa mission, elle a besoin de travailler, d’une part, en lien avec les acteurs de son territoire, d’autre part, sur l’apport des pratiques que je qualifierais précisément d’éducatives, notamment les pratiques culturelles et sportives, la réflexion sur la mise en valeur de chacun pour nourrir l’estime de soi, la constitution du travail en groupe pour poser les jalons de la vie en société...

Cette journée a vocation à interroger l’École, à faire tomber des barrières, à mettre en lumière des bonnes pratiques, à faire émerger de nouvelles approches.

Ainsi, un atelier traitera spécifiquement de la question du bien-être à l’Ecole, problématique qui émerge et qui questionne l’institution scolaire. Un autre atelier interrogera le passage de la notion de décrochage scolaire à celle de persévérance scolaire, en ce qu’elle suppose une mobilisation de l’institution en amont, le droit à une deuxième chance au sein du système. Les problématiques constitutives d’une réponse collective de réussite seront aussi posées : celle de l’accompagnement, des relations « Ecole famille » ou encore des activités culturelles et sportives.

Pour que cette journée impulse une dynamique et une cohérence nationale de la réussite éducative, qu’elle aide à mieux harmoniser les relations entre tous les acteurs, nous allons travailler sur les outils du partenariat de la réussite éducative : quelle communication commune ? Quelles conditions du partenariat ?

Un autre atelier traitera de l’évaluation pour la réussite éducative. ?À ce jour, diverses démarches d’évaluation existent, et notamment cette enquête importante avec un suivi de cohortes auquel il est procédé par l’Onzus actuellement (et que vous trouverez explicitée dans vos dossiers), mais il serait souhaitable que les divers acteurs institutionnels puissent se fonder sur une évaluation partagée de la réussite éducative. Quelle mutualisation des enquêtes ? Au-delà des impacts sur les résultats scolaires, ce sont notamment les effets sur l’épanouissement de l’enfant, sur la relation de confiance avec les familles ou encore sur le climat scolaire que cette évaluation doit parvenir, in fine, à mesurer.

Il est aussi important de définir les principes et méthodes partagées qui fondent les démarches justifiant d’être reconnues comme participant de la réussite éducative.

Avant la réunion des ateliers, nous assisterons en plénière à deux tables rondes dont les thématiques conditionnent politiquement la réussite éducative. D’une part la réussite éducative et sa nécessaire mise en œuvre territoriale et locale. D’autre part, la seconde table ronde s’interrogera sur les relations "Familles /Écoles" notamment pour celles qui sont les plus éloignées de notre système éducatif.


* La réussite éducative, les rythmes scolaires et les projets éducatifs de territoire

La réussite éducative, dans la mesure où elle valorise la continuité du temps de l’enfant, la mise en cohérence des actions de chacun s’inscrit en complémentarité avec l’action du ministre de l’éducation nationale, Vincent PEILLON.

La loi de refondation, votée par l’Assemblée nationale en première lecture et qui sera discutée la semaine prochaine au Sénat, et spécifiquement les projets éducatifs de territoire qui y sont inscrits, visent à donner de la cohérence aux temps éducatifs, de l’harmonie entre les acteurs de l’éducation.
Élaborer un projet éducatif de territoire, c’est mettre autour de la table pour échanger, pour construire un projet, tous les différents acteurs. C’est donc mettre tout le monde dans la même dynamique. C’est une démarche et une méthodologie féconde dans mon action.

C’est pour cela qu’en novembre dernier, je m’étais rendue dans le Nord, pour signer une première convention avec le Conseil général et soutenir la mise en place du Plan éducatif global départemental (PEGD). Confiante en cette méthode, je me tiens à la disposition de tous ceux qui veulent se lancer dans cette démarche.

La réforme des rythmes scolaires, qu’elle soit appliquée en 2013 ou 2014, sera d’ailleurs plus facilement appliquée dans les territoires où l’on dispose déjà d’un cadre de travail commun. Car, il ne faut pas s’y tromper, cette réforme a certes un objectif de fond qui est de permettre aux enfants d’apprendre dans les meilleures conditions. Mais l’application de cette réforme a aussi une implication méthodologique majeure, qui est passée plutôt inaperçue dans le traitement médiatique mais que chacun a constaté localement : elle favorise l’ouverture de l’école sur son environnement et implique la coopération des différents acteurs.

Des marges de manœuvres réelles existent pour adapter les rythmes aux réalités des différents territoires. Mais cette souplesse pousse aussi chacun à discuter, à se concerter pour dégager les meilleures solutions possibles pour nos enfants. L’application des nouveaux rythmes est une occasion de faire converger dans une même direction tous les acteurs de l’éducation des enfants : les personnels d’éducation, les collectivités, les associations, les familles.


* Perspectives et chantiers à venir

Cette journée est un moment charnière, au cœur d’une politique globale et cohérente que nous menons depuis maintenant un an et qui traite d’autres aspects essentiels pour permettre la réussite éducative de tous les enfants :

- En matière d’innovation, la remise sur pied du Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative se veut un signal de reconnaissance et d’encouragement aux équipes éducatives qui expérimentent de nouvelles pédagogies, qui innovent par le partenariat qu’elles mettent en place avec les acteurs de l’École et qui sont, dans leurs pratiques quotidiennes, agents d’une construction collective et démocratique de la société. La culture et les méthodes propres de l’innovation peuvent apporter un profond renouveau à l’ensemble des politiques, qu’elles soient nationales ou locales, et améliorer le service rendu.
- En matière d’orientation, nous mènerons à la rentrée scolaire 2013 une expérimentation dans une cinquantaine d’établissements de 3 ou 4 académies laissant aux parents le choix de l’orientation en fin de troisième. Il s’agit ainsi d’échapper aux orientations subies qui sont très durement ressenties notamment par les élèves des familles défavorisées dont nous parlons aujourd’hui, et qui favorisent le décrochage.
- Je pense aussi à la prévention de l’illettrisme, qui procède d’une logique analogue : c’est en se tournant vers l’extérieur, en tenant compte de son environnement, que l’école lutte au mieux contre ces fléaux qui y germent. Comme vous le savez, il y a dans certaines zones prés de 20% des parents qui sont en situation d’illettrisme. Pourtant les solutions existent : à l’école, ou hors l’école, dans les associations, dans les centres sociaux, avec le mouvement d’éducation populaire. Mais pour cela, il faut, d’une part, favoriser la connaissance de l’environnement éducatif et, d’autre part, favoriser l’intervention des acteurs extérieurs qui peuvent proposer les solutions adéquates.
- S’agissant de la lutte contre l’absentéisme, j’assume avoir soutenu l’initiative parlementaire de la sénatrice Cartron qui a permis l’abrogation de la loi Ciotti. Ce n’est pas en sanctionnant financièrement les parents qu’on les incite à soutenir leurs enfants dans leurs apprentissages des savoirs. C’est, au contraire, en cherchant des solutions avec chacun, au plus près du terrain que l’on jugule au mieux l’absentéisme.
- Je pense à la vie lycéenne, dont nous avons lancé l’acte 2, pour revivifier la démocratie lycéenne et favoriser la participation de chacun.


* Conclusion

Vous êtes nombreux à avoir répondu présents aujourd’hui et je vous en remercie chaleureusement.

Au cours de nos débats de la journée, nous pourrons approfondir les sujets essentiels pour définir une action commune, les principes sur lesquels fonder une politique de réussite éducative, les méthodes à définir pour voir quelle organisation nous permettra de mieux travailler ensemble.

Au-delà des propositions qui pourront émerger de cette journée, cette réunion aujourd’hui est plus que symbolique.

Elle est la preuve qu’existent des acteurs de terrain dynamiques, en mouvement, mobilisés pour construire la société de demain ;
Elle est la preuve qu’est en marche une Ecole, désireuse de refondation et de partenariat ;
Elle est la preuve que les territoires trouvent en eux les ressources pour répondre à leurs spécificités et caractéristiques.
Ces initiatives sont porteuses de construction collective !

Je souhaite à chacun d’entre vous une journée riche d’échange, de rencontres et de propositions.


Je vous remercie.


Source http://www.education.gouv.fr, le 17 mai 2013

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